XXXIX. — Ce fragment de quatre vers {p
toi, sœur d'Apollon, ô déesse, ô Dictyne, Qui, pressant tes cheveux sur ta tète divine , T'avances dans les flots, et poursuis de tes rets De la mer des Cretois les habitants muets.
ne tient pas à ce qui précède : il faudra le mettre plus tard, soit dans les Halieutiques, soit parmi les morceaux relatifs à Diane, selon le classement qu'on adoptera. L'éditeur Ta cru tiré du môme traité de Plutarqueque le premier fragment; c'est ce qui Ta induit, ici comme partout, en erreur et lui a fait croire que les deux étaient destinés à la même idylle.
XLI. — Quoi qu'en dise M. de Chénîer, de Latouche avait reconnu, avec raison, le caractère élégiaque de ces fragments. Bien qu'ils portent la syllabe poux., ce sont des fragments d'élégies pastorales. Et c'est encore avec raison que de Latouche a fini ce morceau au vers :
S'écoule de ma bouche et vole à ce que j'aime.
Le fragment qui suit : « crédules amants, etc., » est tout à fait distinct et doit être mis à part.
XLIL — Je n'ai nullement révoqué en doute l'imitation de la Chanson des Yeux; mais j'ai dit (édit. 1872, p. 99) et je répète que ce n'est point le titre de tout ce fragment, dans lequel on distingue deux imitations de Shakespeare, la première [Viens: là, swr des joncs frais...) tirée de la première scène de l'acte III de Henri IV, la seconde [Ne me regarde point...), de la première scène de l'acte IV de Mesure pour mesure. Le manuscrit confirme ce que j'avais avancé, puisque, dit M. 6. de Ghénier (p. 234), c'est en marge de ce vers : « Ne me rega/rde point... » et un peu au-dessus, entre paren-
£14 ŒUVRES D'ANDRÉ CHKNIER
thèses y qu André a écHt : (Chanson des Yeux). C'est précisément ce que j'avais dit; et c'est ce qui prouve qu'André n'avait pas donné ce titre à tout le fragment, comme l'avance fort étourdiment son éditeur. Entre les vers 7 et 8 de la page 106, il doit y avoir une lacune.
XLIII. — Évidemment ce fragment est bucolique; on pouvait se douter, en effet, qu'il n'avait pas été écrit à Saint-Lazare. Mais c'est une véritable aberration d'esprit que d'y joindre, avec une
lacune indiquée de deux vers, le morceau de la page 107 :
Oui, jusque dans sa robe et le contour de lin.
Entre ce qui suit et tout ce qui précède, il n'y a aucune espèce de rapport. Ce dernier fragment est erotique : les deux ramiers blancs^ sur lesquels le vautour, c'est-à-dire l'amant, s'est précipité, ce sont les deux seins d'une belle, et le poëte les décrit en suivant son image :
Les deux oiseaux jumeaux qu'un même nid rassemble, Qui se cachent tous deux, qui s'élèvent ensemble, Dont le bec est de rose, et que Pœil plein d'ardeur Poursuit, touche de loin, et qui troublent le cœur.
Les quatre vers suivants contiennent une description dans le même goût erotique :
Sa robe, au gré du vent derrière elle flottante. En replis ondoyants mollement frémissante, S'insinue, et la presse et laisse voir aux yeux, De ses genoux charmants les contours gracieux.
XLIV. L'Esclave, — De ce petit poëme bucolique on ne connaissait que le fragment (p. 110) :
Triste vieillard, depuis que pour tes cheveux blancs.
Imprimé avec les pièces composées à Saint-Lazare, il avait paru se rattacher à la situation actuelle, soit du poète, soit de quelque autre personne. On s'était mépris; mais la cause de cette méprise est M. de Ghénier lui-même : il n'en a pas conscience. Il dit (p. 236) que ce morceau a été imrprimé dans V édition de 1839, etc.; il oublie qu'il a été publié dans l'édition de 1833 et que c'est luimême qui l'avait fourni. S'il avait donné la pièce tout entière au lieu d'un fragment de vingt vers, il n'y aurait pas eu de méprise. Au surplus, ce petit poôme serait resté bien au-dessous de 1'^veugle et du Mendiant, à en juger par les parties achevées, qui sont un peu dénuées d'intérêt et qui renferment beaucoup de tours et d'expressions faibles.
XLV. — Séparer d'abord les deux fragments des pages 113 et 114 de ce qui suit. Ensuite les disjoindre eux-mêmes.
Le premier est épique et descriptif; il est fort beau et mérite d'être cité tout entier :
Vierge au visage blanc, la jeune Poésie,
En silence attendue au banquet d'ambroisie,
Vint sur un siège d'or s'asseoir avec les dieux,
Des fureurs des Titans enfin victorieux.
La bandelette auguste, au front de cette reine.
Pressait les flots errants de ses cheveux d'ébène-,
La ceinture de pourpre ornait son jeune sein.
L'amiante et la soie, en un tissu divin, Répandaient autour d'elle une robe flottante, Pure comme l'albâtre et d'or étincelante.
Creux en profonde coupe, un vaste diamant Lui porta du nectar le breuvage écumant.
Ses belles mains volaient sur la lyre d'ivoire. Elle leva ses yeux où les transports, la gloire. Et l'âme et l'harmonie éclataient à la fois.
Et de sa belle bouche, exhalant une voix Plus douce que le miel ou les baisers des Grâces, Elle dit des vaincus les coupables audaces.
Et les cieux raffermis et sûrs de notre encens, Et sous l'ardent Etna les traîtres gémissants.
Le second, seul, est une invocation à la Poésie; il contient de bien beaux vers :
L'hirondelle a chanté. Zéphire est de retour : Il revient en dansant ; il ramène l'amour.
La poésie est partout : le fleuve roule des vers ; les fleurs exhalent des vers :
Et les monts, en torrents qui blanchissent leurs cimes, Lancent des vers brillants dans le fond des abîmes.
Ces deux morceaux étaient destinés à des compositions essentiellement différentes.
P. 115. poux, hak.y c'est-à-dire pouxoXixà IxaXtxef,
ou pouxoÀwfffxoç IraXixoç. M. de Chénier reproduit assez négligemment les manuscrits; il faut aller chercher dans ses notes ce petit fragment oublié :
Viens, ô belle. . . , le pasteur byzantin
te conduit par la main. ^
Viens entendre chanter les Muses de Sicile. • i
II semble qu'on pourrait, sans craindre de se i( tromper, lire le premier vers ainsi : t
Viens, ô belle Gosway, le pasteur byzantin. . . ' î
Ce petit projet de Bucolique italienne serait ainsi à rapprocher des débuts et dédicaces d'idylles ébauchés pour la même personne et rassemblés sous les numéros LVI et LVII (p. 127).
XLVII. — Cette pièce est une dédicace, trèscertainement à milady Cosway, du poème bucolique intitulé VEsclave,
Les deux vers :
Au moins daignez souffrir que cette main suspende A votre belle image une rustique offrande ;
sont à retenir, car ils donnent la clef d'une petite pièce adressée à Fanny, et qui est aussi une dédicace.
XLIX. — Boux. Iptç, c'est-à-dire pouxoXixdî. ''Epi? : pour mes bucoliques, petit fragment que je placerai dans une discussion (epu) entre deux bergers.
: L. — M. de Ghénîer Jprend pour Jun sujet d'églogue une indication, une note, comme il y en a tant dans les manuscrits d'André.
LU. — Tous les fragments, esquisses et notes, rassemblés sous ce numéro, seront à classer. Dans une note d'André (p. 119) se trouve une allusion à une note de son Hermès (in A la Pensée aux mille couleurs), qui se trouve en effet parmi les matériaux destinés à son second chant : « Les mots... (dit-il), rapides Protées, revêlent la teinture de tous nos sentiments. Ils dissèquent et
étalent la moindre de nos pensées, comme un prisme fait les couleurs. » Nous passons rapidement, sans nous arrêter ici à chacun de ces petits sujets.
LIV. — Cette pièce est une dédicace au chevalier de Pange; elle devait, du moins selon le projet du poète, former le début d'une bucolique. Tel qu'il est, ce fragment est une charmante et gracieuse épître pastorale. L'invocation de la Muse à la santé amène bien l'imitation de l'hymne d'Ariphron. Ce fragment rappelle un passage des élégies :
La santé que j'appelle et qui fuit mes douleurs, Bien sans qui tous les biens n'ont aucunes douceurs.
Mais nous ne pouvons résister au plaisir de citer tout ce morceau, où respire la tendre sollicitude d'André pour François de Pange :
Allons, Muse rustique, enfant de la nature, Détache ces cheveux, ceins ton front de verdure, Va de mon cher de Pange égayer les loisirs.
Rassemble autour de toi tes champêtres plaisûrs, Ton cortège dansant de légères dryades, De nymphes au sein blanc, de folâtres ménades. Entrez dans son asile aux Muses consacré, Où de sphères, d'écrits, de beaux arts entouré. Sur les doctes feuillets sa jeunesse prudente Pâlit au sein des nuits près d'une lampe ardente. Hélas I de tous les dieux il n'eut point les faveurs. Souvent son corps débile est en proie aux douleurs. Muse, implore pour lui la santé secourable.
Cette reine des dieux sans qui rien n'est aimable. Qui partout fait briller le sourire, les jeux, Les grâces, le printemps. Qu'indulgente à tes vœuxj
Le dictame à la main, près de lui descendue, Elle vienne avec toi présenter à sa vue Cette jeunesse en fleur, et ce teint pur et frais, Et le baume et la vie épars dans tous ses traits. Dis-lui : « Belle Santé, déesse des déesses, Toi sans qui rien ne plaît, ni grandeurs, ni richesses, Ni chansons, ni festins, ni caresses d'amours, Viens, d'un mortel aimé, viens embellir les jours. Touche-le de ta main qui répand l'ambroisie.
Ainsi tu nous verras, troupe agreste et choisie, Les hymnes à la bouche entourer tes autels, Santé, reine des dieux, nourrice des mortels. »
LVI et LVII. — L'Anglaise à qui sont adressés les premiers vers, c'est la même qui est nommée dans le second fragment, Milady Cosway. Je détache quelques vers du second fragment :
Docte et jeune Cosway, des neuf sœurs honorée. Au Pinde, à tous les arts par elles consacrée. . .
Je ne viens point t'offrir, dans mes vers ingénus.
De ces bergers français à Paies inconnus.
Ma muse grecque et simple et de fleurs embellie,
Visitant ton Alphée et ta noble Italie,
A retenu les airs qu'en ces lieux séducteurs
Souvent à son oreille ont chanté les pasteurs.
Milady Cosway, on peut l'assurer, c'est la jeune Florentine^ célébrée dans l'élégie qui débute ainsi :
De l'art de Pyrgotèle, élève ingénieux, etc.
En parlant de cette élégie (III, p. 76) nous traduirons quelques vers italiens qu'André a faits pour elle.