‹ Documents nouveaux sur André Chénier et examen critique de la nouvelle édition de ses œuvresChapitre 76 sur 101 · VI. — L'édition de 1819, donne ainsi le premier vers · texte numérisé non relu

VI. — L'édition de 1819, donne ainsi le premier vers

Aujourd'hui qu'au tombeau je suis prêt à descendre.

C'est sans autorité que M. de Chénîer change prêt à en près de, ce dont il n'avertit même pas le lecteur. Aux vers 3 et 4, André a fait rimer linceul avec cercueil. M. Littré dit que le mot linceul a les deux prononciations en eul et en euil, et rime avec ces deux sons; et il donne comme exemple ce passage de Chénier. Dans le Dictionnaire des rimes de Sommer, linceul ne figure que parmi les

noms en euly mais dans le Dictionnaire des rimes françaises de Jean le Fèvre, corrigé par le seigneur des Accords, Paris, 1587, KncemV figure parmi les rimes en euil, ueil [cercueil) et linceul parmi les rimes en euL

VIII. — Dans V édition de 1819, qui est conforme au manuscrit^ ainsi que le remarque Téditeur, le dernier vers de la page 23 est correct :

des fleuves français brillante souveraine.

M. de Chénier met: « Oh! des fleuves franrçaisy etc. » Ce qui est incorrect. André emploie ici le vocatif.

X. — Page 30, v. 2, lisez : « Bois, écho, frais zéphyrs, etc. », comme en. 1819. Au vers 20 de la page suivante l'éditeur introduit un contre-sens, en changeant sans le dire le texte de 1819 qui donne avec raison :

Mais si, toujours ingrat à ces charmantes sœurs.

Le possessif ses ne se comprend pas. Les sœurs qu'il désigne, ce sont les neuf sœurs, les Muses.

XL — Le vers 1 5 est corrigé avec raison ; l'éditeur a profité, quoique sans le dire, de cette correction faite en 1862. D'ailleurs /^résen^, au lieu de présente, ne devait être qu'une faute d'impression de 1819. Pour le vers suivant il eût mieux fait de continuer & suivre 1862, conforme à 1819 :

Mais présente, à ses pieds m'attendent les rigueurs, Et, pour des songes vains, de réelles douleurs.

Ce qui est très-clair et veut dire : Et, au lieu

de vains songes, de réelles douleurs ; mais il a

mieux aimé adopter le mauvais texte de 1826 et

ntroduire un contre-sens, en lisant : « Et pour les

songes vains^ etc. »

XII. — Page 34, V. 5. Il faut rétablir le texte de 1819, modifié sans mot dire, et lire, (car c'est le vocatif :

de se confier, noble et douce habitude I

Après le vers 12 il faut des points : le sens est suspendu,

XIII. — Pourquoi M. de Chénier perd-il son temps à épiloguer sur le numéro de Tidylle de Bion ? Est-ce que tout le monde n'est pas d'accord sur la pièce dont il s'agit? C'est la xi« dans Brunck, la ix' dans Didot, mais la xvi* dans un grand nombre d'éditions.

XIV. — Non content de changer le texte de 1819, d'adopter la mauvaise leçon de 1826 et de 1841, l'éditeur introduit des incorrections sans daigner même avertir le lecteur. Pour le vers 2 de la page 36, il donne la correction de 1826 : « Phébé dans la prairie, etc. »; il faut revenir au texte de 1819, le seul conforme au manuscrit, et lire :

La lune sur les prés où son flambeau vous luit.

GestVimminente luna d'Horace. Quant au vers 2 de la page 38, que toutes les éditions, suivant 1819, donnent ainsi :

Clarisse, beauté sainte où respire le ciel.

M. de Ghénier rimprime ainsi :

Clarisse, beauté simple où respire le ciel.

D'abord c'est un contre-sens ; ensuite c'est une altération du texte.

XVI. — Texte mai établi. Page 42, v. 21. Il faut lire, avec 1819 : « De ses honteux trésors. » Quant aux vers 28 de la page 42, il est donné ainsi :

Où Ton coule une vie innocente et tranquille,

et il est dit en note : « Dans V édition de 1833, V éditeur a mis :

Où Ton coule une vie innocente et facile.

Eh bien ! c'est le contraire. Facile est de 1819 et doit donc être conservé. Dans l'édition de 1833, dix-huit vers de cette élégie ont été donnés deux fois, d'abord avec l'élégie entière, ensuite comme fragment. Facile est dans l'élégie ; tranquille^ dans le fragment. — Dans le vers 6 de la page suivante l'éditeur a, sans mot dire, adopté une correction de 1826 et 1841. Ce passage doit être lu ainsi, comme en 1819 :

St le sort ennemi m'assiège et me désole, On pleure ; mais bientôt la tristesse s'envole.

Ce n'est pas le seul exemple qu'offre André Ghénier de cet emploi de on. Plus loin, page 82, dans l*élégie XXXI, on le trouve mis en corrélation avec novs :

Si les destins deux fois noxis permettaient la vie...« . On irait d'une vie âpre et laborieuse, etc.

240 ŒUVRES D'ANDRÉ GHÉNIËR.

Au vers 3 de la page 44^ autre correction tacitement introduite ; 1819 donne avec raison :

Je ne vais point, à prix de mensonge serviles,

c'est-à-dire en payant de mensonges des récompenses viles. Au prix de est une locution prépositive qui signifie en comparaison de.

XIX. — Cette pièce suffit à prouver que M. de Chénier s'est servi, pour établir son texte, d'une mauvaise édition; car, après le vers 22 de la page 49 .

Les pilotes bretons me portaient à Surate,

il manque le vers suivant :

Les marchands de Damas me guidaient vers TEuphrate,

comme dans l'édition de 1858. A cette époque, au moment du tirage, un accident survenu au cliché nécessita une réparation qui fut mal faite. On lima et on rajusta les deux fragments du cliché : le vers disparut. Cette page est en effet plus courte que les autres et contient un vers de moins. Cette remarque nous donne l'explication du grand nombre d'incorrections qui se sont glissées dans l'édition de 1874. M. 6. de Chénier a constitué son texte au moyen d'une édition fautive.

La pièce se termine par vingt vers qui ne me paraissent pas lui appartenir. Il faudrait tout au moins une forte lacune ; car la transition est trop brusque. M. de Chénier dit que ces vingt vers sont sur le manuscrit à la suite des autres. Nous avons vu, en ét^diant les Bucoliques, que Terreur capi-

taie de l'éditeur est de croire que tout ce qui est sur un même manuscrit appartient à la même pièce. C'est bien plus souvent le contraire qui est le vrai. Une pensée chez André Ghénier en engendre une autre, qui se fixe dans un fragment destiné à un autre ouvrage.

XXL — Deux mauvaises leçons à signaler. Page S3, vers 24, il faut lire avec 1819 :

Son nom, sa voix absente erre dans mon oreille.

André à chaque instant emploie le singulier.

Page 54, V. 6, il faut rétablir le pluriel qui est de 1819:

Ma main courait saisir, de transports chatouillée.

Le singulier « dé transport » mis sans mot dire par M. de Chénier n'est pas juste.

XXIL — M. G. de Chénier possède le manuscrit nous devons donc accepter son texte. DeLatouche, on le conçoit aisément, avait substitué le nom de Camille aux initiales qui sont sur le manuscrit et dont nous parlerons quand nous serons arrivés à la pièce LU. Nous ne ferons qu'une observation, relativement au vers 1 de la page 57: il est mal ponctué, ainsi que le prouvent les deux premières versions données en note ; il faut :

Humble et timide, à plaire elle est pleine de soins.

XXIV. — Cette élégie présente de grandes di£Qcultés et demande à être examinée très-attentive-

242 ŒUVRES D'âNDRÉ GHÉNIER*

ment. L'analyse critique à laquelle s'est livré M. de Chénier ne me parait pas avoir abouti à un résultat satisfaisant. Examinons les données du problème. La pièce, pour être complète, devrait se composer de quatre-vingt-dix vers. En effet, après avoir écrit cette élégie, André Chénier en fit luimême immédiatement Texamen critique. Quand il eut terminé, il ajouta cette dernière iiote: «J'ai écrit ces 90 vers et ces notes le 23 avril 1782, avant l'opéra où je vais à l'instant même. » Donc, il ne peut y avoir de doute sur le nombre de vers. De plus, l'éditeur nous apprend (p. 309) qu'André a numéroté ses vers de 5 en 5 jusqu'à 90. Que possède M. de Chénier? deux fragments. Le premier comprenant les huit premiers vers, plus deux non faits, plus les deux suivants ; total: douze. Le second contenant trente-huit vers, du 53* inclus, au 90S II manque donc à M. de Chénier quarante vers. Pour compléter autant que possible cette pièce comment a-t-il procédé? Il s'est dit que les parties du manuscrit qui lui manquaient devaient avoir été remises à de Latouche; il a donc tâché de souder ensemble tant bien que mal les fragments qu'il possède et ceux qu'il supposait avoir servi à de Latouche à former la XXV' élégie du recueil de 1819. Pour arriver à ce résultat il a fait trois opérations différentes, toutes les trois défectueuses, ce dont il aurait dû s'apercevoir.

Premièrement) il a enchâssé les vingt-quatre premiers vers de de Latouche entre les vers qui sont numérotés 12 et 53 sur son manuscrit. En agissant ainsi^ il ne tenait pas compte de la la-

cune nécessaire à contenir le morceau indiqué dans les notes par le premier hémistiche : Amis que ce bonheur. Il lui devenait impossible de placer le vers : Un jour tel est des dieuXj visé encore dans les notes. Il oubliait en outre d'indiquer par une lacune les quatre vers qu'une note (page 66) dit avoir été placés après : Des cavernes d'Etna.

Secondement, il a rejeté les huit vers suivants de de Latouche, en se contentant de dire en note qu'ils contenaient une variante. Comment la partie de manuscrit qu'il supposait être restée entre les mains du premier éditeur pouvait-elle contenir quatre vers trois-quarts du manuscrit qu'il possède et trois vers un quart formant une variante? S'il avait étudié cette question, il se serait dit qu'il faisait fausse route; que le texte de de Latouche et le sien ne pouvaient s'ajuster, puisqu'ils chevauchaient l'un sur l'autre; que, par conséquent, son point de départ était faux, et les manuscrits de de Latouche et les siens ne pouvaient pas être considérés comme les parties d'un même tout.

Troisièmement, il a ajouté les huits derniers vers de de Latouche à la suite du vers (page 63):

Ce ris pur et serein qui luit sur son visage,

après avoir dit lui-môme (page 309) que ce vers était précisément le quatre vingt-dixième, et par conséquent le dernier. Et quelle est la raison qui a dicté à M. de Chénier cette couture impossible (outre les rimes qui ne se suivent pas)? C'est que toutes les éditions se terminent par huit vers quiy dit

il, sont sur le manuscrit non restitué. S'il avait mieux élucidé la question précédente, il se serait dit uniquement que ces huit vers ne terminaient pas Télégie dans le manuscrit qu'il possède et les terminaient dans le manuscrit de deLatouche. De là à la solution du problème, il n'y avait plus qu'un pas.

Indiquons donc tout de suite cette solution, afin que le lecteur puisse nous suivre sans difficulté. Nous avons à faire ici à deux rédactions de la môme pièce, la première datant de 1782, la seconde d'une époque postérieure. De Latouche a eu entre les mains la pièce remaniée et terminée; c'est l'élégie xxv de l'édition de 1819. On ne peut se dissimuler qu'elle ne vaille beaucoup mieux que l'ébauche de 1782. C'est judicieusement qu'on avait compris cette pièce parmi celles qui devaient former l'édition de 1819, et qu'on avait laissé la compositon de 1782 dans le carton remis à la famille. L'élégie de de Latouche est donc à conserver comme pièce indépendante.

Les manuscrits qu'a M. de Chénier contiennent une partie de l'ébauche de 1782, en deux fragments formant un total de cinquante vers. C'est donc quarante vers que lui ou sa famille a perdu avant ou après 1819.

Il est possible de reconstituer (avec des lacunes bien entendu) la pièce de 1782, au moyen des notes d'André Chénier et de l'élégie donnée par de Latouche, qui comprend des vers de la première rédaction. Voici comment elle se composera. Les huit premiers vers du manuscrit (8); les deux sut-

vants, qui n'ont pas été faits (8 + 2 = 10) ; les deux suivants, donnés d'après le manuscrit (10+2 = 12) ; les quatre suivants, donnés par de Chénier, dont les deux premiers sont dans les notes, et dont les deux derniers, donnés par de Latouche, finissent la phrase et le sens (12 + 4=16) ; douze vers dont on n'a que le commencement dans les notes : Amis que ce bonheur; ce n'est pas trop, car il faut un multiple de quatre et André en parle comme d'un morceau (16 + 12 = 28) ; le vers : Un jour y tel est des dienac [F arrêt] inexorable (28+1 = 29) ; cinq vers du texte de de Latouche et Chénier, dont les deux derniers donnés par les notes, depuis : Vénus^ qui pour les dieux^ jusqu'à : lewr haleine de roses (29 + 5 = 34) ; le vers : Que LaïSy sans réservey abandonne à nos yeux (34 + 1 = 35) ; quatre vers, texte de de Latouche, dont le premier fourni par les notes (35 + 4 = 39); un vers fait, mais que de Latouche a marqué par des points (39+1 =40); les huit vers du texte de de Latouche, dont quatre sont répétés et deux indiqués dans les notes depuis : Cest alors qu'exilé, jusqu'à la ruine et la mort (40 + 8 = 48) ; quatre vers qui manquent, mais sont indiqués dans les notes comme traduits des Géorgiques (48 + 4 = 52) ; les trente-huit derniers vers du manuscrit commençant à : Si d'un axe brûlant, et finissant à visage (52 + 38=90).

Nous pouvons donc maintenant reconstituer (sauf les lacunes provenant de vers perdus) cette composition de 1782 et la mettre en regard de l'élégie remaniée postérieurement. Dans le texte

de 1782, les vers imprimés en lettres italiques sont ceux qui , appartenant à la première rédaction d'une façon certaine, ont été conservés dans la seconde. Les vers imprimés en lettres italiques et mis entre crochets sont ceux de la seconde rédaction, qui paraissent avoir appartenu à la première. Dans le texte postérieur à 1782, les mêmes passages sont imprimés en italiques. Ce qui est en lettres romaines appartient en propre à cette seconde rédaction ; ce sont les additions et corrections.

rvax DE 1782.

Anime par ramoor, le vrai dieu des poStei^ Bu Pinde, en mon printemps, j'ai conna les retraites, Aox danse* dM neuf sœurs entremêlé mes pas, Et de leurs Jeux charmants su goûter les appas. 5 Je veux, tant que mon sang bouillonne dans mes reines, Ne chanter qne l'amour, ses douceurs et ses peines. De conTives chéris toujours environné, A la joie avec eox sans cesse abandonné,

Fumant dans le cristal, que Bacchus à longs flots Partout aille i la ronde éveiller les bons mots. Beine de me$ bmnquets^ qm ma déesse y vienne Que des fleure de ea télé eile pire la mienne

15 [Peur enivrer mes sens, que le feu de se$ yeux] [S'unitae d la vapeur des vim délicieux.] Amis, que ce bonheur

Un jour, tel est des dieux l'arrêt (?) [inexortd/le.] 80 [Vénus, gui pour les dieux (7) fit U bonheur durable,] [A nos cheveu» blanchis refusera des fleurs,] [Et le printemps pour nous n'aura plus de couleurs.] Qu'un sein voluptueux, des lèvres demi-closes Respirent prés de nous leur haleine de roses ; 85 Que Lais MM réserve abandonne à nos yeux De ses charmes secrets les contours gracieux. [Quand Pdg* aura sur nous mis sa main flétrissante,]

TEXTt DtrnflTIF, POSTÉRtBUR A 1782.

Reine de mes banquets, que Lycoris y vienne.

Que des fleurs de sa tète elle pare la mienne ; Pour enivrer mes sens que le feu de ses yeux S'unisse d la vapeur des vins délicieux.

Hàtons-nons l'heure fait. Un Jour, inexorable, Vénus qui pour les dieux fit le bonheur «furoife. A nos cheveux blanchis refusera des /leute Et le printemps pour notis n'aura plus de e&uleurs. Qu'un sein voluptueux, des lèvres demi-closes Respirent prés de nous leur haleine de roses Que Phryné sans réserve abandonne d nos yeux De ses charmes secrets les contours gracieux Quand Vdge aura sur nous mis sa main flétrissante,

[Que pourra la beauté, quoique toute-puiseante 7\ [Nos coture en la voyant ne palpiteront plus.]

[Cest alors, qu^exilé dans mon champêtre asile,]

De Vantique eagease admirateur tranquUle,]

De tout cet univers interrogeant la voix,

JHrai de la nature étudier les lois :

tJK Par quelle main sur soi la terre suspendue

Voit mugir autour d'elle Amphitrite étendue ;

{Quel Titan foudroyé respire avec effort]

[Des cavernes d'Etna la ruine et la mort ;]

Que pourra la beauté quoique toutê-puitsa$Uë f Nos cœurs en la voyant ne palpiteront plus.

Cest alors qu'exilé dans mon champêtre asile. De Vantique sagesse admirateur tranquille.

Du mobile univers interrogeant la voix, JHrai de la nature étudier les lois :

Par quel matn sur soi la terre suspendue Voit mugir autour d'elle Amphitrite étendue ; Quel Titan foudroyé respire avec effort Des cavernes d'Etna la ruine et la mort ;

Quel bras guide les eieux ; h quel ordre encliiln^, Le soleil bienfaisant nous ramène l'année ; Quel signe aux ports lointains arrête rétraoger; Quel autre sur la mer conduit le passager.

Quand sa patrie absente et longtemps appelée Lui fait tenter VEuripe et les flots de Malée; Et quel de l'abondance heureux avant-coureur Arme d'un aiguillon la main du laboureur.

Si d'un axe brûlant le soleil nous éclaire ; Ou si roi, dans le centre, entouré de lumière,

15 A des mondes sans nombre, en leurs cercles roulants, Il verse autour de lui ses regards opulents ; Comment à son flambeau Diane assujettie Brille, de ses bienfaits chaque mois agrandie ;

I Si l'ourse au sein des flots craint d'aller se plonger ; too Quel signe sur la mer conduit le passager.

Quand sa patrie absente et longtemps appelée

Lui fait tenter VEuripe et les flots de Malée;

Et quel, de l'abondance heureux avant-coureur,

Anne d'un aiguillon la main du laboureur.

16 Souvent dès que le jour chassera les étoiles, etc., etc. (La suite, comme dans l'édition.)

}5 L'automne sur ses pas y conduit l'abondance

Et la douce gaiié, mère de l'indulgence.

Et, tel que dans l'Olympe à la table des dieux,

De pampres et de fruits et de fleurs radieux.

Donne à tons les objets offerts à son passage K) Ce ris pur et serein qui luit sur son visage.

Cependant, jouissons ; l'âge nous y convie.

Avant de la quitter, il faut user la vie.

Le moment d'être sage est voisin du tombeau.

Allons, jeune homme, allons, marche; prends ce flambeau, Marche, allons. Méne-moi chez ma belle maltresse. J'ai pour elle aujourd'hui mille fois plus d'ivresse. Je veux que des baisers plus doux, plus dévorants, K'aicnt jamais vers le ciel tourné ses yeux mourants.

Cette seconde rédaction est bien supérieure à la première : c'est un petit chef-d'œuvre, qui méritait d'être restitué. Le texte de 1782 présentait des longueurs ; tout le morceau du vers 65 au vers 90 était d'un développement exagéré; c'était, il faut l'avouer, un hors-d'œuvre. La pièce, en outre, ne finissait pas, et les cinq ou six derniers vers étaient peu clairs. Toutes les corrections faites

par André Chénier sont excellentes. Dans le vers 35, Phryné vaut beaucoup mieux que Laïs. Tout le passage : Cest alors^ est ramené à de justes

proportions. La fin est pleine d'ardeur juvénile et de mouvement.

XXVIII. — Il est certain pour nous aujourd'hui que la jeune Florentine, célébrée dans cette élégie, n'est autre que milady Cosway.

Voici la note écrite à son sujet par Sauveur Chénier, et que l'éditeur à insérée à la page 243 du I«» volume : « Milady Cosway était alors une jeune dame anglaise, pleine de grâce et de candeur, qui joignait à la beauté l'amour des beaux-arts et un talent assez distingué pour la peinture, qu'elle pratiquait assidûment. Elle a gravé à l'eau-forte, avec esprit et légèreté, divers sujets de sa composition ou tirés des tableaux de Raphaël, Rubens et autres artistes célèbres. Bartolozzi a gravé à la manière du crayon son portrait peint par ellemême. I/enthousîasme des beaux-arts et la beauté du climat déterminèrent cette femme intéressante à se fixer à Rome, où l'on croit qu'elle existe encore (1819) et qu'elle continue à cultiver la peinture. » André Chénier fit pour elle des vers italiens, dont voici la traduction :

La Seine et la Tamise, ces deux sœurs, alunissent enfin pour admirer la fille de TArno, à qui le Phébus toscan donna une lyre d^or, à qui Apelle légua ce vivant pinceau qui fait respirer la toile, dont le chant est doux, et dont la main savante se promène sur le clavecin ou sur les cordes sonores. Tu es agréée des Muses, ô Cosway, aimée sur le Pinde, chère à la Seine et chère à la Tamise.

Au vers 15 de la page 77, il faut enlever à soi seul et reprendre le texte de 1819 :

Et le talent modeste à lui seul inconnu.

XXIX. — M. de Chénier n'est pas heureux en voulant corriger, sans autorité, le texte d'une pièce dont il n'a pas le manuscrit. L'édition de 1819 donne ainsi les deux derniers vers de la page 78 :

Poursuis : dans ce bel âge, où faibles nourrissons, Nous répétons à peine un maître et ses leçons.

A la place du second, M. de Chénier met celui-cî, qui est fort ridicule :

Nous répétons à peine au maître ses leçons I

XXX. — Page 80, vers 5, reprendre le texte de 1819, changé sans mot dire :

Au ris mêlé de pleurs, aux longs cheyeux êpars.

XXXII. — Page 86, vers 9, pourquoi avoir changé la leçon de 1819, qui donne : « Qui put voir en naissant,.,.? » Après le vers 20, replacez le point d'interrogation.

XXXIII. — Encore une élégie adressée à la personne qu'André désigne par les initiales D'.r.., dont nous reparlerons au sujet de l'élégie lu. C'est précisément les premiers vers de cette pièce dont le fao-simile se trouve dans le premier volume des Œuvres de Marie-Joseph. M. de Chénier, on l'a vu, veut* que ce soit une beauté anglaise; je lui de-

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