‹ Documents nouveaux sur André Chénier et examen critique de la nouvelle édition de ses œuvresChapitre 77 sur 101 · Voyez ci-dessus, page · texte numérisé non relu

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mande d'abord ici comment il peut concilier cette assertion avec le cadre de cette élégie, qui me parait bien français :

Marne, Seine, Apollon n'est plus dans vos forêts ?

Page 89, vers 5 et 6, il corrige 1819 sans le dire; il faut :

Ah I plutôt que souffrir ces douleurs insensées. Combien j'aimerais mieux sur des Alpes glacées....

XXXVI. — Hélas! la Lampe aussi, cette charmante et ingénieuse composition, est sortie mutilée des mains de l'éditeur! Et comment encore M. G. de Chénier a-t-il pu se contenter pendant cinquante ans des explications banales qu'il nous donne au sujet des différents manuscrits qui se rapportent à cette pièce? Quoi ! il n'a donc jamais éprouvé, avec le doute, le besoin de consulter quelqu'un qui pût l'éclairer! Il a donc, avec un soin avare et jaloux, gardé pour lui seul ces poétiques reliques, sans convier au moins un ami à lire, à déchiffrer avec lui la pensée à-demi voilée d'André Chénier ! Mais il n'a même pas vu qu'il y avait là un petit problème à résoudre, bien simple pourtant, et demandant à peine quelques minutes d'attention. Nous y viendrons tout-à-l'heure ; auparavant occupons-nous du texte, après l'avoir débarrassé des quatre vers fort mal placés à la suite de cette pièce (page 98), et qui doivent appartenir à VArt d'aimer.

Un fragment du manuscrit faisait partie des pièces destinées à l'édition de 1819; de Latouche

ne put les compléter qu'au moyen de copies fournies par Sauveur. Mais comme M. de Chénier ne nous dit pas positivement quels sont les fragments qu'il a conservés, nous ne pouvons savoir dans quelle mesure nous devons accepter son texte* Dans le doute reconnaissons comme bon celui qu'il nous offre. Mais il prétend dans ses notes que les différents fragments qui composent cette élégie, presque entièrement puisée dans Asclépiade, n'ont pu être exactement liés entre eux par le premier éditeur. Contrairement à ce que prétend M. de Chénier, de Latouche a beaucoup mieux réussi que lui à réunir les différentes parties de cette pièce. Il a supprimé vers la fin, inutilement à mon avis, quatre vers dans le but d'accélérer Iç dénouement, et dans le milieu il a fait une coupure, afin de faire disparaître quelques vers d'un goût tout à fait erotique et un tour de phrase obscur ; mais le dessein général reste fort net et fort clair. M. de Chénier, lui, a sans façon rapproché deux parties de l'élégie qui ne sont pas consécutives et a laissé dans le canevas en prose les huit vers qui étaient destinés à les relier entre elles. Il faut donc absolument rétablir ce passage :

Elle alors, d'une voix tremblante et favorable, Lui disait : « Non, partez ; non je suis trop coupable. ... » Elle parlait ainsi, mais lui tendait les bras. Le jeune homme, près d'elle arrivait pas à pas. Alors je vis s'unir ces deux bouches perfides En des baisers liés par leurs langues humides ; J'en entendais le bruit. Le traître, d'une main. Pressait avidement les globes de son sein ; L'autre..., les plis du lin qui cachait ses ravages

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M'empêchaient de la suivre et de voir tes outrages. Malgré quelques combats, bientôt après je yis, etc.

Et il est nécessaire de placer une virgule après ce vers, car tout ce qui se trouve entre je vis et étaler est un ablatif absolu. Gomment M. de Chénier n'a-t-il pas vu que ces huit vers étaient indispensables? Mais il y a bien d'autres choses qu'il n'a pas aperçues. Retournons aux notes de la page 318. Un morceau^ dit-il, qui se trouve sy/r Vautre côté de la même feuille et qui porte ces mots de convention : IXty. in icpo9upa(ac [a. ou bien, ^oOiaCoec, indique quHl appartient au com/mencement de cette élégie. Quoi! des mots de convention^ ces mots grecs l Hélas I peut-on méconnaître ainsi la pensée d'un poète ! M. de Chénier aurait dû s'informer de la signification de ces mots et ensuite se donner la peine de lire avec attention toutes les épigrammes d'Asclépiade citées dans les notes en prose imprimées au commencement de la pièce, page 94. Il aurait vu que c'est la xxv* épigramme d'Asclépiade seule qui a fourni & André Chénier le sujet de la Lampe, et particulièrement les deux derniers vers : « Lorsque, tenant son amant dans ses bras, elle prendra ses ébats, éteins-toi et refuse-lui ta lumière ; 3» mais qu'Asclépiade ne lui a fourni que l'idée première, développée par des emprunts habilement faits à une épigramme de Méléagre. Il aurait vu que les douze autres épigrammes d'Asclépiade, indiquées par le poète dans une note, mal à propos intercalée avant le début de l'élégie, n'ont aucun rapport avec celle-ci et étaient destinées à entrer dans d'autres pièces, formant avec la

Lampe une petite série de compositions poétiques pouvant être comprises sous un môme titre. En effet les mots grecs placés en tête de la Lampe Ù<v[,

in irpoôupaïaç fx. signifîent IXeyoç in irpoOupataç fiiEXoÔs-

ai'aç, c'est à dire : élégie à mettre dans les compositions poétiques (in pieXoôejtaç) récitées par les amants devant la porte (^poôupaïaç) de leur maîtresse; et les mômes abréviations placées dans les notes doivent s'expliquer par eXeyoi m icpoôupaîa^ pieXoOediaç, c'est à dire : sujets d'élégies pour mes compositions poétiques chantées devant la porte d'une maîtresse. C'est ainsi qu'un poôte moderne pourrait mettre en tète de fragments ou de notes sur ses manuscrits : Pour mes Nocturnes ^ pour mes SérénadeSj etc. Dans l'indication de son sujet André reste antique. On sait combien chez les poètes grecs et latins cette porte, qui cède ou s'oppose aux désirs des amants, est une source d'inspiration féconde. C'est à elle que s'adressent les prières, les objurgations, les menaces des soupirants ; chez les Grecs et les Romains elle joue le môme rôle que le balcon chez les Espagnols. André avait bien vu tout ce que ce sujet pouvait fournir d'idées gracieuses, tendres, erotiques; il avait d'un trait de plume réuni plusieurs sujets sous le titre de chants récités devant la porte, Trpo6upaiai (iL8>.oÔ6a(ai, et avait immédiatement indiqué un certain nombre d'épigrammes d'Asclépiade pouvant lui fournir des situations poétiques, par exemple laxxiii® (V, 189) : «C'est l'hiver; les Pléiades sont au milieu de leur course ; la nuit

va disparaître ; et moi sous les fenôtres d'Hélène,

je me promène tout ruisselant de pluie et blessé par ses charmes ; etc. ; » par exemple encore la vr (V, 145) : « couronnes, restez-là suspendues à cette porte sans secouer précipitamment vos feuilles, ces feuilles que j'ai trempées de mes larmes I etc. ; 3» et d'autres, toutes pleines d'un amour un peu raffiné, précieux, mais intéressantes par des détails ingénieux, inconnus à la poésie française.

Yoilà ce qu'un examen attentif des manuscrits etlt révélé à un éditeur doutant un peu plus de lui-même, daignant s'informer et ne s'îsolant pas dans ses vaines recherches. Depuis combien de temps saurions-nous tout cela, si tous ces papiers d'André étaient tombés en des mains plus libérales, et surtout sous des yeux plus clairvoyants?

XL. — Page 108, v, 9 et 10. — Si mes souvenirs sont exacts j'ai pris le texte de ces deux vers dans la Revue des deux Mondes^ qui publia ce morceau un peu avant l'édition de 1833.

XLI. — A placer dans l'Art d^aimer; ces vers sont didactiques.

XLII. — Une des meilleures corrections de de Latouche consiste à avoir enlevé les deux premiers et les deux derniers vers; ces quatre vers nous gâteront désormais cette charmante boutade poétique»

XLIII. — Manuscrit non restitué^ dit l'éditeur. J'en doute, car c'est lui-même qui a fourni cette pièce à l'édition de 1833*

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