‹ Documents officiels recueillis dans la secrétairerie privée de Maximilien: Historie de lChapitre 1 sur 71 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

En racontant dans le premier volume de cet ouvrage les origines de l'Empire, je me suis fait un devoir de me montrer sobre de détails. Je tenais à ne rien aventurer de moi-même, et me suis contenté pour cela de rappeler les explications qui ont été données en 1863, soit dans les journaux allemands, soit dans le Mémorial diplomatique. Je n'ai rien trouvé dans les papiers laissés à Mexico par les hommes de l'empire, qui pût me servir de guide à travers les nuits de cette intrigue et, je le répète, je n'ai rien voulu avancer sans fournir immédiatement mes preuves à l'appui.

Aujourd'hui, Ton sait à quoi s'en tenir sur l'existence de ces pièces. Elles sont toutes conservées religieusement, trop religieusement peut-être, les unes à Vienne, les autres à Rome; d'autres encore, si nous devons en croire ce que Tarchiduc lui-même en a raconté pendant son procès à M. Aspiroz, à Londres, entre les mains de la reine Victoria, et le Journal de PariSy en mentionnant les deux premiers faits^ les a fait suivre des détails instructifs que voici :

c( Tout le monde sait que Tempereur Maximilien avait légué, dans son testament, au prince de Salm tous ses papiers généralement quelconques, en le chargeant de raconter l'histoire des négociations qui avaient précédé son départ de Miramar, d'expliquer quels avaient été ses plans généraux, d'exposer, pièces en mains, par quelles causes, indépendantes de sa volonté, ces plans avaient échoué.

L'empereui\l&a^imilien léguait nommément au prince de Saim les papiers qu'il su/ait laissés au château de Miramar et ceux que l'impératrice GÏi'arlotte avait apportés en Europe.

» Cêst^ 'd'ailleurs, sur le ton de la plus intime amitié et de la plus iBj,ime'(îônfîance que l'empereur Maximilien s'exprimait à l'égard du prirîe^ de Salm. Tout le monde, répétons-le, connaît ces'circon- /.^t^ces. Mais ce qu'on ne sait pas ou ce qu'on sait mons, c'est que, .-.^''"jdrs de la publication du testament de Maximilien , la clause relative '•\ 3u prince de Salm en fut retranchée et tenue secrète. Au moment . • où se fit la publication, le prince de Salm était encore prisonnier de Juarez. Ce n'est qu'après son retour en Europe et encore par hasard que le prince de Salm apprit à la fois et la mission dont l'avait chargé son royal ami et la mutilation qu'on avait fait subir au testament de l'empereur du Mexique. 11 réclama. Il demanda à la chancellerie aulique de Vienne si le legs existait, et, en cas de réponse affirmative, il adressa requête en forme pour qu'il lui fût fait remise de tous les papiers de Maximilien.

» On lui a définitivement répondu que l'empereur François-Joseph, en tenant secrète l'une des clauses du testament d'un archiduc autrichien, son frère, avait usé de ses droits de chef de famille et de souverain, et qu'il continuerait d'en user dans le même sens, en se refusant de livrer les papiers de Maximilien, d'abord déposés à Miramar, passés ensuite dans les archives de famille de la maison de Lorraine. La réponse du Pape a été analogue pour ce qui le concerne. Voilà où en sont les choses. Le prince de Salm déclare hautement qu'il poursuivra, par toutes les voies de droit, ses légitimes réclamations. Il considère désormais comme le devoir et l'œuvre de sa vie de se mettre en possession de tous les papiers de Maximilien, et d'arriver à ce que les vœux formés par son ami mourant soient réalisés. »

Je ne relèverai pas ce que peut cacher de préoccupation bonne ou mauvaise cette phrase à double entente : Au moment où se fit la publication du testament, le prince de Salm était encore prisonnier de Juarez. M. de Salm, condamné à une détention perpétuelle, était alors le prisonnier, non de M. Juarez, mais de la loi; et s'il est aujourd'hui rendu à la liberté, il le doit à la générosité du Président et du conseil des ministres, rien qu'à elle. La mission dont on le dit chargé, loin de lui nuire auprès du gouvernement mexicain, devait, au contraire, lui être favorable, en ce qu'elle aurait projeté un jour plus clair sur les intrigues dont la loi du

17 juillet J861 n'a été que le prétexte, et, cela dit, M. Juarez ne pouvait qu*y gagner.

Malheureusement, la royauté, au rebours de toutes les lois, au mépris de toutes les règles connues du juste et de rinjuste, a cela d'essentiellement mauvais qu'elle n'est comptable de ses actes vis-à-vis de personne ; qu'elle peut impunément souffler le chaud ou le froid, la reprise ou la stagnation des affaires, la paix ou la guerre, selon que l'exigent, d'un jour à l'autre, ses intérêts ou ses caprices ; et qu'après avoir prodigué inutilement leur or et leur sang pour des choses qui ne les concernaient en rien, qu'ils ne comprenaient même pas, les peuples, en fin de compte, sont obligés de se contenter d'une réponse dans le genre de celle-ci : On lui a définitivement répondu que Cempereur François-Joseph, en tenant secrète une des clauses du testament d'un archiduc autrichien, son frère, avait usé de ses droits de clief de famille et de souverain, et quil continuerait d'en user dans le même sens, en se refusant à livrer les papiers de Maxi* milien.

C'est tout simplement l'histoire du masque de fer, du procès du collier et du guet-apens de Boulogne, appliquée à l'expédition du Mexique. Je n'en continuerai pas moins la tâche que j'ai entreprise et si, dans mon travail, il se trouve quelques lacunes, je prie les lecteurs de ne pas oublier que la faute n'en est pas à moi, mais à l'archiduc, d'abord, qui a fait enlever une partie des papiers de l'empire, afin de ne publier que ceux qui pourraient lui être favorables; puis aux gouvernements d'Autriche et de Rome, qui espèrent sans doute, en refusant de livrer ceux qu'ils possèdent à la publicité, conserver par devers eux un moyen dont ils peuvent se servir au besoin pour exercer sur l'homme des Tuileries une action favorable aux intérêts de leurs chapelles particulières.

J'ai raconté dans le premier volume comment s'y est prise la diplomatie européenne pour fomenter les troubles du Mexique et rendre possible cette intervention dont le but réel, accepté à l'avance par les puissances contractantes, même par celles qui n'ont pas voulu suivre le gouvernement impérial jusqu'au bout de son aventure, était de renverser

la République pour mettre à sa place un empire éphémère qui devait à peine vivre ce que vivent les roses : il me reste dans celui-ci à expliquer de quelle manière un gouvernement monarchique, au moyen de la police, de la presse, de l'administration, de l'armée et de tous les autres éléments dont il dispose en tant que gouvernement, arrive petit à petit, et lorsqu'on lui en donne le temps, à corrompre tellement un pays que le sens moral n'existe plus pour lui, et que les étrangers eux-mêmes, aussi surpris de ce qu'ils voient que de ce qu'ils entendent, s'extasient devant ce qu'ils considèrent comme la sagesse profonde d'un être qui bien souvent, n'a de l'homme que la figure', ou, comme le pape Pie IX, envoient des roses d'or à une Isabelle quelconque en témoignage de ses vertus privées.

Ces méfaits du pouvoir d'un seul ne sont pas malheureusement le fait de telle ou telle monarchie plutôt que de telle ou telle autre. Ils appartiennent à l'institution elle-même de la même manière que l'écorce appartient à l'arbre. C'est pour elle une question d'être ou de ne pas être, et si j'entre à cet égard dans des détails qui pourront parfois paraître minutieux, c'est qu'à la suite de toutes les révolutions qui ont bouleversé notre vieille Europe, depuis bientôt quatre fois vingt années, jusques et y compris l'expulsion de la reine d'Espagne, personne n'a compris encore, ou plutôt n'a voulu comprendre, que la royauté était plus coupable que le roi, et que, pour en finir avec ce fétiche édenté, le plus simple était de mettre à nu, sans crainte et sans ambages, les moyens dont on se sert pour l'imposer aux populations et les noms de ceux qui se chargent de cette triste besogne.

Je ne dirai rien qui ne soit vrai, matériellement vrai, dont je ne puisse fournir les preuves. Je parlerai de tous ces vivants que je ne connais pas de la même manière que s'ils étaient morts, et pour me consacrer le plus promptement possible aux difierentes questions dont j'ai parlé plus haut, je vais d'abord m'expliquer en quelques mots au sujet des relations de l'archiduc avec le Saint-Siège.

Page 1