SERVICE OCCULTE OU URGENT
« (luant ù celte partie de la Police politique, il est impossible de pouvoir l'organiser de Paris, attendu que son mode de fonctionnement, le choix et le nombre du personnel, sont absolument subordonnés au milieu dans lequel on se trouve, et aussi aux événements en face desquels on est placé.
» Toutefois, il y a des règles invariables qui doivent ôtre appliquées ou suivies aussi bien au Mexique qu'en France, ces règles les voici :
» 1«> Avoir des agents dans toutes les classes de la société, et même dans toutes les catégories ;
» S'» Les ecclésustiques doivent être préférés a tous autres.
» S'* Les femmes aussi peuvent être très-utilement employées.
» Mais il ne faudra jamais agir sur les dires d'un seul agent, les rapports de ces individus devront toujours être contrôlés et vérifiés une seconde, voire môme une troisième fois, s'il est possible. »
Ce personnel n'était point encore entré en fonctions (3) que déjà le S** Quilichini, secrétaire désigné de M. Galloni
(1) Cette lettre est celle du 30 août 1864, reproduite en entier dans le chapitre précédent.
(2) Cette phrase est soulignée dans la lettre de M. Hugelmann.
(3) M. Galloni ne fut mis à la tôie de la police, en qualité de directeur-général provisoire, que par un office du 21 avril 1865, daté de la hacienda de Âcolman, dans le district de Texcoco, et inséré dans le Diario del Imperio du 28 du même mois.
d'Istria, avait noué des relations avec une femme de mœurs plus que légères, et avait établi conjointement avec elle, mais à Tinsu de son chef, une maison de jeu dans la rue S^-Juan de Latran.
Il y eut des explications fort vives échangées à ce sujet entre le directeur et son futur secrétaire. Il en résulta que ce dernier, en organisant ce tripot sans en prévenir son supérieur avec lequel il était entendu qu'il devait partager les bénéfices de ces sortes d'opérations, avait en réalité trahi sa confiance. En conséquence, il y eut rupture, et M. Galloni, pour se débarrasser d'un complice qui aurait pu lui nuire plus tard, obtint du gouvernement une gratification de 2,000 francs avec laquelle il le renvoya en Europe.
Cela fait, il transmit au gouvernement ses projets d'organisation. On réunit entre ses mains les différentes allocations inscrites pour la police au ministère de l'intérieur et au cabinet de Tarchiduc; on plaça sous ses ordres la police municipale; on y joignit les agents secrets, dont il eut soin de supprimer tout d'abord la plus grande partie, et Ton attendit les résultats des merveilles qu'il avait promises.
Le directeur de la police donnait chaque semaine deux ou trois dîners auxquels assistaient les ministres d'Autriche et d'Italie avec les secrétaires de leurs légations; M. Davidson, représentant à Mexico de la maison Rothschild; M. Somera, alors préfet municipal de la capitale; M. de Bombelles, chambellan de l'archiduchesse et les officiers supérieurs autrichiens. Après le dîner, on passait au salon, on buvait et Ton jouait, pendant que les agents français de la police, à l'imitation de leur directeur, cultivaient tous la beauté, le jeu ou l'absinthe, et présentaient de temps à autre quelque nouvelle à sensation, recueillie on ne sait où, mais que la secrétairerie se hâtait de transmettre au cabinet de l'archiduc sous ce titre pompeux : Rapport à l'Empereur.
D'autre part, l'état-major du maréchal avait également sa police. On connaissait chez lui, à Buenavista, tout ce qui se passait chez le directeur. On y savait que, chaque matin, plusieurs filles publiques attendaient au balcon de son hôtel la rentrée où le réveil de M. Galloni, et que les notées du
quartier général restaient sans eftet parce que l'on avait Tordre de ne pas le réveiller.
Les plaintes pleuvaient donc au cabinet de l'archiduc. 11 y avait celles du maréchal et celles des agents supprimés qui continuaient à faire de la police pour leur propre compte; celles des ministres et celles des habitants qui profitaient de l'absence de Maximilien pour adresser à sa jeune épouse des lettres dans le genre de celle-ci.
« Mexico, 10 mai 1865.
» Madame,
» M. Galloni d'istria a commis hier un nouvel altentat (1) qui a jeté Talarme au milieu de la population. Plus de 40 personnes honnêtes — décentes — ont été arrêtées dans une maison, callejon del Espfritu Santo n° 12, où elles jouaient aux cartes avec autorisation de Tautorité et sous la surveillance de la police.
» On les a fouillées : on leur a enlevé leurs papiers, leur argent, jusqu'à leurs montres; on les a traitées de la manière la plus indigne, et Ton a fini par les mettre en prison avec les criminels.
» Si M. Galloni continue dans ses fonctions de directeur de police, Tordonnance de l'empereur deviendra une véritable mystification. Il viole les lois ; il envahit les attributions du gouvernement et de la justice. 11 garde en prison trois individus dont la peine est cependant terminée; il a fait sa perquisition dans la maison dont il s*agit sans ordre écrit, contrairement aux prescriptions de Tordonnance sur la matière; il a enlevé les bijoux que portaient des personnes qui ne sont pas coupables, et qui, en admettant même qu'elles le fussent, n'auraient pas dû être dépouillées de ce qui leur appartenait.
» Ce fait est terrible, Madame, et les mexicains impriment dans ce moment un manifeste pour faire connaître au public tous les attentats de ce despote. Ils suivront Texemple que leur ont donné les États-Unis, en se débarrassant d'un pareil coquin — picaro — et des sicaires dont il se sert pour la perpétration de ses crimes et de ses vols.
» Un Espagnol mexicain, »
Ce qui irritait surtout les joueurs c'est que M. Galloni, tout en se montrant impitoyable dans certaines occasions, afin
(1) 11 en avait donc commis déjà plusieurs autres.
de mieux tromper le gouvernement, avait lui-même donné l'autorisation d'ouvrir une maison de jeu à deux Français qui, moyennant une redevance de i ,000 francs par semaine, avaient établi le siège de leurs opérations dans le grand salon du théâtre principal. Ce fait fut dénoncé au maréchal qui résolut d'en faire la base d'une accusation contre le directeur de la police. Le S^ Maury, ancien sous-officier de la garde, fut mandé à cet eflFet, et le 25 juillet 1865, M. le colonel Boyer, chef d'état-major général, adressa la lettre suivante au chef du cabinet militaire de l'archiduc.
Corps expéditionnaire du Mexique. — État-major général. — N°...
« Mexico, 25 juillet 4865.
» Mon cher Loysel,
» Le maréchal me charge de vous adresser très-confidentiellement M. Maury, attaché au service de la police, qui a à vous faire certaines déclarations touchant le service de M. Galloni distria.
» Veuillez écouter M. Maury : S. E. pense qu'il y a lieu de renvoyer M. Galloni en Europe, et de rétablir le service de police tel qu'il avait été conçu dans le principe, c'est-à-dire, pour le service de sûreté personnelle de S. M. Tempereur Maximilien, laissant au gouvernement mexicain le soin de pourvoir à la police générale de l'Empire, sans endosser ni assumer, au titre (i) de la France, des actes odieux qui peuvent s'attacher à ce genre de service.
» Tout à vous,
» Napoléon Boyer. »
Le ministre de Tintérieur Esteva intervînt alors auprès de l'archiduc pour demander la destitution de Galloni, mais le prince n'avait, à ce qu'il parait, qu'une confiance trèslimitée dans la parole du chef d'état-major du maréchal. Il voulait des preuves de l'entente du directeur de la police avec les fermiers des jeux, et le ministre de l'intérieur, de concert avec le préfet municipal Somera, ancien commensal de Galloni, se chargea de les lui fournir. Ils se déguisèrent l'un et Tautre en agents de police et procédèrent en personne à l'arrestation de tous ceux qui se trouvaient alors dans le
(l) M, Boyer a voulu dire au nom.
tripot. Les joueurs furent immédiatement relâchés, mais les fermiers n'obtinrent leur liberté que plus tard et conditionnellement. On leur oflFrit, s'ils voulaient dire toute la vérité, de leur rendre l'argent saisi au moment de leur arrestation ; de ne leur imposer aucune amende et de leur faire grâce de la prison qu'ils avaient encourue. Ils acceptèrent, ainsi qu'on devait s'y attendre, et l'archiduc consentit alors à la destitution de M. Galloni.
Trois jours auparavant, ce dernier avait reçu la solde mensuelle des employés de la police. Le ministre de Tintérieur lui enjoignit de remettre ces fonds entre les mains du préfet politique Azcarate (1), et cette disposition amena la découverte de ce nouveau fait.
La municipalité payait en totalité la solde des agents qui étaient obligés de s'entretenir à leurs frais; mais, pour obtenir l'uniformité dans leur tenue, on opérait sur la solde de chacun d'eux une retenue qui servait à leur entretien. Au moment où le directeur de la police cessait ses fonctions, le montant de cette retenue devait s'élever à la somme de 60 à 75,000 francs, que M. Galloni refusa nettement au préfet politique en disant qu'il n'avait pas de compte à lui rendre; et quoique l'on pût faire auprès de l'archiduc, il fut inipos« sible d'obtenir de lui la mise en jugement de cet officier supérieur de la police, pris en flagrant délit de rapines et de vols.
Après son départ, la direction de la police échut de fait au Sr Maury, qui ne réussit jamais cependant, même avec le patronage du maréchal, à obtenir le titre de directeur (2), et qui revint en France au mois de septembre 4866 avec les restes de la brigade placée sous ses ordres.
Je laisse de côté les réclamations qu'ils firent les uns et les autres, à leur retour, contre M. Galloni d'Istrîa, qui s'était emparé, disaient-ils, de l'argent qui leur appartenait, et je passe à quelques-uns de ceux qui, sans appartenir publiquement à cette honorable institution, n'en rendaient pas moins des services payés plus ou moins généreusement.
(1) Beau-père du maréchal Bazaine.
(2) Lettre du S^ Maury, au chef du secrétariat de rarchiduc, on date du 24 mars 1866.
Après le nom de M. de Barres, en voici deux autres pris au hasard.
4® Par une lettre datée du 5 juin 4865, du minéral de Zamalpan, un certain Reynaud, personnage bien connu à Mexico, informait M. Pierron, sous-chef du cabinet de l'archiduc, de l'arrestation de deux individus dont il lui avait parlé quelques jours auparavant, et lui en désignait un, nommé Nunez, comme un homme des plus dangereux.
2» Par une autre lettre, en date du i3 novembre de la même année, un prêtre italien, du nom de Zanetti, s'était adressé au gouvernement pour en obtenir des secours.
Au bas de cette demande, 1 archiduc écrivit lui-même, au crayon :
« 11 faut prendre des informations et s'assurer s'il n'a pas quelque mission secrète. »
Le cabinet répondit :
« Les renseignements sont satisfaisants. — Le cabinet a Tintention de se servir de cet Italien pour découvrir la trame des complots que Ton pourrait former contre le gouvernement. — Si S. M. y consent, on lui donnerait sur les fonds du cabinet une somme de 60 piastres par mois, n
L'archiduc répondit, toujours au crayon : Accepté, Et ce prêtre fut ainsi incorporé parmi les mouchards, moyennant une rétribution de 300 francs par mois.
Parmi ces braves gens dont Tunique métier consistait, tantôt à écouter aux portes, tantôt à ramasser dans les estaminets, quelquefois même dans la boue des ruisseaux, quelques bribes de conversation sur lesquelles ils bâtissaient des rapports témoignant de leur zèle pour le service de l'archiduc, il y en avait, comme le vicomte de la Pierre, que je ne veux pas confondre avec eux et qui méritent pour cela une mention particulière.
Quelle était la mission de M. de la Pierre? Personne ne Ta jamais su. — Son nom, ou celui d'un homonyme, je ne sais, se trouve cité plusieurs fois dans la correspondance interceptée de M, Jecker, et si je ne l'avais retrouvé dans une demande de liquidation de solde datée des 17 et 21 mai 1865, je n'en aurais certainement pas dit un seul mot. Mais
il était en instance auprès du gouvernement de l'archiduc pour obtenir un arriéré de solde auquel il prétendait avoir droit en qualité d'ancien aide de camp du général Almonte, et je me trouve ainsi obligé d'en parler.
Il adressa d'abord sa réclamation au maréchal Bazaine; puis il l'envoya à M. Robles Pezuela, alors ministre de îbmento ; puis il la fit parvenir directement à l'archiduc, si bien que M. Eloin, ne sachant au juste ce dont il s'agissait, demanda des renseignements au général Osmont et reçut en réponse la lettre ci-dessous :
Corps expêditminaire du Mexique. — État-major général.
« Mexico, 22 janvier 1866.
» Monsieur,
» Par votre dépêche du 20 janvier, vous me faites l'honneur de me demander si M. le vicomte de la Pierre, rédacteur de VEstafette, fait encore partie de l'armée française.
» M. le vicomte de la Pierre n'appartient pas en ce moment aux cadres de l'armée française. Il est venu au Mexique Envoyé par l* Empereur Napoléon au quartier général du général Prim, où il était attaché comme lieutenant colonel , sortant de l'armée du roi de Naples.
» Lors du départ du général espagnol, M. de la Pierre a été nommé colonel d'état major au service du Mexique et pris par M. le général Almonte pour son premier aide de camp.
» Il est resté dans celte position jusqu'au 18 décembre 1864, époque à laquelle ce grade ne lui a plus été reconnu.
» La position officielle actuelle de M. de la Pierre, d'après les pièces qu'il a en main, peut se définir ainsi :
» Attaché par le gouvernement français au corps expéditionnaire du Mexique, payé par le ministère des affaires étrangères,
» Recevez, etc.,
» Le général chef d'état major général,
»A. d'Osmont.
» M. Eloin, chef du cabinet civil de S. M. l'Empereur. »
M. d'Osmont ne connaissait-il pas la véritable situation de M. de la Pierre? ou bien, pour des motifs faciles à comprendre, ne disait-il qu'une partie de ce qu'il savait? — Je l'ignore. Dans tous les cas, on ne fut que médiocrement
satisfait de ces renseignements au palais et l'on écrivit en marge de la lettre du général : Archivar cuidadosamentey c'est-à-dire, à conserver précieusement.
Mais de toutes les turpitudes de cette expédition si fertile cependant en turpitudes de toutes sortes, la plus grande à mes yeux, si le fait était prouvé, serait sans contredit celle du gouvernement américain.
J'ai dit ailleurs de quelle manière l'administration présidé par M. Johnson, après avoir refusé Texéquatur consulaire a M. Arroyo, lui avait permis d'exercer sous main les fonctions de consul à New- York. 11 paraît que le gouvernement américain ne s'en serait pas tenu là. S*il fallait en croire M, Arroyo, il lui aurait offert de faire surveiller les partisans de M. Juarez par sa propre police, et voici en quels termes cet enfant perdu de la plus mauvaise des causes s'en est expliqué avec M. Ramirez.
Consulat de V Empire mexicain à New- York, — iV° 3.
« New-York, 3 janvier 486S » Excellence,
» On m*a oiferl de mettre à ma disposition la police secrète du gouvernement général pour me communiquer tout ce qu'elle apprendra au sujet des mouvements et des combinaisons des Mexicains et des sociétés secrètes contre le Mexique; et moi qui connais combien ces renseignements peuvent vous être utiles, j'ai promis une réponse pour le mois prochain. Si je ne Tai pas fait tout de suite, c^est qu'après nous être assurés de la vérité des faits dénoncés, il faudra donner une bonne gratification à l'agent qui nous communiquera une nouvelle importante. C'est pourquoi j'ai recours à V. E. pour la prier de vouloir bien me dicter ma conduite en celle circonstance.
» Dieu garde, etc..
» Le consul,
» Luis DE Arroyo.
» A S. E. le ministre des affaires étrangères... Mexico. »
On lit en marge cette note :
a Qu'il propose lui-même la gratification qu'il croit nécessaire. »
En conséquence, il répondit le 14 avril de la même année. »
Consulat de V Empire mexicain à New- York, — iV® 124.
a New- York, U avril 1865.
» Excellence,
» En réponse à la note de V. E. n^ 3i, dans laquelle on me dit de proposer le chiffre de la gratification que Ton doit donner aux agents de la police secrète de ce gouvernement qui peuvent nous tenir au courant des nouvelles et des mouvements de nos ennemis dans ce pays, j*ai demandé l'avis do quelques-uns des consuls, et prenant en considération que ces agents sont des personnes bien élevées et de bonne tenue, je pense, sauf l'avis de V. E., qu'il ne faudrait en employer pour le moment que deux, et leur accorder une gratification de 50 dollars en papier (i).
» Dieu garde, etc..
» Le consul,
» Luis de Arroyo.
» A S. E le ministre des affaires étrangères... Mexico. »
Refuser rexéquatur au consul d'un gouvernement intrus, et lui fournir dans l'ombre sa police secrète pour surveiller les partisans du gouvernement légitime ; cela dépasse toutes les bornes du possible et de l'impossible. J'enregistre donc le f$iit sans autre commentaire pour que les Américains, plus intéressés que qui que ce soit à connaître la vérité, contraignent MM. Seward et Johnson à le démentir s'il est faux, ou, dans le cas contraire, qu'ils sachent jusqu'où leur gouvernement a poussé la duplicité.
(1) Dans une autre dépêche du 17 janvier précédent, il avait dit : Une gratification mensuelle de 50 à 60 dollars en papier.
Cession de la Sonora. — Le docteur Gvrin.
Parmi les causes qui ont occasionné l'expédition du Mexique, il faut mettre en première ligne, immédiatement après la haine que nourrissait M. Bonaparte contre la République et contre tout ce qui était républicain, l'espérance de pouvoir fonder un établissement stable dans la Sonora, et de s'emparer des mines nombreuses et inexploitées pour le moment qui se trouvent dans cette riche province.
Ce nom se trouve en effet mêlé avec ceux de Panama et de l'isthme de Tehuantepec dans la correspondance saisie de M. Jecker : une première fois, dans une lettre adressée de Porentrui, le 24 août 1862, par M. Elsesser, beau-frère du susdit Jecker, à son fils Xavier ; une seconde, dans les articles publiés à cette époque par le même Elsesser, et dont il rend compte à son fils dans une autre lettre datée du 27 septembre de la même année.
Il ne faut donc pas s'étonner si la cession de cette province à la France, ou tout au moins son aliénation pendant i5 ans, ce qui serait revenu à peu près au même, moyennant une redevance de 10 pour cent sur l'exportation des métaux précieux, a fait Tobjet, en 1863 ou 1864, d'une convention particulière entre M. J. Miguel Arroyo, sous-secrétaire d'État au département des affaires étrangères pendant l'intérim de la prétendue Régence et M. de Montholon, ministre de France ; et c'est à cette convention que faisaient allusion à Querétaro les défenseurs de l'archiduc quand ils combattaient en ces termes l'accusation portée contre leur client de n'avoir été que l'instrument de la politique du 2 décembre.
« Louis Napoléon exigeait que, dans le traité de Miramar, il fût introduit un article par lequel il serait stipulé que tous les actes de la Régence seraient ratifiés. L'objet de cette stipulation était de faire
ratifier un traité conclu entre le ministre français et la dite Régence par laquelle la nation faisait cession au gouvernement français de la Sottora, Uarchiduc bien quHl eût accepté la couronne^ déclara qu'il refuserait d'aller au Mexique plutôt que de consentir à pareille chose ; et de fait, Te traité de Miramar fut rédigé sans cet article. A peine arrivé au Mexique, un des premiers actes du prince fut de destituer M. José Miguel Arroyo qui s'était prêté à signer un pareil traité avec le ministre de France, ce qui lui causa des discussions fort désagréables avec M. de Montholon, et lui aliéna complètement la bonne volonté des français. »
Cette stipulation se trouvait cependant comprise implicitement dans l'article 1er, ainsi conçu, des clauses additionnelles et secrètes ajoutées à la Convention de Miramar :
c< Art l«^ S. M. l'Empereur du Mexique, approuvant les principes et les promesses contenus dans la proclamation du général Forey, en date du 12 juin 1863, ainsi que les mesures prises par la Régence et par le général en chef français, conformément à cette proclamation, a résolu de faire connaître à son peuple par un manifeste, ses intentions à cet égard. »
Elle y était comprise, je le répète, d'une manière implicite, je veux dire par voie de conséquence, et pour s'en convaincre, il suffit de lire avec attention la dépêche suivante, adressée de Paris, le 30 avril 1864, au ministre des affaires étrangères, par M. José Hidalgo :
Légation du Mexique en France, — iV° 1.
ce Paris, le 30 avril 1864.
» Excellence,
» Le ministre des affaires étrangères m'a appelé le 23 courant (1), et m'a dit que M. Gwin, de la Californie, avait sollicité une audience de l'empereur Napoléon et avait eu l'honneur de présenter à S. M. un projet de colonisation de la Sonora; que S. M. lui avait remis ce projet, et qu'il le déposait entre mes mains en me répétant, à différentes reprises, qu'il ne le faisait pas pour me le recommander, mais uniquement pour que le gouvernement mexicain en eût connaissance et sût à quoi s'en tenir.
(1) Treize jours seulement après la signature de la fameuse Convenu tion de Miramar.
, » J'ai répondu à S. E. que la colonisation de la Sonora était une atl'aire vitale pour le Mexique, mais que c'était un département situé sur la frontière, et que, pour ce motif, il nous faudrait choisir avec le plus grand soin, avec une délicatesse infinie, la race qui devait avoir mission de le peupler, surtout en ce qui concerne les Américains du Nord, afin de ne pas nous exposer, malgré toutes les preuves de sympathie que nous donnaient, pour le moment, les Etats confédérés du Sud, à ce qui nous est arrivé déjà au sujet du Texas.
S. E. a approuvé ma manière de voir, et a ajouté qu'il y avait, en plus, un autre projet de colonisation (sans fixer le département) dû à rinitiative du jeune membre catholique du Parlement anglais, M. Hennessey, le défenseur célèbre de la Pologne. Ce monsieur propose de faire diriger dorénavant sur le Mexique, avec leurs femmes, leurs enfants, leurs curés, etc., etc., tous les Irlandais qui, jusqu'à ce jour, émigrent aux États-Unis, et cela sans qu'il en coûte pour ainsi dire rien au Trésor ; mais pour traduire ce projet en fait, il faudrait célébrer une convention avec le gouvernement, et j'ai répondu que j'en rendrais compte à V. E.
» Maintenant je me permettrai de dire à V. £. que, du moment où l'Europe regarde avec convoitise cette belle province de la Sonora — qui renferme autant ou plus de richesses que la Californie — mon opinion, fondée sur des données sérieuses et 'pour ainsi dire officielles, est qu'il faudrait envoyer dans ce département un corps choisi, sous les ordres d'un général en qui l'on pût avoir confiance, pour observer la frontière et conserver dans toute leur intégrité les démarcations des limites que les États du Sud pourraient facilement effacer si, pour obtenir leur amitié, nous avions la funeste condescendance de les laisser coloniser la frontière. Je parle ainsi à V. E. parce que je sais, je le répète, tout ce que nous avons à craindre du Sud, en dépit de l'amitié qu'il nous offre aujourd'hui. C'est une des affaires les plus graves dont la résolution ne doit pas se faire espérer.
» M. Drouyn de Lhuys m'a également dit qu'il avait fait observer au représentant des États-Unis la contradiction qu'il y avait entre le vote du Congrès de Washington et les assurances données par le cabinet de ne pas se mêler dans la question du Mexique ; et que M. Dayton lui a répondu que, sans méconnaître l'importance que ce vote aurait pu avoir s'il avait été approuvé à l'unanimité, il fallait cependant ne point perdre de vue que cent députés s'étaient abstenus d'y prendre part. Même avant de connaître ici la résolution du Sénat de Washington, qui n'a pas donné suite à la proposition de la Chambre des députés, personne ne s'était alarmé parce qu'on savait parfaitement que ce vote n'aurait aucune influence sur le gouverne-
menl de Washington, el qu'on no pouvait en aucune manière lui donner une application pratique.
» Je suis allé faire une visite à M. Dayton, ministre des États-Unis^ qui est gravement malade, et quj, ne pouvant me recevoir, a voulu cependant que je lui laissasse ma carte officielle.
» V. E. trouvera ci-joint une copie du projet de M. Gwin, lequel m'a été confié par M. Drouyn de Lhuys^ et contient des propositions si inadmissibles pour le Mexique, qu'on s'étonne à la seule idée qu'elles aient seulement pu être formulées.
» Que V. E. daigne accepter les protestations de ma haute considération et de mon estime.
» José Hidalgo.
» A S. E. M. le ministre d'État, etc., etc. »
On m'objectera, je le sais, que M. Drouyn de Lhuys, en remettant ce projet à M. Hidalgo, a eu soin de lui répéter à différentes reprises quil n'avait aucunement l'intention de le hii recommander ; mais Tobjection, convenons-en, est beaucoup plus spécieuse que solide.
Comment, en effet, expliquer cette entrée en scène d'un inconnu avec un projet de colonisation de la Sonora, présenté au chef du gouvernement français qui daigne le remettre lui-même à M. Hidalgo, treize jours seulement après la signature de la convention de Miraraar, si ce n*est comme une conséquence logique, rigoureuse, d'une autre convention signée cette fois à Mexico même par MM. Arroyo et Montholon, et dont le dispositif, à l'heure où j'écris, doit encore se trouver dans les cartons du ministère des affaires étrangères à Paris?
Pourquoi M. Drouyn de Lhuys, après avoir déclaré à 'M. Hidalgo qu'il n'avait pas l'ordre de le lui recommander, a- t-il affecté de répéter plusieurs fois cette phrase?
Du moment où le gouvernement français, au dire de M. Drouyn de Lhuys répété comme un écho par le ministre de Maximilien à Paris, ne s'intéressait en rien à cette spéculation, pourquoi M. Conti, chef du cabinet impérial en France, a-t-il remis à M. Gwin une lettre particulière pour inviter le général Bazaine à appuyer les opérations du colonisateur futur de la Sonora?
Cette lettre n'est point au dossier, cela est vrai, mais
Tauteur de V Histoire de l'Intervention Française an Mexique, qui a paru il y a deux ans avec une préface de M. Clément Duvemoîs, et qui pourrait bien être M. Duvernois lui-même, assure qu'il Va lue, de ses deux yeux lue, et c'est grand dommage qu'il n'ait point jugé convenable de la reproduire, car le plan du docteur a été enlevé des papiers de Maxirailien avec deux dépêches réservées de M. Hidalgo, numérotées 2 et 3, cette dernière datée du 14 mai 1864, et cette absence des documents officiels nous réduit à ne présenter ici nos idées que comme de simples conjectures.
En mutilant ainsi les dossiers, en supprimant de leurs liasses les pièces les plus compromettantes pour les gouvernements de France et du Mexique, on est arrivé, je suis le premier à le reconnaître, à fournir des prétextes de doute à la logomachie des Belmontets de notre époque ; mais, en dépit de ces enlèvements, je pourrais dire de ces vols, car ces pièces, après tout, n'appartenaient point à Tarchiduc, mais à Thistoire, il n'en reste pas moins établi que le docteur Gwin était imposé par une volonté plus puissante que celle de Maximilien ; que son plan avait reçu la sanction du gouvernement français; et que s'il n'a pas triomphé, il ne faut en accuser que l'imprudence de cet agent et les appréhensions qu'il fit naître à la fois aux Etats-Unis et au Mexique.
Ici se place naturellement cette question : quel était ce docteur Gwin?
Ancien représentant de la Californie au Sénat des Etats- Unis, le docteur Gwin avait assisté, en 1854, aux derniers préparatifs du départ de M. de Raousset Boulbon pour cette même province de la Sonora, et s'était flatté, à ce qu'il paraît, de pouvoir recommencer plus tard cette entreprise pour son propre compte. Il avait eu, disait-on, deux entrevues personnelles avec le chef du gouvernement français; plusieurs autres avec le grand brasseur de l'époque, M. de Morny, et son plan discuté article par article, avait été parafé en haut lieu avant son départ pour le Mexique. Ce plan, remis à M. Hidalgo par M. Drouyn de Lhuys, avait été transmis au ministre des aflaires étrangères de l'archiduc avec la note du 30 avril 1864 et suivi de deux autres notes
explicatives qui ont disparu, comme je l'ai dit, du dossier et dont il ne reste que la pièce suivante adressée de Mexico à Paris sous la date du 15 juin 1864,
Colonisation de la Sonora et de Chifumliua. — N^ i. — Réservée,
« Palais impérial de Mexico, 15 juin 1864.
» Excellence,
» S. M. TEmpereur, après avoir pris connaissance de la note réservée, de V. E. n» 3, en date du 14 mai dernier et des documents qui raccompagnent, a décidé que tous les projets présentés à V. £. pour coloniser les départements de la Sonora et de Chihuahua seraient transmis, avec une recommandation spéciale, au ministère de Fomente, pour qu'on lui fasse un rapport à cet égard et qu'on tienne compte des antécédents.
» On communiquera en temps opportun les résultats de ce rapport à V. E. et je profite, etc...
» J. M. Arroyo. »
Le rapport dont il est question dans cette note a disparu de la même manière que les pièces ci*dessus, ainsi que la minute de la dépêche qui devait en transmettre les résultats à M. Hidalgo, et là se termineraient mes informations officielles si le hasard, cette divinité aveugle à qui l'on doit tant de découvertes précieuses, n'avait conduit à Veracruz le colonel libéral Enrique Mejia, dont l'arrestation fut annoncée en ces termes par le directeur de la police, Galloni d'Istria, à M. Loysel, chef du cabinet militaire du prince autrichien.
Cabinet du directeur général de la police.
c< Mexico, 21 mai 1865.
» Mon cher commandant,
» Je m'empresse de vous informer que le nommé Méjia, Henri, qui avait été l'objet d'une active surveillance pendant son séjour à Mexico, et qui était parti le 19 dernier pour Veracruz vient d'être arrêté par mon ordre dans cette ville.
» // était porteur d'une correspondance volumineuse^ en anglais^
trèS'ComproDteltante, ainsi que d'une machine infernale, destinée à être fatale à la cavalerie et peut-être à Sa Majesté.
» La correspondance de Baz, qui était parti avec Mejia, a été aussi saisie, et si on trouve quelque chose de suspect, on procédera également à Tarrestation de cet individu.
» Votre tout dévoué, » Galloni.
» M. Loysel, chef du cabinet militaire de Sa Majesté. »
Mais cette fois encore la police en fut pour ses frais de télégraphe et de correspondance. M. Mejia, rendu quelques jours après à la liberté, se rendit aux États-Unis, et adressa le ici" juillet 1865 la lettre qu'on va lire à M. Matias Romero, ministre du gouvernement mexicain près du cabinet de Washington, en lui transmettant quatre documents qui avaient justement trait à l'affaire de ce même docteur Gwin.
« Washington, \^' juillet 1865.
» Mon cher Monsieur,
» Avant de partir pour New-York où m'appellent mes affaires, je tiens à vous expliquer dans cette lettre comment je suis devenu possesseur des papiers que j'ai remis entre vos mains.
» Quelques jours avant mon départ de Mexico, M. Corwin, chargé d'aflîsiires des Etats-Unis au Mexique, craignant de s'exposer à des retards s'il utilisait son correspondant offipiel, me pria de me charger de quelques papiers pour le ministre d'État de Washington, mais comme il était probable que je serais fouillé, il envoya la correspondance à Veracruz par un intermédiaire particulier qui devait me Ty remettre. L'événement justifia cette précaution car, à mon arrivée dans ce port, je fus arrêté, mes malles furent fouillées, et on m'enleva tous mes papiers, y compris même mon passeport de porteur de dépêches. On me demanda mes notes officielles, et comme je répondis que je n'en avais pas, on me mit en prison où je demeurai sans communication avec personne. Mais n'ayant rien trouvé de criminel dans les papiers que l'on m'avait pris, on me remit en liberté quelques jours après : on me permit de m'embarquer pour la Havane, et sur le bateau je reçus les dépêches que l'autorité française voulait à toute force m'enlever.
» Parmi les papiers qui me furent rendus au moment de ma mise en liberté, j'ai trouvé ceux que j'ai déposés entre vos mains. On les
avail probablement enlevés à un autre voyageur ; je les ai lus et ils m'ont paru assez importants pour vous les communiqner.
» Avant mon départ de Mexico, j'ai vu Toriginal de la lettre écrite par Napoléon au maréchal Bazaine pour lui recommander le plan de M. Gwin (i). Dans cette lettre, il déclare que ce plan lui a été soumis et il charge le maréchal de fournir à M. Gwin les troupes qu'il demande. Le but qu'on se propose est de coloniser la Sonora et les autres Etals de la frontière avec des vétérans confédérés, et d'en faire une barrière contre une agression des Etats-Unis en y créant un pouvoir hostile et qui, avec l'assistance des français, serait assez fort pour résister à toutes les attaques qu'on pourrait tenter contre Maximilien.
» Des forces françaises ont déjà quitté Mexico pour la Sonora et les Etats de la frontière, conformément au plan de M. Gwin (2).
» Je vous renouvelle, etc..
» Enrique A. Mëjià.
» M. M. Romero, ministre du Mexique à Washington. »
Les papiers dont il s'agit se composaient :
1° D'une lettre datée du 16 mai 1863, adressée par M. William M. Gwin, qu'on supposait fils du docteur, à sa mère , à la suite de laquelle il y en avait une autre sans signature, mais de M. Gwin lui-même, dont l'écriture était parfaitement connue au ministère d'Etat de Washington , adressée à sa femme et à sa fille. Ces deux lettres étaient contemies dans une enveloppe portant pour suscription : A Madame William M. Gwin, n^ 55, Boulevard Malesherbes, à Paiis, et étaient renfermées dans une autre à l'adresse de Madame Van den Broek et (7®, demeurant à Pans, i*ue de la Chaussée d*Antin.
2o D'une autre lettre écrite également par M. William M. Gwin père, au colonel John Wiuthrop; celle-ci était dans
(1) Il s'agit probablement de la lettre de M. Conti; à moins toutefois que l'auteur de V Histoire de Vlntervention dont j'ai parlé plus haut, ne se soit lui-même trompé en mettant sur le compte du chef du cabinet impérial une lettre écrite au maréchal par le chef du gouvernement.
(2) Nous verrons dans le chapitre suivant la confirmation de ce dernier renseignement.
uue enveloppe portant l'adresse suivante : Royal Pheips, esquire, n» 22, East Sixteenth street New-York.
30 D'une troisième lettre datée de Mexico le 6 mai 1865, adressée à M.B. Wood et signée Massey, lettre dans laquelle il y avait une correspondance particulière sur les affaires du Mexique, pour le Daitij News de New- York.
Enfin, pour en terminer avec la personne de M. Mejîa, je dois ajouter que la fameuse machine infernale dont parlait M. Galloni d'Istria, dans sa lettre à M. Loysel, était tout simplement un rifle tirant 60 coups à la minute, et que le colonel, qui en était l'inventeur, emportait avec lui pour le vendre à un armurier des États-Unis.
Parturient montes , nascitur 7'idiculus mus,
M. Romero adressa ces lettres à M. Seward, par un office en date du 8 juillet 1865. Celui-ci en transmit une copie à M. Bigelow, ministre du gouvernement américain, à Paris, avec ordre de la communiquer à M. Drouyn de Lhuys. M. Bigelow s'acquitta de cette commission le i^r août de la même année, en appuyant sur cette considération que M. Gwin, dans sa lettre au colonel Winthrop, prétendait avoir obtenu le patronage du chef du gouvernement français et la coopération de Tarmée de M. Bazaine; et M. Drouyn de Lhuys, au lieu de s'expliquer franchement sur le but de cette spéculation, se contenta de lui répondre le 7 du même mois par une note dans laquelle on lit les passjges suivants :
ce Nous serons toujours prêts, Monsieur, à répondre aux demandes d'explications qui nous seront adressées par une nation amie, quand ces demandes seront inspirées dans un but de conciliation, présentées d'une manière amicale et basées sur des documents authentiques ou sur des faits positifs. Mais je dois ajouter que TEmpereur est bien décidé à rejeter toute demande qui lui sera faite d'un ton comminatoire, sur des allégations vagues et basée sur des documents d'un caractère douteux. »
Puis, après avoir ajouté que ce n'était point à lui à renseigner le gouvernement américain sur les spéculations de ceux qui ont cru devoir émigrer au Mexique, il terminait ainsi :
« En ce qui concerne la France, elle a déclaré plus d*une fois et de la manière la plus franche, qu'elle voulait observer la neutralité la plus stricte, la plus scrupuleuse dans toutes les questions qui. peuvent agiter ou diviser TUnion. Nous ne pouvons donner à cet égard que notre parole, mais nous espérons que cette parole sera suffisante auprès d'un gouvernement ami , de la même manière que nous sommes nous-mêmes satisfaits de la parole qu'il nous a donnée de conserver la neutralité dans les affaires du Mexique, et je suis heureux, Monsieur, de pouvoir vous rappeler en cette circonstance la satisfaction que j'ai éprouvée en recevant la promesse contenue dans votre note du 12 juin dernier, note à laquelle j'ai répondu le 17 du même mois.
» L'Empereur a reçu avec confiance l'expression des sentiments dont vous étiez alors l'interprète, et bien qu'il soit parfois difficile d'accorder certaines manifestations avec les promesses dont il s'agit, S. M. conserve toujours et sans la moindre crainte la plus grande confiance dans l'honorabilité du peuple américain.
» Recevez, etc.
» Drouyn de Lhuys. »
» M. Bigelow, ministre des États-Unis, à Paris. »'
Cette note, en dehors de la roîdeur qu'elle devait à son caractère diplomatique, était remarquable surtout par Taplomb qu'affectait M. Drouyn de Lhuys en niant Texistence d'un projet dont il connaissait les détails mieux que personne, puisqu'il avait servi d'intermédiaire entre la pensée qui l'avait accepté, qui l'avait jusqu'à un certain point fait sien, et M. Hidalgo.
Dire après cela que ce n'était point à lui à renseigner le gouvernement américain sur les spéculations de ceux qui avaient émigré au Mexique, n'était pas répondre. Il aurait été parfaitement dans le droit s'il avait été question d'un inconnu, voire même d'un individu plus ou moins connu, mais qui n'aurait eu à cet égard aucune relation avec le gouvernement. Dans l'espèce il n'en était point ainsi. A n'en croire que la dépêche citée plus haut, du 30 avril, M. Gwin avait eu au moins une entrevue avec le chef du gouvernement français : il lui avait soumis son projet; celui-ci l'avait confié à M. Drouyn de Lhuis qui l'avait à son tour remis au ministre de Maximilîen pour qu'il le transmît à Mexico, et le gouvernement français avait tant à cœur de le
voir réussir, que M, Conti, suivant les uns, le chef de l'Etat, suivant les autres, s'était adressé directement à M; fiazaine, pour lui recommander de mettre un corps de troufjQS à la disposition de M. Gwin, afin de lui faciliter rexécutiônde son plan.
Sa réponse n'était donc encore cette fois qu'une variante de celle de Caïn ; et, à moins que les mots de notre langue '-> n'aient deux sens, un à l'usage de la vile multitude, l'autre --'. à celui des gouvernants, je suis obligé d'en conclure que / M. Drouyn de Lhuys donnait intentionnellement une entorse à la vérité.
Par malheur pour les patrons de cette nouvelle idée, le héros principal de cette spéculation, M. Gwin, n'inspirait aucune confiance, ni au Mexique, ni aux Etats-Unis, et c'est à cette circonstance, bien plus encore qu'au mauvais vouloir de l'archiduc, qu'il faut attribuer la ruine des espérances qu'on avait fondées sur lui.
Il n'inspirait, je tiens à le répéter, aucune confiance, et comme j*ai pris l'engagement d^établir tout ce que j'avance, voici mes preuves. J'abandonne la parole au consul de l'archiduc établi à New-York.
Dans une première note datée du 3 janvier 1865, M. Luis de Arroyo s'exprimait ainsi à l'égard du protégé des Tuileries.
Consulat de V Empire mexicain a New- York. — N^ \, — Réservée,
« New-York, 3 janvier 1865.
» Excellence,
» Plusieurs personnes de jugement et qui méritent selon moi toute créance, m'ont informé que le docteur Gwin ne jouit pas ici d'une grande considération, et que, dans l'intérêt de son parti, il pourrait bien commettre une trahison.
» J'ai pris des informations sur ce monsieur, qui doit être, dit-on, nommé gouverneur de la Sonora , à la suite des renseignements qui m'ont été donnés sur lui à l'occasion de la société secrète organisée contre le Mexique.
» Dieu garde, etc..
» Le consul,
» Luis DE Arroyo.
» A S. E. le ministre des affaires étrangères... Mexico. »
Plus tara? il revint sur ce sujet, et cette fois il écrivit :
•Ùonsulat de V Empire mexicain à New- York. — N^ 48.
« New- York, 7 février 1865.
'**. » Excellence,
•/• » Une personne qui ne m'a jamais donné lieu de douter de son
'honorabilité et qui connaît personnellement le docteur Gwin, m'informe que cet individu, avant son départ de France, lui a écrit pour lui dire « que quand bien même le Mexique ne perdrait pas » son droit de souveraineté sur la Sonora, TEmpereur Maximilien » n'en donnerait pas moins la possession hypothécaire de la pro- » vince à la France, qui la conserverait jusqu'à ce que l'empire eût » satisfaite sa dette envers elle; qu'il était décidé pour ce motif à » aller s'y établir; qu'il irait en qualité de gouverneur, certain » d'avance de pouvoir y développer tous les éléments de richesses » qu'elle contient, et qu'il comptait sur 25,000 émigrés qui devaient » s'y rendre de la Californie. »
Elle m'a de plus exprimé son opinion personnelle sur le docteur <c qui ne mérite pas, m'a-t-elle dit, qu'on lui confie un poste aussi » important, car elle le croit capable de prendre des mesures )i déloyales qui amèneraient la répétition de qui s'est déjà fait au » sujet du Texas. »
«Daignez, etc..
» Le consul,
)) Luis DE Arroyo.
» A S. E. le ministre des affaires étrangères... Mexico. »
Ces renseignements malheureux ne pouvaient pas demeurer longtemps secrets. On en parlait au palais et dans la petite cour de Tarchiduc. Du palais ils se répandirent dans la rue, puis dans les cafés. Chacun se prononçait ouvertement. La petite presse, à défaut de la grande qui ne disait mot et pour cause, fit un appel énergique au sentiment national, froissé dans ce qu'il avait de plus vivace par ce marché consenti sans la participation du pays; le maréchal intervint en soldat, c'est-à-dire brutalement, et sur la fin du mois d'avril 1865, un journal de Paris, la Presse, lui décerna un satisfecit conçu en ces termes :
« La petite presse de Mexico ne cessait de répandre des bruils
alarmants sur la fausse supposition d'une cession de la Sonora et sur Tattitude des Ëtats-Unis à Fégard du Mexique. En un mot, elle s'appliquait à soulever Tanimadversion populaire contre les étrangers, et à déverser, au moyen de caricatures, le ridicule sur les troupes européennes, le mépris sur les choses les plus dignes do respect.
» Il est facile de comprendre qu'une pareille situation ne pouvait, ne devait se prolonger sans danger. Le 22 mars, les éditeurs et les rédacteurs de tous les journaux de la capitale furent priés de se rendre au quartier général. Le colonel Boyer, chef du cabinet du maréchal Bazaine, après leur avoir rappelé les devoirs des organes de la presse, dont la mission consiste à calmer les passions au lieu de les exciter et de les envenimer, blûma la conduite des journaux satiriques et finit par déclarer, au nom du gouvernement impérial et du maréchal, que le décret du mois de novembre 4863, qui établissait rétat de siège, n'avait pas été révoqué, et que, par conséquent, les écrivains qui se rendaient coupables d'excitation à la discorde et de propagation de nouvelles alarmantes devaient comparaître devant les conseils de guerre. Aussitôt fut décidée l'arrestation de M. Manuel Villejas, éditeur de la Orquesta (l'Orchestre), et de M. Franco, administrateur de la Sombra (l'Ombre), qui furent, sans retard, conduits en prison; ils y étaient encore aux dernières dates. Le rédacteur ou l'éditeur de la Cuchara (la Cuillère), a été également arrêté , et l'on était à la recherche du gérant du Buscapie (le Quolibet). »
J'ignore au nom de qui le journal la Presse était autorisé à dire que la supposition d'une cession de la Sonora était faitsse, mais quant aux arrestations il était bien informé, car voici ce qu'on lisait dans VBre nouvelle de Mexico, numéro du 24 mars -1865, article faits divers.
« La tolérance dont le gouvernement a fait preuve envers la petite presse, avait fini par devenir l'occasion d'abus auquels l'autorité militaire a jugé nécessaire de mettre un terme. Des mesures de rigueur ont, en conséquence, été prises contre les rédacteurs de certains journaux, en vertu du décret de novembre 1863 qui, en proclamant l'état de guerre, fait rentrer tous les délits portant atteinte à la paix publique dans le ressort du code militaire. »
M. Masseras, comme on le voit, tenait à naériter la subvention qu'on lui allouait si généJreusement chaque mois. Mais l'impulsion une fois donnée ne devait pas s'arrêter
pour si peu. Cette cession de la Sonera, de quelque titre qu'on prétendît la couvrir , était tellement contraire aux sentiments du pays, que la grande presse elle-même, celle qui n'était pas subventionnée, fut obligée de s'en mêler, et qu'en dépit des menaces du maréchal et de M. Boyer, le Pajaro verde osa se faire l'écho des craintes populaires en reproduisant le paragraphe suivant d'un journal américain :
« V Express (de New- York) dit tenir d'un ami personnel du docteur Gwin , autorisé par celui-ci à rendre les faits publics, que tout ce qui a été dit dernièrement sur la colonisation française en Sonora est exact ; que le susdit docteur , qui était à Veracruz aux dernières dates, se dirigera immédiatement par la voie de Guaymas sur Arizpe, où il établira son gouvernement, et qu'il sera accompagné de quelques troupes françaises, aux ordres du maréchal Bazaine.
» Ce plan de colonisation est, d'après le dit docteur Gwin, un plan de paix et de progrès qui n'a rien à voir avec les questions politiques et dont le but n'est autre que d'augmenter les révenus du Mexique, pour que ce pays puisse payer ses dettes étrangères et spécialement celles qu'il a vis-à-vis de la France, car on est convenu d'appliquer à cet objet tout ce que produira la Sonora. Le docteur, qui s'y rend en qualité de directeur en chef, aura des appointements de 60,000 fr. par an, »
Ce jour-là, les ministres de l'archiduc rompirent également le silence sournois qu'ils gardaient depuis 13 mois sur cette affaire, et le 26 juin 1865 les bons habitants de la capitale eurent la satisfaction de lire la réponse que voici dans la partie non officielle du Diario del Imperio.
« Les journaux américains ont répété ces assertions depuis la fin de l'année dernière, sous diverses formes et avec des additions aussi notables que graves. Les uns disaient que l'Empereur avait cédé à la France la possession du département de la Sonora avec le droit de l'occuper militairement et d'en exploiter les mines, aussi longtemps que la dette contractée envers cette nation ne sera pas payée. Les autres s'avançaient jusqu'à dire qu'on lui avait vendu ce territoire. — Le docteur Gwin figurait dans tous ces récits, tantôt comme gouverneur, tantôt comme vice-roi avec le titre de Duc, en lui attribuant des pouvoirs dérivés des Empereurs du Mexique et de France. — Ces assertions et beaucoup d'autres, toujours accompagnées de commentaires offensants et défavorables pour
noire pays, se trouvent dans les journaux américains. Comme Tesprit qui les dicte est connu, nous espérions qu'elles tomberaient dans le même discrédit que les autres nouvelles de ce genre, dont la fausseté et la malignité se révèlent à l'arrivée de chaque paquebot. — Toutefois, voyant qu'elles se répètent avec un caractère qui leur donne une certaine vraisemblance, nous sommes autorisés à dire qu'elles sont absolument fausses dans toutes leurs parties.
» L'Empereur n'a pas engagé, encore moins aliéné le département de la Sonora. Fidèle au serment qu'il a spontanément prêté à Miramar en acceptant le trône, il conservera et défendra l'intégrité du territoire national avec toute l'inflexible énergie de sa volonté, sûr de pouvoir compter dans cette entreprise sur le patriotisme de tous ses compatriotes. Le docteur Gwin n'a obtenu de S. M. aucune des missions, aucun des titres qu'on lui attribue. Aucun lien, aucun rapport ne le rattachent au gouvernement. — Nous croyons même savoir que sa personne est inconnue aux membres de l'administration. — Son séjour à Mexico ne signifie rien, parce que les portes de l'Empire sont ouvertes pour tout le monde.
» L'inculpation que l'on fait à notre Empereur, dans le perfide dessein de lui attirer des mécontentements à l'intérieur et des ennemis au-dehors, doit s'adresser à une autre personne. Le World de New-York a reproduit un article du London Times, qui contient d'importantes révélations, confirmées par les dernières nouvelles semi-officielles, reçues des États-Unis. En passant en revue les discussions qui ont eu lieu dans le Corps législatif de France, le journaliste anglais dit :
» Pour justifier la politique du gouvernement impérial dans cette affaire, le Ministre s'est donné la tâche ingrate de repousser, comme une calomnie, Vaccusation que la France ait reçu comme récompense de son intervention le droit de retenir la province de Sonora. Nous ne comprenons pas pourquoi l'empereur Maximilien ne pourrait pas offrir une rémunération de ce genre à ses protecteurs. Son prédécesseur même, Juarez, avait offert ce même territoire au président Lincoin, pour trois millions de livres sterling, et les Français ont en définitive dépensé le quadruple de cette somme, dans leurs efforts pour régénérer le pays. »
« Ces quelques lignes, émanant d'une source peu sympathique à l'Empire, sont une réponse péremptoire aux ;diffamations de ses ennemis passionnés.— Ces lignes et la discussion du Parlement français, que tout le monde connaît, démontrent jusqu'à l'évidence que l'empereur Napoléon n'a nourri aucune des vues si misérablement intéressées dans la généreuse protection qu'il a accordée à notre pays, et que l'empereur Maximilien n'a fait aucune concession préjudicia-
ble à la dignité et à rindépendance de la nation , ou à Tintégrité de son territoire. Nous sommes aussi autorisés à dire que le magnanimeeX intelligent monarque qui dirige les destinées de la France a fait notîfîer officiellement au nôtre, par Tintermédiaire de sa légation dana cette capitale, qu'il n'a aucune part dans les combinaisons qui peuvent se former, relativement à la Sonora, notre gouvernement étant libre d'agir comme il le jugera le plus convenable pour Tintérôt national. — C'est ce qu'il fera ; non en s'enférmant dans une politique mesquine, mais en ouvrant franchement et libéralement les portes à l'immigration industrieuse. Celle-ci pourra obtenir toutes les concessions et toutes les garanties qui ne seront pas de nature à mettre en péril l'ordre intérieur ou à troubler la paix que l'Empereur désire conserver avec ses voisins.
» Dans les lignes que nous avons copiées des journaux anglais et américains, il y a une assertion que nous laisserons passer sans commentaires, conséquents avec notre programme et avec le désir du gouvernement de ne pas irriter les passions politiques. Nous nous bornerons donc à rappeler que l'idée de vendre le département de Sonora n'est pas de l'empereur Maximilien, lequel est résolu à défendre à tout prix l'intégrité du territoire. La révélation est importante, parce qu'elle vient de ceux qui ne l'aiment pas. — Nous ajouterons que les nouvelles reçues des États-Unis, par le dernier paquebot et de sources diverses, nous assurent que les égarés qui prétendent travailler là-bas pour l'indépendance et la dignité de leur pays, font aujourd'hui tous leurs efforts pour réaliser cet indigne marché. — La nation décidera qui défend le mieux sa dignité et ses véritables intérêts. »
L'idée de se disculper en rejetant sur le gouvernement libéral la pensée de vendre la Sonora, et se couvrir pour cela de quelques lignes du Times de Londres reproduites par le World de New-York, c'est-à-dire, par le journal le plus compromis de la sécession, ne manquait pas d^une certaine habileté, quoiqu'elle ne lût pas neuve. Cependant, je ne la relèverai même pas. Je croirais faire injure au gouvernement de M. Juarez en agissant autrement. Quant à Farchiduc, je pense qu'au lieu d'enlever des dossiers, comme il l'a fait, les notifications du gouvernement français, et de parler ensuite de la magnanimité de l'homme qui dirigeait alors et qui dirige encore les destinées de la France, il aurait mieux fait de publier ces notifications, en les faisant suivre de la lettre au maréchal Bazaine. Il aurait peut-être moins
appuyé sur la magnanimité dout il s^agit, et sa déclaration aurait eu le mérite de la franchise. Mais il n^était pas libre, nfe l'oublions pas. Quiconque agit mal craint toujours la lumière, et, dans certains cas donnés, Taccusation d'un homme à bout de ressources est parfois Thommage le plus grand qu'il puisse faire à l'honneur et au patriotisme de ses adversaires.
L*Empire en 1865.
J'espérais en avoir terminé avec l'année i864, et je m'aperçois que j'ai oublié un des hauts faits principaux de cette triste époque, je veux parler du pillage de Huahuchinango par le 3^ de zouaves.
Et d'abord qu'est-ce que Huahuchinango?
C'est une petite ville, ou plutôt un bourg, situé dans l'État de Puebla, et qui compte une population de 3,000 âmes environ.
Le colonel Tourre, envoyé dans ce district pour y rétablir l'autorité de l'archiduc et de l'Intervention vivement compromise par les entreprises d'un guerrillero nommé Ugalde, y était arrivé avec ses zouaves, le J8 août i864. Il fit amener immédiatement le pavillon castillan, arboré sur la maison d'un habitant. Manuel Ândrade, dont la fille avait épousé un espagnol, et, sans plus de façon, abandonna cette malheureuse localité, les maisons, les bêtes et les gens, à la discrétion de ses braves soldats.
« L'ennemi, nous écrivait-on de Mexico, sous la date du 7 septembre 1864, nous a abaudonué sans combat les villes de Huahuchinango, Zacualtipan et Huejutla, mais presque tous les habitants avaient pris la fuite avant notre arrivée. Les zouaves ont pillé leurs maisons et ont offert le triste spectacle des premiers soldats du monde se livrant au vol d'une manière plus scandaleuse encore que ne l'ont jamais fait les Mexicains. Ils ont brisé ce qu'ils ne pouvaient emporter, et ont chargé le reste sur leurs épaules pour Tétaler en vente à leur retour à Tulancingo. Je dois déclarer que les officiers de l'expédition n'ont point approuvé cette conduite, mais il paraît que le colonel Tourre Ta tolérée.
» Nos hommes ont eu le chagrin d'avoir à échanger des coups de fusil avec des déserteurs de leur régiment qui, retranchés derrière des massifs, leur ont fait beaucoup de mal, puisqu'ils nous ont mis une cinquantaine d'hommes hors de combat et nous en ont tué une
douzaine, sans que nous puissions en luer ou en prendre un seul. Ils appelaient les hommes par leurs noms, pour qu'il n*y eût pas d'équivoque au sujet de ceux qu'ils avaient à combattre, et cet épisode n'a pas manqué d'attrister cette petite campagne. »
Ce Manuel Andrade dont je viens de parler , au lieu de reconnaître avec le docteur Pangloss que tout était bien, que tout était pour le mieux, sous l'empire de la meilleure des Interventions, eut la malencontreuse idée de porter ses plaintes au maréchal Bazaine et de lui exposer ses doléances 'en lui taisant observer que dans cette expédition, dirigée uniquement contre les ennemis de l'Empire, les couleurs espagnoles auraient dû protéger à la fois son gendre et sa maison : mais l'illustre épée, au lieu de l'écouter dans sa réclamation, de lui faire rendre justice s'il disait la vérité, voire même de le faire punir s'il avait tort, se contenta de le rappeler ainsi à l'intelligence de la question.
Corps du Mexique. — Cabinet du maréchal comtnandant en clwf*
<( Mexico, le 2 1 août 1865.
» Monsieur,
» Pour vous éclairer sur la marche que vous avez à suivre au sujet de la réclamation relative à votre propriété de Huahuchinango, j*ai l'honneur de vous informer que, dans aucun pays du monde, les armées agissant au nom d*un gouvernement ne sont responsables de leurs faits. C'est au gouvernement lui-même que vous devez présenter la réclamation qui vous intéresse et qui peut être fondée.
» Recevez, Monsieur, etc. . . .
» Le maréclial de France^
» Bâzâine.
» Â M. Manuel Andrade à Huahuchinango. »
Ainsi, le soldat peut impunément nous piller : il peut même nous tuer, violer notre femme ou nos filles, incendier notre maison, semer en un mot partout la mort et Tefiroi, et si nous nous plaignons, si nous trouvons que ces gentillesses dépassent quelque peu la mesure de ce qui est permis, même à la guerre, Pilate, tout en admettant que notre réclamation pourrait bien être juste, nous renverra cependant à Hérode, sous prétexte qu'un général qui se respecte
— iiO —
ne saurait être responsable des méfaits de son armée. — Stupete gentes !
Je n'en finirais pas si je voulais raconter tous les faits du même genre, car après avoir parlé de Huejutla, il me faudrait citer Tulancingo, puis Zitacuaro, puis ixtlahuaca, puis Acàmbaro, puis encore les unes après les autres toutes les localités où les soldats de l'empire avaient la prétention de porter cette étrange civilisation. J'abrège donc, et pour ne pas tomber dans des redites, je passe à la fin de cette année malheureuse.
Nous avons vu ci-dessus que le colonel Enrique Mejia, dans sa lettre à M. Romero, lui avait annoncé le départ d'un certain nombre de troupes françaises, envoyées par le maréchal Bazaine, dans la Sonora, conformément aux ordres qu'il avait reçus de Paris.
Ces troupes, composées de 500 hommes, en y comprenant les traîtres, s'embarquèrent à Mazatlan vers le milieu du mois de décembre, à bord du vapeur Lucifer, et arrivèrent le 20 à Altata, petit port situé sur la côte de Sinaloa, où elles débarquèrent et s'internèrent immédiatement pour passer dans l'État de la Sonora.
Elles rencontrèrent le 22 les troupes mexicaines commandées par le colonel Antonio Rosales, à San Pedro, village situé à 5 milles à l'Ouest de Guliacan, et furent entièrement battues après deux heures de combat. Nous eûmes dans cette affaire 25 hommes de tués; 60 de blessés et 98 prisonniers, parmi lesquels se trouvaient MM. Gazielle, commandant en second du Lucifer, de Saint-Julien lieutenant, Marquiset sous-lieutenant, Mansot chirurgien du Lucifer, Lieutard et Maiclet, élèves de marine et un officier de turcos nommé Bel Kassen ben Mahomet.
Tel fut l'unique résultat de la part que nous prîmes aux plans de M. Gwin.
Que l'auteur de Thistoire de V Intervention française au Mexique dont j'ai parlé plus haut, chante après cela, pour peu que cela lui convienne, la prudence de M. Bazaine :
« Le maréchal fil preuve, en cette circonstance, de beaucoup de tact et de finesse.
- Mi —
» Il comprenait la gravité de cette entreprise et il en prévoyait déjà les conséquences. Il hésita pour gagner du temps (1). »
De pareilles phrases, aujourd'hui, ne sauraient plus tromper personne. Le maréchal, en envoyant les 500 hommes qui succombèrent à San-Pedro, avait fait réellement tout ce qu'il lui était humainement possible de faire sans compromettre sa propre situation. Les événements, plus forts que sa propre sagesse, Tobligeaient à conserver le gros de ses forces dans les Etats du centre, et s'il n'a pas pris sa revanche, c'est tout simplement parce que les moyens de le faire lui ont manqué.
L'année i865 s'ouvrit sous l'impression de ces auspices de mauvais augure.
D'abord ce fut un décret du général Castagny établissant à Hazatlan une cour martiale dont les sentences, sans appel, devaient être exécutées dans les 24 heures.
Gregorio âlmada , préfet politique supérieur du département de Siiialoa, aux habitants du susdit État, je fais savoir que :
a S. £. M. de Castagny, général de division, a jugé convenable de m'adresser le décret suivant :
» Corps expéditionnaire du Mexique. — !'« division d'infanterie. ^-
État'Major.
« Le général de Castagny commandant la l*^*" division de Tarmée franco-mexicaine,
» En vertu du décret constituant rendu par le général en chef, le 20 juin 1863; en vertu des ordres de Tempereur Maxi milieu, et faisant usage des facultés qui me sont concédées, je décrète :
» Art. i«^ 11 est établi une cour martiale à Mazatlan.
» Art. 2. Cette cour est investie de facultés discrétionnaires pour condamner à mort, sans appel, toute personne appartenant à des troupes de malfaiteurs armés (2).
(1) Histoire de V Intervention française au Mexique, p. 235.
(2) On sait que par le nom de malfaiteurs, le général entendait désigner ici les mexicains qui n'avaient point accepté le gouvernement de Maximilien.
— il2 -
» Art. 3. Celle cour prononcera ses senlences à la majorilé dos voix et sans désemparer.
» Art. 4. Les sentences seront exécutées dans les 24 heures, à partir du moment où elles auront été prononcées.
» De Castagny, >• général en c fief de la V^ division.
» Mazallan, 25 janvier 1865.
» J'ordonne donc qu'il s'imprime, qu'il se publie, qu'il circule et qu'on lui donne toute Textension convenable.
» Le préfet politique supérieur, » Gregorio Almada. »
Puis venait un second décret pour nommer les autorités de Mazatlan et condamner à 6 mois de prison les personnes qui se refuseraient à accepter les fonctions dont on voudrait les investir.
« Gregorio Almada, préfet politique du département de Sinaloa^ aux habitants dudit Etat, je fais savoir que :
» S. E. M. Castagny, général de division, a jugé convenable de m'adresser le décret suivant .:
» Corps expéditionnaire du Mexique, etc.
» Le général Castagny, etc.,
» Considérant que les autorités de Mazatlan n'ont point été nommées par toute la population, et ont en outre mal rempli leurs obligations (1) j'ai jugé convenable de décréter ce qui suit :
» Art. i®^ Sont nommés provisoirement et jusqu'à ratification de l'empereur Maximilien, les personnes dont les noms suivent : » Préfet politique, D. Gregorio Almada. » Préfet municipal, D. Francisco Gomez Flores, etc. » Art. 2. Les personnes mentionnées ci-dessus qui se refuseraient
(1) Les autorités de Mazatlan s'étaient montrées peu favorables ù l'Intervention.
— iVd —
ù remplir les fuiiclions dont on les a rcvoluos, seraient confontienicnt à la loi, condamnées à la peine de G mois de prison (i).
» Mazatlan, le 27 janvier 1865.
» De Castagxy,
» ijénéral en chef de la l'« division.
» J'ordonne donc, etc.,
» Le préfel politique supérieur,
» Grëgorio Almadâ. )> l'uis un troisième, pour reconstituer Télémeut judiciaire :
« GiiEGORio AuiAUÂ, préfet politique du département de Sinaloa^ aux
ïiabitants dudit État, je fais savoir que :
» S. E. M. Castagny, général de division, a jugé convenable de m'adresser le décret suivant :
» Corps expéditionnaire du Mexique, etc.
» Le général Castagny,
» Considérant qu'il est du plus grand intérêt de pourvoir Je plus prouiptement possible à Torganisation du pouvoir judiciaire, et, prenant en considération les propositions qui lui ont été faites par M. le préfet politique, décrète ce qui suit :
» Article unique. Sont nommés provisoirement, et jusqu'à ratification de S. M. l'empereur Maximilien.
» Pour le tribunal supérieur :
» Ministre D. Jésus Betaucourt.
» Fiscal D. José M. Yrribarren.
M Pour le tribunal de d'« instance :
wi^'^juge D. Jésus Bringas.
»2«juge D. Ladislas Gaona.
» Mazatlan, 27 janvier 1865.
» De Castagny,
» général de division.
» J'ordonne donc, etc..
» Le préfet politique supérieur,
» Gregorio Almada. »
(1) Ce crime, inconnu avant l'Intervention, avait été invente par n. 8
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11 était à croire que M. de Castagny, ne fût-ce que pour ne point causer inutilement du scandale, s'était entendu préalablement avec les personnes qu'il avait ainsi désignées pour remplir à Mazatlan les fonctions municipales et judiciaires. Cependant il n'en était rien. Une d'entre elles, M. Ladislas Gaona, sous prétexte de maladie et s'appuyant sur une décision médicale, refusa les fonctions de deuxième juge au tribunal de première instance. Il fut arrêté et sa détention donna lieu à l'échange des lettres suivantes :
No 1.
« Mazatlan, 30 janvier 1865.
» A M. le secrétaire de la préfecture supérieure.
w Les motifs puissants que j'ai eu l'honneur d'exposer hier à M. le préfet, en le priant de m'excuser si je n'acceptais pas les fonctions de juge au tribunal de i^^ instance, fonctions auxquelles a daigné m'appeler M. le général Castagny, existent toujours. Aujourd'hui môme, j'ai eu une nouvelle attaque des fièvres malignes dont je souffre depuis longtemps, et je suis obligé, par décision des médecins, de changer immédiatement de climat. En conséquence, je m'empresse de vous le faire savoir, pour que vous portiez à la connaissance de M. le préfet politique du département les motifs qui m'empêchent d'accepter les fonctions susdites.
» Ladislas Gaona. »
Cette lettre fut transmise au général Castagny ; celui-ci donna ses ordres sans s'inquiéter de savoir si les raisons invoquées par M. Gaona étaient ou n'étaient pas valables, et le préfet politique lui en accusa réception dans les termes suivants :
M. Âimonte quand, à Orizaba , il publia le 4 juin 1862, son fameux décret sous la protection des armes françaises.
11 était qualifié de délit de manque d'affection au gouvernement et au nouveau régime établi.
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No 2.