EMPIRE MEXICAIN
Tribunal de i^« instance.
« Mazatlan, 3 février 1865.
» A M, le préfet politique supérieur du département. » Monsieur le préfet,
» Aujourd'hui j'ai pris possession, au tribunal de 1»'^ Instance, de rofïice de deuxième juge, auquel j'ai été appelé conformément à la note de V. S. en date du 29 janvier dernier.
» J'ai l'honneur de le faire savoir à V. S. pour qu'elle en prenne note et le porte à la connaissance de qui de droit.
» L. Gaona. »
Cette opération terminée, le général pensa qu'il était prudent de rendre compte au maréchal de tout ce qu'il avait fait, et voici la copie littérale du rapport qu'il lui adressa à ce sujet :
Corps expéditio7inaire du Mexique. — 1'® Division dHnfanterie. — iV<>229. —Nouvelle organisation, administration de Mazatlan.
« Mazatlan, 31 janvier 1865.
» Monsieur le Maréchal,
» Par une dépêche du 22 de ce mois,No 221 (1), je vous faisais part de mon intention de ne rien changer à l'organisation administrative de Mazatlan, jusqu'à décision du gouvernement impérial. La marche
(1) Je n'ai pas retrouvé cette dépêche.
des événements m'a contraint de sortir de la réserve que je m'étais imposée, autant par prudence que par déférence pour Sa Majesté l'Empereur.
» Des faits nombreux et irrécusables m'ont convaincu que les premières autorités de la ville apportaient dans leurs fonctions une grande négligence dont souffrait le service public, et que, par crainte, par faiblesse ou par affection, elles ménageaient les bandits^ toléraient les menées de leurs agents, pactisaient avec eux peut-être.
» Un chef de bande vint ces jours derniers à Mazatlan. Je le sus; je le fis arrêter le lendemain. Il avait une sorte de sauf conduit signé par le frère du préfet politique, et donné avec l'assentiment de ce dernier.
» Cette faute grave confirmait la voix publique qui accusait hau* tement ce fonctionnaire d'avoir de grandes sympathies pour nos ennemis.
» La police de la ville, composée d'hommes dévoués à Corona, ne me servait en rien, patronnait les bandits qui venaient à la ville et en sortaient à leur gré. La justice vénale et méprisée ne s'exerçait qu'au profit de quelques individus tarés. Lorsque j'ai voulu remplacer ces juges iniques par des hommes plus honnêtes, ils ont refusé et se sont déclarés prêts a accepter la prison ou Vexil plutôt que de servir sous des autorités réprouvées par tout ce qui n^est pas gangrené ici.
» La situation n'était plus tenable; des plaintes s'élevaient de toutes parts. L'esprit de concibation que je cherchais à faire prévaloir, et la modération que j'apportais dans mes actes, passaient pour de la faiblesse aux yeux de tous. Nos ennemis s'en réjouissaient et nos quelques partisans s'en attristaient. Cet état de choses ne pouvait se prolonger sans danger et sans compromettre gravement notre dignité, aussi bien que celle du gouvernement impérial au nom duquel nous agissons.
» Comme vous le verrez par une autre dépêche (i), mon intention étant d'agir militairement, avec une extrême vigueur contre les bandits, j'ai dû également prendre des mesures énergiques au point de vue civil et politique.
» En conséquence, j'ai révoqué toutes les autorités de Mazatlan, issues d'une élection partielle de la population et j'ai nommé à leur
(1) Je n'ai pas non plus retrouvé cettte dépêche, et je le regrette bien sincèrement parce qu'elle devait être curieuse h plus d'un litre.
place d'autres individus. Je n'ai pu réunir le nombre d'hommes honorables nécessaires, il y en a trop peu à Mazatlan,
» Je n'ai pas encore vu au Mexique de ville aussi tarée que celleci, et cela se comprend. Mazatlan doit son origine à des contrebandiers. On prétend qu'ils n'ont pas renoncé encore à cette industrie lucrative.
» Tout le comnoerce est entre les mains des étrangers et il n'y a guère que le bas peuple qui soit mexicain.
» Dans ces conditions, le choix est très-difficile parce qu'il est très-limité.
» Je suis loin de prétendre que l'administration nouvellement constituée soit parfaite. J'ai pris ce qu'il y avait de m^ins mauvais dans la ville et ceux que je viens de nommer vaudront mieux que leurs prédécesseurs. Je prie donc Votre Excellence de vouloir bien faire approuver les deux décrets d-jV'in^ par le gouvernement mexicain.
» J'ai constitué une cour martiale à Mazatlan, pour prononcer sur le sort de quelques personnes arrêtées, dont les méfaits ressortent de cette juridiction.
» Je suis, etc.
M Le général commandant la division,
» DE Castagny. »
Sur la cheuiise de ce rapport est écrit de la main de M. Eloin :
« Ecrire au ministre de Gobemacion pour qu'il fasse préparer pour la signature un décret approuvant les nominations faites à Mazatlan par le général Castagny. »
Puis, à l'Intérieur, on trouve la minute suivante :
« 20 février 1863.
» A S. E. le Ministre de l'intérieur.
» Par ordre de S. M. j'adresse à V. E. le rapport ci-joint, pour qu*elle veuille bien présenter à la signature de S. M. un décret approuvant les nominations des autorités politiques et municipales de Mazatlan, faites par le général Castagny aussi bien que toutes celles qui se trouvent dans le même dossier.
» Je renouvelle à V. E., etc.
» Le conseiller d'Etat. »
Cela me rappelle un fait peu connu de la Révolution de i 848,
Cétait le 15 mai, jour de Tinvasion de rassemblée nationale par les clubs, pour y porter leur pétition en faveur de la malheureuse Pologne.
Notre bon ami Laviron, mort depuis à Rome pour la défense de la République Romaine, s'était placé, en grande tenue de capitaine d'artillerie de la garde nationale, derrière le fauteuil du président de rassemblée, M. Bûchez, et chaque fois que celui-ci signait un ordre de battre le rappel de la milice bourgeoise dans les différents quartiers de Paris, notre ami le lui enlevait, le remplaçait par un autre sur lequel il avait lui-même écrit : ne battez pas le rappel^ lui disait : signe Bûchez ; et le malheureux Bûchez y apposait sa signature avec une résignation qui aura dû compter, aujourd'hui qu'il est mort, dans un des plateaux de la balance qui a servi pour peser toutes ses actions.
De même au Mexique, chaque fois qu'il était question d'abriter une action quelconque à l'ombre d'un pouvoir qu'on croyait irresponsable, on adressait un rapport au maréchal Bazaine, et celui-ci, jouant auprès de l'archiduc le rôle que représentait notre ami Laviron auprès de l'honnête Bûchez lui disait : signe Maximilien, et le malheureux prince, sans faire la moindre réflexion, apposait immédiatement sa griffe au bas des décrets qui devaient, lui assuraiton, garantir pour toujours à sa race, directe ou d'adoption, la couronne et le trône des anciens empereurs aztèques.
Ce n'est pas tout. M. de Castagny tenait à buriner son nom d'une manière ineffaçable sur cette terre où, nouvel Attila, il aurait voulu que Therbe disparût à jamais des lieux où se seraient posés les pieds de son cheval de bataille.
Le i 4 février de la même année il fit mettre le feu à la Concordia, autrefois Saint-Sébastien, ville située à 15 lieues dans le N. E. de Mazatlan : il livra une population entière de 4,000 âmes aux hasards des grandes routes et annonça sa glorieuse détermination dans ces termes sauvages :
« Mexicains !
» Je suis venu au nom de TEmpereur Maximilien dans TÉlat de Sinaloa pour y établir la paix, protéger les propriétés et vous délivrer des malfaiteurs qui vous oppriment sous le masque de la liberté.
M On a fait des efforts pour dénaturer le but de notre Intervention; plusieurs d'entre vous ont été entraînés dans une fausse voie, et ils se sont laissés aveugler sur les véritables intérêts de leur pays.
» L'heure de la justice est arrivée. Une sentence rigoureuse s'exécute en ce moment même contre le district de Concordia.
» Que cet exemple exerce sur votre esprit une influence salutaire. Appréciez notre manière d'agir : aux uns la protection, aux autres le châtiment qu'ils méritent. Vous pouvez choisir entre ces deu!x alternatives.
» Nous sommes disposés à la plus grande bienveillance envers ceux qui se rallieront franchement à l'élu de la nation mexicaine ; mais nous sommes résolus à agir avec la rigueur nécessaire contre ceux qui s'obstineront à soutenir les misérables qui, usurpant le glorieux titre de soldats, déshonorent le Mexique par leurs crimes.
» Le général de division, » DE Castagny. »
La sentence, c^étaît Tincendie d'une ville entière. Voilà comment le général Castagny répondait au Mexique à ceux qui défendaient leur indépendance. Le refuge des femmes, celui des enfants, celui des vieillards, tout était dévasté, tout était détruit par les flammes. C'était le feu qui éclairait le pays, et c'est à la clarté de ce feu qu'il rédigeait son horrible proclamation.
Ah! lorsqu'en 18^5, car il me faut toujours en revenir à cette époque malheureuse, M. Whitebread, à la chambre des communes, eut le courage de protester contre la politique du gouvernement anglais à l'égard de la France, de la même manière que M. Jules Favre a protesté contre la politique du second empire à l'égard du Mexique , lord Castlereag ne fit pas comme M. Rouher ! Il ne traita pas les défenseurs de l'empire de bandits, bien qu'il eût alors entre ses mains la déclaration du 13 mars par laquelle les souverains alliés avaient mis le premier Bonaparte au ban des nations ; il n'accusa pas le membre courageux de l'opposition d'insulter l'Angleterre et l'armée anglaise; mais il se contenta de répondre par des expressions générales où perçait tout au plus la tradition des deux Pitt (1). Il a fallu descendre
(I) The parliamentary debates frora the year 1803 lo the presenl limes, etc.. Vol. XXX, p. 230.
jusqu'à nos jours pour assister à un pareil spectacle et entendre salir à la tribune du Corps législatif tout ce que la conduite si digne de nos pères , si héroïque chez nous pendant les deux invasions, nous avait appris à respecter chez les autres.
Qu'auraient donc pu dire M. Rouher et sa majorité, si ces bandits, comme ils affectaient d'appeler les libéraux, appliquant à leur tour la loi terrible des représailles, avaient répondu à l'incendie de la Concordia en faisant fusiller le commandant du Lvcifer et ses 98 compagnons de captivité? — Rien certainement, car cette loi était dans la nature de la situation. Mais il savait, ce grand ministre, que les prisonniers français n'avaient rien à craindre. Au moment où il déversait sur les libéraux les poisons de son éloquence à fracas, il savait, je tiens à le répéter bien haut, que le général Negrete , ministre de la guerre de M. Juarez, par une note en date du 7 janvier 1865, avait écrit au colonel Rosales, par ordre du président, de traiter les 'prisonniers fran-çais avec humanité^ afin de donner un nouvel exemple de la civilisation du pays, et, se reposant sur la parole de ces prétendus bandits, il n'avait pas craint de se montrer impitoyable jusqu'au bout.
M. de Castagny, pour en finir avec ce foudre de guerre, revint à Mazatlan après Tincendie de la Concordia, et le 12 avril suivant, il adressa au maréchal le nouveau rapport qu'on va lire :
Corps expéditionnaire du Meociqtie. — Première division
d'infanterie,
« Mazatlan, 12 avril 1865.
» M. le maréchal,
» J'ai l'honneur de faire connaître à V. E. que j'ai décidé l'envoi à San-Francisco, de quatre individus dont les noms suivent, inculpés de faits graves , mais pour lesquels il n'existait pas de preuves suffisantés pour pouvoir traduire leurs auteurs devant une cour martiale,
» La présence de ces individus dans le Sinaloa m'ayant paru devoir présenter des inconvénients sérieux, même au point de vue de leurs propres intérêts, je leur ai imposé la condition de ne point y rester sans Tautorisaiion du gouvernement mexicain, et j'ai l'hon-
neur de prier V. E. de vouloir bien agir auprès du gouvernement de S. M., pour que celle autorisalion ne soit pas accordée avant la pacitlcalion complète du pays.
» i° Le nommé Adolfo Shower, inculpé d'avoir poussé, au théâtre, des cris séditieux contre les français et contre l'Empire, a été arrêté le 6 janvier et embarqué le 20 février pour San-Francisco.
» 20 Le nommé Rueda Flores, ami intime de Corona, inculpé de correspondre avec l'ennemi, a été embarqué le 1" février.
» 3<» Le nommé Juan Félix, frère du chef de bandits tué à Veranos, inculpé d'avoir servi dans les bandes et d'avoir aidé l'ennemi dans plusieurs circonstances, est parti le 1«^ avril pour San-Francisco.
» 40 Le nommé Cantabrana, accusé de rapports avec l'ennemi et d'espionnage, a été également embarqué le i«' avril.
» J'ai l'honneur d'être, etc..
» Le général de division^
DE Castagny. »
Du reste, ce n'était pas seulement à Mazatlan que les défenseurs éperonnés de Tordre, de la famille et de la propriété, s'ingéraient à faire le vide autour d'eux pour obtenir la paix du cimetière. Partout il en était de même. Les officiers commandants, chacun à qui mieux, consacraient leurs loisirs à cette honorable besogne, et pour ne citer qu'un fait entre mille de la même espèce, je me contenterai de transcrire le rapport que voici :
Ouanajualo, if> Mai 1865. — N. 55. — A S. E. Mr. le maréchal commandant en chef Varmée du Mexique.
« Monsieur le Maréchal,
» La réception de la lettre confidentielle n® 83, me fait un devoir d'informer V. E. de la situation politique du Département avant même l'envoi de mon rapport de quinzaine.
» Je ne crois pas que la tranquillité de ce pays puisse être sérieusement menacée, bien qu'il existe un état de gêne, de malaise, que les mécontents, en propageant de fausses nouvelles, en répandant le bruit de l'arrivée en mai de Doblado, font naître et entretiennent avec assez d'habileté.
» Ces mécontents , soit officiers^ soit commerçants, soit enfin avocats, dévoués par intérêt à l'ancien gouverneur de cette province, bien que surveillés cependant par la police, ont joui peut-être d'une
trop grande liberté dont ils ne se montrent nullement reconnaissants. Les plus fous crient, clabaudent contre la France et Tempire, d'autres plus rusés, plus prudents mais aussi plus dangereux, soit à cause de leur position sociale agissent en sous main, je crois bien que je n'aie pu avoir aucune preuve certaine de ce dernier fait (sic).
» Dans cette dernière catégorie il faut ranger :
» Encarnâcion Serrano, agent d*affaîres , créature de Doblado, homme actif, remuant, entretenant des cori^espondances, ayant des affidés partout.
» Le général Florencio Antillon, échappé de Puebla, désigné, dit-on, pour prendre le commandement d'une insurrection.
» Le colonel Florencio Soria, homme encore plus dangereux que le précédent, à cause de son dévouement à Doblado, son intelligence, son énergie et son habileté à créer des ressources.
» Le commandant Jacinto Rodriguez, audacieux, n'attendant qu'une occasion pour reprendre un commandement qu'on lui confierait à cause de sa haine pour l'empire et pour la France — ancien aide-de-camp de Doblado.
» Le licencié Antonio Lemus.
» Le docteur Guadalupe Lobato, beau-frère du commandant Rodriguez.
» Le lieutenant-colonel Domingo Chico, n'attend qu'une occasion pour se faire bandit,
» Francisco Montanez, ex- administrateur de la douane sous Doblado auquel il est tout dévoué, pillard, concussionnaire, habite près de Silao. — Doit être le correspondant des bandits, leur intermédiaire près de ceux qui les encouragent.
» Je crois que si on éloignait du département ces individus ou au moins le plus dangereux d'entre eux, le parti des mécontents serait abattu et les bandes manquant de ressources, d'avis, de renseignements, tomberaient d'elles-mêmes.
» Je ne pense pas me tromper en rangeant enfin dans ce parti qui par suite des événements du Nord a relevé la tête, M. le préfet politique de Guanajuato, M. Juan Ortiz Gareaga. — Gréature de Doblado, ami du dernier ministre de l'intérieur démissionnaire, détestant la France et ses œuvres au Mexique, haineux à toute supériorité. M. le préfet n'a, suivant mes renseignements, accepté l'emploi dont il a la charge que dans l'espoir d'être utile à son parti. Pour ce dernier il est une espérance, pour les gens modérés il est un épouvantail. — Je trouve du reste chez lui une mauvaise volonté bien significative, bien marquée pour obliger les sous-préfets et maires à être sans cesse informés de tout ce qui se passe sur leur territoire comme apparition des bandes, leur recrutement, leur force, leurs
projets et à communiquer ces renseignements aux chefs de districts les plus i*approchés. Il m'est désigné enfin comme recevant de hauts fonctionnaires appartenant à Tentourage de S. M. des avis qui annoncent Tespoir d'un changement de gouvernement.
» Pour résumer ma pensée sur le préfet politique, je dirai que M. Juan Ortiz Careaga est un obstacle au rétablissement complet de la tranquillité.
» Suivant mes renseignements, le bandit Juan Truncoso aurait aujourd'hui pour drapeau : Religion y fueros, contra los adjudicalarios, ce qui semblerait affirmer qu'il est à la solde du clergé.
» Pensant, monsieur le maréchal, que la réorganisation de la cour martiale à Guanajuato est une mesure de première nécessité, j'ai l'honneur de soumettre à V. E. la demande du rétablissement et de la composition de ce tribunal.
MM. Désandré, capitaine président.
Lacoste, capitaine juge.
Charoilhat, lieutenant juge.
Prévôt, sous-lieulenant, commissaire rapporteur.
» Il n'existe point d'autres officiers à Guanajuato. » M. le lieutenant-colonel Cottat, qui est à Léon, donnerait et Tordre d'informer et celui de mise en jugement.
» J'ai l'honneur d'être, monsieur le maréchal, avec le plus profond respect, de Votre Excellence l'humble serviteur.
c< Le capitaine commandant militaire à Guanajuato.
» L. Désandré. »
En tête de cette pièce est écrit :
« Para conocimiento de S. M., c'est-à-dire, à porter à la connaissance de S. M. »
Et plus bas en marge :
« Au sujet de la situation politique du département et de la réorganisation de la cour martiale à Guanajuato. »
Que diront les lecteurs de ce brave capitaine qui n'a aucune preuve d'un fait qu'il avance, et qui, cependant, pour justifier les rigueurs nouvelles qu'il demande charitablement contre ses administrés, s'oublie jusqu'à dire que ces gens surveillés par la police ont joui, peut-être, d'une trop qrande liberté?
Mais, malheureux, puisque tu n'avais aucune preuve de ce que tu disais, et que ta déclaration était de nature à augmenter encore la somme des sévérités, pour ne pas dire plus, dont on avait usé jusqu'alors à l'égard de ceux que tu dénonçais, pourquoi donc en parlais-tu?
— Tu pensais que le C. Francisco Montaùez devait être le correspondant des bandits, leur intermédiaire près de ceux qui les encourageaient. — Soit; mais pourquoi le pensais-tu ?
Penser, ô digne représentant de la force brutale, dans la langue de Pascal et du bonhomme Molière, signifie : avoir dans son esprit Vidée d'une chose, la supposer, y rêver; et toi tu avais dans Fesprit, c'est-à-dire, que tu supposais, à n'en croire que ce que tu as toi-même écrit, que ce Francisco Montanez était le correspondant de ceux que tu appelais des bandits ; et qu'à force de le supposer tu as fini par te persuader que l'objet de tes suppositions était une vérité : cela u'est après tout que ridicule ; mais ce qui est infâme, ce qui est odieux, ce qui n'est pas français, par conséquent ce qui n'est pas humain , c'est d'avoir donné dans un rapport officiel tes suppositions pour des réalités , et de t'en être servi pour demander, ce n'est pas assez, pour justifier l'érection d'un tribunal de sang.