II
dont M. J. Favre lui-même, dans son discours du 2 i juillet dernier, n'a cité aucune des conditions, preuve évideote qu'il n*en connaissait pas le texte.
Et qu'on ne dise pas que, dans son préambule, M. de Germiny prétendait agir en vertu des pouvoirs spéciaux qui lui avaient été conférés par Tarchiduc, le 26 novembre 1864, et comme mandataire de MM. Barron et Bourdillon, qui avaient reçu collectivement du même prince des pouvoirs identiques à l'effet de contracter un emprunt mexicain en Europe !«.. Ces pouvoirs, où sont-ils? Je n'en ai pas trouvé la moindre trace à Mexico.
f^a seule pièce qui ait trait à cette affaire, est la dépêche de M. Barron au ministre d'État, en date du d6 février 1865, dépêche dont j'ai déjà parlé et dont voici les passages les plus importants.
Après avoir dit qu'il s'était rendu, le 4, en compagnie de M. Bourdillon, chez M. de Germiny, où il avait appris que le reliquat revenant au gouvernement sur l'emprunt de Miramar s'élèverait à 17,000,000 de francs, et que la mission dont ils étaient chargés devait se traiter dans une autre occasion, il s'exprimait ainsi :
(( £n effet, nous nous sommes rendus le lendemain chez M. le comte, où nous avons trouvé tous les membres de la commission. Nous avons échangé nos pouvoirs ; nous avons lu les deux projets de banque, et nous avons présenté nos instructions secrètes. Nous sommes ensuite entrés en matière : nous avons fait toutes les observations qui nous ont paru convenables sur Fobjet de notre réunion, et j'ai été obligé de reconnaître, dès le début, que nous rencontrerions, M. Bourdillon et moi, chez M. de Germiny et chez M. Corta, une tendance décidée en faveur des intérêts français, tendance basée, sans aucun fondement selon moi, sur les services immenses que la France a rendus au Mexique, sur l'effet prodigieux que devait produire l'établissement de la Banque sur le marché de Paris, et sur la nécessité d'agir avec promptitude pour relever le crédit mexicain.
» M. de Germiny nous a parlé également d'un projet ayant pour but de convertir la dette provenant de l'emprunt de Miramar. Cette opération, selon moi, améliorerait les conditions de cet emprunt : elle faciliterait les moyens d'en émettre un second et je me réserve de m'en occuper une autre fois parce qu'il n'y a pas lieu de le faire en ce moment.
» Le 0, la commission mexicaine s est réuuie de nouveau avec MM. Hottinguer père et fiis et MM. Heine. Nous avons diseulé, I*un après l'autre et en détail, tous les articles du projet. Nous avons appuyé autant que nous Tavons pu sur toutes les questions prévues dans nos instructions, et nous n'avons cédé qu'en présence d'une opposition invincible.
» Les dispositions du gouvernement relatives au reliquat de l'emprunt de Miramar n'ayant plus d'objet, nous nous sommes efTorcés d'obtenir un prêt particulier de 4,000,000 de piastres de ces banquiers, mais notre demande a été repoussée purement et simplement.
» Alors nous avons proposé que la banque ouvrît au gouvernement un crédit permanent de 2,000,000 de piastres à 6 p. c. d'intérêt par an. Celte idée a paru agréer à M. Hottinguer père, mais elle a été repoussée définitivement par ses collègues.
» J'aurais désiré vivement faire de ce point une condition sine quâ non^ mais n'ayant rencontré chez MM. de Germiny et Coilii aucune disposition pour m'appuyer, j'ai dû suspendre mes demandes à ce !<ujet, et j'ai consenti, après une large discussion, ù les laisser en suspens pour y revenir dans une autre occasion. »
Puis il s'occupait de nouveau de la banque et terminait en ces termes :
« Quant à la mission qui nous a été confiée d'obtenir pour le gouvernement une somme de% à% millions de piastres ^ il ne nous a pas été possible d'insister sans porter un préjudice grave au crédit du Mexique sur les places de Paris et de Londres. C'est pourquoi nous avons pris en considération que l'emprunt de Miramar, souscrit en totalité, offre au gouvernement un reliquat de près de 3 millions et demi de piastres; que la banque s'engage à lui faire une avance de 2,000,000, et nous avons cru convenable de retarder un emprunt qui, en convertissant toutes les dettes, donnerait au gouvernement de S. M. une certaine tranquillité pour l'avenir. »
Un prêt particulier de 6 à 8 millions de piastres, c'est-àdire de 30 à iO millions de francs, voilà tout ce que MM. Barron et Bourdillon avaient mission de demander en Europe. Cette somme devait suffire au gouvernement de Maximilien; et de fait elle aurait été suffisante pour le moment si, comme on Tavait dit à ses envoyés, l'emprunt de Miramar avait offert un reliquat net et liquide de i 7,000,000 de francs ; si la banque qui allait s'établir, on le croyait
du moins, avait consenti à lui taire une avance de 2,000,000 de piastres, — soit 10,000,000 francs: — mais le reliquat de Miraraar n'existait qu'en papier dont les plus habiles euxmêmes désespéraient de rien tirer ; la banque, à Tétat de simple aspiration, ne devait jamais fonctionner, et les banquiers, trop intelligents pour risquer une partie qui ne leur promettait rien de bon, avaient arrêté depuis longtemps entre eux les bases de ce fameux projet qui rejetait sur le public les charges de l'emprunt et leur donnait à eux les moyens d'empocher, sans délier les cordons de leur bourse, la somme assez rondelette de 17,000,000 de francs.
Pour arriver à ce but, on menaça les envoyés de Maximilien de la banqueroute ; on les eifraya sur le sort de l'empire; on leur persuada qu'ils pourraient le sauver en acceptant les termes du susdit emprunt ; on leur arracha leur consentement en faisant intervenir le gouvernement impérial dans cette ignoble spéculation (1), et quand tout fut prêt, quand les envoyés de Tarchiduc eurent été suffisamment catéchisés; quand les banquiers se furent entendus sur la manière dont ils partageraient entre eux les dépouilles du nouvel emprunt, MM. Rouher et Corta montèrent à la tribune et y jouèrent la scène que Ton sait-
Ce jour-là M. Rouher cacha soigneusement la vérité. Tranchons le mot, il mentit. Souscrire, dans toutes les langues, signifie : « approuver un écrit en mettant sa signa- » ture au bas. — Approuver ce qu'un autre a dit. — Donner » de V argent d'avance pour une entreprise; » c'est-à-dire, dans le cas qui nous occupe, prendre un certain nombre d'obligations pour son propre compte ou pour les revendre plus tard avec les chances aléatoires de la hausse ou de la baisse.
Ici, rien de semblable. M. Pinard a pris à sa charge la totalité des 500,000 obligations au prix déterminé par Tart. 2 de l'acte constitutif de l'emprunt, moyennant une commis-
(i) Dans une dépêche adressée de Paris le 15 avril 1865, c'esl-kdire, le lendemain même de la signature de l'emprunt, M. Barron écrivait au ministre d'Ëtat de l'archiduc que cet acte leur avait été présenté de la part du gouvernement français; que se nos habia sometidapor parte del gobierno francés.
sîon de 10 p. c. sur le prix d'émission. • — Art. 5 ; — et s'est réservé en outre, aux termes du troisième paragraphe du même article, le droit d'ouvrir une souscription pouT en vendre les titres au public de la même manière que son frère, son cousin ou toute autre personne, peut ouvrir une boutique pour y vendre du sucre, de la chandelle ou de la cannelle... Voilà toute la vérité. Dans cette affaire les banquiers ne se trouvent nulle part, si ce n'est dans le discours de M. Rouher et dans l'acte qui avait pour but d'égarer l'opinion publique avec leurs noms; car si la déclaration de M. Pinard annonçant qu'il prenait ces obligations au nom de ses mandataires avait été sérieuse, il n'aurait point eu besoin d'établir dans chaque département des bureaux pour les vendre sous la pression administrative des percepteurs des contributions. î/emprunt aurait été porté directement à la bourse par les intéressés, comme l'ont été ceux de rÉgypte, de Tunis et de la Turquie, et la France ne serait point obligée maintenant de débourser chaque année la somme de 4',000,000 de francs pour couvrir les nudités de cettç honteuse manœuvre.
C'était une nouvelle charge de 250,000,000 de francs que l'Intervention ajoutait aux 515,600,000 provenant de l'emprunt de Miramar. La dette étrangère se trouvait ainsi augmentée de 765,600,000 francs en deux ans, et comme cette augmentation avait une grande partie de ses causes dans les nécessités du système impérial , il me reste , pour le démontrer, à établir les budgets respectifs de la République et de cet empire souffreteux.