ESCUDERO
Personne ne pouvait certainement imaginer qu^un acte aussi légitime par son origine que par son essence pût être jamais considéré comme hostile ou vexatoire. C'est pourtant ce qui arriva. Le nonce, de plus en plus furieux, adressa le 19 janvier 1865, au ministre des affaires étrangères, une nouvelle note dans laquelle il protestait contre cette décision et afiichait des prétentions si exorbitantes que M. Rarairez se crut en droit de lui répondre deux jours après par une
contre note qui mit fin à tous les rapports qui avaient existé jusque là entre le gouvernement de Maximilien et Tarchevêque Meglia.
Toutefois, comme on n'avait aucunement l'idée de se brouiller avec le Saint-Siège, et que Tarchiduc surtout, en bon catholique, tenait à.faire preuve d'une déférence spéciale envers le Pape, on nomma dans l'espoir d'arriver au but désiré une commission extraordinaire composée du ministre d'État, M. Velasquez de Léon, de l'évêque Ramirez et de M. Joaquîn Degollado, fils d'une des victimes les plus pures dû parti réactionnaire, pour aller traiter directement avec la cour de Rome, et l'on investit son chef de tous les pouvoirs dont il pourrait avoir besoin pour terminer au plus vite cette grave aflFaire sous les inspirations immédiates du successeur infaillible de saint Pierre.
Par malheur les circonstances n'étaient point favorables à la cause de Tarchiduc. Plus il mettait de soins à faire preuve de bonne volonté, moins il réussissait à convaincre ce gouvernement tonsuré. Toutes les mesures qu'il prenait tournaient Tune après l'autre contre lui, et quand je dis toutes, je n'en excepte pas même la recommandation qu'il avait adressée à M. Hidalgo pour obtenir en sa faveur une intervention amicale du cabinet des Tuileries auprès du tout puissant cardinal Anton elli.
Voici pour convaincre les partisans de l'empire du peu d'estime que professe le gouvernement du Pape à l'endroit de celui de France et de sou chef, une note oflScielle qui, je l'espère, ne laissera pas le moindre doute aux plus incrédules.
Légation du Mexiqtie à Rome,
N« 426. — RÉSEUVÉ.
« Rome, 25 mars 1865.
» Excellence.
» J'accomplirai exactement l'ordre de S. M. l'Empereur, ordre que vous m'avez communiqué dans votre note réservée du il février, en me retirant, le cas arrivé (i), de cette capitale, pour aller m'établir
(i) Je n'ai rien trouvé qui puisse m'indiquer le cas dont il s'agit. Celte note a été enlevée du dossier. On y voit seulement, par une aulre
dans un village des environs, en vous rendant compte immédiatement et en détail de tout ce qui aura eu lieu. Je ne crois point être obligé à prendre cette mesure, car il me paraît bien difficile que le Saint-Père pousse les choses aussi loin, même en présence de toutes les préventions qu'il peut nourrir.
» Le comte de Sartiges, ambassadeur de France, a reçu Tordre du ministre des affaires étrangères d*exercer son influence dans cette cour dans un sens favorable au Mexique, en faisant son possible pour faire disparaître la numvaise impression qu*a fait naître ce qui s*est passé entre le gouvernement et le nonce apostolique. 11 s'est conduit ainsi, et nous devons en être reconnaissants envers la France ; mais le cardinal-secrétaire d'Etat m'a fait connaître, d'une manière toute confidentielle, le mauvais effet de ces bons offices^ et s*est exprimé d'une façon assez vive à l'égard de cette ingérance. Je crois que dans
LES circonstances ACTUELLES, IL n'y A POINT d'AFTAIRES PLUS MAUVAISES AUPRÈS DU GOUVERNEMENT PONTIFICAL QUE CELLES QUI SONT RECOMMANDÉES
PAR l'empereur DES FRANÇAIS, mais en dépit de ces méchantes dispositions, je crois également que la cour de Rome ne s'opposera jamais ouvertement, je parle dans les limites du possible, à la volonté de ce souverain.
» J*ai causé, il y a quelques jours, avec M. de Sartiges, des affaires du Mexique. J'avais évité jusque-là de le faire, attendu que je ne savais point au juste comment on recevrait son intervention. Dans le cours de la conversation, j'ai trouvé naturellement l'occasion de lui insinuer que je ne savais pas comment serait reçue la mission extraordinaire que l'on attendait de Mexico ; mais S. E. n'a point hésité à me déclarer qu'elle ne pensait pas comme moi. Un des motifs qu'elle m'a donnés pour appuyer son opinion était que le gouvernement pontifical, en refusant de la recevoir, se brouillerait avec la France, et qu'il ne voudrait pas en courir les conséquences. J'espère donc, par le prochain packet, pouvoir annoncer à V. Ë. la réception officielle des commissaires impériaux.
» Que Dieu, etc.
» Ignacio Aguilar.
» A S. E. le ministre des affaires étrangères... Mexico. »
note postérieure, en date du 25 avril, que le Pape montrait la plus grande répugnance à recevoir la commission mexicaine présidée par M. Veiasquez de Léon, il est probable que le fait dont nous nous occupons avait trait à cette commission, et que, dans le cas où le Pape aurait persisté dans son refus, la légation mexicaine avait Tordre de quitter immédiatement la ville éternelle.
Ainsi le gouvernement français entretenait alors des troupes à Rome pour y maintenir, comme il la maintient aujourd'hui, l'abominable dictature de la papauté; c'est par lui qu'elle vivait, c'est par lui qu'elle vit encore» qu'elle peut s'imposer aux populations qui la rejettent partout, même en Espagne, et pour prix de sa complicité^dans cet attentat inouï contre la conscience des peuples, il ne recueillait que la honte qui accompagne toujours les mauvaises actions. Le cardinal Ântonelli n'osant le proclamer hautement, s'en expliquait cependant, dans ses conversations confidentielles; et M. Âguilar tenant compte à la fois de ce qu'on lui avait dit et de ce qu'on lui avait laissé seulement soupçonner, se croyait en droit de pouvoir affirmer à son chef hiérarchique que, dans la situation où se trouvaient alors les choses de l'Europe, la pire de
TOUTES LES RECOMMANDATIONS AUPRÈS DU GOUVERNEMENT PON- TIFICAL ÉTAIT SANS CONTREDIT CELLE DE L'EMPEREUR DES
Français.
Les députés de l'opposition ont fait plusieus fois ressortir cette vérité dans les discussions du Corps législatif. Malheureusement, ils ne pouvaient invoquer que des indices pour ainsi dire moraux. Cette dépêche est une preuve matérielle que je suis heureux de leur fournir en appui de leur argumentation contre les subtilités de M. Thiers, et personne après cela ne sera étonné de la réponse faite le 9 mars 1865 par cette éminence, à la note dans laquelle le ministre de l'archiduc lui rendait compte de ce qui s'était passé à Mexico, entre le nonce et le gouvernement de Tlntervention.
Voici cette réponse.
« Avant tout, le cardinal soussigné ne peut se dispenser de
relever deux affirmations contenues dans Texorde de la lettre impériale, affirmations qui paraissent destinées à servir de base et de fondement aux mesures contraires à TÉglise catholique annoncées dans ce document, et qui tendent en même temps à faire retomber sur Tauguste chef de cette Ëglise une responsabilité aussi odieuse qu'injuste.
» La première de ces affirmations se rapporte à de prétendues négociations entamées à Rome entre S. M. et le S. P. pour trouver un moyen qui^ tout en donnant satisfaction aux justes exigences du
— ai -
pays, rétablirait la paix dam les esprits de tous les citoyens de l'empire et la tranquillité dans leurs consciences.
» Si Ton considère le simple énonce de cette affirmation, on est porté à croire que des négociations ont eu lieu à Rome, pendant le séjour de S. M. pour Tarrangement des affaires religieuses du Mexique ; mais si on en examine le contexte dans ses rapports avec les mesures qu'on annonce, on le trouve de nature à faire croire aux personnes qui ne connaissent pas à fond les maximes et les principes du Saint-Siège, que les négociations avaient précisément pour objet les points énumérés dans la lettre impériale, comme si, le S. P. ayant retiré son adhésion à ce qui aurait été concerté de commun accord avec l'empereur, celui-ci se serait trouvé obligé de décider de sa proprcautorité ce qui avait été proposé à Rome avec le consentement du S. P. lui-même.
» Or, S. M. ne peut avoir oublié que, pendant le peu de temps qu'elle est restée dans cette capitale, aucune négociation n'a eu lieu relativement aux affaires religieuses du Mexique, et moins encore relativement aux points indiqués par Tempereur dans sa lettre au ministre Escudero, points qui n'ont jamais été signalés à qui que ce soit avant l'arrivée du nonce apostolique à Mexico.
» Il ne résulte pas de ce qui précède que le S. P. n'ait pas désiré une conférence avec ce souverain pour s'entendre avec lui sur lespoints principaux de la question ecclésiastique ; mais que, soit à cause du temps trop court qu'il a plu à S. M. de passer à Rome, soit pour d'autres motifs qu'il n'est pas nécessaire de rappeler, S. S. a dû comprendre que Vempereur n*avait pas Vintention d'ouvrir à cette occasion des négociations sur les affaires religieuses du Mexique, et a dû se borner par conséquent à recommander en général à la protection de S. M. l'avenir de la religion catholique dans le nouvel empire.
» La seconde affirmation n'est pas plus fondée que la première. Si l'on s'arrêtait, en effet, au sens naturel et précis des paroles par lesquelles l'empereur déclare qu'à sa grande surprise le nonce lui a fait connaître quHl manquait d'instmctions et qu'il devait les attendre de Rome, sans se rappeler la prudence et la sagesse du S. P. il faudrait nécessairement en conclure, ce qui est le contraire de la vérité, que le S. P. a envoyé son représentant au Mexique sans lui donner les instructions et les pouvoirs relatifs aux divers règlements qui touchent aux affaires religieuses, et l'on serait en droit d'admettre également que le S. P. ne s'intéresse en aucune manière à ce règlement, ou qu'il manque complètement d'égards envers le nouveau souverain, propositions également absurdes, et que le soussigné n'a point à réfuter... »
Entre ces deux personnages si haut placés dont Tun affirmait de la manière la plus péremptoire avoir lui-même ouvert des négociations à Rome sur les aflFaires religieuses du Mexique, tandis que l'autre soutenait d'une façon non moins positive, que, pour des motifs qu'il était inutile de rappeler, il n'avait rien fait de semblable, il devait nécessairement y en avoir un qui ne disait pas la vérité; mais ce n'est point à moi qu'il appartient d'infliger à l'un ou à l'autre la réponge de Pascal aux jésuites de son temps. Je n'attaque ni ne défends personne ; cependant il faut croire que la cour de Rome devait être bien mal disposée en faveur de l'archiduc, car à la date du 3 juin suivant, c'est-à-dire, après avoir reçu la commission mexicaine présidée par M. Velasquez de Léon, après lui avoir fait espérer une solution plus ou moins satisfaisante de cette grave affaire, ce même cardinal Antonelli déclarait à M. Teran qu'il ne consentirait jamais à aucun arrangement avec le prince autrichien (i). Fiezvous après cela aux déclarations mielleuses de la cour de Rome !
(i) Dépêche, en date du '3 juin 4865, de M. J. Teran, à M. S. Lerdo de Tejada, ministre des affaires étrangères de M. Juarez.
Exploitation de la presse.
Quand un homme a réussi par la force ou par la ruse à imposer son joug sur des populations vaincues ou seulement égarées, qu'il soit de race souveraine ou simple aventurier, enfant légitime ou bâtard, peu importe, son premier soin, son premier besoin, de nos jours, est de s*Incliner devant un besoin plus grand, plus puissant que la force elle-même, en se donnant jésuitiquement comme le seul, l'unique, le véritable représentant de leurs droits souverains. 11 n'y a point d'exception à cette règle. Ainsi, M. Bonaparte, faisant voter le plébiscite du 21 décembre 1851, sous la pression de ses baïonnettes, encore dégouttantes de sang et le prince autrichien ayant l'air de prendre au sérieux le vote du 10 juillet 1864, obéissaient au besoin qu'ils éprouvaient l'un et l'autre d'abriter leur usurpation derrière quelque chose de plus respectable qu'eux-mêmes, et c'est aux nécessités de ce genre qu'il faut attribuer, partout où elles existent, la création des feuilles officieuses qui ont pour mission de pervertir Tesprit public en prétendant le moraliser.
Le gouvernement de l'archiduc sorti de la conquête, implanté dans le sang des mexicains et ne se soutenant que par les mesures les plus odieuses, ne pouvait pas, à cet égard, faire autrement que son aîné. Comme lui, il éprouvait le besoin, je ne dirai pas seulement de tromper le public, sur son origine, sur sa situation, mais de se mentir parfois à lui-même, afin de se maintenir toujours à la hauteur de son rôle; et, comme aujourd'hui, on reconnaît également la nécessité de paraître, de temps à autre, tenir uu certain compte de l'opinion publique, il fut décidé qu'on établirait à cet efiet un cabinet spécial, dont on confierait la direction suprême à un conseiller d'État, belge de naissance, nommé M. F. Eloin.
Dans ce cabinet, un certain Estvan, se disant colonel américain, retiré du service, était chargé d'exercer son action, véritable ou non, sur la presse des Etats-Unis; le vénérable abbé Domenech, missionnaire apostolique, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler plus d'une fois, sur celle de i'Europo, et le S*" Portilla, sur celle du Mexique.
En dehors de ces quatre personnages, dont les noms, groupés comme les étoiles d'une comète sinistre, brillaient au firmament de la presse mexicaine, il y avait les étrangers plus ou moins officieux, et ceux-là n'étaient certainement pas les moins âpres à la curée.
Puis, en dernier lieu, l'armée dont la main se retrouvait partout.
Commençons par la presse de la localité.
Parmi les petits grands hommes de cette catégorie, un des plus importants, sans contredit, depuis la suppression des journaux républicains et l'arrestation ou le départ de leurs rédacteurs, se nommait Charles de Barres.
Écrivain plus humouriste que profond, M. de Barres avait juste la dose nécessaire d'instruction pour émailler sa phrase tantôt nébuleuse, tantôt boursouflée, toujours vide de sens, de ces citations plus ou moins risquées, de ces aperçus plus ou moins vrais, qui plaisent par leur peu de portée aux béotiens de la civilisation qu'on rencontre partout où il faut écraser sous le nombre ceux qui ont encore l'audace de penser et de dire que dans tout pays, la patrie et le gouvernement sont deux choses entièrement distinctes l'une de l'autre.
Voilà probablement pourquoi sa parole a eu un instant quelque poids sur les boutiquiers français de Mexico.
Du reste, aucune idée morale, aucune notion du juste et de l'injuste; il voulait jouir, toujours jouir, et comme il n'en avait pas les moyens, sa plume appartenait d'avance à celui qui le payerait le plus.
M. de Barres était au Mexique depuis une vingtaine d'années. 11 n'y avait pas fait fortune; maiail en connaissait parfaitement les mœurs, les coutumes, je pourrais dire une partie des habitants, car il y avait eu ses ennuis, et dans ses jours d'angoisses, il avait été en quelque sorte adopté par des
jeunes gens, dont il partageait les goûts et quelquefois les erreurs.
Le moment était donc venu de les défendre à son tour, tout au moins de rester neutre dans un combat où se débattait leur nationalité : mais la reconnaissance n'a jamais été le fait que des petites gens et M. de Barres visait beaucoup plus haut. Il tenait à passer pour un homme supérieur et cette ambition le perdit. 11 commença par effacer de ses souvenirs les noms de ses anciens amis, puis il s'aboucha^ moyennant 5,000 francs à TeflSgie de la République, avec M. de Saligny, et se Ht honteusement chasser peu de temps après de Mexico, parce qu'il entretenait une correspondance coupable avec son nouveau patron.
Puis la chance tourna. M. de Barres revint en vainqueur, je veux dire dans les fourgons du général Forey. 11 fit miroiter aux yeux du général les services qu'il pourrait rendre à l'Intervention en opérant sur l'esprit chauvin de nos compatriotes établis dans le pays ; on goûta ses propositions, et M. de Saligny lui fit allouer par la Régence qui n'avait rien à lui refuser une subvention mensuelle de 5,000 francs. Mais le malheur l'avait rendu sage. Il craignait, non sans raison, de ne satisfaire qu'à demi les espérances de la réaction, et pour ne pas livrer toute sa fortune aux exigences de ses nouveaux amis, il eut soin de conserver en même temps les relations les plus affectueuses, les plus suivies avec le général en chef, dont la prose s'étalait de temps à autre avec une majesté de circonstance dans les colonnes de son bienheureux journal.
De cette manière le rédacteur besoigneux de VEsiafette avait trouvé le moyen de recevoir à la fois des deux mains. 11 dînait du palais et soupait de l'armée. En d'autres termes, il courait deux lièvres en même temps; celui du trésor mexicain et celui du trésor français. Deux lièvres! c'est beaucoup pour un véritable Nemrod, j'en appelle à tous les chasseurs : c'était trop pour un journaliste amateur et M. Barres n'était après tout que cela. 11 lui était impossible de se conformer aux tendances d'un gouvernement de pure convention qui avait parfois le ridicule de vouloir se prendre au sérieux, et de contenter en même temps les exigences
de celui qui disposait à son gré des foudres de l'interveDtion. 11 fallait en sacrifier un, ce fut le plus faible, et comme on devait s'y attendre, celui-ci y répondit en supprimant la subvention.
Le premier signe connu de mécontentement partit de Querétaro, pendant le voyage de l'archiduc à l'intérieur, et arriva à Mexico sous forme de lettre adressée à M. Eloin, le 18 août 1864f, par un conseiller d'État du nom de Sebertzenlecbner, né en Allemagne, comme l'indique son nom, et par conséquent ennemi de tout ce qui, de près ou de loin, pouvait porter une attache française.
Voici cette lettre :
« Querétaro, le 18 août 1864.
)> Mon cher conseiller,
» En réponse à votre lettre, S. M. a prise les décisions suivantes :
» Elle approuve pleinement Tidée du journal officiel avec des articles de littérature, de science, etc., et me charge de vous dire de commencer les travaux préparatoires (1).
» Quand à la feuille hebdomadaire non-officielle, — c'est-à-dire à la feuille officieuse, — vous pouvez aussi faire les préparatifs; mais avant de commencer Texécution, les plans rédigés il faudra les soumettre à S, M.
» En ce qui concerne Timprimerie d'État; S. M. elle-même décidera la question plus tard.
» M. Masseras assumera sur lui la responsabilité de la rédaction (2) ; son projet devra être discuté dans le conseil des ministres et S. M. a déjà exprimé, dès à présent, le désir que les deux écrivains rouges (3) soienl employés à la rédaction.
» S. M. ne sait absolument rien de Taffaire Rojas.
» Je vous prie enfin de me garder, jusqu'à mon retour ma boite et le docteur Semelder vous prie d'en faire autant avec ses livres.
(1) Le premier numéro de ce journal parut, en effet, le 1«' janvier
(2) On ne dit pas de quoi, cependant il est probable que ce devait être de la feuille officieuse, car la responsabilité du journal officiel revenait de droit au gouvernement.
(3) On ne dit pas quels sont ces deux écrivains.
» Recevez, mon cher conseiller, Tassurance de ma haute considération et de ma sincère amitié.
» Le Conseiller d'État,
» SCHERTZENLECHNER. »
Cette lettre, curieuse à plus d'un titre, établissait que ridée prinaitive de supprimer la subvention de VEstafette appartenait à H. Eloin ; puis elle indiquait les motifs des divisions qui allaient bientôt éclater entre MM. Barres et Masseras.
Ce Masseras était un ancien rédacteur du Courrier des Etats-Unis, décoré de l'étoile des braves pour avoir vaillamment proné les gloires du coup d'État, dans la ville impériale (1) ; que M. de Montholon, ancien consul de New-York, avait amené pour l'attacher à sa personne, et dont il préférait alors se débarrasser en le faisant subventionner par l'archiduc. Du reste , il ne connaissait rien des hommes ni des choses du Mexique. II était au contraire parfaitement à la hauteur de ses nouveaux patrons, et ceux-ci l'acceptaient, quoique^raîiçms, des mains du successeur de M. de Saligny, parce qu'ils espéraient s'en faire une égide contre les exigences militaires dont M. Barres s'était déclaré le champion.
Cette aflaire était épineuse. Elle pouvait amener de graves complications, et ce n'était point assez d'une lettre pour en fixer les bases. En conséquence, M. Schertzenlechner revint le 30 août 1864 sur ce qu'il avait déjà dit à ce sujet le 18, et écrivit au même Eloin une nouvelle épitre dont je détache les quatre paragraphes suivants, sans rien changer à leur orthographe, afin de leur conserver tout leur parfum germanique.
3^ « Pour la question Masseras, vous aurez déjà reçu aussi la décision de S. M., après laquelle les mesures concertées et fixées entre vous et ces Messieurs, vous devez remettre le résultat à la connaissance impériale, avant de le porter à la séance des minis-
(1) Nom que les Américains donnent à la ville de New-Yorii.
très. On ne pourra éviter entièrement le concours de ceux-ci, parce qu'il se traite toujours d'une dépense fort pour le moment. »
Puis passant à une question beaucoup plus ^rave, puisqu'il s'agissait d'enlever à M. Barres la subvention de 5,000 francs par mois qui lui était allouée sur le Trésor mexicain depuis Tocoupation de la capitale par Tarmée française, il ajoutait :
¥ a L'affaire de dégager de 4,000 piastres par mois de ï Estafette, c'est une question très-délicate ; on devra bien réfléchir pour ne pas heurter l'opinion des Français et susciter l'opposition de la susdite feuille. »
Ensuite il revenait à M. Masseras :
5° et Les brochures, disait-il, que M. Masseras se propose à publier seront, selon votre proposition, à rembourser. »
Enfin, il terminait ainsi ce qui avait trait à la presse :
6<* ce L'ajournement de la feuille non officielle espagnole est aussi, conformément à votre avis, approuvé par S. M.
» Je reste, avec la plus haute considération, votre très-dévoué serviteur.
» SCHERTZENLECHNER. »
Il résulte de ces deux lettres qu'il était alors question :
40 D'organiser la publication d'une nouvelle feuille officielle chargée, sous le nom de Diana del ImperiOy d'enregistrer les faits et gestes de la cour.
20 De créer en même temps une feuille officieuse française dont la rédaction en chef serait confiée à M. Masseras,
3» De supprimer à M. Barres la subvention de 5,000 francs par mois qu*il recevait depuis quatorze mois du Trésor mexicain.
40 De rembourser à M. Masseras le prix des brochures qu'il publierait par anticipation sur les bienfaits que l'Empire était appelé à déverser sur les populations.
50 Enfin, de créer également une feuille officieuse espagnole, mais d'en ajourner jusqu'à nouvel ordre la publication.
De ces cinq résolutions, la première et la seconde allaient bientôt se traduire en faits par la création du Diario del
Imperio et de VEre Nouvelle; et quant à la troisième, elle allait encore être hâtée, si je puis m*^exprimer ainsi, par la conduite de M. de Barres.
En eftet, s'il faut en croire les termes d'une lettre adressée le 9 octobre 1864, par M. de Noue, attaché à Tétat major du maréchal Bazaine, à M. Loysel, chef du cabinet militaire de Tarchiduc, il paraît que le général en chef n'était guère plus satisfait que le gouvernement de la conduite du rédacteur de YEstafette.
Les plaintes venaient de partout; du civil et du militaire, et comme c'était le gouvernement qui subventionnait le journal, c'était à lui qu'il fallait également adresser ses réclamations.
Cela dit pour l'intelligence de ce qui va suivre, voici la lettre dont je viens de parler :