‹ Documents officiels recueillis dans la secrétairerie privée de Maximilien: Historie de lChapitre 4 sur 71 · P. ESCUDERO · texte numérisé non relu

P. ESCUDERO

» A S. E. M. Tarchevéque de Damas, nonce apostolique. »

Et dans sa note datée du lendemain 25, l'archevêque de Damas, après avoir répété ce que j'ai déjà dit de sa réponse à l'archiduchesse et au ministre, terminait ainsi :

« J'ai fait observer à S. M. et à V. E. que le Saint-Siège avait pu d'autant moins me donner des instructions sur les points dont il s'agit, qu'il ne pouvait pas supposer que le gouvernement impérial

les proposerait et consommerait ainsi Tœuvre commencée par .luarez. J'ai déclaré à S. M. et à V. E. que jamais, à Rome, je n'avais entendu parler d'un semblable projet, ni par Sa Sainteté, ni par son secrétaire d'État, ni par aucune autre personne attachée à la Cour pontificale, et que j'étais persuadé que le ministre Aguilar n'en avait jamais causé avec le Saint-Père, car, dans le cas contraire, il m'aurait donné d'autres instructions. Je passe, monsieur le ministre, par-dessus beaucoup d'autres réflexions que je me suis permis de soumettre à la haute intelligence de S. M. l'Impératrice avec une franchise toute épiscopale, et je me vois contraiat de répéter à V. E. que, ne pouvant traiter sur les bases du projet en discussion, je me limiterai à le transmettre par le prochain courrier au gouvernement du Saint-Siège, et que pour le reste je dois m'en rapporter entièrement à la lettre du Saint-Père à l'Empereur.

» J'ose m'adresser à V. E. pour l'inviter à supplier en mon nom S. M., si dévouée au Saint-Père, de ne prendre aucune résolution contraire à l'Église et à ses lois ; de ne point augmenter l'affliction d'un pontife si bon et si cruellement éprouvé, mais d'attendre VOracle de sa Béatitude, qui ne peut être qu'à l'avantage de la religion et pour le plus grand bien de S. M. TEmpereur et de l'Empire.

M J'ai l'honneur, etc..

» Le Nonce apostolique, » P. F. Archevêque de Damas.

» Mexico, 25 décembre 1864.

» A S. E. M. le ministre de la justice , Mexico. »

Cette réponse mit fin aux dernières hésitations. Il était évident qu'on ne pouvait compter en rien sur le concours du nonce , et que si l'on s'obstinait à faire des efforts pour l'obtenir, on n'arriverait à rien, parce que le manque d'instructions serait un prétexte constant pour empêcher d'aboutir à une négociation quelconque.

D'autre part, les prétentions et les idées affichées publiquement par l'archevêque de Damas, étaient si exorbitantes qu'elles ne laissaient aucune espérance d'accommodement.

Dans ces circonstances, l'archiduc se décida, bien malgré lui, à prendre l'initiative, en mettant à exécution une idée

dont il avait lui-même fait part au nonce, et il adressa la lettre qu'on va lire au ministre de la justice pour lui prescrire de préparer sans plus de retard les lois que nécessitait la situation.

« Mexico, 27 décembre 1864.

» Mon cher ministre Escudero,

» Afin d'aplanir les difficultés qui ont été soulevées au sujet des lois dites de Réforme, Nous Nous sommes proposé d'adopter de préférence un moyen qui, tout en donnant satisfaction aux justes exigences du pays, devait avoir pour effet de rétablir, pour touà les habitants de l'Empire, la tranquillité dans les esprits et le calme dans les consciences. Dans ce but, l^ous Nous sommes occupé, étant à Rome, d'ouvrir des négociations avec le Saint-Père, comme chef universel de l'Église Catholique.

» Le nonce apostolique est arrivé à Mexico ; mais, à Notre grande surprise, il a déclaré qu'il manquait d'instructions pour négocier, et qu'il devait en attendre de Rome.

» La situation difficile qui se prolonge depuis plus de sept mois, et qui Nous a coûté de si grands efforts, n'admet plus de retard. Cette situation exige un prompt dénoûment. En conséquence, Nous vous chargeons de Nous proposer immédiatement des mesures qui devront avoir pour effet :

» Que la justice soit rendue sans égard à la qualité des personnes ;

» Que les intérêts légitimes créés par lesdites lois de Réforme soient garantis, sans préjudice des dispositions à prendre pour redresser les injustices et les excès auxquels ces lois ont donné lieu;

» Qu'il soit pourvu à l'entretien du culte et à la protection des intérêts sacrés placés sous la sauvegarde de la religion;

» Enfin, que les sacrements s'administrent, et que les autres fonctions du ministère ecclésiastique s'exercent, dans tout l'Empire, gratuitement et sans charges pour les populations.

» A cet effet, vous Nous proposerez tout d'abord un plan pour la révision des opérations du désamortissement des biens ecclésiastiques. Ce plan devra avoir pour base la ratification des opérations légitimes exécutées sans fraude et conformément aux lois qui ont décrété l'abolition de la main-morte et fait passer ces biens dans le domaine de la nation.

» Enfin, vous vous guiderez d'après les principes les plus larges et les plus libéraux de la tolérance religieuse, sans perdre de vue

que la religion de TÉtat est la religion Catholique, Apostolique et Romaine.

» Maximilien.

» Par l'Empereur :

» Le Ministre d*État, » Velasquez de Léon. »

Proclamer une religion d'État, et permettre à côté d'elle à ceux qui n'y croiraient pas esseiitiellement de prendre, pour aller au ciel, le chemin qui leur conviendrait le mieux, ce n'était pas, à coup sûr, se montrer bien révoliitionnaîre, car c'était livrer la liberté de la conscience aux caprices, si je ne dis au fanatisme du gouvernement, en déclarant implicitement que l'autorité qui tolérait avait également le droit de ne pas tolérer.

La porte restait donc incessamment ouverte aux intrigues de la cour de Home, et si l'on m'objecte que je n'ai pas- le droit de supposer que l'archiduc serait revenu plus tard à l'intolérance, je répondrai que rien non plus iie prouve qu'il ne l'aurait point fait; que rien surtout, en adtiiettant qu'il aurait pu faire souche, n'aurait garanti le Mexique contre les tendances ultra-catholiques qu'auraient pu avoir ses successeurs.

Ce fut cependant ce mot, ce simple mot de tolérance, qui fit monter le rouge de la colère au front de Tarchevêque de Damas, et valut au ministre des affaires étrangères la hote ci-dessous dans laquelle, pour défendre sa propre conduite et les procédés de la cour de Rome, il allait jusqu'à mettre en doute la sincérité de l'archiduc dans ce qu'il avançait sur les négociations qu'il prétendait avoir ouvertes persontielletnent avec le Saint-Père.

a A S. E. M. le ministre des affaires étrangères.,. Mexico.

» Excellence,

» La lettre de S. M. l'Empereur à M. le ministre de la justice, publiée dans le journal officiel du 27, relative à la question pendante entre le Saint-Siège et le gouvernement mexicain, que S. M. se propose de régler sans le concours de l'autorité de 1 Église, me met dans la triste nécessité d'adresser cette note ù V. E. pour protester

contre ses expressions injustes et injurieuses à l'égard du Souverain Pontife el de son gouvernement. Avant de la soumettre à l'appréciation loyale de V. E., je crois utile, pour plus de clarté, de lui exposer le véritable objet de ma mission.

» V. E. sait fort bien que j'ai fait connaître au gouvernement impérial, de vive voix et par écrit, que mes instructions étaient en tout conformes à la lettre du Saint-Père à l'Empereur, lettre qui n'a point encore été portée à Ja connaissance du public. J'ai ajouté que la mission qui m'a été confiée par Sa Sainteté était, en premier lieu, de faire révoquer et aboïîr, en même temps que l'inique loi de réforme, toutes les autres lois qui sont encore en vigueur, contrairement aux droits sacrés de l'Église; de réparer les torts faits à celle-ci ; de réclamer le rétablissement des ordres religieux, la restitution des églises et des couvents, ainsi que des bietls ecclésiasti" ques enlevés ou non encore vendus, et finalement la liberté entière de l'Église dans l'exercice de ses droits et de son ministère sacré.

>j Le gouvernement impérial m'ayant présenté u-n projet en neuf articles, contraire à la doctrine, à la discipline actuellement en vigueur dans l'Église et aux lois canoniques sacrées, projet qui tend ù dépouiller l'Église de tous ses biens, de sa juridiction, de ses immunités, et à la rendre en tout dépendante et esclave du pouvoir civil, toutes choses déjà condamnées par le Pontife romain dans detix allocutions coûsistorialès de 4856 et 1861, j'ai répondu franchement que je n'avais pas d'instructions pour traiter sur des bases aussi inadmissibles, et j'ai prouvé sans réplique que le Saint*Père n'avait pu me donner d'instructions à ce sujet :

» 1^ Parce qu'il était impossible de supposer qu'un pareil projet pût jamais être proposé par le gouvernement impérial ;

» 2** Parce que celui-ci n'en avait jamais 'parlé au Saint-Siège ni à rexcellentissime épiscopat mexicain qui avait reçu, au contraire, des espérances et des promesses beaucoup plus flatteuses.

» Si donc le gouvernement a tenu secret , jusqu'au dernier moment, ce projet déplorable, comment peut-il être surpris que le nonce du Sainl-Siége n'ait pas d'instructions à ce sujet ? Que V. E. me permette donc de relever avec le respect qu'elles méritent, mais avec la franchise qui est de mon devoir, les expressions suivantes de la lettre impériale où il est dit :

» A cette fin. Nous avons fait des démarches, lors de Notre » voyage à Rome, pour ouvrir une négociation avec le Saint-Père. » Le nonce apostolique se trouve aujourd'hui à" Mexico el, à Notre » grande surprise, il Nous a déclaré qu'il manquait d'instructions. »

» Cela revient à dire et à vouloir persuader au Mexique catholique que c'est sur le S. P. que doit retomber toute la responsabilité de la

détermination inadmissible d'agir en matières ecclésiastiques aussi importantes sans le concours nécessaire de Tautorité spirituelle. Aucun individu jouissant d'un peu de bon sens ne pourra comprendre que le vénérable chef de TÉglise, s'il eût connu les idées et le projet du gouvernement mexicain, eût envoyé son nonce pour les sanctionner sans lui donner d'instructions nécessaires à ce sujet.

» Il y a plus encore. Il est véritablement incroyable que le S. P., en écrivant à l'Empereur une lettre dans laquelle il lui parle des maux que souffre l'Église mexicaine et lui indique les remèdes à employer pour la rétablir dans son antique splendeur, ne lui dise pas un mot des préjudices si graves que le nouveau projet infligerait à cette Église déjà si rudement éprouvée.

» A qui donc voudrait-on faire accroire qu'un souverain enverrait un représentant dans une cour étrangère, pour y traiter des afl*aires de la plus haute importance, sans lui remettre les instructions iadispensables en pareil cas?

» Je proteste pour ce motif contre toute manifestation ou insinuation tendant à faire retomber sur le Suprême Pontife la plus légère responsabilité à l'égard de tout ce qui pourra se faire ici de contraire à l'Église et à ses droits; et j'affirme que ni le S. S., ni son gouvernement, ni même le nonce, n'ont jamais eu connaissance des projets et des résolutions qui, au lieu de calmer les consciences timorées et de rendre la paix aux esprits, n'ont fait que les jeter dans des perturbations et des angoisses plus grandes encore.

» J'ai l'honneur, etc.

» Mexico, 29 décembre 1864.

» Le Nonce Apostolique, » P. F., Archevêque de Damas. »

Une pareille pièce n^avait pas même pour elle l'avantage des formes diplomatiques. Les prétentions qu'elle affichait, les accusations de mauvaise foi qu'elle ne craignait pas de laisser planer sur la personne de rarchiduc, autorisaient M. Ramirez à la renvoyer à son auteur, et s'il avait été libre de son action, il n'y aurait probablement pas manqué ; mais il s'agissait de l'envoyé du pape, et le porte-parole d'un membre de la maison d'Autriche ne pouvait en conscience se porter à une semblable extrémité.

Il préféra donner des explications pour faire comprendre à M. Meglia qu'on ne pouvait admettre ni son mode de résistance ni ses prétentions : il envoya ensuite deux copies

de sa réponse, Tune à M. Aguilar, Tantre à M. Hidalgo, pour que celui-ci pût demander une intervention amicale du cabinet des Tuileries ; pour que celui-là instruisît la cour de Rome que la marche des affaires lui permettrait encore, si tel était son bon plaisir, de lui prêter son concours personnel ; et pour établir que, dans tous les cas, l'archiduc se réservait la jouissance des privilèges souverains et des droits qui en étaient la conséquence, il fit promulguer un décret proclamant le maintien de toutes les lois relatives à la publication au Mexique de toutes les bulles, rescrits,ete., du Souverain Pontife.

c< MAXIMILIEN, EMPEREUR DU Mexique,

» Afin de fixer la forme en laquelle Texéquatur des bulles, brefs, rescrits et dépêches de la cour de Rome devra être délivré sous Tempire des institutions qui régissent actuellement le pays, Nous avons décrété et décrétons :

» Art. i^. Sont en vigueur dans Tempire les lois et décrets promulgués avant et depuis l'indépendance, concernant Texéquatur des bulles, brefs, rescrits et dépêches de la Cour de Rome.

» Art. 2. Les brefs, bulles, rescrits et dépêches, Nous seront présentés par Notre ministre de la justice et des affaires ecclésiastiques, pour obtenir Texéquatur respectif.

» Le présent décret sera déposé dans les archives de TEmpire et inséré au journal officiel.

» Fait au Palais de Mexico, le 7 janvier i865.

» Maximiuen.

» Par l'Empereur :

» Le ministre de la justice^

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