M. ROMERO
Cette lettre parut dans YEvening-'Post de New-York du 3 juin. Les journaux bien pensants s'en emparèrent pour traiter de sophismes les craintes du patriote mexicain. Sophismes, ce mot pour eux répondait à toutes les objections qu'on pouvait soulever, mais ne changeait rien à la nature de ces craintes, car ils oubliaient de dire sur quelle garantie auraient pu reposer dans l'avenir les promesses de Maximilien.
Etait-ce sur l'engagement de son frère? — cet engagement n'aurait pu avoir de valeur que dans le cas où Tarcliiduc lui-même aurait été bien décidé à le tenir. On se trouvait donc toujours en face de sa promesse qu'il aurait été libre, en définitive, de tenir ou de ne pas tenir selon que les circonstances auraient plus ou moins souri à son ambition.
Mais, dira-t-on, il donnait sa parole princière... — Belle caution vraiment!... La Constitution de 1848 n'avait conservé en France le serment politique que pour le président de la République, et nous savons l'usage que M. Bonaparte en a fait dans la journée néfaste du 2 décembre i85L
Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, peu importe. Les individus que le hasard a fait naître sur les marches des trônes sont tous princes avant d'être citoyens, et si pr^rfois quelques-uns d'entre eux avaient le bon sens de l'oublier, il ne manquerait pas d'imbéciles ou d'intrigants pour
le leur rappeler. Les lois ne sont pas faites pour eux; les mots mêmes de la langue, quand il s'agit de leurs passions ou de leurs intérêts, perdent leur valeur positive pour en prendre une autre spéciale, toute à leUr avantage, et dans les cas extrêmes leur confesseur est là pour les relever de leurs serments (i). Dès lors, il convient d*y regarder à deux fois avant de se fier à leurs promesses.
(i) En 4360, une bulle du pape Clément VI permit au roi Jean, à la reine Jeanne son épouse et à tous leurs successeur, rois el reines, de se choisir un confesseur à leur gré. Elle autorisa le susdit confesseur à les absoudre de tous serments prêtés et à prêter, que ce roi, cette reine et leurs successeurs n'auraient pu et ne pourraient commodément accomplir, et leur donna le pouvoir de commuer ces obligations en d'autres œuvres de piété. — In perpetuum. indutgemus ut conf essor.,, vota per vos forsitam jam emissa, ac per vos et successores vestros in posterum emittenda... Necnon juramenia per vos prœstita et per vos et per eos prœstenda in posterum, quœ vos et elli servare commode non possetis, vobis et eis commutare valeat in alia opéra pietatis. — Epis, démentis papœ VI. Spicilegium. Dachery, tom. Ill, édit. 4723, p. 724.
Le pape était ici en opposition avec la morale universelle, mais ce n'est qu'un détail qui ne vaut pas la peine qu'on s'y ari^éte.
Procès de Maximilien.
L'archiduc conduit d'abord au couvent de la Cruz, avait été transféré depuis à celui des Capuchinas.
Ce dernier doit avoir été autrefois un établissement d'une grande étendue et d'un caractère imposant; mais aujourd'hui il n'en reste qu'une série interrompue de maisons d'un cachet excentrique, Maximilien était logé avec ses généraux dans une des maisons les plus confortables de cette série. Non-seulement, ils n'étaient pas privés de communication avec le dehors et ils n'avaient pas une double garde, ainsi que cela se pratique parfois dans les occasions importantes, mais on leur permettait de voir leurs amis. Le nombre de ces visiteurs était peu considérable, et si l'archiduc n'avait point jusqu'alors été détrompé sur l'étendue de l'affection dont il avait cru être l'objet, il devait certainement l'être en ce moment. Pas un des réactionnaires qui l'avaient tant flatté dans ses jours de prospérité n'allait le voir, et il n'y avait que les étrangers qui allassent prendre de ses nouvelles (1).
Quant à lui, il avait si peu de motifs de se plaindre, que quelques jours avant sa mort il adressait à Vienne le télégramme suivant :
c( Je suis prisonnier de guerre, mais a*ayez aucune crainte, on me traite d'une manière qui n'est en aucune façon une violation des lois et coutumes des peuples civilisés. »
Ainsi tombent, devant la propre déclaration de l'archiduc, tous les bruits répandus par la malveillance et recueillis par les légendaires, au sujet des mauvais traite-
(i) Correspondance adressée au New-York-Herald, somh date di?s 2 et 3 juin 1867, par son agent spécial à Querétaro,
ments qu'on avait, disait-on, exercés contre lui pendant le cours du procès.
Nous allons maintenant en aborder les diflerentes phases en nous appuyant toujours sur les pièces officielles.
Le 15 mai, immédiatement après avoir dicté les mesures nécessaires pour assurer la tranquillité de la ville, le général Escobedo adressa le rapport suivant au ministre de la ffuerre.
Télégramme du camp pour San Luis PotosU reçu le i^ mai 67, à
4 h. de Vaprès-midi,