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11 y avait une différence totnle entre ce ton rogue et la dépêche doucereuse du 28 novembre 1865 (1). Dans celle-ci, M. Sev^ard s'était contenté de faire dire à M. Drouyn de Lbuis « qu'il ne mettait point en doute que le gouverne- » nient français s'empresserait de rejeter la responsabilité » des assassinats commis au nom de la loi du 3 octobre > 1865; " et le ministre impérial n'avait pas même daigné lui faire une réponse direcLe : dans cette dernière, il enjoignait à son envoyé de faire savoir à M. Juarez que le gouvernement américain désirait^ ce qui voulait presque dire lui ordonnait, de respecter le prince et ses complices. C'était une menace indirecte d'intervention, et si la majorité du Sénat n'eût alors retenu le ministre américain sur la pente où il paraissait vouloir se laisser aller, il est difficile aujourd'hui de savoir ce qui en serait résulté.
En attendant. M. Campbell se mît en mesure d^exécuter les ordres qu'il avait reçu?. Il comprenait la nécessité d'abriter sa conduite derrière un palliatif quelconque auprès du ministre des affaires étrangères du gouvernement mexicain, et il débuta ainsi :
cv Nouvelle-Orlcans, 6 avril 1862.
w Monsieur,
w Pour des motifs que vous devez sans doute connaître; il ne m'a point encore été possible de présentera S. E. le président Juarez les lettres qui m'accréditent en qualité d'envoyé extraordinaire des États-Unis auprès de la République mexicaine.
» Les instructions du mois d'octobre dernier , au moyen des- (juclles j'ai commencé ma mission, m'autorisaient, selon l'urgence de certains cas, à établir temporairement ma résidence ofRcielie dans un lieu quelconque des Étals-Unis, ou sur un point rapproché de la frontière ou de la côte du Mexique. Par suite de circonstances qu'il est inutile d'expliquer ici, je suis parti de Matamores au mois de décembre dernier et suis venu dans cette ville où, depuis cette époque, j'ai établi ma résidence officielle conformément aux instructions du secrétaire d'État.
(1) Voir cette dépêche aux pages 269 et 270 de ce volume.
» Le gouvernement des États-Unis a vu avec la plus grande satisfaction la retraite des troupes françaises chargées d'expéditionner au Mexique, et la marche des armées constitutionnelles sur la capitale de la République. Cette satisfaction a été troublée à la suite des nouvelles reçues dernièrement au sujet de la sévérité déployée contre les prisonniers faits par vos troupes à Zacatecas. Les craintes ont encore augmenté en songeant que cette sévérité pourrait se reproduire dans le cas où le prince Maximilien viendrait à tomber en votre pouvoir avec les troupes qu'il commande. C'est pourquoi, j'ai reçu aujourd'hui même par le télégraphe une dépêche par laquelle le secrétaire d'État m'ordonne d'exprimer ces craintes à S. E. le président Juarez de la manière la plus prompte, et je vous les communique par un porteur de dépêches spécial.
» Le gouvernement des États-Unis professe les sympathies les plus sincères pour la République du Mexique et désire ardemment sa prospérité ; mais je dois vous déclarer que la répétition de ces actes de sévérités affaiblirait sa sympathie et énerverait son action. 11 pense que des actes de la nature de ceux dont on a parlé, exécutés contre des prisonniers de guerre, ne peuvent mériter aux États-Unis Mexicains l'estime des peuples civilisés, et sont au contraire de nature à porter préjudice à la cause de la République en retardant partout son avènement.
» En conséquence, le gouvernement m'ordonne de faire savoir promptement et par des moyens sûrs au président Juarez que, dans le cas où le priace Maximilien serait fait prisonnier, il àésire qu'il reçoive, ainsi que ses défenseurs, le traitement humain accordé aux prisonniers de guerre chez toutes les nations civilisées.
)> J'ai l'honneur, etc.
» Lewis D. Campbell.
» A. S. E. M. Seb. Lerdo de Tejada, ministre des affaires étrangères des États-Unis Mexicains à San Luis Potosf. »
M. Lerdo reçut très-mal cette critique d'un homme qui n'avait pas eu le courage de se rendre à son poste et qui, sur des bruits dont il n'avait pas même songé à contrôler la véracité, se permettait de lui donner une leçon de générosité. Il répondit à cette. diatribe dans les termes suivants ; et M. Seward, mieux instruit de ce qui s'était passé, eut le bon esprit de ne pas insister sur une question qui ne le concernait en rien et dans laquelle il ne pouvait intervenir que d'une manière officieuse.
No 3.
« San Luis Potosi, 27 avril 1867.
» Monsieur,
» J'ai eu rhonneur de recevoir hier la communication que vous m'avez adressée de la Nouvelle-Orléans, sous la date du 6 de ce mois.
» Vous me dites dans cette communication que pour des raisons faciles à comprendre vous n'êtes pas venu présenter à M. le président de la République les lettres de créance qui vous accréditent en qualité d'envoyé extraordinaire et de ministre plénipotentiaire des États-Unis auprès de la République mexicaine, et que vous êtes demeuré à la Nouvelle-Orléans depuis le mois de décembre dernier. Le gouvernement de la République regrette que ces raisons vous aient empêché de venir présenter vos lettres de créance et de commencer ainsi vos relations officielles, car il sera très-heureux de vous recevoir en qualité de représentant officiel des Ëtals- Unis.
» Vous me dites également que la satisfaction que le gouverne^ ment des États-Unis a éprouvée de la retraite des troupes françaises du Mexique et de la marche des armées du gouvernement constitutionnel sur la capitale de la République, a été troublée par les rapports qui lui ont été faits au sujet de la sévérité déployée contre les prisonniers de guerre tombés entre nos mains à la suite de la journée de San Jacinto. Enfin, vous me dites que le gouvernement des États-Unis espère que, dans le cas où l'archiduc Maximilien tomberait en notre pouvoir avec ses partisans, ils seront tous traités humainement, comme il convient à des prisonniers de guerre.
» Les ennemis de la République, aiin de lui porter préjudice, se sont étudiés à tronquer les faits en répandant des bruits controuvés au sujet des prisonniers de San Jacinto. Ces prisonniers, en grand nombre, ont reçu leur pardon, et si le chef des forces républicaines en a fait exécuter quelques-uns, c'est parce qu'il ne les a pas considérés comme des prisonniers de guerre, mais comme des individus coupables au double point de vue du droit des gens et des lois de la République. Us venaient, en effet, de se souiller de toutes sortes de crimes dans la ville de Zacatecas. Ils combattafient comme de véritables flibustiers sans patrie et sans bannière; comme des mercenaires payés pour répandre le sang des mexicains qui défendaient leur indépendance et leurs institutions.
» Un grand nombr.c d'étrangers faits prisonniers à San Jacinto,
ont été conduits à Zacatecas où ils ont été traités avec bienveillance, de la môme manière que Tont été et que le sont encore ceux qui ont été pris dans TEtat de Jalisco, et qui ne se sont pas rendus coupables au même chef.
» Conformément aux ordres du gouvernement de la République, les généraux, chargés du commandement des forces nationales, ont toujours respecté la vie des prisonniers français et les ont traités avec les plus grandes considérations ; tandis que, de leur côté, on assassinait fréquemment par ordre de leurs chefs les prisonniers qu*lls faisaient sur les forces républicaines. Plusieurs fois môme les prisonniers français ont été remis en liberté, |sans exiger pour ce faire un cartel d'échange.
» Certains généraux français ont fait incendier des populations entières. Plusieurs villes ont été décimées par ce qu'ils appelaient leurs cours martiales : sur un simple soupçon, sans aucune espèce de jugement, ils ont fait donner la mort à des personnes sans défense, à des vieillards, à des ôtres qui n'avaient pas pu prendre les armes contre eux. En dépit de tout cela, cependant, le gouvernement de la République et les commandants de ses troupes, loin de recourir aux représailles auxquelles on les provoquait, ont toujours observé à leur égard la conduite la plus humaine et donné l'exemple de la plus grande générosité. C'est ainsi que la cause républicaine au Mexique a mérité les sympathies de tous les peuples civilisés.
» Après la retraite de l'armée française, l'archiduc Maximilien a voulu continuer à répandre stérilement le sang des mexicains. Si Ton en excepte trois ou quatre villes dominées encore par la force, la République toute entière s'est levée contre lui. Cependant il a voulu continuer son œuvre de désolation et de ruine en compagnie de quelques hommes conrius par leurs vols et leurs assassinats, déshonorés par la conduite qu'ils ont toujours tenue dans les malheurs de la République. Dans le cas où des individus sur lesquels pèse une pareille responsabilité viendraient à tomber entre nos mains, il ne me paratt pas qu'ils puissent être considérés comme de simples prisonniers de guerre, car leurs crimes sont définis par le droit des gens et par les lois de la République. Le gouvernement qui a déjà donné tant de preuves de ses principes d'humanité et de la générosité des sentiments qui l'animent, doit peser actuellement dans le fond de sa conscience ce qu'exigent de lui la justice et ses devoirs envers le peuple mexicain.
» Le gouvernement de la République, après cette justification de ses actes, espère conserver les sympathies du peuple et du gouvernement dos Etats-Unis, parce que ces sympathies ont toujours été et
sont encore du plus grand prix pour le peuple et le gouvernement du Mexique.
» J'ai l'honneur, etc...
»S. Lerdo de Tejada.
» A S. E. Levis D. Campbell, envoyé extraordinaire et Ministre plénipotentiaire des Etats-Unis d'Amérique auprès des Etats-Unis Mexicains. — Nouvelle-Orléans. »
— Le 29 mai, M. Seward, en apprenant la chute de Querétaro et la prise de Maximilien, fit prier M. Romero de lui communiquer le plus promptement possible toutes les nouvelles qu'il recevrait du Mexique.
En lui adressant cette demande, le ministre lui dit que, le matin même, il avait reçu la visite de M. Wydenbruck, et que ce diplomate lui avait communiqué un télégramme qu'il venait de recevoir à l'instant pour lui recommander de solliciter à nouveau et de la manière la plus instante, l'intervention immédiate du gouvernement américain en faveur de Maximilien ; mais qu'il lui avait répondu que, dans les circonstances présentes, il était à craindre qu'une médiation précipitée ne produisît des résultats contraires à ceux qu'on désirait. En conséquence, il était d'avis qu'avant de rien faire, il fallait savoir ce qui s'était passé après la prise de Querétaro.
— Le 15 juin, M. Seward eut encore une entrevue avec M. Romero. il lui dit cette fois que les gouvernements d'Angleterre et de France s'étaient réunis à l'Autriche pour prier les États-Unis d'interposer leurs bons oifices pour sauver les jours de l'archiduc.
11 ajouta qu'il avait reçu du ministre des États-Unis à Londres une note dans laquelle il était question d'une proposition faite par une personne tierce pour acquérir au nom des États-Unis les bons émis sur la place de Londres, afin de donner au gouvernement américain un motif puissant d'influence sur les afiaires du Mexique [to hâve a greater hoid on Mexico); mais qu'il avait répondu sèchement à M. Adams » que le gouvernement des États-Unis n'avait point d'in- » structions à lui donner à ce sujet. »
— Enfin, le !2l, il lui adressa une note particulière pour lui dire que l'empereur d'Autriche était décidé à rétablir
Maximilien dans ses droits de succession, en qualité d'archiduc d'Autriche, aussitôt que ce prince aurait été mis en liberté et qu'il aurait renoncé pour toujours à ses projets sur le Mexique.
Voici cette note :
DÉPARTEMENT d'ÉTAT.
« 21 Juin 4867.
» Mon cher Monsieur Romero,
» Je suis autorisé à informer le président Juarcz, que Tempereur d'Aulriche rétablira le prince Maximilien dans tous ses droits comme archiduc d'Autriche, aussitôt que ce dernier aura été mis en liberté et aura renoncé à ses projets sur le Mexique.
» Voudriez-vous me faire le plaisir de transmettre ce message au président Juarez, et le prier de ma part, s'il n'y a pas d'inconvénient à cela, de le communiquer au prince Maximilien.
» Recevez, etc..
» William H. Seward.
» A M. Matias Romero, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de la République mexicaine aux États-Unis. »
Six mois plus tôt, cet engagement du chef de sa famille aurait peut-être pu exercer une influence salutaire sur les décisions de l'archiduc. En ce moment, il était trop tard. Maximilien ne s'appartenait plus: quand le message de M. Seward arriva à San Luis Potosî, le prince avait payé de sa vie le sang qu'il avait fait couler pour imposer l'empire aux populations du Mexique.
La médiation américaine était venue se briser contre des craintes dont M. Romero s'était fait à l'avance l'interprète dans la lettre suivante, adressée par lui le 21 mai, à M. Hiram Bamey, ancien directeur des douanes, à New- York :
« Washington, 31 mai 1867.
» Veuillez accepter mes sincères remerciements pour vos congratulations au sujet de nos succès au Mexique. Ils ont été, en réalité, aussi complets et aussi satisfaisants que possible. Nous n'avons pas accepté de conditions humiliantes de la part des Français; nous ne sommes pas embarrassés par des traités avec aucune puissance étrangère qui nous auraient probablement beaucoup gênés ; tous nos
ennemis les plus marquants sont vaincus et lombes dans nos mains. Nous avons devant nous, pour ainsi dire, un nouveau point de départ.
» Nous avons obtenu la victoire avec nos forces restreintes, sans Tassistance d'aucune nation étrangère, mais, au contraire, contre rinfluence morale de toute l'Europe et contre la force matérielle de la France et d'autres puissances continentales.
» A celle gigantesque combinaison, nous n'avons pu opposer que la patience, le patriotisme de notre population, et la sympathie persévérante du peuple des Étals-Unis. Le souvenir de cette sympathie éclairée durera éternellement au Mexique. J'essaierai de lui rendre justice dans un mémoire sur mon séjour aux États-Unis pendant la guerre, que j'ai l'intention d'écrire quelque jour, pour servir à l'histoire de celte période orageuse.
» J'ai lu avec intérêt vos observations sur la manière dont nous devons traiter les ennemis du Mexique. J'ignore quelles sont les intentions du Président Juarez à l'égard de Maximilien ; mais je crains que s'il lui est permis de retourner impunément en Europe, il ne devienne une constante menace pour la paix du Mexique. Il continuera ù porter, à notre honte, le titre d'Empereur du Mexique, Tous les Mexicains mécontents, tous les intrigants entretiendront une correspondance avec lui au sujet de sa prétendue popularité ici, et ces personnes pourront le pousser à revenir quelque jour, comme on a fait avec Iturbide. Ceux qui le pourront passeront en Autriche, et feront à Maximilien une cour mexicaine à Miramar, et il en aura assez pour former dans cette place un gouvernement mexicain, comme a fait à Rome le roi des Deux-Siciles, après son expulsion de Naples. Certaines puissances européennes continueront à le reconnaître comme empereur du Mexique, comme a fait l'Espagne à l'égard du roi des Deux-Siciles.
» Toutes les fois qu'il nous arrivera d'avoir des complications avec une nation européenne quelconque, la première mesure que prendra la partie intéressée sera d'intriguer avec Maximilien, et de nous menacer de donner appui à notre légitime souverain pour recouvrer son autorité sur les usurpateurs, si nous refusons d'accepter les conditions qu'elle voudra nous imposer.
» De plus, si Maximilien est pardonné et autorisé à retourner dans son pays, personne en Europe, j'en suis certain, ne dira que nous t'avons fait par magnanimité, attendu que les nations faibles ne sont jamais réputées généreuses : mais on dira, au contraire, que nous avons agi par crainte de Uopinion publique en Europe, et parce que nous n^avons pas osé traiter avec sévérité un prince européen et notre soëveraùi.
» Je ne veux pas dire que Maximilien doive élre nécessairement fusillé. Ce que je veux dire, c'est que tout pouvoir de faire aucun mal au Mexique doit lui être absolument enlevé avant qu'il lui soit permis de partir.
» Les États-Unis sont un grand pays et une puissance parfaitement organisée, et ils peuvent, par conséquent, faire telle démarche qui ne serait pas prudente pour un pays comme le Mexique. J'ai pleine confiance que le Président Juarez saura traiter Maximilien de la manière la plus conforme aux intérêts du Mexique. Nous avons des devoirs sacrés à remplir envers notre pays, et leur exécution doit être pour nous la première règle à suivre dans la solution d'une question quelconque.
» J'ai rhonneur, etc.