‹ Documents officiels recueillis dans la secrétairerie privée de Maximilien: Historie de lChapitre 71 sur 71 · II · texte numérisé non relu

II

remis une copie de cet écrit entre les mains du consul de Hambourg, pour le transmettre le plus tôt possible au corps diplomatique accrédité auprès de ma personne.

» Querétaro, 29 mai 4867.

» Maximiliem. »

Si ce récit était vrai; si dans les menées qui ont eu pour but d'attirer l'archiduc au Mexique, il n'était réellement entré que des mexicains ; s'ils étaient parvenus seuls, sans le secours de personne, à le décider en leur faveur; il en résulterait que le prince, en acceptant la couronne qui lui aurait été oflPerte par ces individus, se serait simplement fait l'homme en quelque sorte lige du parti qui l'aurait appelé au trône; et cette conduite, coupable au premier chef, puisqu'elle aurait eu pour conséquence forcée, en cas de succès, de contraindre le pays à s'incliner devant le droit qu'il s'arrogeait, quoique étranger, de se constituer luimême juge suprême entre les partis, aurait du moins l'avantage de laver sa mémoire du crime d'avoir voulu par ambition, par intérêt ou par tout autre motif, se faire l'instrument des vengeances du gouvernement français contre la Répu-^ blique; le porte-drapeau de sa croisade contre les idées que le chef de ce gouvernement, dans sa lettre au général Forey, appelait en 1863 les envahissements de la race anglosaxonne.

Malheureusement pour le respect que certaines personnes ont encore la coutume de porter aux paroles des grands de la terre, il n'y avait rien de vrai dans les assertions de l'archiduc. Les faits les démentaient; les déclarations et les journaux de l'époque les contredisaient, et les documents dont fourmille ce livre ne permettent plus aux anciens partisans de l'Intervention de les soutenir. L'erreur a donc fait son temps; et pourtant, si l'on en croyait cet écrit, tous les témoignages qui déposent jour par jour contre le prince seraient faux; lui seul serait dans le vrai, lui seul aurait raison.

En parlant de la visite de M. de Rechberg à Miramar, il oubliait tout d'abord que cette visite avait été amenée par une ouverture faite directement à l'Empereur François- Joseph par le chef du gouvernement français.

(1 faisait sonner bien haut son arrivée au Mexique sans aucun attirail de guerre, et il oubliait que le pays était alors occupé par 40,000 Français, nombre suflSsant pour Tiraposer momentanément aux populations.

11 oubliait également que toutes les ovations qui lui avaient été faites sur la route de Veracruz à Mexico et dans les Etats de l'Intérieur, avaient été ordonnées à l'avance et payées avec l'argent extorqué dans ce but aux misères de ces mêmes populations.

Il parlait de justice et il oubliait qu'il l'avait lui-même foulée volontairement aux pieds.

Il rappelait la conduite tenue aux États-Unis au sujet de M. Jefferson Davis, et celle de M. Juarez à l'égard de M. Gonzalez Ortega, et il oubliait qu'ils étaient tous deux régnicoles; que leurô affaires étaient par conséquent toutes domestiques, tandis qu'il n'était pour le Mexique qu'un étranger.

Il terminait en déclarant bien haut qu'en se mettant à la tête de l'armée il n'avait d'autre but que de chercher un dénouement jpacifique et honorable, et il oubliait la loi barbare du 4 novembre précédent et son ordre du jour daté de San Juan del Rio, le 17 février 1867, dans lequel il calomniait de la manière suivante les adversaires de l'empire :

« San Juan del Rio, 47 février 4867.

» Je prends aujourd'hui le commandement et je me mets à la tête de notre armée qui, il y a deux mois à peine, commençait à se réunir et à se former. Il y a longtemps que je désirais ce moment avec ardeur. Des obstacles étrangers à ma volonté me retenaient. Libre maintenant de tous compromis, je puis suivre mes sentiments de bon et fidèle patriote. Notre devoir de citoyens loyaux nous oblige ù combattre pour les deux principes les plus sacrés du pays, pour son indépendance menacée par des hommes qui, dans leurs vues égoïstes, veulent trafiquer du territoire national, et pour Tordre intérieur que nous voyons tous les jours troublé de la façon la plus cruelle au préjudice de nos compatriotes pacifiques. Libre désormais dans notre action de toute influence, de toute pression étrangère, nous voulons maintenir bien haut Thonneur de notre drapeau tricolore.

» J'espère que leti généraux, elc

» Confions-nous donc en Dieu qui protège et protégera le Mexique et combattons bravement et sans répit, au nom de notre sainte invocation : Vive Tindépendance !

Toute cette phraséologie tombait donc à faux. Il y a plus, elle était imprudente, car en rappelant par deux fois qu'il avait été reconnu, en qualité d'empereur, par les gouvernements étrangers, il ravivait maladroitement la plaie toujours saignante que l'Intervention avait faite au pays en voulant lui imposer la forme impériale.

Le général Èscobedo ne crut pas devoir y répondre. 11 se contenta de la transmettre à l'avocat assesseur du procès, et celui-ci, après en avoir pris connaissance, lui répondit que les motifs invoqués dans cette protestation devaient avoir été prévus par le gouvernement ; et que du moment où ce dernier lui avait ordonné de se conformer aux prescriptions de la loi du 25 janvier 4862, il ne pouvait pas se déclarer incompétent, mais devait donner acte de la protestation en la faisant joindre au procès, et en envoyer une copie certifiée à l'autorité supérieure.

— Le même jour, le fiscal reçut du général en chef un ordre portant que le gouvernement avait accordé aux accusés un délai de trois jours pour présenter leur défense.

— Le même jour, autre délai de 24 heures en faveur de chacun des accusés, ce qui faisait en tout un nouveau répit de 72 heures.

— Le même jour encore, MM. Mariano Riva Palacios, Rafaël Martinez de la Torre et Ëulalio Ortega, arrivèrent à Querétaro, et acceptèrent sur le champ la défense de l'archiduc. Ils demandèrent un nouveau délai de trois jours qui leur fut également accordé à compter de la conclusion du délai antérieur, et le lie. Jésus, M. Vasquez reçut du fiscal le dossier de Maximilien afin de préparer sa défense.

— Enfin, le 42, ce dernier délai étant expiré, le majorgénéral fit paraître Tordre du jour suivant :

CORPS d'armée du nord.

Bureaux du major-général à Querétaro.

« Le 13, le conseil de guerre se réunira. Il sera composé des officiers dont les noms suivent :

Le lieutenant-colonel, Platon Sanchez. Président.

Le commandant,

José V. Ramirez.

ïd.

Emilio Loguero.

Le capitaine,

Ignacio Jurado.

ïd.

Juan Ruida y Âuza.

Id.

José Veréstegui.

Id.

Lucas Villagran.

Membres.

» Le conseil se réunira à l'heure indiquée au théâtre Iturbide. Tous les officiers n'ayant pas de fonctions à remplir pour le moment, seront tenus d'y assister. A six heures du matin, 50 riflemen de Galeana se rendront devant l'église des Capuchinas, avec leurs officiers, armés et équipés, ainsi que 50 hommes du bataillon de la garde des Pouvoirs Suprêmes^ également avec leurs armes, leurs équipements et leurs officiers. Ces deux détachements seront placés sous les ordres du colonel Miguel Palacios, commandant de la seconde brigade.

» Par ordre supérieur. C. Médina, H. Sierra. »

Séance du \Z juin.

Conformément à l'ordre précédent, le 13 juin, à huit heures du matin, le conseil de guerre s'assembla au théâtre d'Iturbide. L'affluence du monde était très-considérable. La scène était occupée par les membres de la Cour, et le reste du théâtre par les spectateurs. A droite siégeaient les membres du conseil de guerre; sur la gauche et vis-à-vis du banc du conseil, on avait placé des tabourets pour les accusés, et des sièges pour leurs défenseurs. La plus profonde émotion pouvait se lire sur le visage de tous les assistants, et le plus grand ^silence régnait dans l'assemblée.

Les généraux Miramon et Mejia furent amenés à neuf heures du matin dans une voiture escortée, par devant et par derrière, de chasseurs de Galeana, et, sur les côtés, d'une compagnie des Pouvoirs Suprêmes et d'une compagnie du 4® bataillon.

Les accusés ayant été conduits dans un cabinet adjacent, le pré* sident ouvrit la séance, Les membres de la Cour et les défenseurs

se rendirent ensuite à leurs places, chacun dans Tuniforme de son grade ou emploi.

Le lieutenant-colonel Manuel Asplroz, remplissant les fonctions de rapporteur, donna lecture de Tacte d'accusation.

Lecture fut aussi donnée des interrogatoires des accusés : d'abord, de celui de Maximilien ; puis de ceux de Miramon et de Mejia.

Il résultait des autres pièces qui furent lues ensuite, que Maximilien avait demandé Tautorisation d'appeler trois avocats de Mexico pour le défendre, ainsi que le baron de Magnus, dont il sollicitait la présence pour arranger des .affaires de famille et traiter des questions d'un caractère international et de la plus haute importance pour la Vénétie, l'Italie et l'Autriche.

Maximilien avait choisi pour avocats MM. Jésus Vasquez, Eulalio Ortega, Mariano Riva Palacios et Rafaël Martinez de la Torre, les trois derniers de la ville de Mexico.

Miramon avait appelé MM. Jauregui, de San-Luis-de-Potosi, et Ambrosio Moreno, de Querétaro. 'Meji'a avait choisi M. Prospère C. Vega, également de Querétaro.

Parmi les autres documents concernant Maximilien, documents dont il fut donné lecture, figurait sa pi'otestation contre la juridiction du conseil de guerre, dont nous avons donné la traduction ci-dessus, et dont nous ne parlerons pas davantage.

On donna également lecture de deux autres protestations conçues dans le même sens, signées par Miramon et Alejia; puis les avocats de ces derniers eurent la parole, et la séance se termina par la défense de Maximilien, dont voici le résumé :

(( La première partie de cette défense comprenait tous les points de légalité applicables à la cause. Le conseil des défenseurs y soutenait que la Cour était incompétente pour juger dans l'espèce; que la loi n'était pas applicable, qu'il y aurait inconstitulionnalité. Le défenseur appuyait fortement sur l'irrégularité avec laquelle procédait la Cour, en l'absence de tous témoignages, de documents écrits et de preuves.

» La situation dans laquelle se trouvait la défense, disait-il, rendait celle-ci incomplète. Le cas était d'une si haute importance, il impliquait tant de points touchant le droit international, l'histoire et la politique, que les quarante-huit heures accordées à la défense ne suffisaient pas pour la préparer. Or, le prisonnier ne devait pas être privé des moyens propres à le défendre.

» Le cas exigeait impérieusement, la nature de l'affaire demandait

que la légalité fût observée en tout; que le calme et la réflexion présidassent à toute la procédure, afln que la bonne renommée de la République restât intacte aux yeux du monde, qui attendait avec une si grande sollicitude le dénomment de ce drame solennel. La position prise en ces termes par la défense était appuyée de citations recueillies dans divers auteurs.

» La Cour passa outre et les défenseurs déclarèrent qu'ils pourraient se taire en excipant de Tincompétence de la Cour et de Tillégalité de la procédure, mais qu'ils ne le feraient pas. En effet, ils commencèrent une exposition historique relative au prisonnier.

» M. Ortega, parlant le premier, dit qu il allait répondre à toutes les accusations articulées contre l'accusé, parce qu'on l'avait forcé de parler , mais sans reconnaître qu'aucune de ces charges fût appuyée sur la moindre preuve.

» Il rappela toute l'histoire de l'archiduc, son arrivée au Mexique, et repoussa l'accusation qui le représentait comme un usurpateur. Maximilien, étant à Miramar, avait reçu une députation de délégués mexicains qui lui avaient été présentés par un haut fonctionnaire de la cour autrichienne. Cette députation venait lui offrir la couronne du Mexique. Maximilien refusa d'accepter cette couronne tant que la volonté de la nation ne lui serait pas connue.

» Dans l'intervalle, les Français occupèrent la capitale. Sous la terreur des baïonnettes, une assemblée de notables fut convoquée. Elle vota la création d'un empire mexicain dont l'archiduc devait être le chef. Grâce à l'influence de cette même assemblée, beaucoup de municipalités donnèrent leur adhésion, et les actes qui les constataient furent remis à l'empereur élu.

» Maximilien, hésitant encore, consulta les jurisconsultes les plus éminents de l'Angleterre, et le Collège de Londres déclara qu'il était élu empereur par la volonté de la nation. Les juristes de Londres ignoraient, aussi bien que le candidat, les moyens pratiqués pour obtenir ces adhésions. Maximilien accepta sans se croire usurpateur, persuadé, au contraire, qu'il était souverain légitime.

» Il fut d'ailleurs confirmé dans cette croyance par l'accueil qui lui fut fait à son arrivée dans le pays, où il entra sans escorte militaire, accompagné seulement de sa famille; enfin, par les ovations qu'il reçut dans son trajet de Veracruz à Mexico, et dans les villes de l'intérieur qu'il visita par la suite.

» M. Ortega nia que Maximilien eût été l'instrument de la France; il exposa que la France avait été en conflit avec le Mexique postérieurement à l'accord fait à Miramar; que la France avait demandé la cession de la Sonora et que l'^irchiduc l'avait refusée, en insistant même pour que l'article stipulant cette prétention fût rayé-; enfin

qu'il avait été constamment opposé aux demandes des officiers français, et que cet état des choses avait duré jusqu'au jour où ceux-ci avaient quitté le pays.

» Dès que Maximilien eût reconnu les premiers symptômes du mécontentement général, il s'éloigna de la capitale. Retiré à Orizaba, il avait appelé auprès de lui ses ministres d'État; il avait tenu conseil avec eux et les avait consultés sur la légitimité de son élection et sur le vœu du peuple. Ils lui avaient répondu que le peuple lui éiait dévoué.

» La défense s'attacha ensuite à réfuter l'accusation de cruauté. Le décret du 3 octobre avait été signé par Maximilien, malgré lui et alors qu'on lui avait faussement fait accroire que le président Juarez avait quitté le territoire. D'ailleurs, ce décret n'avait qu'un but d'intimidation. Aucune demande de pardon n'avait été faite sans être accueillie. Bien plus, à quelque heure du jour ou de la nuit qu'une requête en grâce lui parvenait, ordre était donné de l'en informer, sans égard pour son sommeil ou pour ses occupations. El cet ordre avait été strictement suivi.

» Finalement la défense discuta l'inconstilulionnalité de la loi de 1862, sous le rapport de son incompatibilité avec l'esprit du parti libéral et les droits de la nation, en tant que le vainqueur se faisait juge du vaincu. Elle conclut en priant instamment les membres de la Cour, au nom de la civilisation et de l'histoire qui aura à juger les terribles actes de ce jour, de sauvegarder, comme défenseurs de la seconde émancipation du Mexique, la bonne renommée du pays aux yeux des générations futures qui applaudiront au couronnement de la plus grande des victoires par le plus grand des pardons.

» Il était neuf heures du soir. Le président annonça que. la Cour s'ajournait au lendemain, huit heures du matin et la cause fut ainsi renvoyée au jour suivant. »

Audience du iA juin.

A l'heure dite, le conseil de guerre rentra en séance. Aucun des accusés n'était présent.

Le président demanda aux défenseurs s'ils avaient quelque chose à ajouter à leurs défenses. Ils répondirent que non, pour le présent; mais qu'ils réservaient le surpluô de leurs moyens pour une phase ultérieure de la cause.

M. Manuel Aspiroz, rapporteur, donnai lecture des charges articulées contre les accusés, en citant à l'appui certains (Joounients émanés dû soi-disant gouvernement impérial.

Son réquisitoire, très-habile, était d'une énergie qui fit pressentir sans le moindre doute à ses auditeurs l'issue du procès.

Au nombre des accusations terribles mises à la charge de Maxirailien, figurait celle d'avoir cherché à prolonger la guerre par son décret du 7 mars, qui créait une régence pour le cas où il perdrait la vie dans une des batailles futures.

En réponse aux eflbrts de M. Vega pour établir l'absence de preuves, le rapporteur soutint que ses accusations étaient fondées sur la notoriété, qui était une preuve suffisante.

En vertu de l'article 28 de la loi du 25 janvier, le crime capital était suffisamment établi, avec la seule identité constatée des personnes. L'absence de témoignages que la défense jugeait si étrange n'avait aucune importance. On n'eu avait pas besoin.

Les accusés avaient été pris les armes à la main; leurs crimes étaient connus du monde entier.

Le rapporteur concluait en demandant que la peine capitale fût appliquée aux accusés.

MM. Vasquez et Ortega répliquèrent successivement au nom de l'archiduc. Le premier réfuta aussi soigneusement que possible les charges et conclut par ces paroles qu'il adressa à la Cour :

u Si vous condamnez à mort rarchiduc, je m'inquiète peu d'une coalition européenne ou d'une attitude menaçante de la part des Etats-Unis. J'ai confiance dans les armées libérales de la République qui ont repoussé les Français de notre territoire. Mais je crains la réprobation universelle qui pèsera sur notre pays comme un anathème, ce qui serait pire que la mort même, et cela à cause de la nullité des actes de cette cour. » ,

M. Ortega prit alors la parole. Il protesta contre l'irrégularité de la procédure. 11 appela l'attention sur ce principe de justice et de droit qui veut que le rapporteur donne lecture de son réquisitoire avant les plaidoiries, afin que la Cour entende en dernier les paroles de l'accusé.

Et quant à ce qui concernait l'accusation basée sur ce que l'archiduc aurait cherché à prolonger la guerre, en nommant une régence pour le cas de sa mort, le défenseur

déclara que l'acte d'abdication de Maximilîen, signé au Cerro de la Campana, existait réellement.

« Sur mon honneur, ajouta-l-il, je vous affirme, et le franc-libéral Mariano Riva Palacios peut vous affirmer comme moi, que, dans cet acte d'abdication il n'est pas question d'une régence. »

Enfin, au sujet de l'article 28, dont le rapporteur s'était servi pour justifier l'absence du témoignage et de preuves écrites, le conseil de défense tout entier répondait que les temps des inquisitions étaient passés où de simples formes étaient tout ce qu'on demandait pour former une conviction.

Le conseil, après avoir entendu les répliques des défenseurs, se retira pour délibérer et prononça ensuite son jugement dans les termes suivants :

a Vu l'ordre du C. général en chef, en date du 24 du mois de mai dernier, et la décision du ministre de la guerre, en date du 21 du môme mois, citée dans l'ordre sus-énoncé, en vertu desquels Ferdinand-Maxi milieu de Hapsbourg, qui se dit empereur du Mexique, et ses généraux Miguel Miramon et Tômas Mejfa ont été mis en jugement pour crimes contre la nation, l'ordre et la paix publique, le droit des gens et les garanties individuelles ;

» Vu le procès formé contre les coupables susdits, y compris les actes et les pièces qu'il renferme, toutes choses dont le rapporteur, C. lieutenant colonel Manuel Aspirez a donné connaissance au conseil présidé par le lieutenant colonel d'infanterie permanente, C. Rafaël Platon Sanchez ;

» Après avoir examiné le tout et entendu le réquisitoire du -susdit rapporteur et les défenses que les avocats des accusés ont prononcées de vive voix ou dont ils ont donné lecture ;

» Le conseil de guerre a déclaré Ferdinand-Maximilien suffisamment convaincu des crimes spécifiés dans les 1*"®, 3®, 4® et 5® parties de l'article premier, 5« de l'article second et iO« de l'article trois de la loi du 25 janvier 1862 contre la nation, le droit des gens, l'ordre et la paix publique.

» Il a également déclaré les accusés Miguel Miramon et Tômas Mejia coupables des crimes spécifiés dans les paragraphes 2, 3, 4 et 5 de l'article premier et 5 de l'article second de la même loi, contre la nation et le droit des gens, avec la circonstance d'avoir été tous les trois pris en flagrant délit, dans une action de guerre, le i5 du mois de mai dernier, dans celte môme place, cas prévu par l'arlicle 28 de la susdite loi.

» En conséquence, et conformément aux termes exprès de la loi sus-énoncée, le conseil condamne les susdits coupables Ferdinand- Maximilien, Miguel Miramon et Tômas Mejia à la peine de mort.

))Querélaro, 14 juin 4867.

» R. Platon Sanchez. — Ignacio Jurado. — Emilio Lojero. — José V. RAMraEZ. — Juan RumA y Auza. —- Lucas

ViLLAGRAN. — JOSé C. VeRASTEGUI. »

La partie la plus travaillée, sans contredit, et cependant une des plus faibles de la défense, était celle qui avait trait au décret du 3 octobre i86o. Ce décret, ordonnant, ainsi que nous Tavons vu, de passer par les armes tous les Mexicains qui ne reconnaissaient pas ou ne reconnaîtraient pas Tautorité de Maximilien, autorité contestable pour le moins aux yeux de son auteur puisqu'il était obligé de recourir à de semblables moyens, avait eu pour motif ostensible une rumeur d'après laquelle on avait annoncé que M. Juarez avait abandonné le territoire du Mexique. Si donc, disait dans sa proclamation cet auteur, M. Juarez est parti, c'est une preuve que le gouvernement légitime de la République a succombé; et si le chef manque, l'armée qui le soutenait n'a plus sa raison d'être. Dès lors, les guerrilleros n'ont pas le droit de réclamer les garanties que les lois des nations civilisées accordent aux armées régulières. Sans accepter cette doctrine sur laquelle il y aurait longuementà répondre, je Texpose seulement de la même manière que l'archiduc lui-même Ta établie. Malheureusement pour lui, M. Juarez n'était pas parti, et le décret cependant n'a point été révoqué comme il aurait dû l'être, le jour où le gouvernement de Mexico a eu connaissance de la vérité. Au contraire, il a reçu son application la plus rigoureuse pendant plus d'un an, et a fini par faire place aux prescriptions presque identiques de la loi du 4 novembre 1866. Voilà sur cette question le crime principal de Maximilien, crime contre lequel devaient échouer tous les efforts de ses défenseurs pour en rejeter l'odieux sur le maréchal Bazaine.

Que dire après cela de la prétention qu'en vertu de sa qualité d'archiduc d'Autriche, il ne pouvait pas être jugé pour les crimes qu'il aurait commis sur le territoire raexi-

cain,et de son ignorance affectée des lois de la République?

Les lois sont faites pour tout le monde, pour les forts aussi bien que pour les faibles. Or, il est reconnu dans les prescriptions du droit international que, dans chaque pays, les lois obligent tous ceux qui Thabitent, les étrangers comme les nationaux. Si donc les étrangers y troublent Tordre, s^ils altèrent la paix ou attaquent la Constitution locale, ils sont soumis comme les régnicoles aux lois qui punissent ces crimes ou ces délits. Quant à la seconde partie de sa prétention, il ne pouvait arguer ni de son ignorance des lois locales, en général, ni de celle du 25janvier 1862, en particulier, car il s'était donné à lui-même la mission de réformer les institutions du pays, et pour réformer quelque chose, il faut d'abord savoir ce que c'est.

Pour en terminer tout d'une fois, car il faudrait répondre phrase par phrase aux arguments de plus en plus spécieux de la défense, et franchement nous n*en avons pas le courage, M. Eulalio Ortega a nié qu'il ait jamais été question d'une régence. Nier est chose facile, mais ne prouve rien. Nous pourrions, en restant sur ce terrain, demander au défenseur de quel poids pouvait peser dans la balance du conseil le texte d'une abdication obligatoire, donnée sur le Cerro de la Gampana, au moment où le prince rendait son épée, ou envoyée, dans les premiers jours de mars, à Mexico, pour y être publiée quand il serait légalement fait prisonnier? L'abdication dont il s'agit n'avait pas une valeur plus grande dans un cas que dans l'autre. Elle était la conséquence d'un état de choses indépendant de la volonté de l'archiduc, contre lequel il ne pouvait rien, et qu'il ne lui était pas même permis d'invoquer sérieusement dans la situation désespérée où il s'était placé.

Cependant,il y a mieux que cela. La religion de M. Ortega avait été trompée. La nouvelle loi de Régence existait réellement. Elle portait la date du 7 mars 1867, et pour répondre par un argument sans réplique à l'adjuration des défenseurs du prince, le journal officiel de San Luis Potosi en a reproduit le texte et les motifs dans son numéro du 18 juin de la même année.

Voici cette dernière pièce ;

« Comme nous nous sommes placés à la tête de notre armée pour une campagne qui décidei*a, non pas seulement de la forme du gouvernement sous lequel le Mexique sera placé, mais de Tinlégrité de son territoire et de Texistence du pays comme nation indépendante, nous avons considéré la possibilité de notre mort par un accident de guerre et la possibilité pour le Mexique, que nous aimons avec prédilection, de se trouver sans chef de gouvernement.

» La Régence que nous avons établie dans des jours moins exposés que ceux-ci aux éventualités du hasard, et que nous avons confiée aux décrets de la Providence et à Tintelligence et aux capacités de notre auguste épouse Timpéralrice Charlotte, a cessé d'exister par suite de son départ pour l'Europe. Il est nécessaire de combler cette lacune par un moyen semblable de sa nature. La nation mexicaine n'ayant pas exprimé sa volonté pour changer la forme de son gouvernement, et la monarchie existant par conséquent encore aujourd'hui, il est convenable d'établir une Régence qui puisse gouverner l'État en cas de vacance du trône. Dans notre amour pour les mexicains, nous avons décidé d'établir, pour le cas de notre mort, une Régence qui puisse servir de centre d'union pour le pays et lui épargner des malheurs horribles. Nous recommandons aux mexicains auxquels nous adressons cette mesure comme le dernier témoignage de l'amour que nous leur portons, de Taccepler avec soin. Les citoyens auxquels nous avons conféré le mandat de régents sont bien connus par leur illustre patriotisme et leur persévérance dans les graves affaires de l'État et peuvent par conséquent être agréés par le pays.

» En foi de quoi nous établissons une Régence de trois personnes et nous nommons régents : le président du tribunal suprême de justice, don Theodosio Lares; le président du conseil d'État, don José M. de Lacunza, et le général de division don Leonardo Marquez. Nous nommons vice-régents, afin qu'ils puissent remplacer au besoin les titulaires don Tômas Murphy et don Tômas Mejïa. La Régence gouvernera conformément au statut organique de Tempire.

» La Régence convoquera le Congrès qui constituera définitivement la nation, après la fin de la guerre, soit par le triomphe de l'armée impériale, soit par l'amnistie ou par tout autre moyen qui mettra lin aux hostilités en assurant la réunion libre et légitime de ce pouvoir constituant.

» La Régence cessera et avec elle le pouvoir que nous lui attribuons par celte lettre, à l'inauguration du Congrès.

» Pour l'éventualité de notre mort, nous nommons dès aujourd'hui général en chef de l'armée et jusqu'à la réunion de la Régence, don Leonardo Marquez.

»L'honoi*able don Manuel Garcia Aguirre, notre présent ministre de

rinslruction publique, fera connaître cette mesure, expression de notre dernière volonté, à la nation et aux régents que nous avons nommés.

» En outre des ordres que nous donnons aux régents, nous leur recommandons de rester ponctuellement fidèles ù la devise qui a été le sceau de tous nos actes comme souverain : « Equité et Justice; » de garder l'inviolabilité et Tindépendance de la nation, l'intégrité de son territoire et une politique étrangère à tout esprit de parti, dévouée seulement au bonheur de tous les mexicains sans distinction d'opinion.

» Maxhuliën.

» Le ministre de Vinstruction pitblique,

» M. Gârc{â ÀGumRE. »

MAXIMILIEN, Empereur,

Considérant que si notre mort devait survenir, le gouvernement de rèmpire se trouverait sans chef par suite de Tabsence de la légitime régente, notre auguste épouse, Timpératrice Charlotte ;

(iOnsidérant qu'afin de porter remède à ce grand mal el d'assurer de notre côté le bonheur de la nation mexicaine, même après notre mort, il est nécessaire de laisser un gouvernement établi que la nation puisse reconnaître comme centre de l'union ;

Considérant que c'est par le Congrès librement convoqué que sera décidée la forme dans laquelle sera continué le gouvernement actuel qui est la monarchie, et qu'il est nécessaire que le gouvernement soit remis, en notre absence, à une Régence.

Nous décrétons :

Art. i«^ Les régents de l'empire, en notre absence par suile de mort, seront don Theodosio Lares, don José M. Lacunza et le général D. Leonardo Marquez.

Art. 2. La Régence gouvernera conformément au Statut organique de l'empire.

Art. 3. La Régence convoquera le Congrès qui constituera définitivement la nation après la fm de la guerre par l'action des armes ou par l'amnistie.

Art. 4. La Régence cessera et avec elle le pouvoir dont elle est investie par ce décret, à l'installation du Congrès.

Nôtre ministre de l'instruction publique informera les régents ci-dessus nommés, lorsque le moment en sera venu.

Querétaro, 7 mars 1867. Maximilien.

Le ministre de Vinstruction publique,

M. GARcfA Aguirre.

Il ne restait plus qu'à implorer la miséricorde du vainqueur. Maximilien ne le fit pas lui-même : il avait été repoussé deux fois déjà, la première, sur le Cerro de la Carapana, quand il avait demandé au général Escobedo une escorte pour le conduire dans un port quelconque du golfe, où il promettait de s'embarquer pour TEurope; la seconde, quand il s'était adressé au président, pour en obtenir une entrevue, sous prétexte qu'il avait à l'entretenir de choses graves concernant le Mexique; mais il permit à ses défenseurs, à des femmes, à tous ceux enfin qui le voulurent de solliciter en son nom : et cet homme qui s'était oublié deux fois jusqu'à se retirer à lui-même le droit de faire grâce, perdit de nouveau le respect qu'il se devait en autorisant des démarches dont il aurait dû tout de suite rejeter la solidarité.

Il est dur, je le sais, à 35 ans, de mourir ainsi sur la terre étrangère : mais en signant son fatal décret il devait savoir qu'il mettait sa tête pour enjeu dans la partie qu'il allait jouer désormais, et du moment où il était vaincu il devait accepter sans arrière-pensée toutes les conséquences de sa défaite.

MM. Riva Palacios et Martinez de la Torre ne négligèrent rien de tout ce qui pouvait émouvoir M. Lerdo et M. Juarez, et s'ils n'obtinrent pas la grâce de leur client, ce ne fut ni leur faute, ni celle du gouvernement, mais parce que le salut public exigeait sa mort.

Ils traitèrent la question sous toutes ses faces : ils s'étendirent longuement sur les avantages que pourrait produire un acte de générosité à la République ainsi restaurée; mais ils oublièrent un point, le plus important selon moi, celui de l'inviolabilité de la vie humaine.

Insister sur cette inviolabilité, et demander ensuite la vie du coupable, non comme une faveur personnelle, mais comme la conséquence d'un principe primordial, antérieur, par conséquent supérieur à toutes les lois positives, c'était en eflet abandonner le terrain de l'individu pour placer la question sur celui de l'humanité ; mais c'était aussi s'exposer à entendre répéter par les membres du gouvernement la longue liste des assassinats commis au nom et pour le plus grand avantage de cet homme.

comme luî, et leur dit courtoisement : c Allons, messieurs. » Puis ils marchèrent tous trois au lieu du supplice et s'embrassèrent avant de mourir.

En cet instant, Maximilien prit dans sa bourse quelques pièces d^or de vingt piastres, et les distribua aux soldats qui allaient le fusiller. Mejia leur donna également une once pour la répartir entre eux ; et l'archiduc prenant la parole dit à haute voix :

« Je vais mourir pour une cause juste : celle de rindépendance et de la liberté du Mexique. Que mon sang termine les malheurs de ma nouvelle patrie. Vive le Mexique ! »

Miramon lut ensuite un papier sur lequel il avait écrit ce qui suit :

« Mexicains !

» Devant le conseil de guerre, mes défenseurs ont voulu sauver ma vie. Ici, près de la perdre, au moment de comparaître devant Dieu, je proteste contre Taccusation qu'on m'a jetée à la face pour déshonorer mon sacrifice. Je meurs innocent de ce crime. Je pardonne à mes accusateurs comme je prie Dieu de me pardonner, et j'espère que mes compatriotes, me rendant justice, écarteront cette souillure de la tête de mes enfants. Vive le Mexique! »

Maximilien se plaça lui-même sur le lieu qui lui avait été désigné. 11 demanda qu'on ne lui défigurât pas la tête, et séparant sa barbe fauve des deux mains pour la rejeter sur ses épaules, il indiqua du doigt sa poitrine. Miramon en fit autant, et prononça ce seul mot : « là ; » quant à Mejia, il ne dit rien. 11 tenait à la main un crucifix qu'il abaissa au moment où les soldats rajustaient. L'officier donna l'ordre de faire feu, et les trois condamnés tombèrent en même temps.

Maximilien ne mourut pas sur le champ. On s'en aperçut en l'entendant prononcer ces paroles : c à moi, à moi ! » Alors un soldat lui donna le dernier coup, et tout fut dit.

Puis les troupes reprirent le chemin de la ville, et quelques heures après, il ne restait au pied du Cerro que trois petites croix, placées comme marques de la justice nationale, sur les lieux mêmes où étaient tombés chacun des condamnés.

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