‹ Documents officiels recueills dans la secret́airerie privée de Maximilien: Histoire de lChapitre 25 sur 54 · ÉTIEZ HOSTILES · texte numérisé non relu

ÉTIEZ HOSTILES

» Sommes-nous par hasard des ennemis qui viennent porter atteinte à votre indépendance en vous imposant notre loi? —Non! — Notre mission est de respecter vos propriétés, vos coutumes et vos lois, et si quelqu'un y portait atteinte, vous me verriez aussitôt le punir.

» Attenter à votre indépendance ! Cest ce que vous disent journellement des écrivains sans sincérité et les agents d'un gouvernement que nous ne saurions considérer comme l'expression de la volonté nationale. Ils vous trompent, ne les croyez pas. Nous désirons seulement connaître quel est le gouvernement qui vous convient (i), et quand la nation librement et loyalement consultée aura manifesté ses intentions, la France le reconnaîtra et unira ses efforts aux siens pour faire du Mexique une nation libre qui marchera, à l'aide de bonnes institutions, dans la voie du progrès (2) ; une nation, en un

0) De quel droit?

(2) C'est pour cela sans doute que le S"^ Almonte, dès le mois de

mot, dont le gouvernement offrira aux autres pays les exemples de bonne foi qui doivent exister entre les peuples civilisés comme entre les individus.

« Telle est notre mission. — Et maintenant doit-elle vous éloigner de nous? — Non; elle doit au contraire réunir le noble peuple du Mexique à la nation française, et elle les réunira.

» Cordova, 22 octobre 1862.

» Le général de division, sénateur, commandant en chef le corps expéditionnaire du Mexique.

» Signé : FoREY. »

11 y a loÎD, convenons-en, de cette proclamation aux sentiments que le même général, dans ses derniers rapports, a cru devoir prêter aux populations du Mexique envers la France, et je n'essaierai même pas de mettre le soldat écrivain d'accord avec lui-même (1). Je constate seulement qu'à la fin du mois d'octobre 1862, M. Forey était obligé de reconnaître que ces mêmes populations ne nous étaient pas sympathiques; ce n'est point assez ; qu'elles nous étaient hostiles, et je me demande les motifs de cette inimitié.

La réponse est bien simple. C'est parce que, dominé peutêtre malgré lui par la logique de la situation que lui avaient créée les ministres du gouvernement impérial, M. Forey était obligé de parler d'une manière, d'agir d'une autre ; et qu'à côté des protestations doucereuses contenues dans ses manifestes, il y avait un décret qui déportait les prisonniers de guerre à la Martinique.

Condamner à la déportation les défenseurs de la nationalité du Mexique ! il y avait dans une pareille mesure de quoi réveiller dans leurs tombes ceux qui défendirent la France en 1814, pour demander compte à ce soldat mal appris de l'insulte nouvelle qu'il osait leur jeter : mais appliquer la

septembre 1861, était allé à Vienne, en compagnie d'Hidalgo et de Gutierrez Estrada, offrir la couronne du Mexique à Tarchiduc Maximilien.

(1) tt Le 10 juin 1863, M. Forey, racontant au ministre de la guerre son entrée à Mexico, lui dira que les soldats de la France ont été littéralement écrasés sous les couronnes qu'on leur jetait. »

même peine à des citoyens inoffensifs dont l'unique crime

était de ne point partager l'optimisme du général en chef; de ne point avoir à^affection, si Ton veut, pour la panacée du sieur Almonte, cela dépassait toutes les bornes du prévu et de l'imprévu; et cependant, c'est ce qui eut lieu pour MM. Romo, Lopez, Corona et un grand nombre d'autres qu'il serait trop long d*énuraérer (1).

Ce n'est pas tout encore. Dans sa première proclamation, le général Forey, qu'il le voulût ou non, avait fait rétrograder la question au point oà elle se trouvait avant la rupture d'Orizaba. Dès lors, le gouvernement impérial, pour peu qu'il eut désiré se montrer conséquent avec lui-même, aurait du s'excuser auprès de ses alliés d'Angleterre et d'Espagne, et faire arrêter M. de Saligny afin de donner en sa personne un exemple aux agents qui pourraient, à l'avenir, être tentés comme lui de tromper leurs supérieurs sur les hommes et sur les choses des pays auprès desquels ils auraient l'honneur d'être accrédités.

Un pareil désaveu était peut-être la seule manière de sortir avec honneur de l'impasse où l'on s'était si malheureusement fourvoyé : mais c'était en même temps faire une espèce d'amende honorable envers le gouvernement tant calomnié de M. Juarez ; et pour ne pas donner au président cette mince satisfaction, on préféra se montrer illogique jusqu'au bout en conservant dans la personne de M. de Saligny la cause dont on condamnait hautement les effets en replongeant dans le néant la nullité prétentieuse du général Almonte.

La proclamation de M. Forey, privée par ce moyen de l'unique garantie qui eût pu, faute de mieux, la faire accepter par les principaux membres de cette classe moutonnière qui ne demande qu'un prétexte pour se dispenser de réfléchir, ressemblait à ces manifestes princiers où l'auteur, avant son élection, promet ordinairement beaucoup plus

(i) C'est en menaçant les récalciti^ants des peines portées dans ce décret, que Tautorité, ainsi que nous le verrons plus tard, a pu obtenir parmi les populations des adhésions à l'empire.

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qu'on ne lui demande, et se liâte, le lendemain, d^oublier les proiQes8es intéressées de la veille. Au lieu de ces engagements qui n'ont jamais rien prouvé et dont nous pouvons tous, aujourd'hui) comprendre le peu de valeur, le général aurait peut-être mieux fait de déclarer simplement aux Mexicains qu'il n'était venu dans leur pays que pour leur bien, et qu'il leur en ferait malgré eux, voire même, s'il le fallait, en dépit de leur propre volonté.

De cette manière, le futur maréchal aurait été libre de tous ses mouvements et n'aurait été comptable qu'envers rÉtemel et son empereur, des moyens qu'il aurait mis en œuvre pour arriver au but qu'on lui ^vaît désigné. Mais l'Éternel est placé si haut et l'empereur était si loin que ni l'un ni l'autre n'auraient guère pu apporter d'obstacles à l'exécution de ses ukases tout-puissants.

Il est vrai que les esprits chagrins, et Dieu sait qu'il y en a au Mexique comme en France, auraient pu retourner le sensée cette déclaration, et y lire pour vos Hem, au lieu de pour votre bien; mais ce n'eût été qu'une question de détail, de trop mince valeur pour arrêter le chef de l'intervention, et dont l'avenir, bien mieux que toutes les protestations, se serait chargé de donner une solution aussi claire que péremptoire.

Depuis cette époque, jusqu'au commencement du siège de Paebla, — 22 mars 1863 — je ne rencontre qu'une nouvelle proclamation de M. Forey (I); un décret du même général (2) relatif à la nomination de TAyuntamiento d'Orizaba; et une lettre de lui au général Gonzalez Ortega, — iO novembre, — pour lui exprimer ses regrets c de ce que » sa vaillante épée n'était pas au service d'une meilleure > cause; • ce qui, dans toutes les langues ne pourra jamais être considéré que comme une invitation indirecte à trahir son pays pour le venir joindre.

Je ne dirai rien de la première, parce qu'il me répugne de m'occuper continuellement de pièces, même officielles, où

(1) 3 novembre i862.

(2) M(*me date.

l'injure le dispute sans cesse à la mauvaise foi ; mais il n'en est pas de même des deux autres. Celles-ci font partie des documents indispensiibles à consulter si Ton veut connaître de quelle manière l'intervention s'est imposée pendant près de quatre ans au Mexique et, à ce titre, je crois utile de les reproduire en entier.

Dans sa proclamation du 24 septembre, ne l'oublions pas, M. Forey avait protesté de toutes ses forces contre l'intention qu'on lui prêtait de vouloir établir un gouvernement à la convenance du pouvoir impérial, et il avait ajouté, par ordre suprême, notons bien ceci, t que le peuple mexicain, » immédiatement après sa délivrance, serait libre de choisir > celui qui lui conviendrait le mieux. » Mais dès qu'il a été question de traduire cette liberté dans les faits, le général oubliant à la fois sa promesse et le gouvernement au nom duquel il avait parlé, a bien vite tout sacrifié au but dont ce même gouvernement l'avait chargé d'assurer le triomphe.

Voici, pour l'acquit de la conscience du lecteur et de la mienne, comment on s'y est pris, par ses ordres, à Orizaba, pour supprimer la liberté des élections municipales. Je me contente de constater le fait tel qu'il s'est passé, sans y rien ajouter, sans en rien retrancher, et seulement pour indiquer en passant la manière dont s'y prennent parfois les forts, pour imposer leurs volontés toutes puissantes aux faibles.

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