Zacatecas
District fédéral.
Mexico 237 246,456
Territoire.
Basse-Californie . . . 8,697 9,845
Totaux. ; . . , 141,247 8,396,845
Capitales.
Aguascalientes.
Colima.
San-Cristébal.
Chihuabua.
Saltillo.
Durango.
Guanajuato.
Tixtia de Guerrero.
Guadalajsira.
Toluca.
Morelia.
Monterey.
Oajaca.
Puebla.
Querétaro.
San-Luis-Potosi.
Mazatlaii.
lires.
San-Juan-Bautisla.
Tampico.
Tlaxcala.
Veracruz.
Merida.
Zacatacas. •
Mexico.
La Paz.
Quand les Espagnols arrivèrent au Mexique, ils y rencontrèrent un royaume féoâal, gouverné par un prince que soutenait une double aristocratie de nobles et de prêtres. Au lieu des bandes, si Ton aime mieux, des tribus d'indiens nomades et chasseurs que les Anglais et les Français rencontrèrent au Nord, ils trouvèrent des populations nombreuses et sédentaires, régulièrement encadrées dans un ordre social complet. C'étaient des peuples adonnés princi-»
paiement aux travaux agricoles, cultivant le maïs et le coton et connaissant la cochenille. Ils étaient habiles à tisser des étoffes délicates et à les teindre des plus vives couleurs. Ils savaient sculpter les pierres les plus dures; fondre et modeler l'or et l'argent, et ils possédaient quelques outils de bronze écroui qui n'étaient point sans analogie avec ceux dont nous nous servons aujourd'hui, lesquels ne diffèrent des leurs que parce qu'ils sont en acier.
Dès i508, les Espagnols, Soïis et Pinzon avaient découvert le Yucatan. Dix ans après, Grijalva reconnut la côte orientale du Mexique, et, l'année suivante, Fernand Cortez aborda au lieu où l'on a depuis bâti Vera-Cruz pour réaliser, avec une poignée d'aventuriers, ses vastes projets de conquête. Il brûla d'abord ses vaisseaux pour enlever à ses compagnons toute pensée de retour ; puis, il attaqua la république de Tlaxcala, la battit, et profita des antipathies de l'ancienne race indigène contre les conquérants aztèques pour faire alliance avec elle et pénétrer jusqu'à Mexico, où Je souverain régnant, Moctezuma, et non pas Montezuma, lui fit l'accueil le plus amical. Cortez, abusant des intentions bienveillantes de ce prince, s* empara de sa personne et le tint prisonnier au milieu même de ses sujets. Il fut alors obligé de quitter la ville pour aller livrer bataille à un concurrent, Narvaez, que le gouverneur d'Hispaniola, aujourd'hui Saint-Domingue, avait envoyé pour le dépouiller de sa conquête. Pendant son absence, il laissa le commandement à un de ses lieutenants, Alvarado, et celui-ci, sur l'avis que les Mexicains cherchaient à briser les chaînes de leur chef, en fit massacrer deux mille au milieu d'uàe fête. Il en résulta un soulèvement général à la suite duquel Cortez lui-même, de retour depuis peu, fut obligé de quitter la ville pour la seconde fois; mais il y rentra de nouveau, 21 mai 1520, à la tête de quelques centaines d'Espagnols seulement et d'une multitude d'Indiens auxiliaires, à la suite 4'un siège qui ne dura pas moins de soixante-quinze jours.
Depuis lors, l'Espagne demeura paisible dominatrice de sa conquête jusqu'au jour où le premier Napoléon, ayant ipdign(iment dépouillé les Bourbons de la péninsule à la conférence. de Rayonne, toutes les colonies espagnoles de
rAinérique refusèrent de se plier sous son joug. Parmi elles, le Mexique fut celle qui resta le plus longtemps fidèle à la mère patrie : aussi le vice-roi, Iturrigaray, appela-t-il les créoles à jouir de tous les droits dont on les avait privés petit à petit depuis la conquête. Mais ce retour au droit commun irrita profondément les Espagnols. Les négociants firent un mouvement; le 18 septembre 1808, ils s'emparèrent du vice- roi, renvoyèrent prisonnier en Espagne et firent tant auprès du gouvernement que la conduite de cet ofiicîer y fut censurée.
Alors les créoles, aigris par le triomphe de toutes ces mesures rétrogrades, songèrent à les repousser, et bientôt il se forma une conspiration qui avait dans Tarmée ellemême des ramifications fort étendues et dont le chef avoué était un prêtre de race créole, D. Miguel Hidalgo y Costilla, curé de la petite ville de Dolores, dans l'intendance de Guanajuato. L'insurrection éclata le 10 septembre 4810. Hidalgo, déployant les couleurs — bleues et blanches — des anciens empereurs aztèques, puissamment secondé d'ailleurs par les Indiens qui accouraient en foule se ranger sous ses bannières, souleva tous les pays de l'Est, pendant qu'un autre prêtre, père, qui le croirait? du général Almonte, révolutionnait les provinces de l'Ouest, et se présentait devant Mexico à la tête d'une année de plus de 80,000 hommes.
Mais peu sûr de la discipline de ses bandes, il n'osa point attaquer la capitale. Il fut défait dans plusieurs rencontres par les troupes régulières du vice-roi, trahi par les siens, livré aux Espagnols et fusillé le 27 juillet 1811.
Après sa mort, le curé Morelos continua la lutte et réunit un congrès qui proclama Tindépendance du Mexique au mois d'octobre 1813. Malheureusement le succès ne se maintint pas. Morelos fut fait prisonnier 26 mois après, 5 novembre 1815, livré à l'inquisition qui le remit à l'autorité militaire après l'avoir dégradé comme hérétique, et fusillé par derrière, ainsi que l'avait été quatre années auparavant son prédécesseur Hidalgo.
L'insurrection était donc encore une fois comprimée, mais elle n'était pas détruite.' Petit à petit les créoles de
toutes les classes prirent place dans ses rangs : ses cadres se complétèrent, et dès l'année 1820, on y comptait plusieurs officiers de l'armée royale qui, pour divers motifs, avaient abandonné leur position et s'étaient joints à elle.
Le plus connu de ces transfuges s'appelait D. Agustin de Iturbide. Il était né à Valladolid, aujourd'hui Morelia, capitale de l'Etat de Michoacan, et avait été mis en retrait d'emploi pour abus de pouvoir (1).
Celui-ci, le 24 février 1821, dans la petite ville d'Iguala, située à 90 milles environ au Sud de Mexico, proclama un plan avec les trois bases suivantes : Unions Religion, Inde-- -pendance, et s'empara de Mexico le 27 septembre suivant.
Son programme portait que le Mexique, délivré pour toujours de la tyrannie de l'Espagne, serait cependant gouverné par un prince de la famille royale, et que les Européens, ce qui signifiait les Espagnols, attendu qu'à cette époque il n'y avait qu'eux qui fussent admis au Mexique, seraient entièrement égaux en droits et en privilèges avec les natifs. Mais après avoir contraint le vice-roi, O'Donoju, à accepter ces conditions, il fit naître un conflit entre le congrès, nommé depuis la prise de Mexico, et la junte du gouvernement dont il était le chef, et se fit proclamer empereur, sous le nom d'Augustin I^r, le 18 mai 1822.
Toutefois, cet empire était construit sur le sable. Ni l'immense prestige qui entourait alors le nom du nouveau prince, ni sa grande réputation militaire, ni la gloire qu'il s'était acquise en obligeant l'Espagne à se dessaisir de sa proie, ni la splendeur de ce trône élevé dans l'ancienne capitale de Moctezuma, ni le brillant vernis d'une cour pleine d'ostentation, ni l'appareil du couronnement, ni les cérémonies imposantes d'une consécration religieuse, ni l'appui que paraissaient donner au trône ainsi restauré le pouvoir et les richesses d'une aristocratie opulente, rien ne put maintenir le diadème sur la tête de cet homme que le
(1) On raconte qu'en 1814, dans une dépêche qu'il adressait au vice-roi, le jeudi-saint, Iturbide, alors officier supérieur, lui annonçait qu'il venait de fêter ce grand jour en faisant fusiller 300 excommuniés y ce qui signifiait dans son langage, 300 'prisonniers libéraux.
peuple aimait cependant, en dépit de son manque de foi. Ce rêve de monarchie, cet appareil fantastique de majesté, tout s'évanouit en un instant comme la fumée à travers les airs, et Tannée ne s'était point écoulée que déjà il ne restait au parjure que le souvenir de sa trahison.
Iturbide essaya, mais inutilement, de colorer aux yeux des masses son usurpation de motifs plausibles. Santa- Anna, alors colonel du 8® d'infanterie, et qui, naguère, avait été un des plus plats adulateurs du despote, se réunit aux généraux Guerrero et Bravo, et tous trois ils le contraignirent à rappeler le congrès qu'il avait chassé une année auparavant. Le congrès, à son tour, annula l'élection de cet empereur coup d'Etat, lui ordonna de quitter pour toujours le territoire de la République, et le gratifia, par un sentiment de générosité qui l'honore, d'une pension de 25,000 piastres, soit 425,000 fr. par an.
Cet empire élevé si facilement par l'armée le lendemain de sa victoire, et renversé moins d'une année après avec autant de facilité par ceux-là mêmes qui l'avaient élevé, surprendra sans doute ceux qui ne sont point au fait des habitudes et des choses de ce pays ; mais pour peu qu'on réfléchisse à son passé, il est peut-être plus facile encore de se rendre compte de la chute de l'empire que de son élévation.
La monarchie, en effet, a besoin de s'appuyer sur la tradition et le Mexique, il faut bien en convenir, ne possède en tradition, ni habitude, ni éléments monarchiques.
Depuis la conquête jusqu'en 1824, il avait été gouverné, cela est vrai, par la cour d'Espagne, mais les Mexicains ne connaissaient la majesté royale que par la figure du roi apposée sur les pragmatiques et les cédules. Puis la cour d'Espagne exerçait son autorité non seulement par les vice-rois, mais par les audiences (i) et les Ayuntamientos (2). La plupart des vice-rois, soit qu'ils ne voulussent pas éveiller de soupçons à la cour, soit qu'ils désirassent économiser sur leur traitement, afin de se constituer un beau
(1) On appelait ainsi radministration de toute une province.
(2) Municipalités.
revenu à leur retour en Europe, vivaient sans faste, expédiaient les affaires avec un seul secrétaire, et se montraient aussi modestes que bienveillants dans leur conduite privée. *
Leur autorité était monarchique si Ton veut, mais elle était en quelque sorte équilibrée par celle de YAyunta'^ miento; et l'ayuntamiento, suivant l'analogie des anciennes communautés espagnoles détruites par Charles-Quint, représentait réellement et positivement le principe populaire.
Pour peu que Ton connaisse Thistoire, il est facile de se rendre compte de ce que devaient être dans leur temps des hommes comme Fernand Cortez et Nuîio de Guzman. Et pourtant l'ayuntamiento les priva de l'usage de Teau, leur imposa une amende et les réprimanda, parce que dans^les moulins qu'ils possédaient près de la ville, ils avaient transgressé les lois qu'avait imposées la municipalité. Les procès-verbaux du chapitre de Mexico fourmillent de cas où TAyuntamiento de cette ville en a défendu le peuple contre les usurpations des vice-rois eux-mêmes, des moines et des membres du clergé. C'est-à-dire, que sur cette terre que les défenseurs à gages de l'expédition représentaient chaque jour àla France comme étant essentiellement monarchique, le principe républicain triomphait dès le temps où la tyrannie, par suite des mœurs de l'époque, aurait dû plus facilement Tétouffer.
Puis la monarchie engendre la noblesse et je me demande où sont les Montmorency , les Rohan , les Coucy du Mexique.
La noblesse, au temps des vice-rois, se composait, dans sa plus grande partie, des descendants des premiers conquérants, et pour dire toute la vérité, les prouesses de ceux-ci, quelque grandes qu'elles nous paraissent à la distance qui nous sépare d'eux, n'avaient rien de bien extraordinaire au fond. Ils avaient combattu contre des tribus divisées, ignorantes dans l'art militaire, privées d'armes à feu, et si Ton a tant exalté leurs entreprises, c'est plutôt en souvenir des avantages qu'ils ont procurés à leur mère patrie, qu'à cause des dangers personnels auxquels ils se sont exposés.
Et pourtant ce n'est pas encore tout. Bien qu'elle fut à
peine d'hier, et qu'un grand nombre de ses membres eussent acquis leurs titres moyennant finance, cette noblesse a déjà perdu son prestige et se confond chaque jour de plus en plus dans la foule. Les marquis de Salinas, de Salvatierra et de San Juan de Rayas, les comtes de Casa de Heras Soto, de Tula et de Régla, ont signé en compagnie des hommes les plus obscurs l'acte d'indépendance de leur pays. J'ai personnellement connu le descendant des marquis de San Crîstobal et celui des comtes de Santiago. Le premier était de mon temps gouverneur de Mexico, le second occupait avec autant de dignité que de modestie un simple siège municipal, et quant aux fils du marquis de Guadalupe, ils étaient tout simplement ofiiciers dans la garde nationale...
Où donc dans tout cela est la cour? où donc est l'opinion dont devait s'entourer en 1821 le général Iturbide, et dont 40 ans plus tard aurait encore dû s'entourer Varchiduc Maximilien pour établir leur gouvernement imaginaire, si ce n'est dans l'esprit de quelques visionnaires attardés dont la montre n'a pas marché depuis le temps de la domination espagnole? De quel droit les Almonte et lés Hidalgo sont-ils allés à Vienne, mettre en vente la nation, comme s'il eût été question d'une marchandise qui leur appartenait? A quel titre, en vertu de quels pouvoirs se sont-ils conduits ainsi? Et parce qu'ils l'ont fait, parce que quelques individus ont publié sur le Mexique des articles anonymes pleins de calomnies et de faussetés; parce que même 215 prétendus notables, sans capacité ni mandat, ont adjugé l'empire, sous la pression du général Forey, à celui qui était désigné à l'avance, peut-on dire pour cela que la nation ait été réellement consultée?
Il y a plus, les mœurs, je dirai même le caractère des habitants du Mexique s'opposent à l'établissement du régime monarchique. On y jouit d'une véritable égalité. Celui qui est aujourd'hui général, dépose demain les armes et rentre dans la vie privée. Les ministres occupent et désoccupent ' leurs postes, puis rentrent chez eux, sans autre distinction que celle qu'ils ont su mériter par leur caractère ; la carrière de tous les hommes publics est connue, comme la fortune de tous les riches, et tel que l'on a connu capitaine,
commerçant, avocat, simple particulier, 8*élève soudain par le hasard, par son mérite ou par d'autres causes, au rang de général, ou dans la magistrature, puis, son mandat terminé, il rentre dans les rangs du peuple, d'où il était sorti, et c'est à peine si, de temps à autre, on entend encore prononcer son nom.
Et pourtant, malgré toutes ces causes qui auraient dû exercer une influence décisive sur les destinées du pays, le gouvernement du Mexique, il faut bien l'avouer, quoique classé dans la catégorie des gouvernements républicains, a été plus ou moins libéral, plus ou moins réactionnaire, selon que les tendances des individus qui occupaient le fauteuil présidentiel étaient plus ou moins portées vers la dictature; et ce n'est qu'à partir de 1858, c'est-à-dire, de la magistrature de M. Juarez, que l'administration en est devenue franchement républicaine.
Mais réactionnaire ne veut pas dire monarchique. 11 y a entre ces deux termes la distance d'un monde, surtout dans un pays comme le Mexique, où l'on était réactionnaire ou libéral, selon que l'on acceptait plus ou moins l'omnipotence de la sacristie, et c'est probablement pour ne point avoir tenu compte de la différence qui existe entre ces deux mots que le chef du gouvernement français s'est précipité si follement dans les hasards d'une aventure si contraire au génie de la France, si nuisible à ses intérêts, et dont il ne pouvait, en aucun cas, recueillir que de la honte.
Causes principales de lanarchie qui a régné Jusqu'à ce Jour au Mexique.
Quand, en 1810, les premiers patriotes mexicains proclamèrent rindépendauce de leur patrie et arrachèrent leur pays au joug humiliant de TEspagne, les prêtres s'alarmèrent tout d'abord d'un mouvement dans lequel leur parti n'était pour rien, et qui, s'il réussissait, devait avoir pour conséquence de mettre en péril leurs nombreux privilèges, leurs immenses richesses, et leur influence sans contrôle. Ils s'opposèrent donc à la révolution, et je dois ajouter que les Espagnols demeurèrent triomphants tant que le clergé consentit à faire cause commune avec eux.
Mais, pendant que cela se passait dans la colonie, de graves changements avaient lieu dans la mère-patrie. Les Cortès espagnoles, poussées malgré elles par les idées qu'avait jetées sur le monde la révolution française, avouent sanctionné plusieurs décrets diminuant d'une manière sérieuse les privilèges personnels du clergé de la Péninsule, et avaient publié des lois ayant pour but d'arriver progressivement au désamortissement complet de son immense propriété. Alors, celui du Mexique changea de manière de voir, et sur les hommes et sur les choses de son pays. 11 s'aperçut tout à coup de ce qu'il aurait à perdre si les lois décrétées par les Cortès espagnoles recevaient leur effet au Mexique, et comprenant qu'il lui serait très-facile, au milieu de la crise, d'organiser un gouvernement dévoué à ses intérêts personnels, ne vivant que par lui et pour lui, il résolut d'adopter la cause de l'indépendance. Ce fut alors seulement que cette cause triompha.
Depuis, il s'est établi une lutte de jour en jour plus marquée, par conséquent plus forte, entre le clergé qui voulait conserver le contrôle dont il s'était emparé sur le gouverne-
ment, et les véritables patriotes qui, voyant qu'il n'y avait pas d'espoir de rendre le Mexique ce qu'il doit être, sans adopter les principes de la liberté là plus grande, commencèrent à jeter les bases d'un gouvernement libéral et populaire, destiné à mettre un terme aux usurpations du clergé dont l'ambition, conduite par des motifs uniquement personnels, était toujours en opposition avec le bien du pays.
Le résultat d'une pareille lutte ne pouvait pas être un seul instant douteux, surtout si Ton veut prendre en considération le pouvoir, l'influence et les ressources dont disposait un des antagonistes.
Chaque fois que le parti libéral, favorisé par les hasards du scrutin, parvenait à faire nommer un gouvernement national, je veux dire un gouvernement qui ne consentait pas à se faire le très-humble serviteur des prêtres, mais qui voulait faire des lois en faveur de l'immigration étrangère, de louverture des routes, de la construction des chemins de fer, de l'exercice libre et public de toutes les religions, de la liberté de la presse, de la réduction des droits d'importation, etc., etc., en faveur, pour tout dire, du développement normal de toutes les richesses naturelles et des vastes ressources du pays, vite le clergé organisait un prominciamiento contre ce gouvernement et se servait de ses immenses richesses pour le payer ; de son influence néfaste pour en assurer le succès. De cette manière, les hommes à coups d'Etats et les majordomes de l'Eglise avaient seuls qualité pour écrire la Charte politique de l'endi^oit, et ce pays si beau, si favorisé par la nature et par le soleil, ne connaissait, en fait d'ordre, que des dispositions arbitraires, fausses, opposées aux tendances naturelles de ses popuia* tions, par conséquent violentes, par conséquent instables.
Un ordre factice construit ainsi par le jeu des ambitions cléricales, qui opprimait les sympathies les plus saintes, les plus vivaces du peuple, devait être miné sans cesse par la conjuration des forces sur lesquelles il pesait. C'était donc la guerre civile en permanence, la guerre civile toujours latente ou patente, c'est-à-dire, le désordre servant de base à un ordre de choses arbitraire.
Et pourtant ce désordre doublé de force, c'est ce que les
ministres de M. Bonaparte, en compagnie de tous les sacristains du Mexique et des assassins de Tacubaya osaient appeler Vordre public et les garanties.
Le maintien de cet ordre faux, compressif, arbitraire, exigeait, année commune, le maintien d'une armée de !20,000 hommes au moins, et dévorait annuellement aussi une somme de 10,950,000 piastres, soit, en chiffres ronds, plus de 55,000,000 francs, pour l'imposer par la force aux populations qui le rejetaient.
Dans les temps difficiles comme ceux que la République a eu à traverser pendant les années 1858, 1859 et 1860, ce n'étaient pas seulement 40,000, c'étaient plus de 60,000 hommes qu'il fallait compter, en prenant les forces des deux côtés, et plus de 33 millions de piastres, soit 165,000,000 de francs qu'il absorbait seulement pour ses frais généraux*
Ces soixante mille hommes enrégimentés pour la tuerie, le service des robes noires et les plus grands avantages du sabre, étaient, en force eten activité, l'élite des populations laborieuses. Ils perdaient, à ne point produire, autant pour le moins qu'ils dépensaient en s'exerçant à détruire. C'étaient donc plus de 330,000,000 de francs, c'est-à-dire, au taux sensiblement réduit pour le pays de 6 p. c.,la rente d'un capital de 5,300,000,000 de francs que l'agriculture, l'industrie, le commerce, la propriété et le travail sacrifiaient annuellement depuis près de quarante ans au Mexique, pour le maintien de l'ordre selon les intérêts du goupillon, les prétentions du sabre et les aspirations des agioteurs.
D'où il suit que c'était précisément parce que Tordre, à la façon des prêtres et de l'armée, avait contre lui toutes les popiilations du pays, qu'il fallait chaque année 55,000,000 de francs au moins, et quelquefois jusqu'à 330,000,000, pour Tentretenir et l'imposer par la force à ces populations.
L'armée, cependant, il faut bien qu'on le sache, n'est point un corps de janissaires, une cohorte de prétoriens, ainsi que paraisjsent malheureusement tentés de le croire, tous ceux qui, par aventure, ont le droit de se promener avec un grand sabre suspendu à leur côté. C'est le fruit de l'impôt du sang, une force vive tirée au sein même de la
nation, qui fait toujours une avec elle, et qui, dans aucun cas, ne peut, sans félonie, être employée à son détriment.
Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, peu importe ! le soldat n'est et ne doit être qu'un citoyen temporairement armé, sorti des rangs du peuple pour défendre la patrie commune contre les attaques de l'étranger, et qui, son temps de service terminé, doit y rentrer, quelque soit son grade, par le licenciement ou par la retraite. 11 n'est à la solde d'aucun roi, d'aucun despote, d'aucun prétendant, mais à celle de la patrie, et s'il est tenu de servir son pays, il ne saurait, dans aucun cas, faire une classe à part.
Quant au clergé, puisqu'à toute force il nous faut encore revenir à lui, le clergé avait fait son entrée au Mexique, dès l'année 4524, côte à côte avec Fernand Cortez, un crucifix d'une main, un pistolet de l'autre, assassinant pour la plus grande gloire de Dieu tous les indiens, mâles ou femelles, assez malheureux pour ne pas comprendre que, dans certaines circonstances, t^n était logiquement égal à ^ms, tandis que, dans d'autres, trois ne sauraient jamais faire qu't^n.
Sa conduite privée était alors si scandaleuse, que Cortez lui-même, dans une de ses lettres à Charles-Quint, s'était vu contraint de le supplier de lui envoyer d'Espagne des réguliers aux lieu et place des séadiers (4), * dont le luxe, » disait-il, dépassait tout ce qu'on pouvait imaginer, et dont
> les exactions, pour enrichir leurs bâtards, causaient un
> scandale permanent au milieu des indiens nouvellement » convertis. »
Depuis lors la superstition, en consolidant leur pouvoir, n'a fait qu'augmenter le mal, et si nous en croyons labbé Domenech, un témoin que les intéressés n'oseront certainement pas refuser, puisqu'il est prêtre comme eux, il parait que dans l'intérieur du Mexique, plusieurs curés auxquels il s'est adressé, ne lui ont refusé l'hospitalité que pour lui interdire la vue de leurs cousines, de leurs nièces et de la nombreuse progéniture qu'ils avaient obtenue des unes ou des autres.
Le peuple, dit-il, dans un passage trop précieux pour ne
(1) Cest-à-dire des moines aux lieu et place des prêtres.
pas être cité tout au long (l), le peuple trouve cela assez nfiturel et ne plaisante sur la conduite de ses pasteurs que lorsqu'ils ne se contentent pas d'une seule femme.
Une fois, un de ses amis demandait à la maîtresse d'un curé comment elle ne craignait pas d'aller en enfer en vivant maritalement avec un homme qui disait la messe tous les jours? — Monsieur, lui répondit-elle en colère, apprenez que je suis une honnête femme, et que je ne vivrais pas avec M. le curé, si nous n'étions pas mariés légitimement.
c En eflFet, poursuit l'abbé Domenech, dans l'État de Oa- » jaca, — il aurait peut-être pu dire dans le Mexique tout » entier, — il y a des prêtres qui se marient publiquement > pour ne scandaliser personne, et bien que le célibat du ï prêtre soit une institution purement ecclésiastique, je ne » sais comment ces messieurs s'arrangent pour contracter » des unions légitimes. »
Une femme qu'il interrogeait un jour sur ces singulières unions, lui répondit avec autant de franchise que de candeur : t Mes compatriotes préfèrent vivre avec les prêtres » qu'avec les laïques, parce qu'elles sont mieux entretenues, » et les pauvres créatures sont si malheureuses qu'elles » cherchent de préférence une maison où elles soient sûres » de trouver toujours de bons vêtements et du pain (2). »
Malgré cela, c'est toujours Tabbé Domenech qui parle, le prêtre et sa femme ne sont pas déshonorés. On les respecte même, s'ils font bon ménage.
« Un marchand, dit-il encore, fatigué d'attendre le prix d'une robe qu'il avait vendue à la femme d'un prêtre, s'avisa un jour d'aller lui en demander le montant, ajoutant que si elle ne le payait pas, il allait la faire appeler devant le juge ; mais elle, sans s'émouvoir, lui rappela qu'elle appartenait à la mitre sacreféJ, c'est-à-dire qu'en se prostituant à un prêtre elle avait acquis le droit de partager avec lui tous les privilèges dont il jouissait (3), et le marchand fut obligé de se contenter de cette réponse.
(1) Le Mexique tel qu'il est, par l'abbé Domenech, p. 129 et 130.
(2) Idem, p. 430.
(3) Avant la promulgation de la loi du 22 novembre 1856, appelée
« Quelques évêques , poursuit l'abbé, gémissent de cette situation, mais ils ont bien de la peine à la changer. D'autres l'encouragent sans s'en douter, par leur bonhomie. Je me souviens qu'un de ces prélats, passant un jour dans un village près de sa ville épiscopale, le curé lui dit :
« Monseigneur, ayez la bonté de bénir mes enfants et leurs mères. »
Le bon é\êque les bénit, il y en avait plein la chambre.
Un autre fit mieux encore, il baptisa Tenfantd'un de ses curés.
Et tout cela se termine par une phrase qui sent le protestantisme d'une lieue : Un clergé pareil peut-il faire des saints (1)?
Pour ma part, je ne le pense pas; mais ce d<int je suis persuadé , c'est qu'une pareille polygamie de la part de gens qui ont fait vœu de continence et qui ont jeté le masque, ne pouvait se maintenir qu'à l'ombre des privilèges particuliers dont ils s'étaient emparés.
Les prêtres, en leur qualité de prêtres, jouissaient donc de certaines prérogatives qui leur étaient personnelles. Ces prérogatives, générales comme celles de l'armée, se subdivisaient, comme ces dernières, en autant de branches qu'il y avait de rameaux dans le corps du clergé ; et si l'on veut se faire une idée à peu près juste de ce qu'ils pouvaient être, il faut d'abord se pénétrer de Tinfluence qu'ils exerçaient sur toutes les affaires publiques, puis de la vaste accumulation de richesses qu'ils étaient parvenus à extorquer, par tous les moyens que l'avarice peut suggérer, soit aux Espagnols, soit aux indigènes.
En J827, époque où fut fait le premier recensement officiel, ils possédaient dans la République 150 couvents, sans compter un nombre . infini d'églises paroissiales. Ils recevaient, au moyen de cette exaction de nature juive qu'on nommait la dîme, le dixième de tous les revenus du pays,
aussi loi Juarez, du nom de son auteur, un des privilèges du clergé était de ne jamais répondre devant un juge laïque; il fallait le citer devant un juge ecclésiastique.
(1) Le Mexique telquHlest^ p. 431.
et bien que cet impôt eût été aboli, en 1833, par le gouvernement, ils ne continuèrent pas moins à le prélever sur les simples.
Us possédaient, en outre, pour 300,000,000 de piastres, soit i ,500,000,000 de francs, de propriétés particulières, et n'étaient point encore satisfaits.
Dans la seule ville de Mexico, ils étaient propriétaires de 500 maisons, estimées ensemble d'une valeur de 80,000,000 de piastres, soit 400,000,000 de francs, et le montant de leur portefeuille, porté en 1805 à la somme de 44,000,000 de piastres — soit 220,000,000 de francs — s'élevait encore à la moitié de cette somme, même après les nombreuses saisies auxquelles il avait été soumis pendant les dernières années du gouvernement espagnol.
Le clergé possédait donc à lui seul tout un tiers de la fortune mobilière et immobilière de la République. 11 gouvernait à la fois les consciences et les volontés: les consciences, par la confession et la crainte des flammes éternelles; les volontés, par l'appât des intérêts égoïstes et peureux ; et ce fut à ces deux raisons extrêmes qu'il eut recours, en 1857, pour grouper dans une même haine contre les lois des 25 juin et 22 novembre 1856, les scrupules plus que najfs du président Comonfort, et les appétits sans cesse renaissants des chefs de l'armée.
La première de ces lois, nommée aussi loi Lerdo, du nom de son auteur, le citoyen Miguel Lerdo de Tejada, avait pour but de venir en aide à la propriété en faisant passer les biens de main-morte dans la circulation ; tandis que l'autre, connue également sous le nom de loi Juarez, parce qu'elle était plus particulièrement l'œuvre du président actuel, alors ministre de la justice, supprimait toutes les juridictions particulières dont j'ai parlé plus haut, pour soumettre les membres jusqu'alors privilégiés de l'armée et du clergé aux règles invariables du droit commun.
Du reste, il n*y avaiteu aucune spoliation.
Dans le second cas, il ne pouvait pas y en avoir, puisque ce n'était, après tout, que la réforme d'un abus : et quant au premier, voici comment les choses auraient dû se passer sans l'intervention du coup d'État du 17 décembre 1857 :
Le droit de propriété des chapitres et des couvents avait été reconnu formellement par Tarticle l^r de la loi du 25 juin. Mais comme ils'agîssait de faire passer cette propriété dans la circulation, il avait été décidé que le revenu de chaque immeuble serait capitalisé en prenant pour base d'estimation la vente dudit immeuble estimée comme si elle eut été la représentation d'une somme prêtée à 6 p. c. d'intérêt par an, et pour indemniser les anciens ayants droit, on avait ajouté que ce capital serait remboursé une fois pour toutes et par annuités aux chapitres et aux couvents par les' locataires principaux substitués, dans l'économie de la nouvelle loi, aux droits désormais périmés des anciens propriétaires.
Ce n'est pas tout encore.
Les propriétés du clergé, ainsi que je Tai expliqué plus haut, se divisaient en deux classes composées, l'une des capitaux hypothéqués sur des propriétés particulières, ru» raies ou urbaines, l'autre des propriétés foncières situées en grande partie dans les villes.
De ces deux espèces de propriétés, une partie provenait de la munificence de TEtat ou des ayuntamientos (\); Tautre, de donations arrachées par les ecclésiastiques, séculiers et réguliers, à la faiblesse des moribonds; et dans ce dernier cas, le plus important sans nul doute, chaque legs imposait certaines conditions dont les donataires ne pouvaient s'aflFranchir sans perdre immédiatement les bénéfices de la donation entière.
Or, il était publiquement notoire que, depuis bien longtemps, les chapitres et les moines ne tenaient aucun compte des conditions imposées par les testateurs.
Un gouvernement moins honnête, moins scrupuleux, je serais presque tenté de dire moins débonnaire, aurait donc pu, en plus d'un cas, disputer au clergé une portion plus ou moins grande de ses propriétés; et s'il l'eût fait, il aurait certainement trouvé dans les tribunaux nommés sous l'influence des idées nouvelles des juges disposés à accueillir ses prétentions.
(J) Municipalités.
Cependant il n'en fit rien. Il sacrifia généreusement, dans l'espoir d'obtenir la paix, tous les droits qu'il aurait pu revendiquer si facilement; et le clergé, loin de se montrer reconnaissant, n'eut point honte de spéculer sur une bonté qui lui paraissait une faiblesse d'autant plus surprenante qu'au moment dont je parle les libéraux pouvaient tout oser. 11 refusa de se prêter à une transaction qui, tout en lui laissant la valeur intégrale de ses biens, lui enlevait, avec la propriété foncière, la force dont il avait jusqu'alors abusé pour maintenir les populations sous le joug abrutissant de la sacristie, et lança toutes ses foudres à la tête de ceux qui pourraient être tentés de profiter de la loi nouvellement promulguée par le gouvernement.
Ge n'était cependant pas la première fois que le parti dominant se permettait de porter la main sur l'arche, trois fois sainte aux yeux du clergé, de la propriété de l'Église. Sans entrer ici dans le détail des exactions sans nombre commises par les Espagnols pendant les dernièreis années de leur séjour dans la République, il était publiquement notoire que, depuis 1833, il n'était point arrivé de changement au Mexique sans que le parti vainqueur, libéral ou réactionnaire, n'eût essayé d'entamer d'une manière quelconque ces revenus jusqu'alors réputés sacrés. La seule diflPérence qu'il y avait entre eux, c'est que, quand les libéraux étaient au pouvoir, ils étaient combattus dans toutes leurs aspirations d'avenir par les réactionnaires; tandis qu'au contraire, quand ceux-ci dominaient, ils pouvaient trancher impunément dans le vif en s'abritant derrière les nécessités de veiller à la sûreté commune.
Cette fois, les robes noires jouaient leur va-tout. Il leur fallait renverser à tout prix une révolution qui les menaçait dans ce qu'ils avaient de plus cher, dans leurs biens et dans leurs privilèges, ou se résigner à subir la loi commune.
Se résigner, le clergé ne le pouvait pas. C'eût été de sa part une véritable abdication; pis qu'une abdication, un suicide; et si le clergé n'abdique jamais, il se suicide encore moins. Nous en avons pour garant celui de France, au moment de la Révolution de 1789, et, de nos jours, celui de Rome,
Restait la lutte. Maïs comment triompher avec les armes spirituelles, les seules dont il disposait, contre les canons du gouvernement? Il intrigua, selon son habitude, un peu d'un côté, un peu de l'autre, et parvint, je ne dirai pas à lier à sa cause, ces gens-là ne se battent jamais sans se faire grassement payer , mais à soudoyer les dévouements; faméliques de quelques condottieris subalternes qui , comme Zuloaga, avaient gagné leurs épaulettes dans un tripot, ou bien comme Miramon, en se prononçant alternativement contre tous les gouvernements qui avaient administré les affaires de leur pays.
La protestation partit à la fois de Tarmée et du clergé.
De l'armée, sous prétexte de punir la révolution d'avoir aboli les privilèges de la soldatesque et rendu les officiers, sans distinction de grade, justiciables, comme les autres citoyens, de la loi commune.
Du clergé, pour les motifs éiSoncés plus haut.
Les deux corps réunirent leurs haines pour exercer une pression sur Tesprit honnête, mais indécis, du président Comonfort, et le 17 du mois de décembre 1857, c'est-à-dire, 16 jours seulement après avoir prêté son serment, celui-ci, renversant la constitution qu'il venait de jurer, précipita son pays dans les horreurs d'une lutte qui devait aboutir à l'intervention.
Conséquences du coup d*État du 17 décembre 1857.
M. Comonfort dont, par deux fois déjà, j'ai eu roccasion de parler, était un des principaux initiateurs d*un mouvement connu au Mexique sous le nom de mouvement d'Ayutla, et avait ainsi coopéré, en 1855, à Texpulsion du général Santa-Anna, dernier représentant du principe absurde des pronunciamientos.
Je dis qu'il était un des principaux initiateurs, et non le principal, parce que, après la fuite du dictateur, 4 octobre i855, le général Alvarez, gouverneur constitutionnel de l'État de Guerrero, avait été nommé, d'un commun accord, président provisoire, et chargé, en cette qualité, de l'administration de la République, jusqu'à la promulgation de la nouvelle constitution. Mais ne pouvant, vu son grand âge, veiller lui-même avec tout le soin désirable sur le dépôt qui lui avait été confié, il s'était donné un substitut dans la personne de M. Comonfort et celui-ci, nommé définitivement président de la République dans les comices du peuple, avait prêté son serment le i^r décembre 1857, i6 jours seulement, comme je l'ai dit, avant de se lancer dans les hasards du coup d'État.
Cette défection, toute désagréable qu'elle fût, ne changeait cependant rien à la situation du pouvoir. Elle avait été, je ne dirai pas prévue, mais reconnue possible par la charte de 1857 elle-même, et si les royalistes ont parfois raison de dire : id roi est mort, vive le roi! je ne vois pas trop pourquoi le gouvernement d'une République chômerait par suite de la trahison de son président.
En effet, l'article 103 de la Constitution dont il s'agit, avait décidé, le cas échéant, que l'auteur d'un aussi grave
attentat serait immédiatement mis en jugement (i); et conformément aux stipulations de l'art. 79 du même pacte, ses fonctions, jusqu'à la nomination de son successeur, devaient être remplies par le président de la Cour suprême de justice (2). De cette manière, il n'y avait qu'un changement de personne, je ne voudrais pas dire de nom, et M. Comonfort en était lui-même si bien convaincu que, le 17 décembre au matin, en se lançant dans son aventure liberticide, son premier soin avait été de faire arrêter M. Juarez, parce qu'il était son successeur désigné.
Du reste, M. Comonfort s'aperçut bientôt du triste rôle qu'on lui faisait jouer. Mais trop faible pour oser avouer publiquement l'erreur dans laquelle il était tombé, et se livrer ensuite à la justice du Congrès, il préféra biaiser et continuer à louvoyer entre les partis, espérant, sans doute, opposer habilement le crédit du président de la Cour suprême à l'influence tracassière du chef des prononcés, et l'ambition du général de l'armée contre -révolutionnaire au patriotisme bien connu du président provisoire désigné par la Constitution. Dans ce but, il fit arrêter, le iO janvier 1858, le général Zuloaga, chef du mouvement; mais cette fois encore, cette politique double, par conséquent fausse,
(4) Constitution de 18S7.
Art. 103. — Les députés au Congrès de TUnion, les membres de )a Cour suprême de justice et les secrétaires d'État sont responsables pour les délits quMls peuvent commettre contre le droit commun pendant tout le temps de leurs fonctions, ainsi que pour les crimes, absences ou omissions dont ils pourraient se rendre coupables dans Texercice de ces mêmes fonctions. Les gouverneurs des États le sont également pour infraction à la Constitution ou aux lois fédérales. Il en est de même du président de la République; mais pendant le temps de sa magistrature, il ne pourra être accusé, si ce n'est pour crime de haute-trahison envers la patrie , violation flagrante de la Comtitution^ attaque à la liberté des élections ou crime qualifié contre le droit commun.
(2) Art. 79. — En cas d'absence absolue ou momentanée du président de la République, le président de la Cour suprême de justice en exercera les fonctions, jusqu'à l'installation de son successeur.
échoua devant la logique impitoyable des partis; et bon gré mal gré, il lui fallut rendre la liberté à ses deux prisonniers, à M. Juarez et à M. Zuloaga. Le premier, rendu à la liberté le il janvier, quitta immédiatement la capitale pour aller organiser le gouvernement à Guanajuato; le second, heureux d'en être quitte à si bon marché, s'enferma dans la citadelle, bien décidé à ne plus livrer sa fortune aux mains de M. Comonfort, et bientôt celui-ci, abandonné de tous, sans partisans ni prestige, ne pouvant compter ni sur les réactionnaires qui le méprisaient après en avoir fait leur complice, ni sur les libéraux qu'il avait si indignement trahis, comprit enfin que son jour était venu, et se démit de fait de la présidence qui ne lui appartenait plus en droit en signant, dès le 15 janvier, les décrets que nécessitait la situation en qualité de général en chef de Tannée, et non plus comme président de la République (i).
De cette manière, il y eut pour la première fois deux gouvernements dans le pays : Tun réactionnaire et qui, bien que reconnu par les ministres étrangers, ne comptait d'adhérents que dans les villes de Mexico, Querétaro et Puebla; Tautre, libéral, et dont le pouvoir, nié par ces mêmes ministres, s'étendait cependant sur les États entiers de Vera- Cruz, Yucatan, Guerrero, Michoacan, San-Louis, Guana« juato, Zacatecas, Jalisco, Colima, Durango, Gohahuila, Nuevo-Leon, Tabasco*, Chiapas, Chihuahua, Sonora, Sinaloa, et même sur une grande partie du district de Mexico.
11 serait trop long, peut-être même fastidieux, de raconter jour par jour les faits et gestes de ces deux gouvernements, mais comme il faut à toute force en parler, ne fût-ce que pour donner au lecteur une idée de leur moralité respective, je me contenterai d'en tracer les éphémérides.
Voici celles de la réaction :
(4) Voir les deux décrets des 15 et 16 janvier 1858, relatifs, le premier, à Vembauchage, le second, à Vin traduction dans la ville des denrées de première nécessité.