‹ Documents officiels recueills dans la secret́airerie privée de Maximilien: Histoire de lChapitre 34 sur 54 · FOREY · texte numérisé non relu

FOREY

Quel était donc le but de M. Billault, le 26 juin 1862, quand il affirmait, dans sa réponse à M. J. Favre, que Tarmée française, en marchant sur la capitale, ne voulait que faire un appel aux populations du pays pour savoir si elles voulaient oui ou non, maintenir ce qu'il appelait pour les besoins de sa cause, la tyrannie de M. Juarez ?

Que voulait-il dire quand, forcé dans ses derniers retranchements par la logique inflexible de son adversaire, il ajoutait avec componction : si la nation nomme de nouveau M. JuareZy nous répondrons amen et tout sera dit?

Les titres sur lesquels reposent la légitimité d'un gouver* nement qui a le malheur de déplaire à certaines nations étrangères, seraient-ils par hasard des matières à litige dont les autres gouvernements sont les juges naturels?

M. de Saligny n'y mettait pas tant de détours. Il est vrai qu'alors il pouvait tout oser. D'après lui, et n'oublions pas qu*il avait le secret de llntervention, il ne s'agissait pas de connaître l'opinion du pays sur la forme de gouvernement qui lui convenait le mieux, mais d'arrêter purement et simplement, en famille, je veux dire avec les membres du parti conservateur qui allaient être nommés à cet effet, les bases de i^ établissement que le Mexique, il faut lire les traîtres, attendait avec anxiété de Vintervention bienveillante du troisième Napoléon.

Ici je lui rends grâce. Soit pudeur , soit tout autre motif, je ne sais, il n'a point osé mêler le nom de la France dans cet abus épouvantable de la force, dans cette comédie ignoble et ridicule qui n'aspirait à rien moins qu'à jouer l'existence d'un peuple sans défense, ses trésors, sa nationalité, son sang, avec des dés qu'on avait eu soin de piper à l'avance. Encore une fois, je l'en remercie.

Cependant, la partie de son rapport où il parle de ne paa

permettre aux journalistes de s'attaquer aux choses de la reli" gian et à la persomie des hommes pMicSy mérite qu'on s'y arrête un instant.

En effet, dans un autre rapport, adressé cette fois à l'archiduc, en 1865, par le chef de la police secrète du palais, un certain Maury, ancien sous-officier de Tarmée française, décoré de la légion d'honneur, et qui n'est probablement pas encore mort, on lit ce qui suit au sujet de ce digne clergé :

« De tout temps le clergé a eu au Mexique une influence qu'il n'a jamais eue ailleurs.

» Les richesses de cette caste étaient tellement exorbitantes et si peu en harmonie avec le peu d'ecclésiastiques qui en jouissaient, que le gouvernement, soi-disant dans un but d'utilité publique, mais en réalité pour arriver à éteindre le foyer des révolutions que les prêtres et les moines entretenaient par leurs richesses^ a nationalisé ses biens et s'en est emparé.

» Il n'y a pas encore longtemps que le clergé nommait ou faisait nommer les ministres ; les maintenait ou les faisait destituer à son gré, et malheur à celui qui ne lui était pas dévoué.

» L* assassinat^ le vol, le rapt, Vhypocrisie, V arrogance et tout ce que Von peut signaler de plus hidetuc^ faisaient partie de ses vertus domestiques,

» L'immixtion était pour eux de droit, et la plus grande partie de leurs richesses n'avait pas d'autre source.

» Le peuple, retenu dans l'ignorance la plus crasse, voyait en eux, non des pasteurs commis à la direction des âmes, mais des quasi -divinités, et l'indien, accoutumé dès l'enfance et bercé par ses traditions à croire aux choses surnaturelles, lui accordait un pouvoir surhumain. Le prêtre l'entretenait dans cette croyance, et pourvu que les aumônes, les dîmes et les legs ne fissent pas défaut, il l'absolvait et lui promettait le salut éternel (1). »

On m'objectera peut-être que M. de Saligny, rappelé, pour ne pas dire destitué, en 1863, ne pouvait rien savoir à cette époque d*un rapport de police écrit plus de deux ans après son départ. L'objection, en ce cas, serait plus spécieuse que solide. Je réponds à l'avance : ces histoires cou-

(1) En tête de cette pièce on a écrit au crayon : Archiva reservado^ c'est-à-dire, aux archives secrètes.

raient les rues bien longtemps avant l'arrivée de M . de Saligny à Mexico; elles étaient dans toutes les bouches, témoin ce que j'en ai dit moi-même dans les premiers chapitres de cette histoire, et ce que l'abbé Domenech en a rapporté. On allait jusqu'à préciser certains faits. Par exemple, on assurait qu'un des futurs triumvirs , l'archevêque Labastida , nommé à l'évêché de Puebla sous la dictature de Santa- Anna, avait payé son bonnet épi&copal 400 onces d*or, — 32,000 francs, — au nonce du pape accrédité près de cette altesse grotesque. Dès lors, M. de Saligny, ministre de France, ne pouvait pas plus ignorer ces histoires qu'il n'ignorait celle d'un autre triumvir en expectative, le trop célèbre Almonte, nommé par Paredes, en 1841, ministre en France où il n'est point allé, et des 20,000 piastres données à cette occasion, mais dont on l'accuse de n'avoir jamais rendu un compte satisfaisant (1).

M. de Saligny, en faisant toutes ces réserves, n'inventait donc rien. Il ne faisait, sans s'en douter, que mettre en pratique les procédés plus ou moins ingénieux dont Beaumarchais nous avait donné la théorie, il y a plus de quatrevingts ans, dans le Mainage de Figaro^ quand il faisait dire à son fameux barbier, en parlant de la liberté dont on jouis* sait alors à Madrid : * Pourvu qu'on ne parle ni du roi, ni » de la reine, ni des princes, ni des grands, ni des ministres. » ni de leurs maîtresses, ni de l'Église, ni de la Très-Sainte

» Inquisition , on peut du reste dire tout ce que Ton

)> veut. »

(1) Ce dernier fait se trouve consigné dans un registre manuscrit, composé de 497 pages, trouvé dans la secrétairerie particulière de Tarchiduc. Toutes les notes de ce manuscrit curieux sont écrites en Français, et plusieurs mêmes Tout été par M. Félix £loin.

Il est conservé au ministère des afifaires étrangères à Mexico, où Ton peut facilement s'assurer de tout ce qu'il contient.

Continuation du même sujet.

Décoration de MM, Farey et Satigny.

Le 26 septembre 1862 M. Forey, immédiatement après son arrivée à Veracruz, avait replongé le général Almonte dans le néant dont il s'était tiré, chacun sait comment, de la même manière que Ton casse aux gages un laquais insolent, et par un ordre du jour ainsi conçu :

« Le général en chef, investi des pouvoir civil et politique, fait savoir au peuple mexicain, et en particulier aux habitants de Veracruz, que, conformément aux instructions qu'il a reçues, le gouvernement institué par le général Almonte, sans la participation de la nation, n*a aucunement Tapprobation de rintei^ention française, et que le susdit général a reçu Tordre de dissoudre le ministère qu'il avait formé. »

Après un pareil début, on devait supposer que ce même général Forey, avant de décréter l'établissement d'un conseil supérieur dé [gouvernement et la nomination d'une assemblée de notables chargés, par ordre de ce conseil, de représenter tel ou tel État de la République qui ne leur avait donné aucun mandat , daignerait au moins consulter le pays pour connaître son opinion. Mais la logique n'a jamais été le fait d'une épée victorieuse. Le général Forey entré à Mexico, sans avoir éprouvé aucune résistance, décréta, ainsi que je l'ai déjà dit, le 16 juin 1863, et sur la proposition de M. Saligny, la création d'un conseil supérieur de gouvernement et la convocation d'une assemblée de prétendus notables.

Deux jours après, le 18, il nomma lui-même, toujours sur

la proposition de M. de Saligny, les 35 individus qui devaient faire partie du conseil; et ceux-ci , sans plus songer à consulter le pays que ne l'avait fait le général Forey, composèrent provisoirement, le 22, le pouvoir exécutif, de ce même général Almonte, destitué 9 ipoîs auparavant parce qu'il s'était donné à lui-même le titre de chef suprême de la nation sans avoir au préalable pris conseil de ceux qu'il disait représenter, de l'archevêque Labastida alors absent, et du général Mariano Salas.

J'ai beau tourner et retourner cette usurpation, la prendre de face, de profil ou de trois quarts, je ne vois franchement pas en quoi le peuple avait plus sanctionné la seconde installation du général Almonte que la première; mais M. Forey, usant et abusant du droit qu'il s'arrogeait alors, a décidé qu'il en était ainsi : je m'incline devant cette toutepuissance de l'épée; devant cette décision tranchante du sabre et je l'accepte, non comme une vérité, mais comme un fait.

M. Almonte se trouvait donc , de par la volonté de M. Forey, chef du pouvoir exécutif suprême et provisoire , de ce qu'ils appelaient l'un et l'autre la nation mexicaine.

Provisoire, si je comprends bien la valeur de ce mot, signifie une chose qui n'est point encore arrêtée définitivement, qui n'est en quelque sorte que conditionnelle; qui peut, par conséquent, être changée en tout ou en partie, voire même être abrogée par le véritable pouvoir exécutif dont on tient momentanément la place, et qui n'a d'autorité que sur les questions du moment, je veux dire sur celles dont la solution ne peut être retardée sans préjudicier à la chose publique.

Cependant, par deux décrets datés, le premier du 6, le second du 10 juillet 1863, antérieurs tous deux à la convocation des notables improvisés avec tant de laisser aller et à la comédie qui en a été le résultat, le pouvoir exécutif provisoire du parti réactionnaire y remplissant les fonctions de Grand-Maître, a décerné la décoration de grand-croix de l'ordre insigne de Guadalupe à M. Forey d'abord , puis à M. de Saligny.

Cet ordre de Guadalupe, institué en 1822 par Iturbîde,

avait été aboli après sa chute ; rétabli plus tard par Santa- Anna et définitivement supprimé après la fuite du dictateur. Il pouvait, j'en conviens, être encore une fois rétabli parles acteurs qui se préparaient à entrer en scène sous le souffle de l'Intervention : il y avait même gros à parier qu'il le serait; mais enfin il ne l'était point encore, et je me demande, dans la candeur de mon âme, au nom de qui et pourquoi ces deux personnages ont pu accepter cette décoration des mains de leurs préposés.

Heureusement que l'article XXXII des statuts de l'Ordre nous est venu en aide.

A Teffet, dit cet article, de soutenir les chevaliers nécessiteux, il sera établi un certain nombre de Croix auxquelles seront attachées les pensions suivantes :

Trois Grands'Croix donnant droit chacune à une pension de deux mille piastres.

Quatre Croix de Grands Officiers à quinze cents piastres chacune. Six de Commandeurs à mille piastres ; Huit de Chevaliers à cinq cents piastres.

Deux mille piastres, — 10,000 fr., — c'est bon à recevoir ; et comme il y a toujours, si nous en croyons les dévots, quelque compensation avec le ciel, il ne faut pas trop nous étonner s'il y en a parfois avec les puissances plus ou moins légitimes de la petite planète où nous vivons.

Je ne dis pas pour cela que le général en cbef de Tannée et le ministre du gouvernement impérial aient été coucbés Tun et l'autre sur la liste des cbevaliers nécessiteux soutenus par l'ordre de Guadalupe aux termes de l'article XXXII de ses statuts ; je répète seulement que 10,000 francs sont toujours bons à recevoir et que si, par hasard, on les leur a offerts, ils ne les auront certainement pas refusés.

Les décrets de M. Forey sont acceptés par le triumvirat.

Par un décret en date du 29 juin 1863, le général Almonte, en compagnie du général Salas et de Tévêque

Ormeachea, substitut de Tarchevêque Labastida, avaient désigné par un motu propi'lOy mais sur la présentation de ce qu'ils appelaient leur conseil de gouvernement, 215 individus chargés de représenter dans la farce dont on préparait alors les tréteaux, qui, les habitants du district de Mexico ; qui, ceux de TÉtat de San-Luîs où se trouvait alors M. Juarez; qui, celui de Ghihuahua, où Ton ne se doutait même pas de la prise de possession de la capitale par les réactionnaires, venus en croupe ou dans les fourgons de Tarmée française.

Ces 215 individus, transformés plus tard, je ne sais comment, en 231, pouvaient bien, dans leur for intérieur, faire des vœux pour le succès de la cause commune, mais ils avaient assisté à tant de changements, ils avaient vu si souvent leurs propres amis portés d'abord, puis remportés par le flux et le reflux de la même révolution, qu'ils avaient peur de se compromettre. Cette peur, pourquoi ne pas le dire? avait pénétré jusque dans les hautes sphères de la réaction, et pour rassurer tout ce monde, il serait peut-être plus juste de dire ce troupeau, on jugea prudent de tout abriter, le passé, le présent et l'avenir de ce qui se tramait dans l'ombre, sous la protection des baïonnettes du général Forey. En conséquence, les bons habitants de la capitale purent lire, le 1^' juillet, le décret suivant affiché sur les murs de leur ville.

« Mexico, le 1" juillet 1863.

» Le pouvoir suprême exécutif provisoire de la nation fait savoir aux habitants que,

» En vertu des hautes facultés dont il se trouve investi, et pour faire cesser tous les doutes que pourraient faire naître les actes officiels de llntervention, aujourd'hui que S. £. M. le général en chef de l'armée franco-mexicaine lui a remis le commandement, il a jugé convenable de décréter ce qui suit :

» Art. l«^ On considère comme dispositions du gouvernement mexicain tous les actes expédiés par S. £. M. le générai en chef de Tarmée franco-mexicaine, jusqu'au 25 juin 1863, jour où s*est installé le pouvoir suprême exécutif provisoire de la nation.

» Art. 2. En conséquence, les tribunaux et les fonctionnaires publics continueront ù exécuter et^ à faire exécuter toutes les dispositions indiquées soit dans leur texte, soit dans leur forme.

^) Art. 3. Les sous-secrétaires d*État, chargés des différents ministères, veilleront, chacun en ce qui le concerne, à Texécution du présent décret.

)> Pour cela, il ordonne qu*il s'imprime, qu'il soit publié, qu'il ' circule, et qu'on lui donne toute l'extension convenable.

» Faii au palais du Pouvoir Suprême de la Nation, le 1«»" juillet

Juan Almonte, J. Maruno Saî.as, Juan B. Ormeachea.

Transpovtaiion en France des officiers mexicains prisonniers.

VEco del Comercio, jourDal de Veracruz, publia la liste nominative de tous les généraux, officiers supérieurs^ capitaines, lieutenants et sous-lieutenants, faits prisonniers par l'armée française et transportés en France le 9 juillet 1863, pour ne pas avoir voulu prêter serment au nouvel ordre de choses que se préparait à établir le général Forey.

Cette liste comprenait :

13 généraux.

^ 1i aîde-de-camps.

23 colonels.

24 lieutenants colonels.

50 chefs de bataillon ofi d'escadron.

133 capitaines.

143 lieutenants.

143 sous-lieutenants.

Total. . . 543

Pourtant, je ne sache pas qu'en 1814 et 1815 les cosaques aient transporté en Sibérie les débris de la Loire et de Waterloo-

Adhésions à V empire jusqu'au 8 août.

L'assemblée des prétendus notables avait chargé une commission, prise dans son propre sein, d'aller à Miramar

offrir en son nom la couronne du Mexique à l'archiduc Maximilien.

Cette commission était composée de la manière suivante :

MM. Gnttierrez de Estrada, président.

Velasquez de Léon, Ignacio Aguilar, Padre Miranda, rénéral Woll, \ ,

Hidalgo, ' membres.

Suarez Perredo, Landa, Escandon, Iglesias, secrétaire.

Avant son départ de Mexico, on jugea convenable de la munir d*actes qui devaient faire foi de sa mission. En conséquence M. J. M. Arroyo, se disant sous-secrétaire d'État au département des affaires étrangères, adressa la note ci dessous à son collègue de l'intérieur :

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