L'EMPIRE
Convention de Miramar. — Pacte de famille. —
Curieux incidents.
Sur la fin de Tannée 1863, la plupart des journaux de Vienne avaient commenté, chacun à leur manière, la réponse de Maximilien à la députation mexicaine. La Presse du 4 octobre, par exemple, s'était exprimée ainsi : « Si les « conditions posées par l'archiduc ne sont pas une vaine « formalité, s*il les maintient, il n'est guère possible d'y « voir autre chose qu'un refus poli de la couronne oflerte. »
La Gazette constitutionnelle autrichienne disait aussi : « Les « conditions posées aujourd'hui sont les mêmes qui Vont été a en 1861 aux quelques mexicains qui proposaient déjà de « mettre sur le trône un prince de la maison d'Autriche : « appui efficace de^ puissances maritimes et manifestation évi* « dente de la volonté de la nation mexicaine, La première as- « sure au trône la force matérielle contre les dansers de « l'extérieur; la seconde, la force morale, pour dominer la « situation intérieure. L'archiduc est bien résolu à attendre « que toutes les deux se trouvent accomplies. »
Le Morgenpost faisait observer que l'on avait mal jugé le caractère de Maximilien, en lui attribuant un esprit aventureux et du goût pour les entreprises qui séduisent à la fois l'ambition et l'imagination. Sa réponse à la députation mexicaine prouvait, au contraire, qu'il y joignait une grande prudence, ce qui est chose assez rare. « Le monde, disait-il, « aurait peut-être approuvé l'intrépidité d'une acceptation « immédiate, car, alors, le prince aurait dû conquérir lui- « même son trône ; mais sa façon d'agir est approuvée par « toutes les personnes pratiques et sensées. »
Les Dernières Nouvelles trouvaient aussi que l'acceptation définitive était encore passablement éloignée, attendu que les conditions posées ne pouvaient être remplies tant que
le Mexique n'aurait pas été entièrement conquis par les armes françaises, la tranquillité rétablie et l'assentiment des puissances maritimes obtenu aux indispensables garanties exigées par lui.
Enfin, on lisait ce qui suit dans une correspondance viennoise de la Gazette de Cologne :
« On assure que la résolution de rarchiduc est due en grande partie à rinfluence de sir Cb. Lennox-Wyke, ancien ministre du gouvernement anglais à Mexico. On a reçu, en outre, pendant ces derniers jours, à la petite cour de Tarchiduc, des nouvelles fôcheuses sur rétat des choses au Mexique. Les efforts du général Forey pour provoquer des démonstrations de toutes les communes en faveur de Favénement de ce prince, n*ont eu qu'un très-médiocre succès. A part celles dont les autorités sont sous Vinflusnce immédiate des officiers français, deiix ou trois seulement se sont prmioncées dans le sens désiré. Toutes les autres se sont abstenues ou déclarées contre la candidature du prince. 11 est même parvenu à Miramar des avertissements et des menaces de la part des États de l'Amérique du Nord.
» L'archiduc doit donc être convaincu que son trône, — en admettant même qu'il réussît à le consolidera l'intérieur, — serait exposé aux attaques du dehors, et qu'il aurait à soutenir une lutte sanglante contre la République américaine. D'ailleurs, l'appui de l'Angleterre et de la France est encore douteux, rien ne le garantit. Mais, quelque adoucie que soit la forme du refus de l'archiduc, il contribuera à refroidir encore les rapports entre la France et l'Autriche, rapports déjà altérés par la question polonaise. L'Empereur Napoléon va se trouver, par suite de ce refus, dans un embarras plus grand que jamais, et il est peu probable qu'il ne fasse pas payer à l'Autriche cet échec de ses espérances. »
Tout faisait donc supposer que l'archiduc ne consentirait jamais à jouer le rôle que prétendait lui imposer le gouvernement impérial, quand, à la grande surprise de tout le monde, des nationaux et des étrangers, le 10 avril 1864, eu recevant pour la seconde fois à Miramar ladéputation mexicaine, il lui annonça en ces termes la fin de ses hésitations et les motifs pour lesquels il acceptait la couronne du Mexique.
« Les garanties nécessaires pour asseoir sur des bases solides l'indépendance et la prospérité du pays, sont désormais acquises, grâce à la magnanimité de l'empereur des Français. »
Cela signifiait, si je comprends bien la valeur des mots, que le susdit empereur s'était engagé à mettre à sa disposition tous les moyens dont il pouvait disposer, pour asseoir au profit personnel de Varchidnc cette chose sans nom qu'en langage monarchique ils appelaient entre eux Vindépendance et la prospérité du Mexique.
L'archiduc, en parlant ainsi, faisait allusion à une Convention signée par lui le i 2 mars précédent, avec le chef du gouvernement français, Convention qui devait être transformée en traité définitif à partir du jour où, se prononçant d'une manière catégorique, il se déciderait à accepter le titre d'Empereur du Mexique.
Ce jour était arrivé. Le matin même il avait accepté le titre et la couronne, et la Convention de Paris, par suite de cette acceptation, était devenue le traité de Miramar.
En voici le texte et les articles secrets, tels qu'ils ont été publiés à Mexico, avec l'assentiment des fondés de pouvoirs de l'archiduc, par le Courrier du Mexique, dans son numéro du 30 mars 1867 :