‹ Documents officiels recueills dans la secret́airerie privée de Maximilien: Histoire de lChapitre 50 sur 54 · H. L OISILLON · texte numérisé non relu

H. L OISILLON

C'était fort bien pour le présent, voire même pour Tavenir, mais pour le passé, quelles mesures prenait-on?

Pourquoi laisser à la tête de Tayuntamiento du village ce président qui avait exploité pendant huit ans les grands chemins ?

Pourquoi ne pas remplacer immédiatement ce syndic condamné deux fois à la prison pour vol?

Pourquoi ? — La raison est bien simple. — Le président de Tayuntamiento et le syndic étaient sans doute partisans de l'empire, et cette qualité, aux yeux de l'archiddic, leur tenait lieu des vertus qui leur manquaient.

Intervention active de Tarmée française en fttveur

de rsmpire.

J'aî raconté plus haut comment Tarchiduc, éclairé, mais trop tard, par Tinsignifiance des actes d^adhésion que lui présentaient les délégués chargés de lui oflFrir la couronne au nom des prétendus notables, avait répondu d'une manière évasive, ressemblant plutôt à un refus poli qu'à une acceptation; et comment le gouvernement impérial, en présence d'une situation qui s'imposait toute seule, av^it résolu de faire quelque chose pour le contenter.

II n'avait pas même attendu, pour donner ses ordres, Fespèce de refus du prince autrichien car, dèslel7 août i863, c'est-à-dire immédiatement après avoir reçu de M. Forey le rapport concernant la proclamation de l'Empire, M. Drouyn de Lhuys, successeur de M. de Thouvenel, avait adressé au général en chef une dépêche où l'on trouve cette phrase significative : « Nous ne saurions considérer les votes de » l'assemblée des notables que comme un indice des disposi- » tions du pays ; » et cette dépêche, pour me servir d'une expression parfaitement juste de M. de Kératry, avait été le signal d'une nouvelle campagne destinée à recueillir les suffrages des villes de Vintérieur. C'était toujours l'histoire de la montagne de Mahomet : le pays se refusait à venir à Tlnterven* tion ; dès lors il fallait, si l'on ne voulait échouer en tout et partout, que Tlntervention prît sur elle d'aller à lui.

< On reconnaissait, dit M. de Kératry, qu'on s'était trop 1 hâté ; qu'on n'avait pas assez compté avec l'esprit public , » et surtout avec la délicatesse du futur souverain qui deman- » dait un suffrage sincère. On allait donc, cette fois encore, B en dépit des promesses faites à la tribune, en dehors de » toutes prévisions, courir de nouvelles aventures et entamer » une troisième série de sacrifices coûteux. On n'était plus

» maître de la situation ; il fallait glisser sur la pente où Ton > s'était engagé. Pourtant, c'était l'heure de méditer l'état » des choses, et, malgré les répugnances manifestées par » M. Rouher, de traiter avec Juarez vaincu, pour se retirer » en vainqueur. »

J'ignore en quoi ces actes d'adhésion, imposés par les baïonnettes victorieuses d'une soldatesque en délire à des populations sans défense, pouvaient rassurer ce que M, de Kératry appelle la (](eï/cât^^$^ du futur souverain, et comment de pareils actes pouvaient être considérés par lui comme l'expression sincère du suffrage universel; mais cette conduite était tellement dans les nécessités de la situation que M. Forey n'avait pas attendu l'arrivée de la dépêche du 17 août pour racoler les adhésions des populations isolées.

Dès le 21 juillet i863, il avait transmis à celui qu'on nommait le président de la Régence, l'acte obtenu de gré ou de force de la municipalité de san Agustin del Palmar dans l'État de Puebla.

Le 23 du même mois, il lui avait signifié, purement et sim«plement, qu'il avait révoqué de ses fonctions M. Manuel Serrano, préfet politique de Veracruz, et l'avait remplacé par M. Dominique Bureau, sous-préfet de la même localité.

Le 25, il lui avait adressé les instructions qu'il avait données aux commandants militaires des points occupés par l'armée française, en le priant poliment, ce qui sous la plume d'un soldat signifie en lui enjoignant, d'en envoyer de semblables aux préfets politiques établis dans les mêmes localités.

Le 26, il lui avait annoncé qu'il avait décidé dans sa haute sagesse de faire occuper Cuernavaca par un bataillon de l'armée française.

Le 2 août, il lui avait communiqué la démission de M. José M. de Lizaola, préfet politique du district de Tlaxcala, déposée entre les mains du colonel de la Canorgue, commandant supérieur de cette localité, en ajoutant que M. Lizaola « bien que dévoué aux intérêts de l'Intervention « et homme de bien, n'osait pas, cependant, par crainte des « représailles, mettre à exécution le décret relatif au sé- « questre des biens appartenant aux ennemis de l'empire. »

Enfin, le âd du mâme mois, il lui avait transmis un acte d'adhésion que venait de lui envoyer la municipalité de San-Pedro Tlahuac, petit village de TÉtat de Mexica, en ayant soin de signaler à sa vigilance un des membres du conseil qui s'était abstenu de signer sous prétexte de ma* ladie.

Au mois d'octobre 1863, le général Bazaine remplaça M. Forey dans le commandement supérieur, et continua, en attendant la chute de leur œuvre commune, le travail commencé par son prédécesseur.

Dès les premiers jours de la nouvelle année il était à Guadalajara où, par un bando daté du 9 janvier 1864, il annonça aux habitants de la capitale de l'État de Jalisco, qu'en vertu des pouvoirs dont il s'était lui-même revêtu, qui lui avaient été remis par le général Almonte, ou qui lui avaient été adressés de Paris, ce qui revenait au même, il avait daigné nommer le général réactionnaire D. Mariano Morett, préfet politique du département ; et que, sur la proposition de cet homme selon le cœur de Tlntervention, il avait délégué les fonctions administratives et judiciaires du pays, à un certain nombre d'individus dont les noms, sur le bando, étaient placés à la suite de celui du préfet.

De retour à Mexico, après ce bel exploit, il transmit, le 27 février 1864, au président de la prétendue Régence, un certain nombre d'adhésions obtenues à Campèche et sur différents points de la côte, par le contre amiral commandant les forces navales du gouvernement français dans le golfe du Mexique.

Le 28 mars il lui envoya une autre liste d'adhésion signée par les habitants de Nopala, petit village situé à quelques trentaines de lieues de Mexico, sur la route de Querétaro.

Ce qu'il y avait de plus curieux, cette fois, c'est que la municipalité ne paraissait pas; qu'on ne savait pas même s'il en existait une.

En tête des signatures on lisait ce qui suit :

a Je soussigné Fonvieille, lieutenant au 2® régiment de zouaves, commandant supérieur à Arroyozarco, certifie avoir reçu, le 3 mars 1864, la soumission el l'adhésion au gouvernement des nommés, etc.. »

SttivaieBt 94 noms de la même écriture, rangés militairement sur trois files, après quoi on trouvait au verôo de la page les paroles suivantes :

« Ci-jointes les signatures des notables représentants les mentionnés. »

Puis encore 9% signatures et, pour eu terminer, la souscription que voici :

« Le commandant d'Arrayozarco,

F. FONVIEILLB. »

Il n'était guère possible de se montrer à la fois plus naïf et plus explicite : les lecteurs vont pouvoir en juger.

Arroyozarco, dont M. Fonvieîlle, lieutenant au 2» régiment de zouaves, était le commandant, et le commandant supérieur encore, ce qui est beaucoup mieux, Arroyozarco qu'on pourrait, à la distance qui nous sépare des lieux où se trouve située cette localité, prendre pour une ville, pour un bourg, pour un village, tout au moins pour un simple hameau, est le nom d^nn petit ruisseau sur les bords duquel on a construit une maison, une seule, dans laquelle Tadministration des diligences a établi un relais où soupent et passent la nuit les voyageurs qui se rendent de Mexico à Querétaro. M. Fonvieille ne pouvant en conscience y grouper ses hommes autour de lui, à moins de les faire coucher dans les écuries, aux lieu et place des chevaux, ee qui ne leur aurait peut-être pas convenu, les avait probablemeoA envoyés fourrager dans les environs. Ceux-ci s'étaieni répandus comme une lave sur le village de Nopala: les autorités avaient pris la fuite, et les soldats, pour montrer leur savoir faire, en avaient amené les habitants à leur chef qui s'était eippressé de leur faire signer l'acte que j'ai reprodiût plus haut, sur papier libre, faute d'avoir pu trouver un tiukbre dans cette hacienda ouverte aux quatre points cardinaux de la rose des vents.

Ce n'est pas que je prétende infirmer le moins du monde l'acte dont il s'agit : j'ai voulu seulement établir comment s'y prenaient, parfois, les chefs de l'armée, pour en obtenir de semblables^ et ce point éclairci, je continue ma narration.

Le \^^ avril 1864, le général Bazaine transmit comme de

cuutuiue au président de la Régence, Tacte d'adhésion de la ville d*Aguascalientes.

Cette ville, ne Toublions pas, était justement celle dont on fusillait à Zacatecas, le gouverneur, M. José Maria Chavez» au moment même où M. Bazaine envoyait sa missive au gouvernement installé par l'Intervention ; et pour l'obtenir, le général L'Herillier, qui s'était montré sourd aux supplications des 12 fils du supplicié, avait dû recourir aux moyens les plus énergiques.

Cependant, on ne s'arrêta pas là. Le pays était mal noté. On voulait une adhésion particulière , plus explicite , de tous ceux qui avaient occupé des emplois publics sous l'empire de la constitution de 18u7, et le il juillet suivant, c'est-à-dire, après l'arrivée de Maximilien à Mexico, on les tit appeler à la préfecture politique du département pour y signer de gré ou de force la déclaration qu'on va lire :

E>MPIRE MEXICAIN.

Préfecture supérieure politique tTAguascalientes.

tt Les soussignés, conformément aux oiHlres du préfet politique supérieur du département, portant que les personnes qui ont occupé des emplois publics sous l'empire de la constitution de 1857, auraient ù se présenter à la préfecture politique pour y déclarer qu'ils ne sont pas Jwstiles au gouvernement impérial^ promettent sur leur parole d'honneur de se conduire en citoyens et en habitants honorables, de vivre d'une manière pacifique, et de ne se mêler à aucun acte d'hostilité contre le gouvernement actuel.

» Aguascallentes, li juillet 1864. »

Cet acte porte vingt-huit signatures, après quoi on y lit les protestations suivantes :

c< Nous signons, parce que la peine portée dans la cii*culairc du 10 août dernier est très-sévère, et qu'on nous menace de la mettre à exécution.

» F. B. Jayme, Rafaël Sagràdo.

» Comme nous nous trouvons dans la même position que le licencie B. Jayme, nous adhérons complètement à ce qu'il a dit.

» Miguel Grinxhârd, Firmin Medika, Manuel Caroona,

Antonio Salas.

» Je déclare ne m'étre jamais montré hostile à aueun gouvernement. Si donc je signe la présente déclaration, quoique je n'aie jamais exercé aucun emploi civil ou militaire, je le fais à cau,se de la peine à laquelle me soumet la circulaire du 10 août dernier.

» Guillermo R. Biund.

» Bien que j« n'aie servi aucun des gouvernements qui ont administré le pays, bien que je n'appartienne à aucun parti politique, je signe cependant la présente déclaration pour éviter les malheurs qui pourraient m'arriver en cas de refus.

» J. Réfugie Grinchard.

» Quoique nous n'ayons jamais été employés sous aucune administration, on nous a appelés à la préfecture politique du département pour exiger de nous une promesse de neutralité. Nous la donnons, sur notre parole d'honneur, pour éviter de plus grands malheurs.

» Angel Carpio Bërnëcos, Nicolas Duz/

» Nous promettons de vivre pacifiquement, sans nous mêler en rien à la politique.

(Suivent htiit signatures.)

» Nous ne sommes pas employés, mais nous appartenons au parti libéral, et notre opinion est connue. On a, pour ce motif, exigé de nous la promesse de vivre pacifiquement. Nous signons afin de ne point nous exposer à la déportation dont parle le décret.

» Trinidad Pedroza, Jésus H. Azcon.

» Pour ne point nous exposer à de plus grands malheurs, et parce que nous en avons reçu l'ordre, nous promettons de rester neutres.

» Geronimo Rangël, Macedonio Marin, Juan Bocânegra.

» Nous promettons de suivre la conduite que nous avons toujours tenue au vu de toute ia population d'Âguascalientes.

(Suivent six signatures,)

» Je signe- la présente déclaration comme homme pacifique.

» Jésus RoMËRO.

» Je ne crois pas être compris dans les dispositions de la circulaire du 10 août dernier, car s'il est vrai que j'ai eu l'honneur de reo^plir, souâ la dernière administration, les fonctions de juge, H

e«l éf ftle«eai œrtain que j*ai donné m» démission longtemps avant r^rrivée dos forces de rintervention dans cette ville ; cependant, pour fliire droit à Tordre de M. le préfet politique, je signe la présente déclaration.

» José ROMERO.

« Noua n*avoiia jamais été hostile k aucun gouvernement. Dès lors •pus peaaons aujourd'hui, comme nous le pensions quand nous, avons été appelés chez M. Bosave, que nous ne sommes pas compris dans les dispositions de la circulaire dont il s'agit. Néanmoins, noos signons pour éviter de plus grands malheurs.

{Suivent quatre signature^,)

» Nous signons afin de n'être ni arrêtés, ni transportée.

» Bruno Davalos, José M. R. de la PeSa.

» Notts n'avons jamais été, nous ne sommes point encore hostiles au gouvernement. Quoique libéraux, nous sommes gens d'honneur.

(Suivent neuf signatures).

» Bien que je n'aie jamais exercé aucune fonction» ni civile ni militaire, et que je n'aie jamais été hostile à aucun gouvernement, ie signe cependant la présente déclaration par ordre de M. le chef supérieur.

» Jésus Sous.

» Nous signons aux mémos conditions que le lie. J.-B. Jayme.

(Suivent six signatures.)

» le signe la présente déclaration pour obéir aux ordres de l'autorité politique.

» Âgustin tl. Gonzalez.

» Weft <|iift nous n'appartenions pas à l'opinion libérale, nous signons cette déclaration pour obéir aux ordres de l'autorité politique.

» Feliciano Ugarte. — Trifonio Chavez. — Darfo Rangel. — José M. Villalobos.

» La& fiMSsignéa ayaiil appris de M. le préfet politique que s'ils ne sic^aieni p»a la présente déclaration ils seraient arrêtés et dépoT-*

tés k la Martinique, se sont résolus à signer pour ne point s^exposer à ces deux peines.

Luis Carreou. — Crisanto Jikenez. — Facundo de u Yega. » Pour copie certifiée conforme :

» Aguascalientes, 28 juillet 1864.

» Le secrétaire de la préfecture, » Alejandro L. de Nava. »

Cette pièce est de la plus grande importance si Ton veut bien connaître les moyens dont on s'est servi pour obtenir des adhésions à l'Empire, et surtout l'abus véritablenumt scandaleux qu'on a fait de la drculaire du 10 août 1863 (1). Le préfet politique d'Aguascalientes en la transmettant au ministre de l'intérieur, l'avait accompagnée d'une dépâche dans laquelle il regrettait en ces termes de ne point avoir pu exécuter jusqu'au bout les ordres de la Régence :

« Bien qu'il y ait encore plusieurs personnes comprises dans les dispositions de la circulaire du 10 août de Tannée dernière, on n*a point cependant exigé leurs signatures, parce que le colonel français, commandant supérieur de la place, n'a point permis qu'on obligeât ces personnes à remplir les conditions ordonna par cet ordre suprême,

» Le préfet politique intérimaire^ » Franscisco A. £spra.

» Le secrétaire de lapr^ture^ » Âlejaadro L. na Nava.

» A M. le sous-secrétaire d'Etat du département de Tintérieur... à Mexico. »

J'aurais désiré, pour rimprimer en caractères saillants» connaître le nom du colonel français qui a été assez keurràx pour pouvoir interposer un instant son autorité entre les réactionnaires d'Aguascalientes, conduits par le préfet politique de l'endroit, et les malheureux dévoués à l'avance par eux aux horreurs de la déportation.

Dans cette œuvre de bestiaires, entreprise, disait-on,

(i) Voir cette circulaire à ht page 319.

pour porter au Mexique les bienfaits de la civilisation européenne, et qui avait réellement pour but d y détruire les effets delà réforme en replaçant ses populations, émancipées de la veille, sous le joug abrutissant des agioteurs, de l'armée et du clergé , les hommes de cœur étaient rares, surtout dans les rangs d'une armée d'invasion. Si le colonel dont je parle n'est pas mort, et si mon livre arrive jusqu'à lui, il y trouvera la récompense de son humanité dans cette mention honorable de sa conduite, seul moyen qui me reste, en l'absence de son nom , pour porter ce fait honorable à la connaissance de nos compatriotes.

Quant à l'archiduc dont M. de Kératry s'est tant plu à exalter la délicatesse, la grandeur d'âme et la générosité, dans plusieurs parties de ses écrits sur le Mexique, je regrette d'avoir à le constater, mais les faits s'accordent peu avec ces qualités si vantées. On lit la note suivante en marge de cette pièce remise au ministre de l'intérieur dans les premiers jours du mois d'août 1864, c'est-à-dire, plus de deux mois après l'arrivée du prince autrichien à Mexico.

ce 7 août 4864.

» Pris connaissance. — Il faut soumettre ces personnes aux conditions prescrites par la circulaire dont il s'agit. »

Trahent sua fata libella

Pendant ce temps les tribunaux de sang, institués sous le nom de cours martiales dans les villes de Zacatecas et de San-Luis-Potosi , en vertu du décret sur la matière promulgué le 20 juin i863 par le général Forey, condamnaient à la mort, et faisaient fusiller impitoyablement dans les 24 heures, sous la simple dénomination de malfaiteurs armés ^ tous les individus qui osaient encore défendre leur , patrie.

A Zacatecas, par exemple, je trouve trois condamnations à la date des 22 et 25 juin 1864, celles des CC. Justo Alvarez, Magaleno Juarez et Macario Ramirez»

A San-Luis-Potosi, le 5 juillet, cinq condatnnations contre les ce. Marcial Urbina, Dionisio Lopez^ Doroteo Salas, Simon Palom^ et Florencio Carrizd.

A Zacatecas, trois nouvelles condamnations soùs la date du 11 juillet, contre les CC. Francisco Hamas, Juan Es^ parga et Severiano Gamboa.

Enfin, à la même date, et je ne sais pas tout, dix autres condamnations à San-Luis contre les citoyens, /iz^an Pereira, Juan Cantûy Rito Hemandez, Cecilio Garcia, Nicolas Gonzalez, Jozé Morgue, HermenegUdo Lapez, Antonio Airiaga, Augustin Campiste et Nic4)las CastiUo.

De Zacatecas à Durango il y a soixante-douze lieues.

Le général L'Hérillier mit trois mois. à les franchir, mais en arrivant dans la seconde de ces villes, dans les premiers jours de juillet, îl eut la satisfaction bien douce de recevoir de M. Rafaël Pena, nommé par ses soins président de TAyuntamiento, un acte de remerciement pour Thonneur qu'il lui avait fait en le chargeant entre tous de représenter les bienfaits de l'Intervention au milieu de ses compatriotes, et une adresse particulière pour son maître, qualifié dans cette pièce de : Bienfaiteur insigne du pays.

Le mois suivant un autre général , M. de Castagny, après avoir organisé, dans les premiers jours de janvier, les autorités civiles, administratives et judiciaires du bourg de la Encarnacion dans l'Etat de Zacatecas , était arrivé au Saltillo, État de Cohahuila, le 21 août, pour y installer au pas de course, les mêmes services, et s'était rendu à Monterey où il proclamait l'arrêté suivant sous forme de décret :

ce Le général Castagny, commandant de la première division de Farmée franco-mexicaine, devant reconstituer les autorités municipales de la ville de Monterey, arrête :

» Art. i«^ — Sont nommés provisoirement, jusqu'à confirmation du gouvernement de Tempereur Maximilien :

» Pre'fet du district, M. Jesus-Maria Aguilar;

» Suppléant, M. Gregorio Zembrano ;

» Alcades, MM. Domingo, B. del Llano, Ramon Lapon et Tomas C. Pacheco;

yyRegidores, MM. Fernando de la Garza; Mariano de la Garza, José-Maria Ramos, Francisco A. Lozano; José M. Benito Cantû, Manuel de la Garza Garcia ; Francisco Garza Fonseca ; Carlos Agala ; Trinidad de la Garza y Melo et Jacinto Guerra ;

» Procuradores , MM. J. Maria Martinez et Francisco Rassera;

» AdmnistraUur de la poite^ M. i. de D. Aroze;

— de la douanSy M. Felipe Sepulveda ;

— . du papier timbré^ M. Francisco Valdez Gomez;

M Tribunal de justice^ MM. Juan N. de la Garzay Evia, président; José de Jésus Davila y Prieto, deuxième magistrat ; Rafaël Francisco de làGarza, troisième magistrat et Santos de la Garza y Sepulveda, flsûdL

n Tous les employés subalternes qui se trouvent aujourd'hui en fonctions seront maintenus dans leurs emplois. Les autorités municipales et judiciaires pourvoiront aux vacances qui pourraient exister tant à présent que plus tard.

» Art. â. — Toute personne désignée dans l'article précédent qui se refuserait à remplir Vemploi qui lui a été confié, sera immédiatement ^ punie de six mois de prison^ conformément à la loi (i),

» Quartier -général à Monterey, le 26 août 1864.

» Le général de division, » Castagny (2). »

— Enfin, comme il est bien rare, en pareille circonstance, que le ridicule ne se joigne partout à l'odieux des mesures qu'on emploie, le colonel Dupin, lé très-doux, trèsclément et très-pacifique Dupin, l'homme de Matehuala et de Pànuco, voulut aussi adresser sa petite proclamation aux habitants de Tamaulipas et voici comment il s'exprima le JO septembre de la même année :

« Chaxlbs Dupin, gouverneur db l'Etat de Tamauupas.

(Décret n» 274.)

» Par ordre de S. M. t Empereur et du général en chef dé Vârmée^ le gouverneur de TÉtat de Tamaulipas concède amnistie complète aux habitants du dit Etat qui rentreront chez eux avant le 34 octobre prochain.

)i Tout individu, âgé de 18 ans, est obligé d*ici à là mette époque.

(i) Cette prétendue loi n*était autre que le fameux décret du 8 juin 4862, publié à On'zaba par le S' Almonte, sous la protection des baïonnettes de M. de Lorenoez. — Voir ce décret à la page 248.

(2) VEstafettê, Revue de la quinzaine, n'' du 30 septembre 4864

à se présenter devant les autorités légales qui lui délivreront gratis un passe-port mentionnant son adhésion à V empire (i).

» Passé ce temps, tout individu qui sera rencontré, hors de son domicile^ sans être menu du passe-port dont il vient d*étre parlé, sera passible de 20 piastres^ 100 francs d*amende^ ou de 20 jours de prison^ sans préjudice d'une peine plus forte, si le cas Texige.

» Dans le but d*en terminer entièrement avec la guerre civile, tout individu qui reprocherait à un amnistié sa conduite antérieure, sera puni de 30 jours de prison.

» Tonl individu de TÊtat de Tamaulipas qui, sous quelque prétexte que ce soit, prendra les armes sans FantorisatiOD du général en chef ou du gouverneur de TEtat, sera considéré comme bandit et fusillé sur le champ,

» Victoria» le iO septembre 1864.

» Le gouverneur^

» Gh. Dupin. »

Considérer comme bandits et fusiller sur le champ uniquement parce qu'ils seraient armés, des individus qui ont toujours eu Thabitude de Fêtre pour leur protection particulière dans ces solitudes immenses où Ton fait quelquefois IS, 15 et même 20 lieues sans trouver une seule habitation! On croira peut-être que ce fait suffit pour peindre à vif Phomme qui a pu donner de sang^ froid un tel ordre; eh bien ! non , pour édifier convenablement le présent et l'avenir, il me reste encore à raconter quelques-unes de ses gentillesses.

(1) Conformément aux dispositions de la circulaire du 10 aofti

M. Dupin et la contre-guerrilla.

Un homme qui doit connaître à coup sûr de bien tristes vérités , puisqu'il était lui-même un des chefs de cette contre-guerrilla, M. de Kératry, a publié en 1865 et 1866, dans la Revue des Deux-Mondes, sous le titre suivant : la contre-guerrilla française au Mexique, trois articles qui, sans divulguer tous les faits dont il a été à la fois témoin et acteur, ont cependant soulevé un coin du voile qui couvre encore la plus grande partie des atrocités commises dans ce pays lointain.

Sous prétexte que les Mexicains qui défendaient après tout leur indépendance et leur liberté de la même manière que nos pères, en 1792 et 1793, ont défendu notre indépendance et notre liberté, étaient des bandits en dehors de toutes les lois qui protègent les citoyens dans les pays civilisés, on les chassait comme des bêtes fauves, on brûlait leurs villages, leurs habitations comme des tannières, on les fusillait, on les pendait sans forme aucune de jugement, on traitait leurs femmes comme dans les battues on traite chez nous les femelles des animaux sauvages; et M. de Kératry, en rappelaijt tous ces faits, les raconte avec un laisser-aller, avec un sang-froid qui prouvent qu'il n'a pas même la conscience des atrocités qu'il écrit.

Voici d'abord comment il explique l'origine de la contreguerrilla :

« Le 14 février 1863, après avoir repoussé une attaque des lanciers rouges, éclaireurs de Tarmée mexicaine, descendus de la ville de Tepeaca , la di^^ision Douay campait échelonnée sur le plateau de rAnâhuac. De Tautre côté de la Sierra Malinche au front neigeux, la division Bazaine couvrait loutes les pentes de Perote. Les avantpostes des deux divisions françaises veillaient dans le silence de la nuit.

Le même soir, à vingt lieues en arrière de Tarmée sur la route de Veracruz à Puebla, il y avait bal. Les salons de M. de Saligny» ministre de France, séjournant à Orizaba, étaient en fête. Pendant les danses, le général Forey, commandant en chef de Farmée du Mexique, se détacha de son état-major et s'approcha du colonel Dupin, récemment arrivé de France. — Colonel, lui dit-il, les terres chaudes sont infestées de bandits ; nos soldats sont journellement attaqués, les voyageurs sont dévalisés ou assassinés, les communications sont trop souvent coupées. J'ai jeté les yeux sur vous pour nous débarrasser de ces brigands. Je vous donne le commandement des contre-guerrillas des Terres-Chaudes. Il s'agit d'assurer la sécurité du pays et la marche des convois de ra4*mée pendant que je serai occupé au siège de Puebla, que je puis entreprendre prochainement.

» Le colonel Dupin demanda au général ses instructions. On lui donnait plein pouvoir; il n'avait qu'à poursuivre à outrance les bandits et à purger le pays.

» Le bal continuait, cependant, au son des notes languissantes de la havanaise; l^s couples se croisaient sans cesse; parmi les belles mexicaines qui s'abandonnaient à l'enivrement de la valse, plusieurs eussent pâli si l'ordre tombé des lèvres du général en chef avait frappé leurs oreilles. Une contre-guerrilla venait, en effet, d'être décrétée, et peut-être y avait-il, ce soir-là, dans les salons du ministre de France, quelques chefs de guerriilas, travestis en galants cavaliers, dont les têtes, souriantes en cette, nuit de fête, devaient plus tard grimacer au bout d'une branche, »

Cette entrée en matière se distingue par un effet digne des plus beaux jours du mélodrame moderne; et cette observation, que quelques-uns de ceux qui souriaient si agréablement dans cette nuit de fête, pourraient bien un peu plus tard grimacer au bout d'une branche, porte en elle quelque chose de tellement sinistre que M. de Kératry, je tiens à le répéter, n'avait pas conscience de ce qu'il écrivait.

Un mot maintenant, avant de continuer, sur le chef de la contre-guerrilla et sur la contre-guerrilla elle-même.

A tout, seigneur, tout honneur. Voici le portrait du colonel Dupin :

c< Chacun, dit-il, a pu le voir au Mexique coiffé d'un vaste sombrei'o^ vêtu d'une pelisse de colonel rouge ou noire, chaussé de bottes jaunes à récuyère avec éperons du pays, portant huit ou neuf déco-

rations, sur la poitrine, un revolver au côté, un sabre prouvé pendu à sa selle. »

Uti véritable héros de mélodrame!

Puis vient celui de la contre-guerrilla, et celui-ci n'eât certainement pas plus flatté.

tt Dans cette guerrilla, toutes les nations du monde semblaient 6*étre donné rendez-vous. Français, Espagnols, Mexicains, Âmérir eains du Nord et du Sud, Anglais, Piémontais, Napolitains, Hollandais et Suisses se coudoyaient. Presque tous ces hommes avaient quitté leur patrie pour courir après une fortune toujours fugitive- On y trouvait le matelot désillusionné de la mer, le négrier de la Havane ruiné par le typhus destructeur de sa cargaison, Técumeur de mer ancien compagnon du flibustier Walker, le chercheur d^or échappé d*HermosiIlo aux balles qui avaient frappé Raousset Boulbon, le chasseur de bisons venu des grands lacs, le manufacturier de la Louisiane ruiné par les Yankees. Cette bande d^aventuriers ignorait la discipline. Officiers et soldats se grisaient Sûûs la même tente; les coups de revolver sonnaient souvent le f éveil. ÛUàntau costume, si cette troupe eût défilé, clairons en tôte, sui" les boule- VaMs de Paris, on eût cru assister au passage d'une ancienne bandé de truands exhumés du fond de la cité (i). >>

Cette troupe venue en droite ligne d^une cour dés loûii^ mcles était digne en tout et pour tout de son directeur. On respire, en lisant cet amalgame de négriers, d^écumeufs de mer et de chercheurs d'or, je ne sais quelle odeur nauséabonde qui manque au livre du R. P. Veuillot sur la matière et rappelle les plus beaux jours de Clopin Trouillefou. En un mot, la troupe était digne de son directeur et le directeur de sa troupe. Voyons la donc à l'œuvre et citons pour exemple la prise de Tlaliscoyan, petit village contenant environ 400 habitants, que M. de Kératry, usant et abusant du droit accordé par Horace aux peintres et aux poètes, tranforme en Tlatmaya; et sous les murs duquel, on dirait que c*est une ville crénelée, venait d^avoîr lieu un combat fort vif avec une troupe de guerrillas à laquelle il servait, parait-il, de quartier général.

(1) Revue des Deux-Mondes, livraison du i**^ octobre 1865, p. 695 et 696.

Écoutons H. de Kératry.

« Avant celte attaque, malgré la violence du coup du Norte^ toutes les maisons de Tlaliscaya étaient illuminées à giorno sur la face opposée à la rivière. Comme par enchantement, à rentrée des assaillants, toutes les lumières s^éteignirent et les portes se fermèrent. La menace de mettre le feu à la ville, communiquée par un sereno (veilleur de nuit), produisit un effet magique ; les portes s'ouvrirent d'elles mêmes.

On était maître de Tlaliscaya ; mais la position était très-aventurée, car la guerrilla qui avait défendu Tlaliscaya, forte au moins de deux cents hommes, pouvait d'un moment à l'autre, prévenue par la population du petit nombre des assaillants, faire un retour offensif.

On choisit sur la rive du fleuve une maison capable, par sa construction, de résister à un assaut, et où les chevaux pouvaient s'abriter dans un corral sans crainte de ces incendies qui sont uqe manœuvre de guerre fort en faveur parmi les mexicains. Les notables de la ville y furent mandés poliment, ainsi que le mattre de la maison José-Haria Villegas (i). Ordre leur fut intimé de pourvoir sur-le-champ à une réquisition de vivres et de fourrages pour deux cents chevaux et quatre cents hommes. Ce chiffre, grossi à dessein, fit quelque impression. Une partie des notables fut retenue en otage, l'autre courut à Tlaliscaya pour assurer l'exécution des ordres.

La menace de fusiller ceux qui n'obéiraient pas dans, le plus bref délai eut pour premier résultat l'envoi presque immédiat de quantités considérables de maïs et de paille; les tortillas (crêpes de maïs), le pain et la viande toute cuite suivirent de près.....

Le manque de munitions donnait à songer, les sentinelles furent doublées ; mais il devenait indispensable de se procurer sans retard des bateaux pour communiquer avec l'autre rive du torrent et pouvoir au besoin battre en retraite ou appeler à soi toutes ses forces; les notables affirmèrent que les guerrillas avaient emmené avec eux tous les bateaux. Il fut décidé que le lendemain matin, à cinq heures, les deux canots affectés d'ordinaire au passage de la rivière seraient, avec leurs bateliers, devant les degrés de la maison de Villegas. La liberté fut rendue à deux dès notables avec mission d'aller en personne à la découverte. Si à V heure dite ces deux notables, connus

(i) Ce Villegas est le môme dont il a déjà été question à la p. 350. On voit que M. de Kératry ne raconte pas tout ce qu'il a vu.

pour amis des guerrillas, n'étaient pas de retour, leurs maisons seraient incendiées; puis de demi-heure en demi-heure, chacun des QUATRE NOTABLES rostés à TlaliscQya SERAIT FUSILLÉ. Chaqm demiheure de retard, en mitre, coûterait 1,000 piastres (5,000 fp.) aux habitants.

Ces dispositions prises, les officiers qui depuis le matin n'avaient ni bu, ni mangé, songèrent aux affaires sérieuses, c'est-à-dire au souper. Il était déjà deux heures du matin : Villegas offrit galamment à ses hôtes un repas vraiment royal et tout gratuit. Sans nul doute cette table somptueusement servie, était destinée aux chefs des guerrillas, dont le quartier général avait été quelques jours auparavant, installé en face, dans un café appartenant au noble amphytrion ; on y avait trouvé des soucoupes pleines de poudre et de capsules. Avant de faire honneur aux plats, on invita Villegas à les déguster le premier; il y avait lieu de craindre qu'un peu de poisson ne fût mêlé aux sauces. Une fois cette formalité accomplie, les vins généreux circulèrent, et la santé de la France fut portée par tous les convives, par Villegas lui-même qui ne se permit aucune hésitation,

A sept heures du soir, le curé de Tlaliscaya fut appelé et invité à désigner, parmi les cases de bambou adossées au bois, celles qui étaient reconnues comme postes de guerrillas. Une quarantaine de cases devint la proie des flammes. Si les habitants de la ville avaient été sages, cet incendie pouvait leur assurer la sécurité en les délivrant de cette pression continue exercée sur eux par les fusils braqués à travers les meurtrières des cases de bambou; mais au Mexique, depuis la chute de la vice-royauté on était habitué à voir une bande de quarante coquins jeter la terreur dans une ville de quarante mille âmes et la rançonner sans qu'aucune résistance se produisît. »

Je sais bien que pour excuser ces actes sauvages, ces actes dignes de forbans, de négriers, d'écumeurs de mer, et nous avons vu que la contre-guerrîlla n'était composée que de gens de cette espèce, M. de Kératry à grand soin d'ajouter que Tlaliscaya, ou plutôt Tlaliscoyan servait de centre à une réunion de bandits qui se livraient au pillage sous le drapeau de l'indépendance. Nous examinerons bientôt ce que vaut cette accusation : passons maintenant à un autre fait.

<( Une des incursions de la contre-guerrilla donna lieu à une scène émouvante. Dans une course faite du côté de Cotastla, qui réclamait sans cesse l'appui des Français, fut fait prisonnier un certain Molitta

au momenl où il l'acilitait la fuite des guemiias réunis dans ^a tieîi(jta, en coupant avec une macfiete les longes des chevaux attaché au coral pour hâter le départ des cavaliers surpris. La boutique de Molina servait de repaire à tous les bandits qui y apportaient leur part de butin. Molina était connu comme très-riche; il achetait aux bandits les dépouilles des convois enlevés, les payait à vil prix et les faisait revendre le plus cher possible sur les marchés de Veracruz et d'Orizaba. On fouilla sa maison ; des lettres significatives établirent sa complicité' avec les jîiaristes.

Le colonel Dupin gondamna Molina et Tun de ses parents, seul complice reconnu, à êtî^e fusillés séance tenante. La femme de Molina était présente à Tarrét, elle demanda grâce; mais le colonel ne pouvait raccorder, et les deux coupables tombèrent sous ses yeux— (sous les yeux de la femme de la victime !)

Elle resta froide et impassible; la troupe se remit en route. Lorsque le colonel Dupin fut à cheval, la femme de Molina se campa fièrement devant sa monture, et, la main levée, lui cria : Avant huit jours, colonel, lu mourras! Puis elle disparut, éclatant en sanglots.

Le 29 septembre, le colonel se rendit à Veracruz, pour y toucher la solde de sa troupe à Tintendance. Le 4«' octobre au matin, il repartait en secret pour la Soledad. Il avait eu soin d'annoncer à haute voi:^ la veille, son départ par le train de deux heures du soir. Le même jour, à trois heures, le train du chemin de fer tombait, au milieu des bois de la Pulga, dans une affreuse embuscade : la loco* motive était renversée sur ses rails, les voitures s'entassaient les unes sur les autres.

Du haut des deux berges de la voie ferrée, les guerrillas mexicaines faisaient un feu plongeant sur les wagons et les voyageurs. La cavalerie ennemie débouchait des deux côtés de la voie, le chef de bataillon Ligier, commandant supérieur de la Soledad, fut tué. Égyptiens et Français résistèrent héroïquement; mais il resta sur place beaucoup de blessés et de cadavres. Les blessés recueillis le soir racontaient que, partout, éclatait ce cri de vengeance lorsque les guerrillas fouillaient les corps : donde es este misérable Dupin? (où donc est ce misérable Dupin?)

La veuve de Molina n'avait rien épargné, on le voit, pour réaliser ses menaces. Cette attaque, dit-on, lui coûta une somme considérable. »

Que conclure de ce récit, sinon que, par ces cruautésinutiles, arbitraires et réfléchies, les officiers de la contre guerrilla. autorisaient à l'avance les plus affreuses repré-

sailles et donnaient à la lutte que les mexicains soutenaient en faveur de leur nationalité un caractère de désespoir dont le contre*coup, au lieu de tomber sur l'auteur premier du mal, sur le misérable Dupin, devait atteindre nécessairement plusieurs français honorables et les rendre victimes de ces infamies.

Poursuivons cependant.

Cette fois, nous avons quitté TËtat de Veracrus pour celui de Tamaulipas. Nous sommes dans les environs de Crtrix ou CasaSf petit bourg contenant environ un millier d'habitants, et que M. de Kératry, je ne sais pourquoi, qua* lifie du nom princier de Croy (i).

Il s'agissait de découvrir la retraite où s'étaient cachés quelques hommes qui s'étaient enfuis à leur approche; les cosaques de M. Dupin s'emparent d'une jeune fille nommée Pépita que M. de Kératry, à tort ou à raison, donne pour la maîtresse du chef mexicain Ingénie Avalos et je lui abandonne la parole.

« Après perquisitions faites, la chai'manle espionne fut trouvée cacbée sous un tonneau, au fond d'un faux grenier de sa maison. La mexioaiae refusa malgré nos prières de donner des renseigne'* ments sur la nature ei la position de Tembuseade. Alors une corde à nœud coulant fut attachée à la porte do toit, une montre fai placée en évidence sur la table, et la prisonnière fut prévenue que, si elle n*avait pas parlé au bout de cinq minutes, eUe aUait éire pendue : elle resta muette. De temps à autre, prête à s*élancer comme une panthère, les yeux fixes et ardents, die observait les revolvers placés à la ceinture des français; la cinquième minute éiail »pirée que la femme n'avait pas encore rompu le silenee. La corde s'abaissa lentement et fit tressaillir le cou de Pépita. La menace avait réussi : elle fit des aveux complets. »

Voilà comment, de l'aveu même de M. de Kératry, la contre*guerrilla faisait la guerre dans ce nialheureux pays. Cependant, en sa tjualité d'ancien capitaine de pareils pan* dours, il était évidemment intéressé à dissimuler, en les racontant, le caractère odieux de tous ces faits, ou plutôt,

(i) Revue d^ Deux-Mondes, du i5 février i866, p. 4000.

ainsi que je l'ai dit plus haut, leur caractère odieux lui échappait.

Poursuivons cependant et enregistrons, puisqu'il le faut absolument, un autre exploit du colonel Dupin à Tampico :

te Depui9 quelque tempSt uae guerrilla commandée par un nègre, aommé Rdmon, s*embusquait sur les rives du Tomesls^ arrêtait au passage les bateaux qui sillonnaient le fleuve, et ne relâchait les bateliers qu'après les avoir pillés et rançonnés... Une nuit, oo courut sus à la bande. Cinq de ces brigands furent enlevés, garrottés et conduits à Tampico. Dans le nombre, on trouva des déserteurs mexicains. Le colonel Dupin les condamna tous à être pendus sur la graude place de la Douane, au farol (grand candélabre situé au centre), et aux réverbères des quatre angles.

» Au coucher du soleil, les trottoirs étaient couverts de curieux. Parmi les coupables se trouvaient un père ei son fils. A la lecture de Tarrét, pas un des condamnés ne broncha. Le prêtre récitait les litanies ; le père et Tenfant, au moment de Tadieu suprême, n'eurent même pas la pensée d'une dernière étreinte. Le jeune homme, avec un cynisme révoltant, railla la maladresse des exécuteurs, inhabiles dans Tart de manier le nœud coulant, art dont il possédait, disait-il, la pratique à fond ; puis, de ses propres mains, il se passa la corde autour du cou, et, comme il était gêné par les rayons du soleil, abaissé à l'horizon, il demanda, comme dernière grâce, qu'on lui tournât la t^ du c6ié du levant pour ne pas souffrir de la réverbération dans ses derniers moments.

» La race mexicaine, métis et indiens, est d'un calme effrayant et sinistre devant la mort. Rarement, elle demande grâce à Vapproche du dernier coup. Pour ces hommes, passer de la vie à trépas est una petite affaire ; leur temps est fait ici-bas, ils ont pris la mesure de jouissance et de peines qui leur était réservée. Absurde fatalisme qui nous présage de longues et terribles luttes !

» Jusqu^au lendemain matin, les cadavres se balancèrent au bras des lanternes sous le souffle de la brise de mer. Cette exécution causa quelque émoi à Tampico. Quoique approuvée au fond, dans la forme, die excita des plaintes qui eurent de l'écho jusqu'à Mexico.

» Le général en chef interdit désormais ce mode de châtiment, en vigueur, du reste, dans toute l'Amérique, et ordonna de DËFÉB£R AUX COURS MARTIALES tout guerrillapris les arms à la main. »

Il y a, disait M. Vermorel , en rapportant ces faits hideux dans le no du Courrier français du 8 octobre 1 867, il y a dans cette constatation complaisante du cynisme des victimes,

— cynisme qui, entre parenthèses, pourrait aussi bien passer pour de Vhérolsmey — avec Tantithèse, pleine de poétique horreur, des cadavres se balafiçant aux bras des lanternes sous le souffle de la brise de mer, quelque chose qui sou* lève le cœur ; et si Ton songe que, après tout, ces ônjaiMfa étaient considérés par les mexicains comme les défenseurs de leur indépendance nationale, on doit penser combien les témoins de ces exécutions atroces devaient exécrer et maudire le nom français !

C'est en compagnie de plusieurs récits semblables que se place le fait que j'ai cité plus haut d'une femme à qui l'on a mis la corde au cou pour l'obliger à dénoncer ses compatriotes.

€ C'était une espiomie, dit M. de Kératry, — elle parta* » geait ses loisirs entre les Français à Victoria — non VU^ » toritty — et les chefs guerrillas à Croix ; elle était entrée à » rimproviste dans cette ville, éventant notre marche près » de la bande réunie dans une partie de Monte, Les guerrillas, » après s'être concertés devant elle à voix basse, s'étaient > lancés en toute hâte sur la route de la Puerta, où nous de* ^ vions passer la nuit, pour nous y dresser une embuscade. »

Judith aussi était une espionne, et elle était bien près d'être une prostituée, cependant sa mémoire est devenue légendaire, parce que, pour sauver ses compatriotes, elle a trahi, dit-on, les ennemis de sa patrie.

Voilà pourquoi tout ce qu'on pourrait nous dire de la situation difficile des troupes françaises, dans un pays où derrière chaque broussaille se dressaient des ennemis implacables, ne peut rien changer à notre appréciation et justifie, au contraire, la conclusion à laquelle nous voulons en venir.

C'est que, lorsque la guerre cesse d'avoir le caractère loyal des batailles à ciel découvert; lorsqu'on arrive à se trouver en face de tout un peuple, hommes et femmes, enfants et vieillards, soulevés pour leur indépendance, à ce moment, loin de justifier les atrocités de la nature de celles que nous venons de citer, le droit de la guerre cesse.

On ne saurait la continuer dans de telles conditions sans se mettre soi-même en dehors de l'humanité.

Voilà aussi pourquoi les mots de brigands et de bandits prodigués aux mexicains ne nous émeuvent pas. Pour nous borner aux exemples que cite M. de Kératry, Tamant de Pépita, le chef Ingenio Abalos, était un bandit, et cependant, — c'est l'historien de la contre-guerrilla qui le dit luimême, — il s'était soulevé « pour empêcher les notables de la province d'arriver à la junta de Victoria. » Singulière préoccupation, l'on en conviendra, pour un coupeur de bourses! — Mplina aussi était un receleur indigne de toute compassion ; cependant, le colonel Dupin ne l'a pas condamne à mort pour fait de recélement, mais parce qu'il était de complicité avec les Juarisles^ c'est-à-dire, avec les défenseurs de la nationalité de son pays.

Mais, dit-on encore, ces bandes ne faisaient pas partie des troupes régulières. Alors si, par suite des événements qui se préparent dans les arcanes les plus sombres de la diplomatie, les Prussiens envahissaient de nouveau l'Alsace ou la Lorraine, ils auraient, au dire des défenseurs de toutes les atrocités commises au Mexique, le droit de fusiller et de pendre les paysans qui se lèveraient contre eux avec de vieux fusils et des fourches, et le droit de la guerre ne les obligerait que vis-à-vis des troupes régulières!

Allons donc! ces choses-là ne se discutent même pas! Je me reconnais coupable rien que pour les avoir répétées et j'en demande pardon aux mânes de ceux qui se soulevèrent en i 792 et en Ï814, avec des piques, avec des fourches, avec de misérables bâtons, pour la défense de la France envahie, et qui moururent victimes résignées de leur foi et de leur patriotisme !

Il était bien difficile, au milieu d'une pareille orgie, que M. de Kératry lui-même ne fût pas le héros de quelque histoire plus ou moins scandaleuse dans laquelle il tiendrait naturellement le haut du pavé. En voici une, une seule, et si je la raconte, c'est parce que je lai trouvée consignée tout au long dans la Revue des Deux-Mondes, en compagnie des prouesses opérées par la contre-guerrilla dans les terres chaudes.

Après avoir raconté la jonction du colonel Dupin avec le général Thomas Méjia, qui était sorti de Victoria pour le

recevoir, — 23 août 1864, — M. de Kératry s'exprime ainsi :

<( On jugera des dispositions qui nous y accueillirent par un épisode où je fus engagé personnellement! L'officier commandant un des escadrons de la contre-guerrilla — c'était lui — «désigné pour préparer le logement de la troupe, avait reçu avis de se présenter dans la maison du négociant D. Ignacio Iguera, située au coin de la place principale. Conduit par le propriétaire, il traversait une des chambres donnant sur la rue, lorsqu'un mexicain, vêtu d'habits bourgeois, se précipita sur ses pas, un revolver Coït à la main, puis, lui barrant le passage. Lui tira en pleine figure deux coups de pistolet qui firent successivement long feu. L'officier de contre-guerrillas, qui recueille en ce moment ses souvenirs personnels, était sans armes. A cette brusque attaque, jaloux de l'honneur de son uniforme, il s'avança sur son adversaire en lui disant : Assassinez-moi, si vous l'osez! a ces mots un mexicain, en tenue militaire, tira son sabre et porta un coup de pointe, heureusement paré par un jeune maréchal des logis nommé Bruneau, qui accompagnait son capitaine d'escadron, et qui s'était bravement jeté en avant pour le couvrir. Sur l'appel des deux agresseurs, comme par enchantement, douze soldats, baïonnette au canon, firent irruption dans la chambre où ils retinrent l'officier français. En un clin d'œil un bataillon entier, le fusil amorcé, se forma en bataille dans la rue, devant la demeure du négociant Iguera. Le jeune sous-officier put s'échapper pour porter avis au colonel Dupin. Le premier agresseur, c'était le colonel D. Valeriano Larrumbide (1), chef d'état-major du général Mejia ; le mexicain qui avait tiré le sabre était le commandant de l'artillerio de la division.

» A peine les cavaliers de la contre-guerrilla eurent-ils appris cette tentative de meurtre qu'ils accoururent, le sabre à la main, pour dégager leur chef. Heureusement, l'arrivée du colonel Dupin calma une effervescence déjà menaçante ; le général Méjia, suivi lui-même de son état-nâajor, l'accompagnait. H fut hautement constaté, d'après les propres déclarations de D. Iguera, qui, malgré sa nationalité, eut le courage de rendre hommage à la vérité, que le «colonel Larrumbide, sans provocation aucune, avait attaqué l'officier français Le général Méjia prononça un mois d'arrêts forcés, qui furent levés sur la prière du colonel Dupin, car une punition disciplinaire était dérisoire pour un attentat de cette nature ; d'ailleurs, la satisfaction donnée en présence de tous était assez humiliante pour les coupa-

(1) M. de Kératry le nomme Mariano,

blés en raison de leur grade. L'émotion causée par cet incident avait été vive, même dans Tarmée mexicaine, où une grande partie des chefs avaient énergiquement réprouvé un pareil acte. Dans la crainte d'un conflit, toutes les troupes furent consignées à leurs quartiers respectifs. Des précautions plus grandes encore furent prises, car certains renseignements, trop justifiés plus tard par les événements, prouvaient que la scène accomplie le matin était préméditée et qu'on cherchait déjà au sein du corps de Tarmée impérialiste, le prétexte d'un pronunciamiento militais fomenté par les excitations juaristes, qui eût pu réussir si le sang avait coulé. Dans ce cas, la contre* guerrilla eût péri sous le nombre et eût été seule accusée d'avoir fait naître par son agression un mouvement insurrectionnel. »

11 y a dans cette histoire, véritable au fond, plusieurs difficultés qui nous engagent à nous méfier de ses broderies. D'abord, si le colonel Larrumbide s'est réellement précipité sur les pas de M. de Kératry, il fallait nécessairement qu'il fût placé derrière lui. Dans ce cas, il n'a pas pu lui barrer le passage, car, dans le récit, rien ne dit comment il l'avait devancé. Puis, on ne comprend pas pourquoi M. de Kératry qui était en tenue de route, et dans un pays ennemi, n'était cependant pas armé. Enfin, il n'explique pas non plus comment il a pu s'assurer d'une manière aussi précise de la provenance du revolver de M. Larrumbide.

Cependant, il y a mieux que cela. L'affaire a eu des suites dont M. de Kératry ne parle pas. Le colonel Dupin ou lui, je ne saurais dire lequel, en a rendu compte au général Bazaine. Celui-ci, par une note en date du 7 septembre 1864, prévint le général Mejia que, sur sa demande, le gouvernement avait prononcé la destitution du colonel Larrumbide. Le général Méjia,à son tour, envoya son rapport au ministre de la guerre sous la date du 7 octobre de la même année, et ce dernier dressa immédiatement la pièce qu'on va lire pour être soumise à l'appréciation de l'archiduc.

RlIlilSTÈRR DE Là r.lËKUE.

Sur ce qui est arrivé à ciu- A iwvter à la comiaissaiice de Sa Majesté

(lad- Victoria entre le co- ' g^

loncl Larrumbide et un l MlYVpereUr,

officier français.

« Le général D. Tomâs Mejia, dans un rapport portant le n^ 602 et daté du 7 courant, envoie une copie de la dépêche que lui a adressée le maréchal Bazaine, au sujet des événements qui ont eu lieu à Victoria, par suite de la conduite observée par le colonel D. Valeriano Larrumbide, conduite pour laquelle il pense que cet officier est indigne d'appartenir à la division Mejia. En conséquence, le maréchal lui annonce qu'il a proposé à S. M. L la destitution du colonel, et tout en approuvant les mesures prises, en cette circonstance, par le général Mejia, il ordonne au colonel Larrumbide de se rendre immédiatement à Mexico.

» A la suite d& ce rapport, le susdit général informe le gouvernement qu'à l'arrivée à Victoria du colonel Dupin et des troupes qu'il commandait, cet officier s'était emparé des logements qui lui paraissaient les plus convenables, sans tenir compte de ceux qui lui avaient été préparés à l'avance par les soins du préfet de la localité et du commandant D. Francisco Lezama chargés de ce soin. IlenestrésuUé que les officiers de la contre-guerrilla ont chassé brutalement des lieux oii ils étaient logés les o/ficiers et les soldats de la division Mejia, ainsi que plusieurs familles notables de la ville. Il cite parmi les premiers qui durent subir cette humiliation le colonel D. Ramon Garcia avec les officiers du bataillon de chasseurs, et parmi les seconds, Vépouse du général Garza qui, quoique tnalade, dut sortir de chez elle pour aller ailleurs chercher un refuge. Ces outrages ont été plus grands encore dans la maison où demeurait le colonel Larrumbide parce qu'un escadron s'y était introduit sans tenir' compte ni des observations qu'on lui faisait ni de la présence du major général de la division, et qu'un officier français passant outre aux observations que lui présentait le susdit colonel sur son rang et sur le droit qu'il avait à ne pas être jeté de cette manière à la porte de son logement, lui avait donné îine poussée ignominieuse pour forcer k passage, obligeant ainsi le colonel à s'armer d'un pistolet pour contenir son agresseur. Celui-ci avait alors appelé une partie de ses hommes à son secours; Larrumbide en avait fait autant; avec leur aide, il avait arrêté l'officier, et lui avait immédiatement rendu compte de ce qui venait d'arriver.

» Le général Méjia dit encore qu'à la nouvelle de ces événements, et bien qu'il connût de quel côté étaient la raison et la justice, il s'était vu cependant obligé, pour calmer l'effervescence qui commençait à

s'emparer des esprits, de faire mettre en liberté Tofficier dont il s'agit, et de réprimander publiquement le eolonel Larrumbide pour son manque de prudence. — Il en appelle au témoignage de tous les habitants de la ville, parmi lesquels se trouvent un grand nombre d'étrangers, ainsi qu'à celui du capitaine belge Edmond Glaret. — il termine en disant que s'il n'avait point encore porté cette affaire à la connaissance du gouvernement, c* était uniquement sur la demande du colonel Bupin qui avait désiré qu'il n'en fût plus question^ mais qu'il le faisait aujourd'hui en vertu de la dépêche du général Bazaine dont il envoyait la copie.— Quant au colonel Larrumbide, il annonce qu'il obéira aussitôt qu'il sera relevé de la maladie qui l'empêche en ce moment de partir.

» Le S, Secrétaire au département de la guerre, »

J'ai donné fidèlement ces deux récits si différents Tun de Tautre, et je laisse aux lecteurs le soin de conclure.

Dans le premier, M. de Kératry parle de deux coups de revolver qui ont fait long feu, tirés sur lui face à face, sans provocation aucune, par le colonel réactionnaire Larrumbide qui, dans son propre récit, se trouvait placé derrière lui, ce qui ne se comprend pas plus que le coup de pointe dirigé contre sa personne par l'autre officier.

Dans le second, le général Méjia prétend que la troupe du colonel Dupin s'était emparée par force des logements qui étaient le mieux à sa convenance, sans tenir compte de ceux qui lui avaient été préparés par le préfet de la localité, et que, dans celui du colonel Larrumbide, il s'était élevé une rixe à la suite de laquelle cet officier supérieur, ce qui se comprend fort bien, avait tiré un pistolet pour contenir un officier français qui lui avait donné une poussée et voulait s'emparer de vive force de son logement.

Maintenant, que M. Larrumbide ait eu tort de ne pas s'incliner purement et simplement devant les exigences de M. de Kératry, cela ne nous regarde pas : qu'il ait eu encore tort de s'armer d'un pistolet pour s'opposer à l'attaque de son agresseur, cela se peut au point de vue de l'omnipotence de la soldatesque; qu'à ces deux premiers torts, enfin, il ait joint celui, plus, grand encore, de ne pas comprendre qu'en trahissant son pays pour un prince qui ne se doutait pas même de son existence, il s'était placé volontairement

dans une position subalterne vis-à-vis des étrangers qui venaient imposer ce prince à la pointe de leurs baïonnettes, ce sont là des questions tout à fait secondaires, qui ne tiennent en rien au fait principal, et dont je n*auraîs certainement rien dit si je n'avais voulu établir, une fois de plus, l'immoralité de ces guerres d'invasion où, sous prétexte qu'ils ont pour eux la force, les soldats ne respectent rien et fout aussi bon marché de leurs amis que de leurs prétendus ennemis.

Situation de Tarchiduc à, Mexico. — L'abbé Testory et l'arehevéque. — Promenade à, llntérieur. — Retour à Mexico. — Rapport du maréchal Bazaine.

Pendant ce temps, que faisait Tarchiduc?

L'archiduc dormait, comme disait en 1848 M»"® de Girardin en parlant du héros des journées de juin, il dormait ou disait intérieurement son tnea culpa.

Jusqu'au il juillet il n'avait pris que deux mesures d'une certaine importance, et chaque fois il avait trouvé le moyen de se couvrir de ridicule.

La première il s'agissait d'un guerrillero.

Maximilien avait signé sa grâce, heureux de se faire à si peu de frais un ami sur lequel il pourrait peut-être compter dans l'occasion; mais quand on chercha le gracié, il se trouva qu'il n'avait jamais été arrêté, et pour avoir voulu se montrer généreux, l'archiduc se vit exposé aux railleries des étrangers et des nationaux ; des conservateurs et des libéraux.

La seconde fois ce fut bien pis encore.

Fatigué des plaintes sans cesse renaissantes des prêtres et des dévots, il avait espéré gagner un instant de tranquillité en leur jetant un os à ronger, et avait consenti à leur rendre quelques-uns des édifices qui n'avaient point encore été vendus; mais il avait dû rapporter son ordonnance à la suite des réclamations du maréchal Bazaine et de M. de Montholon. D'où l'on concluait, ûon sans raison, que Maximilieu n'était empereur qu'à la condition d'obéir aux ordres du général en chef de l'armée française.

C'était bien la peine de faire tant de bruit, de tirer le canon, de sonner les cloches, de se donner un etnpereur à soi, pour voir le successeur de Moctezuma s'indiner ainsi devant la botte éperonnée du représentant des Tuileries!

11 est vrai que pour calmer un peu l'irritation que lui causaient ces deux déboires il pouvait, en forme de dictame, appliquer sur les blessures de son amour propre la soumission du général Uraga et l'adhésion du nouveau ministre des affaires étrangères, M. Fernando Ramirez.

Il n'avait pas fallu moins d'un mois pour décider ce nouvel homme d'État : un mois pendant lequel il avait refusé par trois fois une charge qu'il reconnaissait audessus de ses forces; mais comme il ne possédait aucune expérience, aucune idée, aucun tact politique ^ comme il était incapable d'exercer aucune influence ni sur les hommes, ni sur les choses, son acceptation ne signifiait absolument rien.

Quant aux grands hommes du parti impérial ; à ceux non moins grands, qui avaient donné leurs voix à Maximilien pour le faire empereur; les premiers n'avaient jamais existé que dans la cervelle des journalistes dévoués, pour cause, aux hasards de l'Intervention , et les seconds étaient, ou trop déconsidérés pour que leur maître pût les utiliser en ce moment, ou trop habiles pour se compromettre plus qu'ils ne Tétaient déjà aux yeux de leurs compatriotes.

D'autre part les suppôts de l'archevêque continuaient au lit des mourants la guerre commencée par ses ordres aux lois de réforme.

Il y avait alors à Mexico un certain baron de Grox. D'où venait-il? — Je l'ignore, attendu que ce nom n'est point espagnol : mais il était malade, bien malade à ce qu'il paraît, et il avait sur la conscience deux gros péchés : il avait prêté serment à la Constitution de 1837, et s'était permis d'acquérir un certain nombre de propriétés ecclésiastiques.

Il était en outre catholique, autant du moins qu'on le peut être dans sa situation, et avait jugé prudent, avant de dire un dernier adieu aux hommes et aux choses de ce monde, de déposer une confession générale, pleine, entière, de tous ses méfaits, dans le sein de Tabbé Testory, alors aumônier en chef de l'armée, aujourd'hui, si je ne me trompe, chanoine honoraire de Saint-Denis.

L'abbé, plein de respect pour ses supérieurs hiérarchiques, demanda à l'archevêque l'autorisation de délivrer les secours

de son état à ce pêcheur repentant; mais on lui posa des conditions qui lui répugnèrent et il finit par s'abstenir au grand contentement des dévots, et au scandale non moins grand des gens à courte vue qui ne comprennent pas que le clergé doit rester tel qu'il est ou perdre, par son abdication, la raison en vertu de laquelle il existe encore dans certains pays. Cette abstention fit du bruit. L'archevêque Labastida prétendit, à la façon des Jésuites, retrancher son intolérance derrière l'autorisation conditionnelle qu'il avait donnée à l'abbé Testory, et celui-ci, mis en cause par son chef, adressa les deux lettres qu'on va lire au général Bazaine.

CORPS DU MEXIQUE. ]yo \ ,

.. ^ ^ « Mexico, 46 iuillel 4864.

CABINET DU GÉNÉRAL EN CREr. ^ '

v^ » Mon général,

» Monseigneur rarchevéque de Mexico, m^ayanl demandé un certificat constatant qu'il m*a donné Tautorisation d'assister M. le baron de Grox, j'ai l'honneur de vous adresser copie de la pièce que j'envoie à Sa Grandeur.

» Elle constate l'autorisation qui ne m'a été donnée que sous des réserves spéciales que ma conscience ne m'a pas permis d'accepter.

» J'ai l'honneur d'être, etc.

» L. Testory,

» aumônier en chef, »

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