‹ Documents officiels recueills dans la secret́airerie privée de Maximilien: Histoire de lChapitre 6 sur 54 · PLAINTE DE MADAME MUNOZ-LEDO · texte numérisé non relu

PLAINTE DE MADAME MUNOZ-LEDO

Madame Clara Garro de Munoz-Ledo prévient M. de Saligny qu'en recevant de rinterventeur, D. Manuel Ferez, le linge elles Vêlements à Tusage personnel de la famille qui lui ont été remis avec quelques autres meubles et quelques autres objets par ordre même de M. de Saligny, elle a constaté tout d'abord qu'il lui manquait ce qui suit :

15 douzaines de gants de chevreau, légitimes Jouvin ;

1 Id. en filets;

2 Id. de bas en fil d'Ecosse ;

1 Id. de bas de soie, première qualité ;

3 Jupons en mousseline de coton ;

3 pièces de toile de Hollande;

4 réveil-matin.

Ces objets étaient placés dans les armoires d'une salle dont elle avait laissé les clés à M. de Saligny sur sa propre demande. Par conséquent, on doit supposer qu'ils en ont été enlevés ou placés dans un autre lieu avec son autorisation.

Elle n'a pas retrouvé non plus une boîte recouverte de peau, contenant un Atlas général de la République relié en velours, et enrichi d'ornements en or, en argent et en émail ; bijou précieux qui se trouvait dans le tiroir d'un lavabo placé dans la garde-robe contiguë à la chambre qui donne sur la rue, et dont elle avait conservé la clé. — En conséquence, elle a dû être enlevée en fracturant la serrure de ce meuble, ou en la forçant d'une autre manière.

Mexico, 14 mai 1861.

Signé Munoz-Ledo.

La réponse de M, de Saligny, toute entière de sa main, est datée du même jour. Elle est écrite sur papier libre et ne porte pas de signature. La voici, telle qu'elle est conservée dans les archives du gouvernement mexicain.

« Le ministre de France en permettant à W^^ Munoz-Ledo de laisser les effets à son usage personnel dans les armoires qui garnissent la maison de la rue Vergara (permission dont, par parenthèse, M"''' Munoz-Ledo a étrangement abusé en se refusant obstinément, pendant plus de 4 mois, à retirer ces objets) le ministre de France a toujours ignoré ce que contenaient les armoires dont M""* Mufîoz-Ledo avait naturellement conservé les clés; comme il ignore ce qui a été retiré desdites armoires par les personnes chargées par M"'® Munoz-Ledo d'en faire Touverture.

» L'assertion de M"'« Mufioz-Ledo qu'elle aurait laissé au ministre de France la clé d'une armoire contenant ses robes, chemises, etc., renferme à la fois un non sens et un mensonge qui se réfutent d'euxmêmes. ^

» En ce qui touche l'Atlas mentionné par M'"*' Munoz-Ledo, tout ce que sait le ministre de France c'est que, peu après son arrivée dans le pays, il a entendu parler d'un Atlas qui aurait été fait, dans le temps, par les soins et aux frais du gouvernement mexicain, pour être offert à S. M. l'empereur des Français. Cet Atlas avait disparu et Von accusait tout haut M. Munoz-Ledo de V avoir soustrait.

» L'accusation aussi stupide qu'ignoble d'avoir forcé et fracturé une armoire est trop méprisable, et par sa nature même et par la source d'où elle émane, pour que le ministre de France s'abaisse à y répondre. Il se bornera à remettre la note de M'"« Munoz-Ledo au gouvernement pour que celui-ci î»gisse selon qu'il le jugera convenable.

» Le ministre de France convaincu qu'on ne peut que se salir au contact de certaines gens, ne veut avoir aucun rapport avec la famille Munoz-Ledo.

» Mexico, 14 mai 1861. »

Il ne m'appartient pas de me prononcer sur la valeur, je dirai plus, sur la moralité de ces deux accusations. Je constate seulement que M"^^ Munoz-Ledo, femme d'un exministre de M. Miramon, accusait M. de Salîgny, ministre du gouvernement français, de lui avoir volé un Atlas de la République, relié en velours, avec ornements en or, en argent et en émail, en fracturant le tiroir d'un lavabo, et que M. de Saligny, tout en reconnaissant l'existence du susdit Atlas, accusait à son tour M. Munoz-Ledo de l'avoir volé.

La question reste pendante entre eux et je continue la suite de ma narration.

Difficultés que rencontrait M. Juarez pour rétablir

Vordre dans la République.

Pendant ce temps la révolution commencée au Mexique, pour y implanter la réforme, poursuivait ses phases nor-^ maies au milieu d\me série d'épreuves dont les résultats indiquaient chaque jour sa force d'expansion particulière et Tappui qu'elle rencontrait dans les masses jusqu'alors exclusivement soumises aux tendances rétrogrades du clergé. En 4858, tout le monde pensait qu'il lui serait impossible d'en finir avec ce pouvoir colossal, qui disposait de ressources aussi immenses, et comptait en outre sur les secours indirects que lui valait la reconnaissance du coup d'État par les représentants de la France et de l'Angleterre. La lutte avait été vive, longue et terrible, mais enfin elle s'était terminée par le triomphe complet de la révolution, et ce triomphe était d'autant plus glorieux qu*il avait été plus chèrement disputé. Mais aussitôt que le gouvernement légitime voulut traduire en faits les principes régénérateurs proclamés par la réforme, la réaction vaincue sur les champs de bataille de Loma-Alta, Penuelas, Silao, Calderon et CapulalpaiÀ, releva soudainement la tête, et essaya de mettre à profit les difficultés que rencontrait le gouvernement constitutionnel dans son grand travail de réorganisation sociale, politique et administrative, interrompu par les trois années de lutte qu'on venait de traverser. Les restes encore armés de ce parti se réunirent par petites bandes dans les lieux ou l'action du gouvernement n'aurait pu s'étendre qu'après avoir complètement pacifié l'intérieur, et, chose triste à avouer, ces hordes sans couleur politique, qui même ne cachaient aucune de leurs espérances anti-sociales, trouvaient un appui, non-seulement chez les hommes qui s'attribuaient, je ne sais trop pourquoi, le privilège exclusif I. 4

des gentiraents d'ordre et de modération, mais, ce qui est pis, chez plusieurs représentants des nations étrangères. La diplomatie qui avait déjà commis la faute, pour ne pas dire plus, de reconnaître Taborainable dictature d'un Zuloaga et d'un Miraraon, s'oublia de nouveau jusqu'au point, je ne dirai pas de pactiser ostensiblement, mais de voir avec un certain plaisir les courses de ces malfaiteurs qui se montraient, ci et là, sur les points sans défense, et signalaient en tous lieux leur passage par l'assassinat et la ruine des propriétés (1). Quelques-uns des membres du corps diplomatique ne prenaient pas même la peine de dissimuler leur sympathie en faveur des efibrts que tentait le parti réactionnaire, vaincu et méprisé, pour s'emparer de nouveau du pouvoir; plusieurs des individus les plus compromis dans les événements des trois dernières années avaient trouvé un asile dans leurs légations, et protégés par les privilèges inhérents à ces demeures, ils pouvaient impunément y tramer de nouvelles conspirations (2).

(4) Le général Marquez, l'un d'eux, Commandeur delalegmi d'honneur par la grâce de rintervention, dans le courant du mois de mai 1864, (it enlever de sa propriété M. Melchior Ocampo, ancien ministre de M. Juarez, un des hommes les plus purs de la Répubhque, et Tassassina lui-même, le 3 juin suivant, à Tepiji del Rio, parce qu'il refusait de lui souscrire un billet de 5,000 piastres pour payer son rachat.

Le 23 du même mois, il fit fusiller le général Leandro Valle, et son aide-de-camp M. Achille Collin.

La première de ces généreuses victimes a été fusillée par derrière, sous prétexte que le général, en prêtant serment au gouvernement constitutionnel, avait trahi la religion catholique; la seconde, née en France ainsi que l'indique son nom, ayant appris que son général avait été fait prisonnier, s'était généreusement présenté au camp de Marquez pour y partager le sort de son chef, et fut en récompense fusillé, puis pendu.

Enfin, il commandait la bande de voleurs qui avait assassiné quelques jours auparavant, un autre de nos compatriotes, M. Pierre Lacoste, ainsi que cela résulte d'un rapport inséré dans le numéro de V Estafette du 43 mai 4864.

(2) Le général Robles, l'un d'eux, arrêté quand il se rendait au camp des alliés, et dont la mort juste, puisque c'était celle d'un

Cependant les champions de la réforme surmontaient tous ces obstacles, et continuaient à travers des périls de toute espèce leur œuvre de réorganisation sociale et administrative. La diplomatie avait beau s'ingérer à détruire le préstige du gouvernement, à lui enlever ses ressources, à fomenter la discorde jusqu'au sein même du congrès, lui, fort de l'opinion publique et de la coopération des Etats, en terminait avec quelques-unes des baiides qui dévastaient le pays : il cherchait à rétablir la sécurité sur les chemins, essayait un nouveau système de crédit, extirpait petit à petit les abus qui subsistaient encore dans l'armée et confondait avec des faits et des résultats positifs ceux qui calomniaient et combattaient la révolution. C'est que la réforme ne ressemblait en rien aux insurrections qui s'étaient jusqu'alors produites dans le pays. Elle était sortie véritablement des entrailles du peuple qui voulait en finir à tout prix avec le régime des pronunciamientos; elle était soutenue par les masses qui ne voulaient plus se soumettre aux caprices des classes privilégiées, et qui pour marcher d'un pas sûr dans la voie de la civilisation et de l'ordre, repoussaient à la fois le despotisme inintelligent du sabre et l'influence corruptrice du confessionnal. Mais au Mexique comme partout ailleurs, et de nos jours comme dans toutes les époques, il était dit que les réformes ne pourraient s'opérer que sur les ruines du passé et malgré les tendances de la diplomatie.

Ce fut au milieu de toutes ces difficultés inséparables de la condition d'un gouvernement qui veut s*ériger en réformateur, qu'il fut question pour la première fois de l'intervention, et je vais dire à quelle occasion.

Le gouvernement mexicain avait plusieurs fois célébré avec ceux de France et d'Angleterre des traités ou conventions particulières pour le paiement des dettes extérieures

traître, a été cependant si vivement reprochée au gouvernement constitutionnel, était resté caché, pendant plus de trois mois, dans l'hôtel de M. de Saligny, y avait conspiré pendant tout ce temps, et n'en était sorti qu*au, moi» d'avril 1864, c'est-à-dire, plus d'un mois après que ce miniftjçe ise fût décidé à présenter ses lettres de créance.

du paya. Ces traités étaient principalement hypothéqués sur les revenus des douanes, dont une partie était affectée à leur exécution, et ils furent religieusement respectés tant qu'il fut possible au gouvernement mexicain de faire face à la situation (i). Mai» il arriva un jour où ce gouvernement, dominé par les nécessités du trésor, fut obligé de soumettre la question au congrès. Ce jour là, — J7 juillet 1861, — le congrès publia une loi pbur suspendre , pendant deux années, le paiement de toutes les conventions, et les ministres étrangers en profitèrent pour exercer sur le gouvernement une pression au nom de tous les intérêts qui se trouvaient en jeu.

Toutefois leur action ne fut pas aussi unanime qu'on pourrait se l'imaginer. M. de Saligny, cela est vrai, suspendit immédiatement ses relations avec le gouvernement mexicain (2) ; mais le ministre anglais, sir Charles Wyke, prit la chose plus diplomatiquement. 11 en résulta un échange de notes entre lui et le ministre des affaires étrangères, M. Zamacona; et comme cette correspondance, mieux que tous les raisonnements faits et à faire, peut servir à faire connaitre la moralité des faits qui se sont passés depuis, je vais en donner l'analyse.

M. Zamacona, après avoir déclaré, ce qui était parfaitement vrai, que le congrès ne s'était décidé à cette suspension momentanée que sous l'empire de la plus impérieuse des nécessités, ajoutait que si le gouvernement avait continué, comme il l'avait fait jusqu'alors, à prélever sur les revenus des douanes, les seuls revenus sérieux, le montant des conventions pour en effectuer le paiement aux créanciers étrangers, il se serait trouvé dans Vimpossibilité de

(i) J'ai déjà dit que pendant les trois années qu'avait duré la guerre civile, les ministres européens, bien qu'ils ne reconnussent pas le gouvernement de M. Juarez, avaient cependant, par une inconséquence qui n'a d'explication que dans l'abus brutal de la force, exigé de lui le paiement intégral de toutes les dettes du pays. Les 660,000 piastres volées par le fameux Marquez, avec circon» stance aggravante d'effraction des sceaux de la légation britannique, avaient été fournies par le gouvernement cMistitutionnel.

(2) Voir sa dépêche à M. de Thouvenel, en date du 27 juillet 4861.

maintenir Tordre, faute de ressources, et que d'ailleurs retarder un paiement n'était point un refus, encore moins un vol, ainsi que le prétendait M. de Saligny,

M. Zamacona aurait pu se faire plus explicite. Il aurait pu abriter son pays derrière Topinion des publicistes qui ont? traité cette question de VimpossibiHtéy et qui tous, il faut en convenir, Tont résolue dans un sens favorable au Mexique.

C'est d'abord Martens. Voici comment s'exprime cet auteur :

« L'impossibilité physique, dil-il, dans laquelle une nation se Irou- » veraît d'accomplir un traité, le rend non obligatoire, mais ne la » dispense pas d'une indemnité, si cette impossibilité a été prévue » ou causée par sa faute ; il en est de même de Timpossibililé mo- » raie (1). »

Puis Heffter, dont voici les paroles textuelles :

« Une convention est frappée d'invalidité, soit à cause d'une im- » possibilité d'exécution absolue ou relative, existant déjà lors de l'ori- » gine de la convention, soit à cause d'une imposséilité survenue » particulièrement à la conclusion de la convention, soit enfin à » cause d'un changement arrivé dans les circonstances qui ont motivé » la conclusion de la convention (2). »

Enfin Vattel qui déclare nettement, en parlant des difficultés qui pourraient s'opposer à Taccomplissement d'un traité, t que nul n est tenu à rimpossible (3). »

Il aurait également pu lui faire l'historique des difficultés sans nombre créées au Mexique par la convention célébrée à Veracruz, dans les premiers mois de Tannée 1859, entre le gouvernement de M. Juarez et les amiraux Dunlop et Penaud, et il aurait trouvé dans cette simple exposition assez de faits pour asseoir la conviction du ministre anglais.

En effet, l'acte de Londres, signé le 31 octobre 1861, dans le but ostensible d'exiger des autorités mexicaines

(1) Précis du Droit des Gens, 1. 1, p. 145, art. 53.

(2) Heffler, Dus Europacische Volkerscht, 4« édition, art. 98, p. 180.

(3) Droit des Gens, 1. 1, liv. IV, chap. IV, § 5, p. 325.

une protection plus efficace pour la personne et les propriétés des sujets anglais, espagnols et français résidant au Mexique, et l'exécution stricte de tous les traités célébrés entre les gouvernements d'Angleterre, d'Espagne et de France; d*une part, et la République mexicaine de Tautre, cet acte, dis-je, dont j'aurai bientôt à m'occuper d'une manière toute spéciale, n'était que le second acte d'une tragédie préparée depuis longtemps par MM. de Gabriac et Otway, alors ministres de France et d'Angleterre, et qui aurait eu son dénouement dès le mois de décembre 1858, si les amiraux Dunlop et Penaud, envoyés à Veracruz pour y présenter, pour y soutenir au besoin les réclamations de leurs nationaux, avaient consenti à servir les haines que nourrissaient ces deux ministres contre le gouvernement légitime de M. Juarez.

Alors, aussi bien qu'en 1861, il était question de faire respecter les conventions conclues entre le Mexique et les gouvernements européens, et de soutenir les plaintes des créanciers de la République contre l'irrégularité des paiements qui devaient leur être faits. Si même ma mémoire n'est point en défaut, M. de Gabriac, dès le 25 novembre 1858, avait expédié un ultimatum à M. Gutierrez Zamora, alors gouverneur de l'État de Veracruz, pour le sommer d'acquitter dans les trois jours qui suivraient la réception de sa missive, les termes échus des dividendes garantis par la douane de cette ville, 160,000 piastres, soit un peu plus de 800,000 francs, en le prévenant que, ce délai expiré, si les créanciers n'étaient point satisfaits, il remettrait l'affaire entre les mains de l'amiral Penaud, auquel il expédiait l'ordre de s'emparer de ce port, quitte à le bombarder si cela était nécessaire, et à le livrer ensuite à ses amis de Mexico.

M. Penaud, j'ai hâte de lui rendre cette justice, ne tint aucun compte de ces injonctions passionnées. Il voulut voir de ses propres yeux. Il s'enquit des faits qui s'étaient passés, et après avoir froidement étudié la situation des choses et des partis, il se prononça catégoriquement contre la guerre à outrance que faisait M. de Gabriac au gouvernement constitutionnel, en signant avec ce dernier un traité qui, s'il

laissait à désirer du côté de la modération, n'en restera pas moins dans l'histoire du Mexique, comme un témoignage manifeste du bon vouloir de son auteur.

Je dis de son bon vouloir, et c'était, je l'avoue franchement, tout ce qu'il était moralement possible d'attendre de son intervention.

PoCur être juste, il aurait fallu qtre 31. Penaud répondît à M. de Gabriac que du moment où M. Juarez n'était pour lui qu'un insurgé (1), c'était au gouvernement de Mexico, le seul reconnu par la France et l'Angleterre, que les ministres de ces deux puissances devaient présenter leurs réclamations. Hais pour agir ainsi, il aurait fallu avoir le courage de désapprouver hautement la conduite tenue par ces ministres, une année auparavant, et les deux amiraux, tout en la condamnant par leurs actes, n'osèrent pas aller au delà. Ils placèrent les deux gouvernements, celui de Mexico et celui de Vera-Cruz sur la même ligne, et ne pouvant atteindre le premier, ils exigèrent du second la stricte exécution des traités consentis par lui avant la perpétration du coup d'État.

Toutefois, il aurait été souverainement injuste, je dirai plus, déloyal, dans le cas où le gouvernement constitutionnel, épuisé par la guerre civile qu'il soutenait depuis plus d'une année, se serait trouvé dans l'impossibilité de faire face à l'arriéré de sa dette, de profiter de la présence des escadres, ainsi que le voulait M. de Gabriac, pour s'emparer de Vera-Cruz et livrer cette ville à la réaction. M. Dunlop le comprit aussi bien que M. Penaud, et voilà pourquoi, tout en constatant que le traité qu'ils signèrent en cette circonstance laissait beaucoup à désirer du côté de la modération, j'ajoute, cependant, que ce traité n'en restera pas moins dans l'histoire du Mexique comme un témoignage manifeste du bon vouloir de ceux qui l'ont négocié.

Ce traité assignait au payement de la convention française, une somm« de 35 p. c, à prélever sur les produits

(4) C'est, comme on le voit, le langage tenu dernièrement au Corps législatif, par M. Rouher.

des douanes, provenant de tous les navires d'origine fran*çaise.

Il assignait également pour le paiement de la convention anglaise, une somme de 5t p. c., à prélever sur les mêmes produits, provenant de tous les navires d'origine anglaise.

De plus, les frais de gérance, montant environ à 30 p. c, restaient encore à la charge du gouvernement mexicain, ce qui faisait que, sur les revenus de la douane provenant d'importation française, il ne lui restait, tous frais payés, que 35 p. c. ; et sur celles qui provenaient des navires anglais, que 19 seulement.

35 p. c dans certains cas, 49 dans les autres, et voilà cependant le gouvernement dont les ministres de M. Bonaparte ont tant accusé la mauvaise foi !

M. Zamacona aurait pu ajouter bien d'autres choses encore en faveur de son malheureux pays. Malheureusement on ne songe jamais à tout. Au lieu de s*étendre sur leurs causes, il se contenta de parler de ses embarras du moment, et sir Charles, ignorant sans doute ce qui s'était passé avant son arrivée , lui répondit en véritable moraliste qu'un homme pouvait bien se justifier à ses propres yeux, d'avoir volé un pain, en se disant que la nécessité la plus impérieuse l'y avait contraint, mais que cet argument, au point de vue moral, ne pouvait justifier la violation de la loi, laquelle restait positive, et aussi privée de sentimentalisme que si le crime n'avait point eu d'excuse. « Si la faim de cet » homme, disait-il, était si grande, il devait, avant tout, > supplier le boulanger de venir à son secours, et ne pas » s'emparer lui-même du pain dont il s'agit (I). »

La réponse à cet apologue était contenue tout entière dans l'article 8, ainsi conçu, des instructions données le 30 avril précédent, à M. A. de la Fuente en l'envoyant en Europe, pour y représenter le Mexique auprès des gouvernements de France et d'Angleterre.

« 8. Une autre des affaires les plus importantes pour le Mexique est la liquidation complète de sa dette. M. Fuente, en sa qualité d'ancien ministre des affaires étrangères et des finances, doit savoir

(1) Dépêche du 22 juillet 1864,

par lui-même que les exigences, en matière de réclamations, sont arrivées au point dé mettre la cation dans Timpossibilité de remplir religieusement ses compromis, bien que, pour y faire honneur, elle ait été obligée de sacrifier, et elle ait en effet sacrifié la plus grande partie de ses revenus en grevant les doitanes maritimes de telle sorte que ces produits, en ce moment^ suffisent à peine au paiement des employés de cette administration. Dès lors M. Fuente comprendra combien il est important qu'il consacre tous ses soins, tout son esprit à établir la vérité suivante : tant que les réclamations continueront^ comme elles le font à s'agglomérer, tant que les exigences, en fait de réclamations, seront aussi grandes, la possibilité du paiement sera moindre parce que Von n« peut y faire face qu'en éternisant les dettes et en les exposant à toutes les éventualités de la fortune publique. Cette situation, véritable dans tous les temps. Test encore davantage aujourd'hui que le gouvernement a besoin de plus grands moyens de conservation et surtout de Télément efficace de l'argent, pour arriver à la pacification entière de la République, pacification dans laquelle les étrangers ne sont pas moins intéressés que les Mexicains, puisque la paix seule peut garantir tous les intérêts, et que ce n*est qu'à son ombre que Ton peut organiser l'administration en exploitant des éléments de richesses qui doivent activer l'industrie et le commerce et rendre plus facile l'accomplissement de toutes les obligations en matière de payement. M. Fuente doit donc mettre en œuvre tous les moyens que lui suggéreront son esprit pour obtenir, soit du gouvernement de l'empereur, soit des créanciers eux-mêmes, un moment de répit, en leur faisant comprendre que ce délai est indispensable à l'accomplissement des compromis que le pays a contractés, parce qu'il est évident que tant que le gouvernement ne possédera pas les ressources nécessaires à sa pacification complète, celle-ci sera retardée au grand préjudice des intéressés dont le payement doit forcément se ressentir du plus ou moins de moyens que le gouvernement aura à sa disposition pour rétablir et assurer l'ordre public. Dans ce but, M. Fuente pourra faire valoir l'attention scrupuleuse que le gouvernement légitime a mise à remplir ses engagements, même au milieu des nécessités sans cesse renaissantes de la dernière guerre qui, peutêtre, ne se serait pas autant prolongée si les créanciers de la nation avaient été moins exigeants. Le gouvernement ne veut pas qu'à l'avenir il y ait de nouveaux troubles ou de nouveaux motifs de plainte, et pour arriver à ce résultat il désire compter avec la coopération de ses créanciers (4). »

(i) Instructions de M. de la Fuente, en date du 30 avril 4861.

— ri8 —

Mais, je le répète, on ne songe jamais à tout.

Toutefois, la porte était ouverte aux explications, M. Zimacona en profita, et s'emparant habilement de Tapologue pour revenir à la charge, il répondit : « S'il est permis de » se servir d'un pareil moyen pour expliquer la conduite

> du gouvernement mexicain et justifier ses procédés, il » faudrait plutôt les comparer à celle d'un père de famille T> chargé de dettes qui, n'ayant à sa disposition qu'une

> faible somme, à peine suffisante pour apaiser la faim de » ses enfants, l'emploierait à acheter du pain, au lieu de » satisfaire avec elle une partie de ce qu'il doit à ses créan- » ciers (i). > Puis, faisant un appel chaleureux aux sentiments personnels de sir Charles, il lui demandait si, < dans » le cas où le représentant du gouvernement britannique

> serait lui-même un membre de cette pauvre famille, il » oserait qualifier aussi sévèrement la conduite du père » envers ses enfants; > et sir Charles, comme il était facile de le prévoir, oublia de répondre à une question aussi embarrassante.

Il est certain que le gouvernement du Mexique se trouvait alors dans une bien triste situation, et je n'hésite cependant point à dire que s'il n'avait eu à faire face qu'aux exigences de l'Angleterre, il aurait probablement obtenu du temps pour payer; quant à sir Charles qui avait à la fois à répondre aux doléances de M. Zamacona et aux réclamations des négociants anglais, il se conduisit dans toute cette affaire avec autant de condescendance que de précision, et il en sortit, ce qui était difficile à plus d'un titre, à la satisfaction de tout le monde.

(\) Réponse de M. Zamacona, en date du 25 juillet 1861.

Des dettiies du Mexique et de leur origine.

Quelque temps avant la promulgation de cette loi , une députation du commerce anglais s'était présentée à Londres, chez le comte Russell, alors ministre des affaires étrangères, pour le prier d'intervenir en leur faveur au Mexique, et en avait reçu pour toute réponse cette déclaration répétée peu de jours après par lord Palmerston à la chambre des communes (i) : « Que jamais le gouvernement anglais

> n'avait pris de mesures pour contraindre les nations étran- » gères à payer les sommes dont elles pouvaient être rede- » vables envers ses nationaux; que tout ce qu'il pouvait » faire, c'était d'employer ses bons offices pour engager le

> gouvernement débiteur à s'exécuter, et que, s'il avait du

> faire la guerre pour des cas pareils, il y avait longtemps

> qu'il l'aurait déclarée à l'Espagne elle-même. >

Il résulte de cette réponse que le gouvernement anglais n'était point alors décidé à agir, et qu'il ne l'aurait probablement jamais fait s'il n'y avait été en quelque sorte contraint par les exigences de l'Espagne et les plaintes sans cesse renaissantes du gouvernement impérial. Mais avant d'expliquer comment il y fut amené et dans quelle proportion il consentit à faire partie de l'expédition, il est nécessaire, pour Tintelligence de ce qui va suivre, de m'expliquer tout d'abord sur les dettes du Mexique et sur leur origine.

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