MARTYRS
Antienne : Isti etenim maximo digni sunt honore^ etc.
Reliques de la Saincte Chapelle [planche XI].
La Saincte Chapelle, ou un autel orné de ses nappes blanches, avec un bord à l'entour conpponné de France et de Bourgogne pures, avec des franges pendantes orangées. Sur lequel se void la petite croix d'or de son ornement ordinaire et une grande croix servant d'enchasseure à du boys de la Vraye Croix. Ensemble une aultre de mesme sorte, mais en forme de croix patriarchale avec double croixsillon, remplie aussi du boys de la Vraye Croix. La couronne d'espines enchâssée dans une couronne d'or. Et le chef sainct Louys, couronné et vestu d'or, painct en couleur de chair (les cheveux gris, la barbe rase ', mais paraissant la racine grisastre), sans estre supporté par des anges, comme il a esté faict.
1. La barbe « rase » et non rasée; Peiresc entend sans doute parler ici d'une barbe courte ou coupée avec des ciseaux, caria barbe est visible dans le dessin qui reproduit cette miniature. Remarquons, à ce propos, que le chef de saint Louis, dans la grande chasse de la Sainte Chapelle gravée dans l'ouvrage de Morand {Histoire de la Sainte-Chapelle, p. 40}, est ornée d'une barbe courte,
38 LIVRE d'heures
Devant cet autel, il y a cinq figures à genoulx, l'une du roi Louis Huttin \ ayant un gros visage jouffleu (comme il est en son tombeau, et comme il estoit en la sale du Palais), la barbe rase, mais dont les racines paroissent blondes, et sa couronne d'or par dessus. Sa chevelleure longue est fort blonde. Il est vestu d'un sercot de couleur de rose, à grand capucchon pendant derrière les espaules, fourré, les manches couppées et si amples qu'elles font quasi l'effect du camail des evesques, ses mains sont joinctes et ses bras vestus d'orangé.
Derrière luy est la royne Jeanne de Bourgogne ' sa femme, couronnée, vestue de sa robbe de mesme couleur de rose un peu plus grisastre, à grand chapperon r'abbattu sur les espaulles, fourré de vair, et les longues manches pendants des deux costez (et rendants l'effect d'un manteau), lesquelles sont fendues et en sortent les bras vestus d'orangé.
Derrière le roy, il y a un jeune prince % teste nue, vestu d'orangé, les mains jointes; derrière la royne, il y a un vieille matrone vefve avec un couvre-chef blanc qui lui enveloppe la gorge et le menton, vestue néanmoins de verd, laquelle peut estre Agnès, fille de sainct
tandis qu'il est sans barbe dans la grande gravure {Le chef de saint Louis) qui forme le frontispice de l'édition de Joinville, donnée par Ducange.
I. Ce prince n'est certainement pas Louis Hutin, mais Philippe de Valois : ce qui le prouve incontestablement, ce sont les armes de France et de Bourgogne alternées sur la nappe de l'autel (les armes de France pour le roi Philippe de Valois, celles de Bourgogne pour la reine Jeanne de Bourgogne, sa femme) et qui ne peuvent faire allusion à Louis Hutin et à sa première femme, Marguerite de Bourgogne, puisque cette princesse fut l'épouse, non du roi Je France, mais du roi de Navarre, comte de Champagne, Louis Hutin ayant seulement régné en France de i3i4 à i3i6. Au reste, le roi ici représenté rappelle beaucoup, avec sa figure courte et large, ou ce « gros visage jouffleu » comme s'exprime Peiresc, le Philippe de Valois de la peinture sur fresque exécutée, sous le règne de ce prince semble-t-il, au-dessus de la porte de la chartreuse de Bourgfontaine, en Valois, et reproduite par Montfaucon {Les Monumens de la monarchie française, t. II, p. 286).
S.Jeanne de Bourgogne n'était pas la femme du roi Louis Hutin, comme le veut Peiresc, mais bien celle du roi Philippe de Valois. Il faut donc ici laisser subsister son nom, si l'on considère avec nous que Peiresc, huit lignes plus haut, s'est trompé en nommant le roi Louis Hutin.
3. Le prince Jean, plus tard roi de France. Il était né en 1 3 19 et avait, par conséquent, une douzaine d'années, lors de l'exécution du livre d'heures.
Louys, mère d'icelle Jeanne '. Il y a encor une teste dont il ne paroit que le visage-.
La tapisserie de derrière est violette et toute remplie de testes d'anges ou de saincts priants Dieu, marquez en clair et brun.
A l'entour, il y a un singe armé d'un espieu et d'un escu mi-party de Navarre et de France, combattant avec un champion armé d'un escu de Navarre, et d'un bouton sur lequel le singe vise; un aultre petit garçon frappant le singe avec un aultre espieu. Un aultre singe qui joue des timballes dorées, auprez d'un marmouset qui joue du violon. Un troisiesme singe qui tient un autre engin incongneu et une femme laquelle porte une aultre femme sur ses deux espaulles, toute droicte, les pieds plantez sur lesdites espaules comme les forces des batelleurs.
[Ci finent les heures monseigneur saint Loys, roV de France
ET confesseur].
Et tout ensuitte, mais en article separe's, de diverse main et diverse rubrique et plus menue escriture.
Et ci après commencent les petites heures de la Croiz que l'en apele les Heures du Pardon, les queles le saint Père LE PAPE Jehan le vint et deusiesme fist et establi a dire en la remembrance de la Passion Nostre Seigneur Jhesu Crist, et ostroia a tous et a toutes qui devotement le diront.
A Matines. Il met la capture de Nostre Seigneur dans le jardin d'Ollivet.
1. Agnès de France, duchesse douairière de Bourgogne, étant morte en 1327. c'est-à-dire l'année qui précéda l'avènement de Philippe de Valois au trône, il est impossible, dans notre système, de reconnaître en elle la « matrone » de la planche XI.
2. Cette autre personne, placée entre le prince Jean et la « matrone», doit représenter Marie de France, la seule fille issue du mariage de Philippe de Valois avec Jeanne de Bourgogne; cette princesse, mariée par contrat le 8 juillet i332 au fils aîné de Jean III, duc de Brabant, mourut le 22 septembre i333 et fut ensevelie aux Cordeliers de Paris jAnselme, Histoire généalog. de la maison de France, t. I, p. 104). Dans ce cas^ on aurait une raison de plus d'attribuer le
Et au chatton ou cadeau de la lettre d''en bas, il y a une teste de soldat maillé de son camail qui luy munit le col, le menton et les oreilles, avec un heaulme doré mis par dessus, sans creste, ayant la visière levée, percée comme un crible.
A Primes sont mis les soufflets à teste voillée,
A Tierce, le portement de la croix.
A Midi, le crucifix mourant.
A NoNE, le crucifix mort et le coup de lance.
A Vespres, la descente de croix.
A CoMPLiE, rensevelissement.
Au cadeau d'en bas, un escusson mi-party de Navarre et de
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France, c'est-à-dire de la moitié de l'escarboucle (et non de Tescarboucle entière, au quel cas on diroit a party ») et de la moitié des fleurs de lis sans nombre, commenceants à l'assemblage du mitan de Fescu par des fleurs de lis parties, ce qui ne se seroit pas, si on disoit « party », car elles seroient entières.
Ce sont les vrayes armes de cette princesse Jeanne, fille du roy Louys Huttin, née auparavant la dissolution du mariage de sa mère, tandis que ce prince n'estoit que roy de Navarre. Elle met la Navarre devant la France, à cause qu'elle en estoit royne, et la France seulement pour marque de sa tige paternelle.
A un autre des cadeaux de la fin de cet oflice, y a un petit marmouset qui tient un escusson, penchant, de fleurs de lis sans nom-
livre d'heures aux environs de l'année i 33o. (Quelques années plus tard, après la naissance du duc d'Orléans, le plus jeune des enfants de Philippe de Valois et de la reine Jeanne, le miniaturiste aurait figuré deux princes.
bre, à la bordeure de gueuUes chargée de douze besants d'argent, telle que la borda Charles, comte d'Alençon ', lequel possible avoit
donné ou faict faire cez heures à cette princesse, si ce n'est que comme elles peuvent avoir appartenu à diverses personnes, chascune y aie faict insérer quelques marques de sa maison ^.
Ci après COMMENCE UNE OROISON DE NOSTRE DaME.
Doulce, etc.
Il y a une image de la Vierge debout portant un petit Jésus, devant la quelle est l'image de cette royne, à genoux et mains joinctes, vestue d'une robbe en forme d'un grand manteau de couleur de rose, doublé de vair, ayant comme un grand chapperon r'abbatu sur les espauUes comme ceux des hommes; les manches de ses bras orangées.
La tapisserie de derrière est faicte à losanges de Navarre, d'Evreux
et d'or; l'or diversifié de dragons, lyons, cinges, lièvres, daulphins, oiseaux et autres animaulx vrays ou imaginaires, umbrez et formez de seuls traicts de sable, selon l'usage de ce temps là.