SUR L ICONOGRAPHIE DE SAINT LOUIS I I
avons conservé le prototype '. Le Conseil d'administration de la Socie'té a cependant juge' utile de reproduire celles d'entre elles qui, avec la description de Peiresc, sont les derniers vestiges de quatre des miniatures de l'office de saint Louis.
Il est à peine besoin de recommander la lecture des descriptions de Peiresc : elles permettent de comprendre certains détails des diverses scènes de la Vie de saint Louis qui pourraient échapper à plus d'un observateur consciencieux,- elles ont, d'ailleurs, le mérite de fournir des renseignements complémentaires, tels que l'indication des fonds et de l'entourage des miniatures, négligés par l'habile auteur des dessins à la plume.
Les documents iconographiques que nous publions aujourd'hui se rapportent, on le voit, h deux classes différentes de l'art du xiv^ siècle. Le livre d'heures, exécuté par ordre d'un arrière-petit-fils de saint Louis pour une princesse du sang royal de France, trahit, dans l'illustration de l'office du saint roi, une préoccupation et une conception vraiment historiques : là, une série de huit miniatures prend le fils de Blanche de Castille dans sa jeunesse la plus tendre et le conduit jusqu'au cercueil. Les peintures des Cordelières de Lourcines, aussi bien que celles de la Sainte-Chapelle, appartiennent entièrement, au contraire, h l'art et à la tradition populaires : les huit scènes de la vie de saint Louis sont, comme dans les vitraux analogues de la sacristie abbatiale de Saint-Denis % empruntées à
1. Ces gravures sont, du reste, de plus grandes dimensions que les dessins à la plume : il a donc fallu les réduire dans d'assez fortes proportions pour les faire rentrer dans le format de notre publication, ce qui nuit très certainement au jugement qu'on doit porter sur elles au point de vue de l'art du graveur,
2. Montfaucon (Les Moniimens de la monarchie française, t. II, p. i58) donne une reproduction de ces vitraux qui appartiennent au commencement du XIV* siècle. A chacune des scènes qui y sont peintes est joint un vers latin qui explique le sujet représenté; nous croyons devoir transcrire ici ces titres comme point de comparaison avec les monuments que nous publions : i° Transit primo mare Christi Ludovicus amore ; — 2° Est istic sancitis Ludovictis carcere clausus ; — 3" Advocat hic natos Ludovicus , et instruit ipsos ; — 4<' Castigat sanctus Ludovicus vcrbere corpus ; — 5° Istic truncata Ludovicus colligit ossa ; — 6" Multum lepr[oso] datur hic cibus a Ludovico ; — 7° Celi dum moritur Ludovicus pace potitur ; — 8° Omnes abest morbus pro quo petit hic Ludovicus. — Ajoutons que Montfaucon décrit avec quelque détail (pp. i36ibg) ces divers sujets dont le troisième, le cinquième et le huitième (relatif celui-là aux miracles posthumes) n'ont été traités ni aux Cordelières ni à la Sainte-Chapelle.
« ces formulaires ou à ces programmes oraux que les artistes du moyen « âge se transmettaient pieusement et qu'ils n'ont guère modifiés ' ». Ici, comme cela s'est passé pour les saints les plus grands, les plus populaires, la vie du héros chrétien est défigurée, rapetissée; les traits choisis par les artistes « ne sont ni les plus significatifs, ni les plus beaux ^ « Ils sont presque tous tirés, on le verra par les notes que nous joignons aux descriptions de Peiresc, non du récit à la fois si chrétien, si vivant, si historique de Joinville, mais de la Vie de saint Louis, que le confesseur de la reine Marguerite écrivit plutôt dans un but d'édification que dans un but véritablement historique. Néanmoins, quelques-unes de ces compositions, jointes aux documents déjà connus, permettront peut-être de dégager définitivement, des limbes où elle est encore en partie retenue, la figure physique du roi Louis IX, et nous souhaitons que cette tâche tente quelqu'un des érudits qu'a déjà préoccupés l'iconographie de saint Louis ^.
Pour nous qu'un heureux hasard '• a fait l'éditeur des dessins réunis dans le manuscrit de Carpentras, nous croyons devoir nous borner à les mettre au jour en y joignant deux morceaux de Peiresc, la description des peintures des Cordelières et celle du livre d'heures de la reine de Navarre, ainsi que l'Office de saint Louis, transcrite pour Peiresc d'après ce dernier volume. Notre excellent collègue M. Léon Gautier, qui a bien voulu nous aider de ses conseils pour l'impression du texte de l'Office, voudra bien nous permettre de lui témoigner ici notre sincère reconnaissance.
1. Ce sont là les expressions de l'éminent érudit qui a voulu garder l'anonyme, dans la notice qu'il a consacrée à l'illustration du Saint Martin, de M. Lecoy de la Marche (p. 706 de cet ouvrage), à propos de l'iconographie de l'apôtre des Gaules.