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CHAPITRE VI

La bactériologie de la bile après cholécystectomie

Au cours de nos recherches cliniques faites récemment, dans le service de M. le Professeur Bérard, nous avons été frappé de trouver chez la plupart de nos malades, opérés de cholécystectomie pendant ces dix dernières années, une infection anormale des voies biliaires. La bile retirée par tubage duodénal, chez ces malades privés de vésicule, contenait des colibacilles d’un nombre et d’une virulence nettement au-dessus de la normale. Nous avons recherché, dans la littérature, les travaux concernant cet état d'infection des voies biliaires après cholécystectomie. Un travail récent, d’un chirurgien de Naples, Balice, donne le compte rendu d’un grand nombre d’expériences faites sur des animaux divers.

Nous délaisserons pour le moment tout ce qui touche à la clinique humaine et nous réserverons pour

RE A ects

un chapitre suivant nos documents personnels sur la question.

Si l’on examine les travaux les plus anciens, on peut conclure que parmi les expérimentateurs qui eurent à étudier l’action de la bile sur les microbes de lintestin, les uns admettaient une action désinfectante et microbicide appartenant en propre à la bile, les autres prétendaient que la bile avait une action élective tantôt sur certains germes, tantôt sur d’autres, suivant les aliments ingérés, l’heure de l’expérience et quantité d’autres facteurs que nous considérons comme secondaires.

De nombreuses recherches expérimentales furent faites sur des animaux. Certains auteurs étudièrent également l’action de Ia bile in vitro sur les divers germes. Ils purent conclure que, en réalité, l’action bactéricide de la bile n’était pas aussi considérable que d’aucuns le prétendaient. D’autres auteurs dirent que le rôle antiseptique de la bile variait proportionnellement à sa teneur en sels biliaires. Ils expliquaient que les sels biliaires n’agissent qu'après avoir été libérés, comme c’est le cas dans l'intestin et qu’ils n’agissent pas in vitro, condition dans laquelle on ne trouve pas de sels biliaires libérés.

Gilbert et Lippmann divisent les voies biliaires en cinq zones, suivant l’état de la flore microbienne :'

— dans l’ampoule de Vater et dans le tiers inférieur du cholédoque on rencontre une flore microbienne aéro-anaérobie ;

— dans le tiers moyen du cholédoque les germes sont de la classe des aérobies ;

— dans le tiers supérieur du cholédoque et dans la vésicule biliaire, on ne trouve que des germes anaérobies ;

— dans le tractus initial des voies hépato-biliaires, il existe une anaérobiose allant en diminuant à mesure que l’on s'éloigne du cholédoque :

— enfin, dans les voies intrahépatiques, la stérilité est absolue.

Roger trouve paradoxal que la rétention biliaire entraîne une augmentation de la putridité intestinale alors que la bile ne détruit pas le pouvoir fermentatif des bactéries intestinales. Il admet que la bile favorise la vie du colibacille, lequel tend, par concurrence vitale, à détruire les anaérobies, agents de la putréfaction par excellence. Nous verrons plus loin ce que nous devons penser de cette théorie de Roger.

D’autres auteurs encore ne sont pas d'accord sur ce qui touche l’action antiputride de Ia bile. Luciani pense que l’action antiputride est une conséquence de l’action excitante de la bile et spécialement de ses acides biliaïres sur la fibre musculaire intestinale. L'augmentation du processus de putréfaction serait non pas l'effet d’une exaltation de la flore bactérienne, mais l'effet d’un séjour plus prolongé des résidus alimentaires dans l'intestin.

Linderberger, Gley, Lambling étudièrent le pouvoir antiputride de l'acide taurocolique et Bufalini, Albertoni et Limbourg celui de lacide cholalique.

Lœwy et Zuntz, au contraire, ne considèrent pas

SENTONES

les acides biliaires comme des éléments excitants du péristaltisme, mais ils leurs reconnaissent une propriété antiseptique constante. Ils pensent qu’il existe entre la bile hépatique et la bile vésiculaire une différence de constitution, la bile vésiculaire ayant une teneur en acides biliaires supérieure à celle de la bile hépatique.

Hammarsten fait le dosage de tous les éléments des biles hépatique et vésiculaire et il établit un tableau qui reste célèbre. On voit ainsi que les substances solides sont de 16 % dans la bile vésiculaire pour 2 % dans la bile hépatique. Dans la bile vésiculaire la mucine, les sels alcalins des acides biliaires, les acides gras, la cholestérine se trouvent en quantités bien supérieures à celles contenues dans la bile hépatique.

De Mare, étudiant l’augmentation du pouvoir d’agglutination des bactéries du groupe typhique, paratyphique, colibacille et melitensis, sous l’influence de la bile, arrive aux conclusions suivantes :

1° La bile est capable d'augmenter le pouvoir d’agglutination des bactéries peu agglutinables ;

2° Un tel pouvoir est dû à deux éléments spécifiques de la bile : le taurocholate et le glycocholate de soude ;

3° Ces sels agissent surtout en augmentant le pouvoir de fixation de l’agglutination des bactéries, probablement par un changement de l’état colloïdal des germes et, en second lieu, par une augmentation du pouvoir de précipitation du complexe bactérie-agglutinine ;

4 L'augmentation de ce pouvoir d’agglutination se

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maintient pendant plusieurs générations successives de bactéries cultivables dans les milieux de culture ordinaires.

Les conclusions de de Mare donnent raison à ceux qui, comme Charrin, attribuent un rôle antiseptique indéniable au taurocholate de soude et aussi à ceux qui, comme Balice (nous allons le voir ci-après), croient que l’absence de bile vésiculaire doive atténuer la propriété antiseptique de la bile, puisque, comme l'indique Hammarsien dans son tableau, la bile hépatique contient beaucoup moins de taurocholate et de glycocholate de soude que la bile vésiculaire.

Tigerstedt, Rondoni, Galéotti, Lustig n’admettent aucune action antiseptique de la bile.

Balice, dans son récent travail, s’est proposé d’étu-

dier l’action antibactérienne de la bile vésiculaire.

Pour cela il a employé un moyèn radical et d’une.

grande rigueur scientifique. Etant donnée la présence constante de colibacille dans l'intestin du lapin et du chien, l’auteur a, pour ainsi dire, dosé le colibacilie dans lintestin d'animaux donnés qu’il a mis à un régime spécial et dans des conditions idéales. II pratiqua alors la cholécystectomie chez tous les animaux et étudia ensuite les modifications de la virulence en rapport avec cette opération. Les animaux employés furent des lapins ct des chiens maintenus les uns et les autres à un régime uniforme, les premiers mangeant quotidienement de l'herbe, les autres 300 gram-

mes de pain trempé dans de l’eau. Les cultures micro-

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