‹ Documents pour servir à l'histoire de Grenoble en 1814 et 1815Chapitre 1 sur 52 · EN 1814 ET · texte numérisé non relu

EN 1814 ET

M. Albin Gras, docteur en médecine, a publié en 1854 une notice fort intéressante sur Grenoble en 1814 et 1815. Maintes fois j'ai entendu l'auteur se plaindre de n'avoir pu retrouver certaines pièces, les plus importantes peut-être parmi celles qui ont servi de justification aux faits qu'il a réunis et racontas du reste avec beaucoup de véracité ; maintes fois aussi j'ai pu, auprès d'hommes qui ont joué un rôle ou assisté en simples spectateurs au drame de ces deux années tout a la fois glorieuses et funestes, apprécier le succès du récit de M. Gras et constater le regret de ce que l'auteur n'avait pu reproduire dans son travail ces documents justificatifs. Frappé moi-môme de ces lacunes , j r ai songé à rassembler les pièces importantes (1) qui doivent les combler, et, par la voie d'heu-

1 (1) La Convention d'armistice du 6 juillet 1815 et la Capitulation du a du même mois.

reuses relations , j'ai pu me les procurer dans les bureaux même du ministère de la guerre de Piémont. Ce sont ces pièces que je publie aujourd'hui comme un complément du travail de M. Gras. Autour d'elles j'en grouperai quelques autres d'une importance moindre et que je regrette de n'avoir pas trouvées dans sa notice ; car il leur eût ainsi donné plus de valeur en les réunissant à celles qu'il a publiées. Je crois utile de les livrer à l'impression, attendu que , pour la presque totalité, elle ne l'ont jamais été, et que, à un moment donné, elles pourraient disparaître sans laisser de traces, comme cela s'est vu malheureusement trop souvent (1). J'y joindrai le récit de quelques faits ignorés ou peu connus , sur lesquels on n'a jamais écrit et qu'il importe de préserver de l'oubli. Enfin je donnerai quelques pièces inédites dont les esprits moroses blâmeront peut-être la publication , mais que je considère comme un reflet des mœurs de cette époque déjà si éloignée de nous. La caricature aussi fournil de précieux documents à l'histoire.

Lïuvasion de 18U était un fait accompli. Dans le département de l'Isère, comme dans le reste de l'Empire, la voix de Tautorité avait été entendue : les citoyens lui avaient répondu avec enthousiasme. Partout la résistance s'organisait. Dès le 1 er janvier, les ordres nécessaires à la défense de

(l) Faul-il citer, ù l'appui de mon opinion, cette lacune de 19 pages (de la page 47 à la page 65) qu'une main peu délicate, peut-être mémo intéressée, a fait disparaître du Registre de* délibérations de l'Hôtel-de- Villc, de 1788, et qui renfermaient le récit officiel des événements malheureux qui se passèrent celte année à Grenoble? Faul-il citer encore ces distractions de titres qui ont lieu si souvent dans les archives des communes ?

Barraux avaient été donnés par le Préfet de l'Isère, ainsi que le constate la pièce suivante :

Le préfet du département de l'Isère , membre de la Légion d'honneur, baron de l'Empire, Vu l'urgence,

Arrête que les bois nécessaires pour élever des palissades autour de la place de Barraux seront abattus et enlevés sans délai dans les forêts et sur les possessions particulières situées dans le voisinage de cette place. En conséquence, M. Bravet, maire de la commune de Barraux, donnera tous les ordres et requerra tous les ouvriers nécessaires pour opérer prompteinent l'abattage et le transport de ces bois. Il fera estimer leur valeur et en réglera le prix de gré à gré avec les propriétaires ou par voie d'experts; il se concertera, pour tout ce qui concerne le matériel de cette opération , avec M. le commandant du génie dans le fort de Barraux, et avec l'agent forestier envoyé sur les lieux. Il requerra au besoin l'autorité militaire de lui prêter aide et assistance.

Le mode suivant lequel seront acquittés les frais jugés indispensables, soit pour l'envoi d'exprès, d'ordonnances, et soit pour les voyages de l'agent forestier, est déterminé par un second arrêté qui sera joint au présent.

Grenoble, ce 1 er avril 1814.

Pour le Préfet : Le Conseiller de préfecture, Colaud-Lasalcette.

Ces précautions ne furent pas inutiles, comme on l'a vu page 6 du récit de M. Gras, et les habitants de Barraux, stimulés par leur brave maire , se montrèrent au premier rang des défenseurs de la patrie.

La poésie elle-même joua son rôle dans la levée en masse des habitants de notre pays. Voici une pièce qui parut dans le Journal du déparlement de l'Isère du 4 février 1814. Je la donne ( V. Pièce justificative A. ) telle que je Fai retrouvée dans les papiers de M. Aug. Blanchet, avec les notes qu'il y ajouta après sa publication. On y trouvera des variantes

10 DOCUMENTS FOUR SERVIR A i/lllSTOIRE

assez importantes qui, je n'en puis douter, ne sont pas toutes le fait de la censure, mais sont dues certainement a des conseils d'amis ou à la raison de Fauteur.

M. Alb. Gras raconte (1) l'entrevue qui eut lieu entre le prince Émile de Hesse-Darmstadt et le général Marchand, le

11 avril 1814, à Saint-Robert, et le lendemain à Grenoble ; puis il ajoute :«.... Le surlendemain, le conseil municipal de » la ville se réunit et donna son adhésion aux actes du gou- » vernement provisoire qui proclamaient la déchéance de * Napoléon. »

Je relèverai d'abord une faute de rédaction qui , dans le mot surlendemain, tendrait à faire croire que le conseil municipal ne se réunit que le U avril. Voici, du reste, la Déclaration du Corps Municipal, contenant son adhésion à la Restauration du trône des Bourbons, telle que je la trouve sous la date du 13 avril (2). — ( V. Pièce justificative B. )

Le lendemain , le maire de Grenoble écrivit au général Marchand :

« Grenoble, le 14 avril 1814.

Le maire de la ville de Grenoble, chevalier delà Légion d'honneur, baron de l'Empire ,

A monsieur le général comte Marchand, commandant la 7* division militaire.

Monsieur le Général, J'ai l'honneur de vous adresser des exemplaires : 1° de la Dé-

(1) Page 15 de sa notice.

(2) Registre des délibérations de l'Uôtel-de-Ville, no 20, p. 121 et suiv. Comme on le voit, le registre ne porte que Jrois signatures ; mais cette pièce se trouve imprimée dans le Journal du département de l'Isère, avec les signatures suivantes :

Bernard, Revol, Piat-Desvial, Vernet, Ch.-J»« de Barrai, Borel-Saint- Victor, Allemand-Dulauron , Vallier, Pasquier, Gerboud, E. de Marcieu, Arthaud, Ch. Durand, Flauvans, Aug. Périer, Jean Ducruy aîné, Barthelon, Allier, Beyle, adj\ Lavalette, adj\ baron Renauldon, chevalier de la Légion d'honneur, maire.

DE GllENOKLE EN 1814 ET 1815. 11

claration du Corps municipal , 2» du précis des événemens passés à Paris du 28 mars au 3 avril, 3° de la lettre-circulaire de M. le préfet, relative à ces événemens. Je vous prie , si vous le jugez convenable, d'en faire parvenir quelques-uns à votre armée et môme aux avant-postes de S. M. l'empereur d'Autriche.

Agréez, Monsieur le général , l'assurance de la considération très distinguée avec laquelle j'ai l'honneur de vous saluer (i).

Renauldon.

Le 15 , la lettre suivante est adressée àsS. Exc. le prince de Bénévent, président du Gouvernement provisoire :

Monseigneur ,

J'ai l'honneur d'adresser à Votre Altesse la déclaration du Conseil municipal de cette ville, portant adhésion aux actes du Sénat et du Gouvernement provisoire.

Cette déclaration a été publiée avec la plus grande solennité, aux acclamations de tous les habitans et aux cris de Vive le roi !

J'ai l'honneur d'être respectueusement, de Votre Altesse, le très humble et très obéissant serviteur (2).

Renauldon.

Puis viennent la lettre-circulaire adressée par le Préfet du département de l'Isère à MM. les Maires des communes de ce département et Tordre du jour du général Marchand. ( V. Pièces justificatives C et D.)

Cependant, malgré l'armistice convenu le 11, à St-Robert, entre le prince Émile de Hesse-Darmstadt et le général Marchand , les alliés continuèrent à intercepter rigoureusement les communications entre Grenoble et sa banlieue. Je donnerai , comme preuve de celte rigueur, le passeport suivant que des motifs de considération personnelle seuls purent faire

(1) Registre des délibérations de l'Hdtel-de-Yille.

(2) Registre de la correspondance.

12 DOCUMENTS POUR SERVIR A L r HlSTOIRE

obtenir à un citoyen que des affaires urgentes appelèrent alors à Grenoble. Deux sceaux en cire rouge accompagnent les signatures qui le revêtent. On trouvera la reproduction de l'original parmi les pièces justificatives, avec la traduction en reg3rd. (V. Pièce justificative E.)

Le 19 avril, et en vertu de la convention conclue le 8 à Paris, les alliés entrent à Grenoble et s'y établissent. Cette entrée donna lieu à une scène dont nous retrouvons les traces dans la lettre suivante, datée du même jour, de M. Renauldon au préfet :

Monsieur le Préfet ,

J'ai l'honneur de vous prévenir que , hier soir, des élèves internes du lycée, pendant une récréation, étant montés sur des arbres ou sur le mur de clôture qui sépare la cour de la rue Neuve, ont hué à plusieurs reprises des officiers de divers grades de l'année des alliés. M. de Lavalette , témoin de cette scène scandaleuse, est allé au lycée pour porter des plaintes aux chefs; niais il n'a trouvé qu'un maître d'étude chargé de la surveillance de tous les élèves. Il paraît que ce maître d'étude devait avoir avec lui un second surveillant qui s'était absenté. Je suis allé ce matin au lycée, et, dans l'appartement de M. le proviseur, j'ai fait venir le maître d'étude en chef, M. Dumoulin, et le maître d'étude dont la faiblesse a été la cause du désordre. Les trois élèves les plus coupables m'ont été présentés; d'après leur aveu et la conviction que j'ai acquise , j'ai invité le proviseur à les mettre aux arrêts forcés.

J'ai pensé que le délit commis par ces élèves était du ressort delà police locale et générale, puisqu'il a été commis envers des officiers de l'armée des alliés qui passaient dans une rue, qu'il pouvait occasionner du désordre et donner lieu à un mouvement insurrectionnel .

J'ai l'honneur de vous saluer avec respect(l).

Le 24, les troupes françaises évacuent la ville et le dépar-

(1) Registre de la correspondance.

DE GRENOBLE EN 1814 ET 1815. i'A

tement, et une commission est chargée Rassurer la subsistance des troupes alliées qui occupent Grenoble. (V. Pièce justificative F.)

Mais si les alliés étaient entrés à Grenoble en vertu de la convention du 8 avril, ils n'en respectèrent pas entièrement les termes , car ils voulurent, dès leur entrée dans la ville, s'emparer de l'arsenal, dont la conservation était confiée au capitaine d'artillerie Dupuy de Bordes , directeur par intérim dudit arsenal ; mais celui-ci répondit qu'il ne livrerait le dépôt confié à sa garde qu'en vertu d'un ordre émané du ministre ou du général commandant à Grenoble. Le général Marchand vint lui ordonner de remettre l'arsenal aux Autrichiens; mais ayant refusé d'en donner l'ordre écrit, il reçut la même réponse. Le commissaire délégué du roi réitéra la môme injonction; mais n'ayant pas, jugé à propos de donner l'ordre écrit qu'on lui demandait, il se retira sans être plus heureux que ses prédécesseurs. Plusieurs jours se passèrent de la sorte. Enfin , le général Bentheim, espérant obtenir par l'adresse et la douceur ce que les autres n'avaient pu obtenir par le commandement, invita le capitaine Dupuy de Bordes à dîner, et, après le repas, l'ayant pris à part dans l'embrasure d'une fenêtre de la préfecture où il était logé et où se passait la scène : Voyons, lui dit-il, il faut en finir avec cet arsenal que vous conservez* si obstinément; il faut m'en donner les clefs. — Le capitaine Dupuy de Bordes répondit encore, comme auparavant, qu'il ne pouvait remettre aux alliés, sans une décharge de ses chefs, l'arsenal dont la conservation lui avait été confiée. — Eh bien ! répondit le général Bentheim, tant pis pour vous ; mais vous me forcerez à recourir à la violence. — Le capitaine lui répondit qu'il le pouvait avec d'autant plus de facilité qu'il lui serait impossible de lutter contre lui, vu qu'il était seul avec quatre ou cinq ouvriers.

Cette scène se passait le 6 mai. Enfin, le 7, un bataillon de soldats autrichiens pénétra dans l'arsenal par une petite porte qui donnait sur la ruelle ou impasse qui se trouve au milieu de la me de l'Hôpital, la grande porte ayant été barricadée et

1 i DOCUMENTS POUR SERVIR A L'HISTOIRE

fortement assujettie» Le capitaine Dupuy, qui avait été averti de ce qui se préparait par l'ordonnateur de la 7 e division militaire, M."*, se trouva là pour les recevoir, avec le commissaire des guerres du département de l'Isère, M. Du Mas de la Roque, et, voyant qu'ils se mettaient en devoir d'enfoncer la porte, il la fit ouvrir, et immédiatement le procès-verbal de cette violation fut dressé et signé. {V. Pièce justificative G.)

Cette opération terminée, le général Bentheim pria le capitaine Dupuy de Bordes de rester dépositaire des clefs et de conserver la direction du dit arsenal pour le bien du service, ce que celui-ci accepta alors. L'ordre vint ensuite aux alliés de n'en rien distraire, et l'arsenal fut respecté (1). On a vu, par le récit de M. Alb. Gras (2), qu'il n'en fut pas de même au Fort-Barraux.

Pendant que ces faits se passaient a Grenoble, les événements avaient marché. La déchéance de l'Empereur était accomplie, et le nouveau monarque recevait les adresses et les protestations du dévouement public. Voici deux pièces dont la place se trouve naturellement ici. (F. Pièeesjustificatives H et I.)

Cependant la municipalité était sur les dents. Les réquisitions pleuvaient sur les citoyens, et elle ne savait comment faire pour alléger des charges aussi dures. Dès le 20 avril, le maire écrivait au préfet :

Les réquisitions de voitures qui sont faites à la ville pour les officiers et bagages des troupes alliées sont énormes. 11 est impossible que je puisse y satisfaire. Il est de la plus grande urgence que les communes environnantes viennent à noire secoua.

Je vous prie de vouloir bien donner (les ordres pour que vinçt voitures soient requises dans les environs et qu'elles restent à Grenoble jusqu'à ce que le service permette de les renvoyer (3).

(1) Je dois tous les détails de ce récit et la communication du pvocttvevbal à l'obligeance de M. Dupuy de Hordes lui-incme.

(2) l'âge 17 de sa notice.

(3) Registre de la roirespnndnnce .

On requiert aussi des chevaux, car le maire écrit au préfet en date du 8 mai : « qu'ensuite de ses ordres, deux cents chevaux de réquisition se rendent à Grenoble; mais que la plupart de ces chevaux ne sont garnis que de leur bât, qu'ils ne peuvent être employés au trait, et qu'il lui parait convenable de les renvoyer. » Il ajoute que : « chaque cheval est accompagné d'un homme et qu'il serait convenable de n'en conserver qu'un pour conduire trois ou quatre chevaux d'une même commune. On rendrait service aux hommes et l'on diminuerait les dépenses des communes qui doivent les nourrir lors de leur passage. »

Ces réquisitions, de quelque nature qu'elles fussent, étaient toutes faites sur le même modèle : « Le maire de Grenoble, ensuite de la demande de M. le conseiller de préfecture, commissaire civil délégué par M. le préfet, suivant la lettre du ,

requiert M., ou le sieur de fournir , pour le service

de • — Souvent aussi on ajoutait, dans le cas où la fourniture ne se ferait pas, la menace d'une exécution militaire. Une seule fois, la formule sacramentelle fait place à une forme moins dure. Elle est adressée :

A Jlf. de Bérenger, en son absence à M. de Spinola.

Du 24 avril 181*.

Monsieur,

Le général comte de Bûbna a demandé à la ville qu'il lui fût prêté une voiture propre et commode pour son service à Grenoble.

J'ai pensé que, dans cette occasion, il vous serait agréable d'obliger la ville et M. le comte de Bùbna particulièrement. Je vous prie donc de vouloir bien mettre votre voilure à la disposition de Son Excellence pour le temps qu'elle en aura besoin (1).

J'ai fait, sur le Registre de la correspondance, le recense- (1) Registre de Ut correspondance .

16 DOCUMENTS POUR SKRVIR A L'iUSTOIItE

ment de toutes ces réquisitions, et le résultat que j'ai obtenu est, à mon avis , assez curieux pour mériter d'être publié. {V. Pièce justificative J.) Néanmoins je ne considère pas ce tableau comme complet ; car, en dehors des réquisitions insérées à la Correspondance , il en est une foule d'autres qui n'y ont pas laissé de traces. Je n'ai parlé que de celles émanant de la mairie.

Qu'il me soit permis de raconter ici un épisode de notre histoire locale que tout le monde a su, que tout le monde a oublié, et qui mérite pourtant de ne pas tomber dans l'oubli.

Le général comte de Bùbna vint un jour trouver M. de Lavalette à la téle de tout son état-major. — Monsieur le Maire, lui dit le général autrichien, je viens vous annoncer que votre ville est frappée d'une contribution de guerre de 40,000 francs. — Le maire de se récrier, observant que la ville n'avait pas d'argent, et que, du reste, les alliés y étant entrés en vertu d'un traité, ils n'avaient pas le droit de se livrer à de pareilles exactions. — Monsieur le maire, reprit alors le comte de Bûbna en prenant une attitude superbe, je vous donne deux heures pour trouver cette somme ; et, si vous ne vous la procurez pas,dans deux heures je mets la ville au pillage. — Deux heures! Monsieur le comte, deux heures!., c'est trop long, répondit le maire en bondissant; moi, je vais immédiatement faire sonner le tocsin, et, dans deux heures, il ne restera pas un autrichien vivant dans les rues de Grenoble. Le général de Diibna se retournant alors vers ses officiers, échangea avec eux quelques paroles rapides, en allemand bien entendu; puis, s'adressant à M. de Lavalette: — Monsieur, lui dit-il d'un ton moins impérieux, il parait qu'on nous a trompés sur l'état des finances de la ville : nous renonçons à la contribution de guerre que nous vous réclamions.

Mais si Grenoble échappa par la fermeté de son maire aux réquisitions pécuniaires, on a vu plus haut que les réquisitions en nature ne lui avaient pas fait défaut. Arriva le quartd'heure de Rabelais. ( V. Pièce justificative K.)

Les réquisitions ne furent pas le seul embarras de ces ino-

ments difficiles. La justice aussi fut entravée dans son cours. Voici une lettre adressée, le 3 mai, par le maire, à un juge de paix sans doute :

Monsieur ,

J'ai l'honneur de vous prévenir que, conformément à votre lettre en date du jour d'hier, j'ai désigné H. Lépine, adjoint de police, pour donner ses conclusions en police simple. Cependant, vu l'embarras extrême où nous nous trouvons, si vous pouviez renvoyer à huitaine les causes portées devant votre tribunal, vous me rendriez un véritable service (1).

Pour en finir avec le séjour des alliés à Grenoble, je citerai encore la lettre suivante du maire à M. de Montai, colonel de la garde nationale, commandant la cohorte urbaine. Cette lettre, en date du 30 avril, renferme un passage que je souligne comme assez curieux : .

Monsieur ,

J'ai l'honneur de vous informer qu'il sera chanté demain dimanche, 1 er mai, dans l'église cathédrale , à l'issue de la messe capitulaire qui commencera à dix heures précises, un Te Deum eu action de grâces pour le rétablissement des Bourbons sur le trône de France. M. le comte de Bùbna y assistera.

Je vous invite à donner des ordres pour que la cohorte prenne les armes et assiste à cette cérémonie. J'ai l'honneur de vous saluer avec la considération la plus distinguée (2).

Les alliés ont enfin évacué Grenoble. Ce fut une explosion de joie, et cette joie redoubla encore quand on revit notre brave armée d'Italie, surtout à la vue des aigles que les troupes avaient conservées (3). Celles-ci durent disparaître bientôt ; mais, en les enlevant aux guerriers qu'elles avaient si

(1) Registre de la correspondance.

(2) Registre de la correspondance.

(3) Notice de M. Gras, p. 17.

souvent conduits a la victoire , et malgré les adhésions unanimes qui arrivaient au nouvel ordre de choses de tous les points de la France , il paraît qu'on ne put de sitôt éteindre leur souvenir. Le maire écrit, le l w juillet, au commandant d'armes de la place :

Depuis quelques jours, des soldats se répandent dans les rues et chantent des chansons dont l'esprit est contraire au bon ordre ; une entre autres commence par ces mots : Meltonswous la cocarde, et chaque couplet finit par des Vite l'Empereur ! Ces chants se font également entendre dans les cabarets et les auberges. Le commissaire et les agents ont fait ce qu'ils ont pu pour faire cesser de pareils désordres qui peuvent avoir des suites fâcheuses et même fixer l'attention du Gouvernement d'une manière particulière, sans avoir pu les faire entièrement cesser.

Je vous prie donc, Monsieur le commandant, de vouloir bien donner des ordres pour que les soldats restent dans l'ordre ; nous éviterons par là des rixes qu'il est de notre devoir de prévenir.

Agréez l'assurance, etc. (1)

Cette lettre me rappelle un fait qui se passa à cette époque et que j'ai souvent entendu raconter par des témoins oculaires; et toute la ville le fut en cette circonstance. Des soldats s'étant mis à danser, aux cris de Vive VEinpereur, une farandole autour de la statue d'Hercule qui orne le bois du Jardin de Ville, le général Marchand, qui se trouvait en ce moment avec une nombreuse société sur la terrasse de cette promenade, entendant ces cris, demanda ce qui se passait : on le lui dit. Aussitôt, et sans réfléchir qu'il n'était pas en uniforme et que son autorité courait le risque d'être méconnue, il s'élança du côté des danseurs et les dispersa à coups de canne. Ce fut une débandade complète ; heureusement pour lui, le général avait été reconnu. Mais si la pensée était comprimée en dehors, elle ne perdait rien de son énergie intérieure. Les événements le démontrèrent huit mois plus tard.

(1) Registre de la correspondance.

Au mois d'août, la duchesse d'Angoulôme séjourne à Lyon. Une députation grenobloise est aussitôt envoyée dans cette Tille pour complimenter cette princesse. {V. Pièce justificative L.)

Enfin, cette terrible année 1814 se termine par une fête.... Mais quelle féteî..

Le comte d'Artois, frère du roi, arrivait à Grenoble. Il fallait lui en faire les honneurs de manière à lui prouver Penthousiasme et le dévouement de ses habitants. Rien de trop beau, rien de trop bon. Malgré la pénurie des finances de la ville, on met à contribution les quatre règnes de la nature. Au milieu de cette infinité de détails, il y en a de curieux à noter comme modes ou mœurs politiques. Grenoble, à cette

époque, en était encore au régime de la clairette de Die

Dès le 5 septembre, le maire écrit à MM. Jourdan père et fils, à Tain :

Envoyez les vins suivants pour la table de Monsieur, frère du roi.

100 bouteilles vin de Bourgogne, 2« qualité, pour le 1" service.

30 — — de Bourgogne, 1™ qualité.

30 — — de Bordeaux, id.

30 — — de l'Hermitage rouge, id.

30 — — de Côte-rôtie, id.

25 — — de l'Hermitage blanc.

25 — — de Château-Grillet.

25 — —de clairette de Die.

295 bouteilles.

Le choix des vins est très important. Si le prince les distingue, il se ressouviendra de la maison qui les a fournis (1).

Puis, le 13, à la réception de cet envoi :

Donnez-moi le nom du vin que vous m'avez envoyé comme vin

(1) Registre de la correspondance.

ordinaire dans les caisses 1 et 2 qui contenaient 100 bouteilles; je rechercherai l'occasion de présenter en votre nom à S. A. R. les deux bouteilles de vin de paille que vous avez ajoutées à votre envoi.

Je vous envoie 604 fr. 50 c. pour solde (1).

On voit que si le maire fait les choses grandement et n'oublie pas les moyens d'obtenir un service consciencieux, de son côté, le fournisseur ne néglige pas ses petits intérêts : c'est la petite comédie avant la grande.

Puis il y a la correspondance avec le maire de Lyon, bien plus curieuse encore. Voici d'abord une lettre qui est comme la suite des précédentes. Elle porte la date du 1 er octobre :

Monsieur le maire de Lyon ,

M. le préfet de l'Isère, à son retour de Lyon , m'a assuré que le prince, soit par goût, soit par régime, ne boit à son ordinaire que du vin de Bordeaux et qu'il aime le vin de Madère sec et le vin blanc de Champagne mousseux.

Dans cette ville , je n'ai rien trouvé de présentable dans ces trois espèces de vins. Envoyez-moi :

100 bouteilles de Bordeaux, 100 bouteilles de vin blanc de Champagne mousseux. 25 bouteilles de Madère sec (2).

En voici une autre qui trahit les préoccupations du fonctionnaire peu au courant de l'étiquette des cours :

Du 10 septembre.

Monsieur le comte Dalbon, maire de Lyon ,

La réception à Grenoble de Monsieur et de Mgr le duc de Bcrry me met dans le cas de désirer tous les renseignements re-

(1) Registre de la correspondance .

(2) Registre de la correspondance .

latifs au cérémonial que vous avez observé et fait observer dans votre ville, etc. (1).

On désire savoir :

1* Les commissaires nommés pour préparer et présider les fêtes à donner étaient-ils en ha'bit français ou en frac?

2° Toutes les personnes admises dans les appartements pour être présentées avaient-elles un costume de rigueur, c'est-à-dire, les hommes des habits à la française, l'épée au côté, et les femmes des robes à queue ?

3» Les présentations individuelles ont-elles été demandées à M. le préfet ou à H. le maire, et par eux à Madame; ou si les personnes qui désiraient être présentées ont demandé cette faveur au premier gentilhomme de la chambre ou à tout, autre grand fonctionnaire de la cour ?

4° Le maître d'hôtel qui mettait sur la table était-il en habit français et l'épée au côté, ou en frac?

5° Les cochers et postillons des voitures présentées à Madame et à sa suite n'étaient-ils pas à la livrée de la ville, avec la bourse aux cheveux et des bottes à chaudron ?

6« Y avait-il plusieurs tables pour Madame et sa cour, et en quel nombre?

7° La garde d'honneur faisant le service près de sa personne avait-elle une table au palais?

8° Un grand nombre de femmes les plus distinguées de la ville ont-elles été invitées à garnir les appartements qui précédaient celui de Madame, à son arrivée au palais qu'eUe a occupé? Leur costume était-il obligé ou seulement prévu et indiqué ?

9* Les femmes étaient-elles présentées à Madame par M. le préfet ou M. le maire, ou par M™ la comtesse Dalbon?

Vous obligerez, Monsieur le comte, le préfet de l'Isère et moi, si vous daignez répondre bien promptement aux questions que j'ai l'honneur de vous soumettre.

Daignez agréer l'expression de ma reconnaissance et me croire votre dévoué collègue.

Les soins du sommelier et du maître de cérémonies ne

(1) Lors du passage de Mmt la duchesse d'Angoulême.

sont pas les seuls qui préoccupent le maire. Grenoble n'est pas riche en montures , et la Correspondance , en cette occasion, touche au grotesque. Le maire écrit, le 10 septembre, à M. Cordau, écuyer à Lyon :

Envoyez six chevaux de main, les plus distingués que vous ayez, avec selles , brides et agencements convenables à pareille circonstance (1).

Le 2 octobre, à M. Galignon, négociant à Voiron :

Je vous remercie pour votre jument que vous offrez pour le service de Monsieur; conformément & vos intentions, elle ne sera montée que par S. A. R. (2).

Enfin, le grand jour approche ; il faut songer à la table du prince.

Grenoble, le 5 octobre 1814.

Monsieur le maire de Gap, L'arrivée du prince exige que nous le recevions dignement. La lecalité laisse à désirer beaucoup de choses, principalement pour la table.

Je vous prie de faire chasser dans les environs de votre ville et acheter pour notre compte des perdrix rouges, des lapereaux et des alpins ; je vous prie d'y joindre des truffes noires, environ 25 livres. On vous remboursera <3).

Le maire de Gap fit deux envois de gibier. — « Le second surtout, dit la Correspondance, était extrêmement parfumé par les truffes. »

Grenoble, le 7 octobre 1814.

Monsieur le maire de Chambéry , Nous devons assurer le service de la table. Entre autres objets

(1) Registre de la correspondance .

qui ne peuvent se trouver à Grenoble, sont des poissons appelés lavaret et omble-chevalier que le lac du Bourget seul peut fournir. Veuillez nous en envoyer (1).

Mais les Majestés passent, et le maudit quart-d'heure reste seul : il faut solder. Voici deux pièces justificatives que je donne in extenso, à cause des détails curieux qu'elles renferment. ( V. Pièces justificatives M et N.)

Ainsi se terminèrent pour Grenoble les grands événements de l'année 1814.

Après avoir rempli quelques-uns des vides laissés par M. Alb. Gras dans la série des faits et des pièces justificatives de l'histoire de l'occupation de Grenoble parles alliés et delà première restauration des Bourbons en 1814, nous arrivons avec lui au drame des Cent-Jours. Ici les lacunes sont plus importantes encore que dans la première partie de sa notice, car il a cherché en vain , soit dans notre cité , soit à Lyon , soit à Paris , les traces de l'armistice qui suivit le combat du 6 juillet et celle de là capitulation qui fut conclue le 9 , et à la suite de laquelle les troupes alliées entrèrent dans Grenoble. Chose étrange 1 on n'a pu retrouver nulle part ces documents, aussi intéressants pour l'histoire générale de la France à cette époque que pour celle de notre ville en particulier. Témoin bien souvent des regrets exprimés à cet égard , je me suis adressé à une personne honorable de Turin, M. Simondelti, que sa position mettait à môme de me procurer ces titres, s'ils existaient dans les archives du Piémont, et j'ai été assez heureux , comme je l'ai déjà dit , pour voir ma démarche cou-

(1) Registre des délibération* de l'Hôtel -de-Ville.

21 DOCUMENTS TOUR SERVIR A i/HISTOIRE

ronnée de succès. Que M. Simondetti me permette de lui en exprimer ici ma reconnaissance (1)' Je reprends le récit de M. Alb. Gras au 7 mars 1815.

Les événements ont marché. L'étoile des Bourbons, si radieuse à son début , a pâli de nouveau. L'idole de la veille n'est plus celle du lendemain. Napoléon apparaît à l'horizon ... On craint une surprise , et toutes précautions sont bonnes à prendre. Voici une lettre du maire au commandant de la place :

Grenoble, le 6 mars 1815.

Monsieur le Commandant,

H. le préfet vient de prendre un arrêté sur la demande expresse de H. le lieutenant-général comte Marchand , qui défend que les tombereaux de nuit soient introduits dans la ville jusqu'à nouvel ordre et ordonne que les portes demeureront fermées conformément aux consignes militaires.

Cet arrêté m'ayant été transmis pour ce qui peut regarder les

(1) Ceci était écrit au mois de septembre 1855. Dès le mois de novembre, j'eus le plaisir d'annoncer à plusieurs membres de la Société de statistique que j'attendais ces pièces de Turin et que M. Gras n'ayant pu , malgré les plus actives recherches, se les procurer aux archivesdu département et de la ville où, lui fut-il répondu : on ne les avait jamais vues, je me ferais un devoir de les publier moi-même, comme une suite nécessaire de son travail sur l'histoire do notre cité. Un mois après, — le procès-verbal de la Société de statistique du département de l'Isère du 98 décembre 1855 en fait foi, — une copie de la capitulation de Grenoble en 1815 se retrouvait comme par enchantement... et paraissait modestement, en petits caractères, daus les pages perdues de ce procès-verbal .... Des circonstances particulières m'ont seules empêché de publier plus tôt cette pièce, qui, du reste, diffère un peu de celle imprimée dans le Bulletin de la Société de statistique (8« série, t. ni, p. 411 ), et j'ai des raisons de croire que la copie en question est mauvaise. D'abord la rédaction, dans quelques-unes de ses parties, est différente de celle que j'ai reçue de Turin et qui m'a été certifiée conforme à l'original. Ensuite les signatures apposées au bas de cette copie ne portent pas leurs qualités avec elles pour la plupart, ce qui est déjà un indice de copie faite à la légère et me donne de la défiance sur l'authenticité de la pièce. Du reste, <lle n'est certifiée par personne.

habitans, je vous prie de vouloir bien donner l'ordre aux portiers-consignes pour qu'il soit sévèrement exécuté. J'ai l'honneur, etc. (1).

Le lendemain 7 , ces précautions ne suffisent plus; Napoléon marche ouvertement sur Grenoble. Les intelligences qu'il a dans la place, ou les curieux, comme les appelle le maire, donnent lieu à une nouvelle lettre de celui-ci au commandant de place :

D'après la proclamation de H. le préfet du 5 courant, les rassemblements sont défendus; cependant on vient de me rapporter que des curieux se portent du côté de la porte de Bonne et obstruent la voie publique.

Je vous prie de donner des ordres pour que les citoyens puissent circuler librement et pour empêcher les rassemblements en faisant faire des patrouilles.

J'ai l'honneur, etc. (2).

Le môme jour, le préfet se rend au sein du conseil municipal pour lui faire une communication importante. ( V. Pièce justificative 0.)

Mais quelques heures suffirent pour changer ces belles dispositions. Cette séance du conseil municipal fut la dernière.

D'un autre côté, le préfet harangue la garde nationale. « Celle-ci , ainsi que le raconte M. Gras , avait été invitée le matin môme, par une proclamation du maire, à se présenter immédiatement à l'Hôtcl-de-Ville, pour retirer les armes qui y avaient été déposées et soumises à un examen. Déjà, disaitil, plusieurs gardes nationaux ont prévenu cette invitation. » Ce fait est prouvé par la déclaration suivante (3).

Charles Renauldon , propriétaire (ancien maire) , déclare que

(1) Hegistre de la correspondance.

(3) Mémoire justificatif pour le comte Marchand, p. 18. — Besancon, veuve Couche.

le 7 mars 1815, époque à laquelle il était maire de Grenoble, quelques gentilshommes et quelques habitans de cette ville, très connus par leur attachement à la cause royale, se présentèrent à l'Hôtel-de-Ville , vers neuf heures du malin; que, sur leur demande, il leur fut délivré des armes; ils déclarèrent au maire qu'ils faisaient cette démarche sur V invitation formelle de M. le général Marchand , commandant la 7* division militaire, qu'ils se proposaient de former un corps d'élite et mobile qui serait employé concurremment avec les troupes de ligne, à repousser l'ennemi qui s'avançait avec rapidité.

Grenoble, 4 mars 1816.

Signé : Renàuldon.

De son côté , enfin , le général Marchand faisait tout ce qu'il était humainement possible de faire à un général qui sent l'hésitation autour de soi et qui voit ses soldats l'abandonner . L'indécision n'était pas dans son caractère, nous l'avons vu plus haut, même alors qu'il se trouvait en présence de celui qui lui avait , il est vrai, donné ses grades , mais qui l'avait délié de ses serments. L'honneur lui avait dicté d'avance la ligne de conduite qu'il avait à suivre. Devant l'impuissance où il se trouva, il dut se retirer; et quels que soient les divers jugements qu'on ait 'portés sur sa conduite dans ces moments difficiles, queHes qu'aient été les insinuations qui servirent de base à l'accusation (1) , il ne sortit pas moins sans tache de cette terrible épreuve. Le conseil de guerre de Besancon l'acquitta à l'unanimité.

Le Registre des délibérations ne donne plus signe d'existence qu'au 5 mai suivant, lors de la modification du conseil municipal par Bourdon-Vatry, commissaire extraordinaire. Je crois devoir donner ici le compte-rendu de cette séance et le faire suivre de la liste des nouveaux conseillers municipaux, afin de rétablir des noms omis par M. Gras. ( V. Pièce justificative P. )

(1) Mémoire justificatif .

Je ne redirai pas les événements qui suivirent l'entrée de Napoléon à Grenoble. J'arrive maintenant au second envahissement des armées de l'Europe coalisée.

«... Une ligue sainte , sous le nom de fédération, s'organisa dans les principales provinces pour résister jusqu'à la mort à l'invasion de l'ennemi et défendre l'honneur et l'indépendance de la patrie. . (1). » L'élan des citoyens répondit au nouveau danger du pays. De toutes parts on accourut se faire inscrire comme fédéré. Comme l'année précédente, les citoyens avaient répondu avec enthousiasme à l'appel de l'autorité; comme l'année précédente, la poésie voulut, elle aussi , à l'exemple des bardes , payer son tribut en excitant à la résistance. ( V. Pièce justificative Q. )

Je trouve opportun de citer encore ici quelques pièces non officielles , mais qui n'en n'ont pas moins leur portée à un certain point de vue : je veux parler dhin N° supprimé du Journal du département de Vhère, d'une chanson populaire et du passage de Napoléon à Rives. Je commence par le journal.

Napoléon venait d'entrer dans Grenoble (7 mars), n dut aussitôt prendre les mesures nécessaires pour consolider une œuvre qui commençait sous d'aussi heureux auspices, et il ordonna par conséquent à M. Champollion-Figeac, qui était venu se mettre à sa disposition, de supprimer et mettre au pilon le journal du département de l'Isère, qui contenait des actes contraires à son entreprise et qui devait paraître le mercredi 8, au matin. Ge journal, qui porte le nunîéro 29, fut remplacé par un autre exemplaire portant le même numéro, qui fut publié le jeudi 9 ; de sorte qu'il y a deux numéros 29 de la xviii 6 année de ce journal. Seulement, il ne reste qu'un exemplaire de la 1" édition supprimée, et c'est cet exemplaire que je place ici avec l'agrément de M. Champollion-Figeac, qui a bien voulu m'en laisser prendre copie. (K. Pièce justificative R.)

(1) Notice de M. Alb. Gras, p. 44.

Quant à la chanson ou pot-pourri dont j'ai parlé plus haut, composée au fur et à mesure que les événements se développaient, elle devint bientôt populaire, à ce point qu'on n'entendait qu'elle dans les rues. C'est de l'esprit gaulois au premier degré, et c'est d'elle que je disais, en commençant, que la caricature aussi fournit de précieux documents à l'histoire . Malheureusement, des motifs de convenance m'ont fait renoncer, pour le moment du moins, et alors que j'y avais déjà fait allusion au commencement de mon récit, à la publication de ce curieux écho de l'opinion publique à cette époque. J'ai dû faire ce sacriûce devant d'honorables et légitimes instances.

J'arrive à la troisième des pièces que j'ai annoncées. Une partie de cet intéressant récit a paru en 1839 dans le iv« volume de Y Album du Dauphiné, et je saisis avec empressement l'occasion qui s'offre aujourd'hui de le publier en entier. (F. Pièce justificative S.) Je ferai seulement remarquer que, dans une brochure de circonstance publiée en 1852 (1) par M. Auguste Vitu , secrétaire de M. le préfet de l'Isère, l'auteur, non content d'avoir suffisamment puisé à cette source, s'est encore plù à orner son récit de faits dénaturés, mais dont il a eu soin de laisser, par une note, la responsabilité à M. Aug. Blanchet, qui n'en a jamais écrit un mot. C'est ainsi qu'il raconte une anecdote sur M me A. B., anecdote qui n'est qu'un conte : M 010 A. B. ne se déguisa jamais en fille d'auberge afin de pouvoir pénétrer jusqu'à l'Empereur ; elle se contenta, pour esquiver la consigne de la sentinelle, de prendre quelques assiettes des mains d'une servante et les transporta dans la salle à manger. C'est ainsi qu'elle put tout à la fois voir l'Empereur et donner à M. Vitu l'occasion d'écrire une belle histoire. Cuique iuum.

Tout se préparait pour la résistance. Dès le 8 juin, la mu-

(1) L'Empereur a Grenoble, 18U-18X2.- Grenoble, F. Allier et fils. 1852. in-52. 22 pages.

nicipalité donna ordre aux habitants de s'approvisionner pour six mois, en cas d'investissement de la ville (1). — (V. Pièce justificative T.)

Mais la France voyait la fortune lui devenir contraire. Malgré les héroïques actions de ses défenseurs, l'ennemi faisait tous les jours des progrès rapides ; Grenoble était sérieusement menacé. Les événements avaient forcé le maréchal Suchet à conclure avec le général Frimont une convention d'armistice d'après laquelle le département de l'Isère fut requis de fournir 20,000 rations pour le 1 er juillet et autant pour le 2, au corps d'armée austro-sarde qui se trouvait sur la frontière de l'Isère (2) .

Voici une série de documents relatifs à cet événement. (7. les Pièces justificatives U, V, X et Y.)

Les fournitures , comme on le voit par les pièces précédentes, ne se font que difficilement. On frappe des réquisitions de voitures, de chevaux, de grains. Les citoyens n'y répondent qu'avec peu d'empressement ; les conseillers municipaux en font autant de leur côté pour les réunions du conseil ; Grenoble n'a pu jusqu'à présent faire parvenir que 25,000 rations. Les hostilités recommencent. Le siège est imminent. La fourniture de rations doit cesser. (V. la Pièce justificative Z.)

Je ne veux point raconter la journée du 6 juillet après M. Gras. 11 me suffira de citer les pièces suivantes à l'appui de son récit. (V. les Pièces justificatives AA etBB.)

La première de ces deux pièces parle d'une suspension d'armes demandée par les assiégeants. La voici telle que je l'ai reçue de Turin, ainsi que je l'ai dit plus haut : je crois devoir l'insérer ici au lieu de la transporter parmi les pièces justificatives imprimées à la suite de cette notice.

(1) Registre des délibérations del'Hôtel-dc-Ville.

(2) Notice de M. Gras.

Page 1