‹ Documents pour servir à l'histoire de la syphilis chez les ArabesChapitre 3 sur 6 · ACCIDENTS TERTIAIRES · texte numérisé non relu

ACCIDENTS TERTIAIRES

Douleurs ostéocopes, Périostoses,

— du crâne,

— du maxillaire

inférieur,

— des os du nez,

— du tibia ,

— du fémur, Ostéite,

— des os du nez,

— du maxillaire infé-

rieur,

— de la clavicule,

— du cubitus,

— du tibia,

— du fémur, Exostoses,

— du crâne,

— du frontal ,

— des os du nez,

— du maxillaire in-

férieur,

— du sternum,

— de l'humérus,

— du radius,

— du cubitus,

— du tibia,

— du fémur,

Carie des os du crâne,

— du frontal ,

— des os du nez ,

— du vomer,

— du maxil. supérieur,

— des vertèbres,

— des côtes,

— de l'acromion,

— de l'olécràne,

— de l'humérus,

— du tibia ,

— de la crête illaque,

— du fémur, Nécrose du frontal,

— des os du nez,

— du maxillaire su-

périeur,

— du maxillaire in-

férieur,

— des cartilages du

larynx ,

— du cubitus,

— du tibia, Perforation du crâne au niveau de la suture sagittale,

Tumeur fibreuse du cerveau et de la dure-mère, Cachexie syphilitique,

Lorsqu'on jette un coup d'œil sur ce tableau, on ne peut s'empêcher de songer à la grande épidémie du xv e siècle qui a fixé, à si juste titre, l'attention du monde entier, et d'établir un parallèle entre les accidents observés alors , et ceux qui sévissent aujourd'hui sur les indigènes de notre colonie algérienne.

«A cette époque, dit Vidal (de Cassis), dans son Traité des maladies vénériennes , plusieurs peuples furent frappés par un fléau qu'on a représenté comme hideux et cruel. De nombreuses pustules couvraient la peau des malades, des douleurs atroces se répandaient sur les membres , attaquaient la tête , douleurs qui correspondent à ce que nous appelons aujourd'hui ostéocopes, rhumatoïdes. Ce qui frappait le plus et tout d'abord, c'était l'état

de la peau qui était couverte de pustules , et les douleurs des membres qui tourmentaient les malades. Les lésions des organes génitaux étaient ignorées, ou paraisssaient peu importantes relavement aux autres manifestations pathologiques qui d'ailleuisles suivaient de très-près. Il est probable même que ces lésions, c'est-à-dire ce qu'on appelle aujourd'hui accidents primitifs , ont été quelquefois complètement absentes. Pour mon compte , je suis porté à le croire, surtout depuis que j'ai prouvé d'une manière si positive la transmissibilité des syphilides sous la forme pustuleuse. Enfin, à une certaine période, les pustules répandues sur la peau devaient être transmises de l'individu malade à l'individu sain» (1).

Ce passage du traité de Vidal m'a paru digne de remarque, et parfaitement applicable à la syphilis des Arabes, comme il sera facile de s'en convaincre par la lecture de ce mémoire. Que voyons-nous, en effet, s'offrir à nos yeux ? Des lésions profondes de la peau , des douleurs ostéocopes , des exostoses et quelques cas plus rares d'accidents primitifs. Au xv e siècle, la maladie vénérienne était considérée comme épidémique , et attribuée à des influences sidérales. De nos jours, les Arabes font intervenir l'action divine dans la production de ces maux.

Cette opinion que je viens d'émettre paraîtra sans doute bien hasardée après le défi porté par l'éminent syphiliographe de Lyon, dans son histoire naturelle de la syphilis (2). «Dans le cas, dit-il , ou quelques écrivains de notre époque s'aviseraient de donner à la syphilis actuelle les sombres couleurs que je viens de mettre sous vos yeux, demandez-vous, et je devine la réponse, s'ils obtiendraient le renom d'auteurs classiques que le suffrage général a décerné aux Catanée , aux Fracastor , aux Vigo , aux Paré? Demandez-vous , s'ils ne passeraient pas pour les romanciers plutôt que pour les historiens de la vérole. »

M. Diday, dans cet énergique langage, ne fait sans doute allusion qu'à la vérole telle qu'il l'a observée à Paris et à Lyon. Pour moi je décris ce qui se passe en Algérie, et je crois pouvoir appliquer à la syphilis des Arabes, sans crainte d'être contredit, ce que

(1) Traité des maladies vénériennes, p. 17; Paris, 18i9

(2) Histoire naturelle de la syphilis, p. 30 ; Paris, 1863.

Catanée écrivait de la vérole en 1505: «Monstruosus morbus, «tbeditate magna , innumeris pustulis ulceribus que per totam «faciem universumque corpus, magna etiam saevitia dolormn «noctu presertim humanum genus affligens, lacerans que nodo- «sitatibus instar lapidum.»

Et qu'on veuille bien le remarquer, je ne donne que le relevé des lésions observées sur un petit coin de terre, dans un hôpital secondaire. Que serait-ce donc s'il était possible d'établir le bilan complet des graves désordres qui se dérobent à nos regards dans les masures des kabyles , ou sous la tente des tribus nomades qu'il ne nous est point permis d'aborder I

L'examen rapide auquel je vais me livrer suffira , je l'espère, pour démontrer l'analogie et pour justifier mon opinion. Nous dirons un mot d'abord de la blennorrhagie.

De la blennorrhagie. — La blennorrhagie paraît être une affection peu commune en Algérie , du moins chez les Arabes de la plaine. Elle ne présente pas les caractères d'acuité et de virulence qu'elle offre si fréquemment dans nos pays.

D'après notre tableau, il y al4casd'uréthrite, 10 chez l'homme et 4 chez la femme. Les malades atteints de cette affection venaient de Tenez ou des tribus les plus voisines.

Parmi les 4 uréthrites observées chez la femme , 3 existaient chez des filles livrées à la prostitution. Deux d'entre elles ont infecté des indigènes qui habitent le vieux Tenez situé à 3 kilomètres de la cité française. J'insiste sur ce fait parce qu'il me paraît démontrer que , dans la plupart des cas , la blennorrhagie était probablement d'origine européenne.

Parmi les lésions observées à la suite de cette affection, je trouve trois cas de rétrécissement du canal de l'urèthre et un cas d'abcès urineux. A coup sûr, si la blennorrhagie était fréquente dans la population indigène, si surtout elle offrait la même gravité que dans nos pays, elle ne serait pas mieux traitée qu'en France, dans les hôpitaux, et devrait par conséquent entraîner quelques-unes îles suites et des complications qu'on observe chez nous , telles que blennorrhée, orchite, prostatite, cystite, néphrite, rétrécissements, abcès urineux. C'est précisément ce qu'on ne voit pas.

Que l'indigène supporte sans se plaindre les cuissons et les in-

commodités de l'écoulement uréthral , qu'il en attende avec résignation la guérison spontanée, je l'admets sans peine. Mais qu'il résiste aux tortures et aux conséquences graves engendrées par les rétrécissements de l'urèthre sans venir nous demander conseil, je ne puis le concevoir. Or, le tableau démontre que de pareils accidents n'y figurent que pour un chiffre très-minime ; je puis donc conclure à la rareté et à la bénignité de l'uréthrite chez les Arabes.

' Il ne sera pas sans intérêt de rapprocher ce résultat de mon observation personnelle en Algérie [de l'opinion émise par M. le D r Poyet sur la blennorrhagie des Orientaux. « Les lieux où sévit la blennorrhagie virulente, dit-il, sont ceux qu'habitent les indigènes dont les moeurs ont le plus de rapports avec les nôtres ; mais ceux de ces indigènes qui vivent en dehors de nos usages, en conservant leurs habitudes antiques et primitives, sont peu ou point affectés de cette maladie. Nous n'avons jamais remarqué chez eux ces fortes érections , ce gonflement qu'entraîne avec lui la dysurie. La matière blennorrhagique ne nous a pas paru non plus comporter le même caractère d'âcreté et de virulence qu'elle offre dans les lieux habités par les Européens et les chrétiens» (1).

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