CHAPITRE PREMIER
But de eet écrit.
Nous parviendrions peut-être à nous entendre si nous jugions de la situation où se trouve la ^France par ses intérêts les plus connus ; mais presque tous nos jugemens se composent en quelque sorte des choses que nous ne savons pas» Ce qu'il faut expliquer, ce sont des secrets de partis dont tout le monde s'émeut ^quoique peu de personnes se donnent la peine de les étudier. Les moindres discussions, en effet, semblent troublées par l'apparition mystérieuse <ie quelque fantôme. Comme Macbeth, nos hommes
d'état marchent entourés de sorcières menaçantes. Nous croyons que le temps est venu de pénétrer avec franchise dans cette région ténébreuse des partis-et des sectes, véritable caverne de Mélusine , où s'agitent des spectres blêmes et sanglans.
Depuis quiiîze ans , le libéralisme a éprouva de nombreuses métamorphoses. Au lieu d'en apprécier les besoins et la portée , on s'obstine à n'y voir que les dangers d'une conspiration flagrante-, ou les dçchiremens d'une immense anar^ €hie. Les esprits les plus absorbés dans les soins matériels de la société, s'effraient ou se félicitent du mouvement continuel de la spéculation , qui va cherchant au-delà de l'ordre établi les principes d'un meilleur arrangement social. On a beau témoigner un amer dédain pour tanf de théories qui s'élèvent de toute part sur les ruines du libéralisme , on s'en occupe , et beaucoup plus encore qu'on ne Tavoue. C'est qu'après tout, chacun le sent, la pensée divise le monde, précisément parce qu'elle icst faite pour le gouverner.
Rien de si facile que d'apercevoir des motifs d'intérêt personnel et d'horribles dangers dans les systèmes que la foule des coteries met en avant j mais les plus vaines ne sont jamais si bas qu'elles ne se relèvent par des inspirations
raisonnables et des sentimens de bien public.
Si les dé$enchanfemens d'un la Rochefoucauld et toutes les défiances d'une diplomatie d'antichambre , suffisent à peine pour démasquer la personnalité qui se cache toujours au fond des cœurs , la plus douce confiance dans les déterminations non moins naturelles qu'entraînent l'amour de nos semblables et la passioii de la justice , n^est pas de trop pour voir clair dans l'humanité.
Ainsi , c'est avec une sécurité bienveillante , q^e nous nous proposons d'étudier le^' mystères et les perplexités de l'opinion , les développemens, et pour ainsi dire ies délicatesses de notre, esprit public considéré dans ses motifs les plus élevés. Nous classerons rapidement les principaux'systèmes , en les suivant depuis leur naissance jusqu'à leurs plus récentes variations. Si nos définitions sont justes , elles ne serviront pas seulement à montrer l'état moral de plusieurs partis influens ; elles contribueront peutêtre aux progrès dé leurs idées ; car la première condition y pour aller en avant, est d'avoir un point de départ bien connu. L'effroi et la confusion des théories , voilà les deux inconvéniens que nous voudrions affaiblir.
*«—P9»» u » — »p*^ t 9t»9im»am» Mf f99t m i m i xnM it M w n wB M <•>•♦»