‹ Documents pour servir à l'histoire des conspirations, des partis et des sectesChapitre 3 sur 67 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Du libéralisme dîs les premières aimées de la seconde restauralion. — Origine des complots contre la dynastie déchue. *- Fondation de la charhonnerie. — Loge des Amis de la Vérité i société d'Indii^idua" listes. — Fin des conspirations. — Naissance de l*écoiç historique el de t éclectisme.

C'est de la seconde restauration de la dynastie déchue, que date aussi la restauration de notre esprit politique. Alors commença cette éducation sérieuse, ce rapide mouvement d'idées appelées libérales ^ désignation vague, et par là même tfès-conforme à l'état des esprits. Dès ses débuts, le libéralisme eut un caractère inquiet, mais légal. Aussi long-temps qu'on eût l'espoir d^une majorité constitutionnelle dans la chambre des députés, il n'y eut pas de redoutables tentatives contre le gouvernement. Un grand nombre de mécontens put bien se compromettre dans des complots mal concertés; cependant la nation libérale y prit peu de part. Les premiers procès en matière d'attentats, contre la dynastie , ne furent que des aHaires triviales où la police jouait souvent le principal rôle; tant il est

Vrai qu'il y aMans les r^soôrces du régime représentatif un obstaole presque invincible aux conspirations! Assurément^ les. maulc cTune seconde invasion étaient- douloureusement sentis; |e nouveau gouvernement cachait peu ses fii-* castes intentions^ il avait froissé une multitude d'intérêts disposés à la résistance^ et la suspension de la liberté de la presse ajoutait encore à l'agitation du pays. Hé bien! tant de motifs de réaction violente ne suffisaient pas. Il a fallu que la charte fût changée dans sa base par la loi du double vote, pour qu'un parti franchement rjévolutioiuiaire eût l'idée de se constituer. Voilà pourquoi ce n'est qu'au milieu de l'année 4820 qu'on put distinguer dans la cause libérale ceu^ qui voulaient conspirer, de ceux qui voyaient encore dans là charte mutilée des chances de salut.

La séparation des libéraux révolutionnaires et des libéraux constitutionnels n'eut rien d'hostile. Les procédés pariementaires ne paraissaient pas tellement assurés à ceux qui en faisaient un si bon usage , qu'ils ne fussent disposés à prendre ime nouvelle attitude en cas de troubles civils* D'un autre côté , les partisans d'une révolution n'avaient pas assez de confiance dans les force$ qu'ils essayâi^at, pour négliger entièrement les moyens que le régime légal offrait encore.

A vrai dire , le parti révolutionnaire était u$

assemblage confus de patriotes de toutes les opi** nions et de mécontens. Aussi ^ croyons-nous que les complots n'auraient pas eu la moindre con-r distance sans l'appui d'une classe formidable de mécontens; nous voulons parler de Tarmée, qui, pleine enccnre de brillans souvenirs , se tourmentait dans son oisiveté. Cela est si vrai , qu'à partir de la guerre d'Espagne , l'irritation des troupes ayant fait place aux sentimens que devaient produire de nouvelles chances d'acti-r vite , les sociétés secrètes n'eurent plus qu'à mourir de faiblesse et d'ennui. Les complots cessèrent au moment où ils semblaient plus motivés qu'ils ne lavaient jamais éjté. Ainsi, sous quelques rapports , les intérêts ont eu plus d'infhience que les principes dans ces préparatifs de révolution ; mais ce serait une légèreté de n'y voir que des calculs d'ambition personnelle.

En méjfne temps que le parti conspirateur s'ouvrait aux divers intérêts des partis encore aujourd'hui subsistans, aux orléanistes comme aux napoléoniens, etc. , il renfermait les ger*. mes de la plupart des écoles politiques et des généreuses pensées qui se sont fait jour peu à peu dans les journaux, dans les sociétés consti-r tutionnelles, dans les sectes, dans les clubs, et jusque dans le gouvernement. Les doctrines les plus élevées avaient*déjà leurs représentans dan$

les réunions où Ton ne paraissait ôccupé^ qu a recruter de courageux soldats.

Les premières années de la seconde restauraition furent pour les sciences morales une époquq de renaissance^ et par conséquent de compilations ou de plagiats. Quand on ne peut pas in-r venter, on imite. Au moment où de nouvelles relations de douanes nous apprirent tout d'un coup les perfectionnemens de plusieurs arts utiles, de vastes communications intellectuelles avec nos voisins facilitèrent notre retour* aux études, que vingt-cinq années de discordes et de guerres avaient interrompues*. Bien entendu que dans tous les genres d'activité , les échanges de richesses ou de pensées étaient réciproques.

C'est ainsi qu'on vit naître un esprit conciliant qui appaisait les peuples à peine reposés de leurs sanglantes querelles. Notre philosophie et notre politique se composèrent d'abord d'une érudition fortuite, irréfléchie, qui devînt dans la suite un moyen de prétendre , soit à des trésors d'éclectisme, soit à des dogmes>

Les unsr cherchaient dans le spiritualisme ahlemand les inspirations de liberté qui avaient soulevé contre nous^ la noble Landwer; d'autres, plus fidèles à nos grandes renommées nationales , redemandaient à la philosophie du dixhuitième siècle l'enthousiasme de 89> Les rai-

9on^ d'Utilité de Bentham étaient aux pri^s avec les idées katitiennes sur le devoir; les principes du Contrat social et les plus diverses interprétations sur le droit naturel, divisaient également les esprits. Rousseau , Kaht, M. de Tracy, Bentham , tels furent les premiers auteurs commentés dans les disscussimis renaissantes. Après les réimpressions d'ouvrages connus, parurent les traductions de ceux dont la réputation arrivait successivement jusqu'à nous. Adam Smith, Th. Reid, Herder, Savigny, Niebur, Kreutzer, Vico, Tinrent à leur tour, mais plus tard. On eût dit un congrès de philosophes chargés de discuter tout ce qui avait échappé à celui de Vienne.

. Ce fut au moment où commençait la concision de cette moderne Alexandrie, que les traditions ultramontaines et monarchiques s'imposèrent au gouvernement avec un redoublement de violence. La loi du double vote ve^ nait d'être votée. Dès lors , une grande partie des penseurs et des politiques , désespérant des ressources légales , entreprit le jeu des révolutions.

Singulière situation, où lavidité d'une science déréglée se mêlait à tous les dangers d'une exiis* tence remplie d'aventures ! Cki courait aux leçons de M. Cousin; on recueillait avec une incroyable

acd^ir les paroles de liberté qui, du haut destribunes àt France, dTltalie et d'Espagne, ébranlaient l'Europe j puis on allait s'entendre avec des sous-officiers pour enlever des ré-^ gimens.

Un jour, il s'agissait d'examiner avec uhe' scrupuleuse conscience le problème embrouilla du meilleur gouvernement ; une autre fois , le grave objet de la réunion était d'apprendre la' charge en douze temps. L'instinct des sociétés révolutionnaires se mamfes^it de toutes parts.' Les conférences des écoles , le rituel de la frane-f maçonnerie, les réunions constitutionnelles, les funérailles et festins politiques , les rassemblemeiis tumultueux aux cris de i^ii^ la Charte! tout servait de prétexte ou d'occasion, pour se compter^ s'épurer et préparer des coups de main.- Cependant^ il manquait à tant d'efforts isolés . un Uen , une organisation générale. Le besoin en était senti. >

Le misérable avortfement de la conspiration du 10 août 1820 venait de prouver l'inconvénielti^t de n'avoir pas de moyens r^^liers pour diriger une opération de ce genre. Ce fut alors qœ des relations accidentelles avec les vaincus de Naples donnèrent Fidée de s'affilier à leur Carhonaria^ et de^ former ainsi une véritable conspiration, permanente^ sous un patronrige

le

assez ridiculement emprunté aux montagnes de la Calabre. Toutefois^ cette association fut émi- ^nemment française^ car aucune jcorrespondance ne s'ensuivit avec les carbonari transalpins j et dès son origine^ la charbonnerie se conforma •tout-à-fait aux idées du temps' et du pays. La principale influence qu'on put y remarquer^ s'explique par le caractère particulier de quelques-uns de ses fondateurs, hommes distingués à plus d'un titre,

• Si quelque digression indiscrète nous était permise , ùous nous arrêterions bien volontiers pour faire mention de ceux qui ont tant contri-^ bué, par leur intelligence et leur fermeté d'âme, à soutenir pendant deux années , la seule entre*^ prise qui , dans tout le cours de la restauration, ait mérité d'être considérée comme une conspi*^ ration puissante. Il ne serait pas sans intérêt de montrer par quel concours de circonstances , quelques jeunes geîis ignorés et de professions différentes, se réunirent dans une seule pensée, qui pût rallier autour d'eux cette partie effervescente de la nation , jusque-là si malencontreuse dans ses échauffourées. Ce que nousindi-» quons vaguement suffira pour associer à nos louanges le grand nombre de ceux qui ont eu leur part de ces honorables sQuvenirs. Que d'efforts il en coûta pour assujétir aux précautions

4'une société régulière certaines notabilités dc^nt les habitudes repoussaient cette innovation!

Pour ces notabilités f il s'agissait d'échanger un empire sans contrôle , contre les engagemens sévères d'un contrat. Ce sacrifice paraîtra méritoire a ceux qui savent combien la moindre ^ puissance a de cliens obséquieux, intéressés à lui présenter toutes choses ^ous des* apparences fa^ jciles et trompeuses.

Les fondateurs de la charbonnerie n'apparte^ naient à aucune des brillantes coteries qui se partagent l'influence du monde élégant. Ils en connaissaient à peine les façons et ne s'en souciaient guère; mais par leur éducation sérieuse, leur âge etleur ardente sympathie, iïs tenaient à toutes les relations où il est nécessaire de peur ser et d'avoir du courage. C'est à leur existence obscure et libre , toute dévouée à l'étude et au bien public, qu'ils ont dû lepr énergie et leur succès. Aux entreprises fortes, il faut des carac^ tères ainsi trempés, des esprits jeunes, des hommes nouveaux.

Pendant l'année 1821, la France se couvrit de cercles politiques liés entre eux à différens degrés par un mode électif de représentation, qui mettait Paris en Apport avec toutes les branches -de cette société, sans en compromettre l'exisiençe.

Nous ne voycms aucun ineônvénient aie dipe^ aujourd'hui , au commencement dé Vaînné^ 1822^ la charbonnerie étaU partout^ dam l'armée, dans les écoles /dans la haute et moyame industrie , dans la chambre des députés et jusque dans la chambre des pairs. Comme elle avait à ^ disposition des régimens de ligne, les génér raux ne lui manquaient pas. Nous ignorons ce qui serait résulté d'une révolution ; mais elle était ppssible et même probable.

L'hiver de 4822 vit échouer toutes ces tentatives par un concours d'accidens qu'il e^t inutile d'exposer ici. Cela ne servirait qu à prouver davantage que la charbonnerie ne fut jamais un un* parti définitif, lié par les mêmes idées , mais une transaction entre de vifs ressentimens et des principes divers, une sorte de coalition transil toire , hors d'état de survivre aux circonstances I extraordinaires qui- l'avait produite. Toutes les I affaires postérieures à celles de Béfort ont été I les conséquences inopportunes et sans ensemble, f d'un vaste plan qui ne put être exécuté.

I Le canon de la Bidassoa acheva de briser les

a.ssociations. Alors s'évanouirent sans retour , ' avec la fougueuse jeunesse du libéralisme , ses illusions sans limite , sa politique toute d'aveiv tures et de dévouement en pure perte. Le parti révolutionnaire avait besoin de l'armée; il ne

l'avait plusj Au mois de juillet 4830 , la popula* ^..litïn délais a fait voir corïimeDton se passe des armées, et comment, quand elles ont le malhieur de méconnaître les sentences nationales, on les leur signifie. L'histoire dira que Charles X, pendant toute toute la durée de son règne , n'eut affaire qu'à des prétentions légales. Le gouvernement de Bonaparte et surtout celui de Louis XVllI n'étaient pas , à beaucoup près , dan:^ des conditions si faciles.

Dans notre esquisse de ces deux années de conspirations, déjà si loin de nous qu'il faudrait des^ efforts de mémoire pour en retracer tous les actes, nous laissons de côté lesincidens de na--^ ture à n'exciter qu'un intérêt de curiosité. De piquantes observations sur le cqpur humain s'olPfiiraientaisément, dans l'histoire complète d^urie entreprise où tant d'idées et de passions furent soulevées. On pourrait y trouver aussi des scènes {Kithétiques, quelques pages d'un drame sanglant ; mais nouS ne profanerons point ide géné^ reuses mémoires par de prétentieux récits. O Yùos; qui avez montré sur l'échafàud la tranquillité du vrai courage, votre modestie clans l-âçcomplissement de tous les devoirs comme de tous les sacrifices que vous vous étiez imposés^ votre cause était belle , niais la France ne l'avait pas adoptée ! Cetix qui ont été sans force pour

vous arracher aux bourreaux, vous ont voue sans doute un religieux hommage, et cependant que leurs regrets soient cachés au fond de leurs cœurs ! Votre gloire est un secret qui doit ajouter à leurs souvenirs une douleur plus in^ time et plus touchante ^

Ainsi mourut la charbomierie , en place de Grève; à Poitiers aussi sur une place publique, ou bien à Lers sur un champ de bataille. Cependant, si jamais un historien digne d'elle, pénétre dans la nuit de ses mélancoliques annales, qu'il ne s'arrête pas aux catastrophes que nous venons d'indiquer. Si la charbomierie est un lait remarquable de l'histoire moderne, c'est moins par lés essais malheureux de sa puissance et les tentatives désespérées de son déclin, que par les résultats féconds de l'impulsion qu'elle a donnée, et par les métamorphoses qu'elle à subies jusqu'à ce jour.

Non seulement aucun système n'a survécu à cette société considérée dans son ensemble; mais parmi les sentimens si divers qui la partageaient, on tenterait vainement de saisir une seule tradition invariable. Chaque opinion fut bientôt modifiée selon les besoins et la portée de ceux qui s'en détachaient. Les esprits les plus emportés par une profonde exaltation morale, se livrèrent à des spéculations philosophiques.

ilevenues peu à peu des essais de religion ; d'autres se coDtentèrent d'une philosophie plus sceptique ^ plus limitée > et aussi mieux appropriée , à l'humeur du siècle comme aux exigences de chaque jour. Beaucoup prirent leur part dW nouveau genre d'aventures, au milieu du délire industriel qui, dès cette époque, dispersait les capitaux européens dans les plus téméraires entreprises. Afin de ne rien négliger dans le tableau de ces vicissitudes , ajoutons que plusieurs se réfugièrent dans le catholicisme. Il nous semble injuste de n'attribuer de telles conversions qu'à des motifs d'intérêt personnel. Tous les principes du libéralisme étant controversés et réduits à Timpuissance , des esprits fatigués ont | pu chercher dans l'immobile tradition un repos moral que les partis ne leur offraient pas.

Cependant, malgré tant de variations , il resta dans les cœurs une secrète audace, que nous attribuons surtout à l'impulsion de la charbonnerie. Ce caractère continua de paraître dans tout ce que l'on entreprit long-temps après que l'association n'existait plus. Il est remarquable, en effet, qu'un très-grand nombre des anciens carbonari se soient plus ou moins distingués dans les plus diverses positions, soit comme écrivains , directeurs de sociétés constitutionnelles, avocats, électeurs, chefs de sectes, combattans de

la grande semaine ^ fondateurs de chib$> soU comme magktrats^ députes^ minî^ares , hommes

àkjËiât. Assurément, ce n'est pas qu'on se sok

Jbeaucoup entr'aidé , car ces sortes de relations ont fait naître plus de rivalités et de préventions mutuelles que de véritables attachemens. Les qualités personnelles de ceux qui ont pu se faire remarquer, l'emportemeat des ambiticHis, quand une fois elles ont été violemment émues, toutes ces causes ne suffisent pas non. plus pour «pli^ quer les succès dont nous parlons* Partout ailleurs que dans les rangs de la charbounerie, n'y avaitil pas aussi du talent, de l'ambition, du courage? Çans doute il n'était pas nécessaire d'avoir conspiré pour réussir dans sa carrière, mais de fréquentes assemblées rapprochaient les âmes à leur insu par de toutes puissantes commotions, animaient chacune d'elles en particulier de la passion de toutes les autres , et leur laissaient enfin de chaleureuses empreintes qu'elles n'auraiejit pas reçues dans l'isolement de la plupart des professions du monde.

Voilà le vrai caractère de la charbonnerie.

C'est fort légèrement qu'on lui impute d'avoir créé des habitudes d'opposition et d'auarchie; Nps^ fiers conspirateurs sout pour le moment assez disper^çs : l'un est ministre , l'autre chef de club, celui-ci pape, celui-là préfet. Tow s'^c-

cusent matuellement. . . A qui s'en p^rètidre? Ah ! si les anciens conjurés, aujourd'hui dans le gouvernenient > se souviennent encore de tant de graves discussions dans quelque galetas d'étudiant , ils doivent savoir que ce n'est point là qu'on apprenait à faire son chemin aux dépens de la paix publique et de sa conscience. Sans doute, il y avait beaucoup d'inexpérience dans ces premiers efforts de l'esprit public } mais en sincérité comme eh patriotisme, malheureusement ni les uns ni les autres ne peuvent se flatter d'aucuns progrès. Les obligations qui exigent du dévouement, le secret dés assemblées qui ôte à Tamour-propre l'occasion d'y tout embrouiller pour faire de l'effet , les délibérations sérieuses et régulières , toutes, ces conditions éloignent de l'anarchie, bien loin d'y conduire. Aussi croyonsnous qu'un grand nombre de citoyens les plus . dévoués à l'ordre légal , dans le sens que doit avoir ce mot, se sont formés par ces habitudes qu'on déclare si fâcheuses. Sous ce rapport, ce n'est point un paradoxe de dire que la charbonnerie a puissamment contribué à notre éducation constitutionnelle.

Les métamorphoses de cette association embrassent à-peu-près toutes les variétés morales qu'on peut étudier aujourd'hui parmi les opinions les plus influentes ou les plus répandues.

Mlûs pevenens à ses fondateurs. L'histoire de )flur9 idées et de leurs sentimens n'est pas sans intérêt^ car Us représentaient aussi bien que possible la charbonnerie^ qui elle-même était HP résumé des différentes nuances du libéralisme révolutionnaire.

Une petite réunion avait d'abord servi de point de départ aux discussions qui depuis y à travers plusieurs vicissitudes, ont entraîné les principaux d'entre eux vers la religion Saint-Simonienne. On l'appelait y si nous avons bonne mémoire^ la société y diablement philosophique. Cette plaisanterie exprime asseÉ ce qu'il y avait 4lors de confus et d'illimité dans les opinions. Les fondateurs de la charbonnerie s'étaient aussi rencontrés dès les premières années de la seconde restauration dans les écoles , dans la rédaction de quelques journaux et dans la lo^e des Amis de la Vérité.

Tant qu'on eut l'espoir de renverser la dynastie régnante, les controverses de l'association eurent surtout pour objet la forme particulière d'un nouveau gouvernement. On était bien convenu d'en référer à une assemblée constituante pour la réorganisation sociale ; mais cette tranmetion ne faisait qu'éludeV les difficultés qui Fé9ultftient de toutes les dissidences; car elle n'empêchait pa^ que chaque parti ne se mit en

ttaéûte de préj^rer l^s voies du meilleur gou- ¥«i!iiefiieiit dont il avait l'idée. Ceux-ci penchaient pmn* un régime monarchique et représentatif j tmxiblk pour ujie répuîJique fortement liée par une administration centrale ; d'autres pour OD plan de répuhïique fédérative. De là une espèce de guerre dvile dans l'association que les différens partis voulaient diriger^ pmir la ikîre servir à leurs desseins. Il n'entre pas dans notre sujet de raconter ces démêlés intérieurs an milieu des embarras d'une situation si com-^ pËqujée. La plupart des fondateurs, avaient adopté 1^^^ principes d'une république fédérative; et afin de les répandre dans le pays, ils s'étaient attachés à les (Mrati<pier d'avai^ce dans la forme même de l'assomtioîi. Tel était leur projet , quand' kl gœrre d'Espagne vint dissoudre là charbonnerie; mats ik ne renoncèrent point pour cefat à propager Isurs id^s. Les relationsqu'ils avaient OTeées leur en oflraient quelques moyens. Toute** feriei, leurs nouveaux efforts cessèrent d'avoir lé oaifftctère d'une conspiration. Leur action devint |mrem«nÊ morale^ et les spéculations philosoplûques enixérefit davantage dans leurs vues dé gouvememe»!, à mesure qu- ils forent moins ptisoœupés de If espoiir d*nne révolution immé^ diate. La. première m^tipunorphose qui s'ensuivit fat une s^foiété' d'IndïnduaUstes.

Elle s'appelait ainsi, j^rce qu'on y faisait dériver tous les droits civils et poflitiqifljes: de» facultés «t des besoins de l'homniè considéré h>* dividuellement. Cet aperçu provenait d'une pp position radicale aux systèmes qui subordonnent les droits individuels aux droits de la société^ ou plutôt à l'action arbitraire dfes gouvememens*- Jusque-là , il y avait eu impossibilité de s'en^ tendre entre ceux qui rattachaient toutes ce^ questions à l'organisme humain , et ceux qui partaient de l'absolu de Kant ou de Fichte.

Nous ne saurions dire précisément pourquoi ils ne s'entendaient pas, car il n'y avait rien de bien précis dans leurs discussions. Quoi qu'il en soit,, on convint , tant bien que mal , dé quelques principes de gouvernemekit , en dressant un catalogue des droits naturels fondés sur autant de facultés humaines , dont la nature première n'était plus examinée. C'est âind que les matérialistes et les spiritualistes de la charbonnerie se réunirent pour composer une doctrine par laquelle ils voulai^ent ruiner de fond en comble cette centralisation républicaine , impériale ou monarchique , dont ils attribuaient surtout les vices à de prétendus paradoxes de J.-J.

Rousseau. Mais les idées de ce père de la Con^ ti tuante étaient mal appréciées. Rousseau n'a point conçu son Contrat social cotame une con-

Veàtion arbitraire et tyrannique, une règle abstraite^ un texte mort, Ge livre est le premier où soit étudiée, avec profondeur^ rharmonie naturelle des paasixms publiques et des volontés dans une société se gouvernant elle-même. Le Contrat socicfly en effet, est une institution vivante^ une situation d'âme pour les peuples, un moyen d'interroger leur conscience et d'en faire sortir la justice. Son immortel auteur en a placé les principes au-dessus des formes accidentelles et secondaii*és xles gouvernemens. De là vient que tes procédés d'uïié république fédérative se trouvent tout aussi bien exposés dans ses ouvrages , que ceux de telle autre constitution. Nous en avons assez dît pour ceux qui s'occupent sérieusement de ces matières, sur le système que les individualistes opposaient à celui de Rousseau (1 ).

(i) Dans une déclaration faite au Saint-Siège , te 9 février i83i , sur l«s doctrines de 'P Avenir, on tombe également, au sujet du Contrat social, en de ^yes méprises. Les opinions de M. Tabbé de Lamennais et de ses dignes amis ont une si belle autorité , que nous considérons comme un detoir d^^ montrer ce qui nous parait d^ectueux. Selon eux , Rousseau aOniit établi que : « l^ peuple n'a pas d'autre loi que sa volonté , la- « qo^e crée k justice / doctrine renfermant l'athéisme, et tout-è-fait <t contraire à celle des théologiens qui pensent que chaque peuple est <t soumis, commieles tndiridus , h la loi divine de justice, essentielle- « ment indépendante de sa volonté, et promulguée par la conscience « du genre humain. ».

Noos pensons que la doctrine du Contrat social n'est pas complète, en ce qu'elle n'explique pas assez comment le, peuple , dans toutes les situa-

S<msle iH)m barbare de leur nouveUe ecok , iU pensai^at jeter les fondauens d'une fédéx^tion du genre humain-

A déiaut de la ^^harbonnerie^ la hgt des j4mis de la VériU^ qu cm avait abaiulounée pour organiser de plus puissans moyens de eonspiraiion, fut reprise pendant quelques mois^ et sa^it à k propagation de \ Individualisme*

Mais en 1823, après la guerjre d'Espagne, il s'opérait dans le parti révolutioanaire > et aussi clans les opinions de la plupart des pensâirsdu libéralisme, un changement ^ni biçntôt ne per-* mit plus de s'en tenir à des prpjets de oonstitu*lions à priori. Quand on se sent battu dans le^ eptrepxises de révolution, on fait un retour sur

ti^ff oàil penit s'occuper de ItL-im^tae, <Aéit iiéceà«airettient a lé jus^ tice telle qu'il la conçoit ; cependant ce fait , établi par Rousseau , n*eo est pas moins Trai. Or , il n'entend point que la Tolonté du peuple crée I9 justice^ Qaals que sa ToIonté génécale la manifeste plus sôrement que n'en sont capables les yoLontés particulières* On Ttut toiyour» son bien ; on ne le voit pas toujours. Qu'y art-il 4ana cet expfwé fidèle« qui soit en contradiction ayec la loi divine de justice promulguée par la cw»mence du genrs humain? H est dair que le peuple ne yeut p«« parce qu'il yie«tt n^is seulement en yertu de cette conscience du genre buBaain qtn nt^tOf* mulguerajt pas les lois divines, 9* Dieu n'avait assujiéti la owwAm» de chaque individu à des l^s nalur^les , les mêmes pour tous , sans e«eep*tioo de races, de lieux et de temps. Ces lois samtes q«'â ne faut pas chercher ailleurs qu'ep nous-mêmes « gouvernent la voloiité géaârak quand des volontés tyranniques n'y font pas obstacle; eUes nous eblij^nt à vouloir -le bien commun , sans qu'elles novt diipenient de le cherther ou de l'apprendre.

doi^ et l'on se demande avec inquiétude , si Vôû n'a pas outrepassé les forces du pays. L'andà^* cieuse fermeté des principes ^ la vigueur dte coups d'état^ ne soïit plus \t^ qualités du tnô^ ment. Après les accablans mécomptes de la dévolution française , il nous avait fallu seize aui pour repi^endre un peu de confiance en notfêmême et nous lasser du despote , comme nous nous étions lassés de notre orageuse liberté. Les dé&kas de la cbarbonnerie ne furent pas suivies d'un tel abattement de ccteiii*. Oh sêiltait que le parti révolutionnaire n'étant qu'une fraction du lâ>é»lisme9 k cause nationale pouvait se rekver par d'utiles alliances et par un adroit usage de ses ressources. L'énergie des complots fut remplacée par les précautions de la politique dil jour, c'est^à«<lirepar les etpédiens légaux et parlementaires, Tédectisme et les argumens dêt l'histoire. Dés qu'il fht bien avéré qu'il n'y avait plus qu'un parti légal aUx prises avec les pré^ tentions de l'anciei^ régime > tout le mondeVôU-^ htt en être« D'autres^ oifrconsunces viâreiU etin 'core fortifier tette, disposition à la prudeuée éC aux transactions»

Jusqu'hors, reSjn'itrem.issantde lapbilosdi^ie s'était âtimenté par des réimpressions d^ouvra-^ ges firançais du dis^huiti^e siètile om du ôom-' mencement du d»Mieuvième« On v retrouvait

cette indépendance qui avait donné à la révolution française son jîaractère de spontanéité. On se mit ensuite è. consulter les travaux des peuples voisins^ et surtout de l'Allemagne .

Il y avait ^.lors , soit dans les recherches de cette nation^ soit dans les sentimens quelle éprouvait avec nous , des sujets d'observations qui exçitaiept 4 la fois notre curiosité et notre symps|.thi|e,

Au-delà du Rhin^ les penseurs avaient été moins distraits qu'en France , de certaines études qiii exigent de paisibles méditations. Ainsi^ pendant que nous étions occupés à de violentes entre-^ prises, ils avaient poussé fort loin la critique de la philosophie et de l'histoire,

Nos conquêtes cependant n'avaient pas épàr* gné ce docte pays, mais on eut dit qu'elles n'a-^ yaient fait qu'irriter, la studieuse ardeur des universités. Par un esprit de réaction contre la propagande républicaine çt impériale, une partie des écrivains allemands entassait des volumes pour prouver qufg les lois doivent être l'expression rigoureuse des usages établis. Selon eux, la suprême science du législateur est l'histoire qui suit pas à pas la tradition, constate la naissance, le déclin des coutumes, et montre ainsi les moyens de n'exiger des peuples que des devoirs conformes à leurs vieilles affections.

Nous n'entrei^pns pas ici dans la polémique .antédiluvienne que F&ole historique d'Allemagne a souteiiue et soutient aicore contre sa rivale, Fécole philosophique et révolutionnaire, ou si Ton veut, Fécole des codificateur8.Celle-<îi, en cherchant d^ns les constitutions, naoinsledéveloppement des coutumes qu'un remède à leurs abus, s'appuie sur des principes divers, sans liaison immédiate avec le siget qui nous oc* cupe.

Notre intention est seulement de faire obser* ver que sous l'administration absolutiste et fi^ nancière de 1824, les plus grands esprits du libéralisme français ne trouvèrent pas un meilleur usage de leurs loisirs forcés , que les recherches dont l'Allemagne avait ouvert les voies. La curiosité historique et réclectisme devinrent, à vrai dire, un symptôme non seulement de l'oppoëition française, mais de l'esprit européen. C'est que la France, par sa position centrale, ses lois^ ses mœurs, et ce reste d'ascendant qu'elle devait au dix-huitième siècle comme à la révolution de 89, était depuis long-temps à la tête des peuples civilisés.

Lorsque ceux-ci purent croire que leur cause, inséparable de la révolution française , était vaincue par la sainte^alliance, il était naturel que l'éclectisme et les recherches historiques

devinssent le caractère de toutes les philosophies européennes. La situation £àcheuse du libéràlisn^ rendait ce traTestissemeikt des sciences morales inévitable. Si F Allemagne^ par des mo tils <jui appartiennent à son histoire^ n'en avait fOû donné Vexemple, on y aurait eu recours partout ailleurs. En effet, à Londres > Edimbourg , Berlin , Heidelberg , Bâle , Genève , comme à Paris, la plupart des opinions se dépouillèrent presqu'en même temps de Tàpreté qu'on avait remarquée jusque là dans les andennes disputes.

Sans doute , après de si longues aninnisités des peuples et des partis , on avait besoin de se voir de plus près, de s'étudier mutuellement ; l'on éprouvait aussi quelque douceur dans ce retour vers ses ennemis^ qui changeait k colère eu étude et en bienveillance j mais le congrès de Vienne avait mis aux bienfaits de cette paix précaire des conditions funestes à l'humanité « Si les peuples commençaient à sentir combien il y avait eu de duperie dans leurs querellea> iUn'enre&taient pas moins sous l'inflaence de certains partis, dont la réconciliation ne pouvait étr^ sincère I puisqu'ils étaient tous ou les alliés ou les antagonistes de la sainteHalliânce, pouvoir fort peu ^electîque de sa nature.

Nous ne saurions expliquer l'caipite dé Id

âaiate-<^UiaBoe rar les partis mêmes qui lui étaient les plus opposés , sans bien comprendre la nature de cette immense coalition qui a si long-temps pesé sur l'Europe, et la menace encore.

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