ANTOINE VÉRARD ET SA FAMILLE
La note que nous donnons sur ce libraire a déjà été publiée dans le Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris, 1889, pp. 81-85, par M. le baron Jérôme Pichon; mais nous croyons devoir, en raison de l'importance d'Antoine Vérard et de l'intérêt que présentent ses belles publications, la réimprimer en tête des documents que nous avons recueillis sur les libraires parisiens de la fin du xve et du xvre siècle.
Dans le cours de mes travaux, j'ai trouvé sur notre grand libraire Antoine Vérard, ou plutôt sur sa famille, quelques renseignements intéressants par eux-mêmes et aussi parce qu’ils peuvent servir à compléter et à contrôler ceux qu’on pourra découvrir encore, je pourrais même dire qu’on a découverts depuis moi, mais qui n’ont pas encore vu le jour !.
(1) Ces renseignements ont été publiés par M. Ernest Petit, de Vauce, dans les Archives historiques, artistiques et littéraires, Paris, Bourloton, 1889-1890, in-8, t. L., pp. 392-394.
Il s’agit de lettres de naturalisation octroyées, en 1497, par Charles VIII (Arch. nat., JJ 227, fol. 241) à Jean Pierre de Vérad qui était venu à Paris
Nous voyons Antoine Vérard qualifié de feu dans le - privilège des Chroniques de Saint-Denis donné en 1514. J'avais cru qu'il était mort en 1511 ou 1512, d’après la mention suivante consignée sur des exemplaires d’un certain nombre de ses publications !.
« Antoine Vérard, libraire de Paris, a donné ce pré- « sent livre au monastère de Clervaulx le xx° jour de « mars mil cinq cens onze (1512 n. st.) Priez Dieu « pour lui. » Cette dernière formule semblait indiquer que Vérard était mort vers ce temps et que le don avait été fait par testament, mais Brunet cite des Heures de Vérard avec almanach de 1513, ce qui reculerait sa mort à 1513 ou fin de 1512.
Quelle raison avait eue Vérard pour donner ainsi une sorte de collection de ses publications au monastère de Clairvaux ? La voici. M. Émile Picot m'a fait remarquer que La Croix du Maine (éd. de 1772, t. I., p. 154) avait mentionné Claude Vérard, religieux de Clairvaux de
« pour y apprendre l’art et l’industrye de libraire », et l'on peut supposer avec vraisemblance que ce Jean Pierre de Vérad, libraire, n’est autre que le père du célèbre Antoine Vérard ou tout au moins quelque membre de sa famille. La différence d'orthographe des deux noms qui pourrait donner quelque doute, n’a, dans la circonstance, rien de contraire à la supposition de M. Ernest Petit, car on rencontre assez fréquemment dans des livres édités par Vérard son nom écrit Verad. M. Claudin croit qu’Antoine Vérard était flamand. Citons encore un intéressant article de l’Intermédiaire de l'Ouest, livr. du 1 février 1893, dont l'auteur, M. Charles Grandmaison, nous apprend qu'Antoine Vérard, demeurant à présent à Paris, (ces mots pourraient donner à penser que Vérard aurait, à une certaine époque, demeuré à Tours ou ailleurs), avait acheté, en 1505, une maison à Tours, et mis en dépôt chez Jehan Sasin, libraire de cette ville, en 1509, des exemplaires de la Coutume de Touraine, impression de Paris.
Les grands libraires du xvi: siècle ne bornaient pas leur commerce à la ville qu'ils habitaient. Nous verrons plus loin, à l’article Langelier, en date du 17 juillet 1561, Jehan de Tournes, libraire lyonnais, en relations avec les libraires de Paris par l'intermédiaire d’un facteur, Loys Tachet.
(1) Catalogue du duc de la Vallière, 1783, passim, et Catalogue de ma bibliothèque de 1869. n° 862 (Compendium hystorial de 1509).