‹ Documents pour une biographie complète de Jean-Baptiste-Amdré GodinChapitre 32 sur 36 · EMPLOYÉ · texte numérisé non relu

EMPLOYÉ

candidats en vertu seule de la fonction

Familistère

Gens des services de rhabitation unitaire.

Usine

I Chefs d'ateliers, ; comptables, jsurveillants, etc.

OUTBIEB8 (l)

candidats en vertu de la

capacité ou de Télection,

motifs pris ensemble

ou séparément

Usine

Désignés

par capacité

et élection

Désignés

par

élection seule

Désignés par

capacité de

1" mérite

prix

m RapiMl. — Un candidat ouvrier en 1868 et deux en 1872 ayant été oubliés sur les tableaux reproduits au registre des conseils, les chiffres afférents à 1868 donnent un total de 149 candidats ouvriers au lieu de 150 ; et ceux afférents à 1872, un total de 228 au lieu de 230 qu'il y eut en fait.

Laissant de côte les travailleurs candidats en vertu seule de la fonction, attachons-nous à ceux dans la promotion desquels, au titre de candidats, intervenaient, sépares ou combinés, les deux motifs : Capacité vérifiée^ élection.

Le nombre des lauréats parmi les ouvriers promus candidats du chef seul de Télection est en baisse relativement au nombre total des candidats : 40 sur 26 (plus d'un tiers) étaient lauréats en 1868; on n'en élit plus que 20 sur 67 (pas le tiers) en 1872; et ce sont surtout des troisièmes prix qu'on leur alloue, comme si le suffrage était confus lui-même de son choix. Mais l'impuissance est manifeste, car il y a baisse également dans la catégorie des ouvriers promus candidats du chef seul de capacité de V mérite. Près d'un tiers parmi les intéressés de cette dernière catégorie, 16 sur 57 étaient lauréats en 1868 ; on n'en élit plus que 9 sur 103 (pas un onzième) en 1872.

L'enseignement fourni par les 4 essais du système appliqué ici pour la dernière fois est donc le môme que celui fourni parles essais de diverses natures réalisés dans la série des employés (1) : il fallait cesser de demander au suffrage le classement hiérarchique des capacités qui n'est pas de son ressort, et dont la vraie base est fournie sans conteste par les œuvres effectuées.

Dernière observation touchant le tableau ci-dessus : La répartition des suffrages ne permit Tallocation d'a^ucun grand prix, de 1868 à 1872, dans le personnel ouvrier. En eût-il été de môme si les prix eussent été déterminés d'après l'effectivité des œuvres ?

Nous reprendrons le sujet à l'occasion du nouveau

(l)Criap. XV à XX et chap. XXIII.

mode de distribution des récompenses qui sera appliqué en 1873.

Il avait été prévu par le Conseil du Familistère que le banquet complémentaire de la fête du Travail en 1872, aurait lieu le lundi 24 juin et pourrait compter 800 convives. Devaient y assister : (Registre du Conseil, p. 207) : P € Toutes les personnes remplissant au Familistère une foiiction rétribuée ;

2* Tous les habitants du Familistère travaillant à l'usine ;

3' Les personnes remplissant une fonction de dévouement ou d'utilité générale; les conseils; les comités des caisses de secours et de pharmacie du Familistère (1) ; la société théâtrale ; les musiciens; la chorale ; les pompiers ;

4? Tous les enfants fréquentant les écoles ;

5* Les délégués à l'administration du fonds de secours mutuels de l'usine (1) ;

6* Le comité des délégués pour les réclamations (1);

7'' Les employés, chefs d'ateliers et surveillants de l'établissement ;

8** Cinquante ouvriers les plus anciens de l'usine et n'habitant pas le Familistère ;

9^ Cinquante ouvriers étrangers au Familistère et désignés par le vote. >

Plusieurs des fonctions en umérées ci-dessus se trouvaient remplies par de mêmes personnes ; exemple :

(1) L'énumératioQ de Comités spéciaux : 1* ^ radministration des caisses de secours et pharmacie au Familistère ; 2o à radministration du fonds de secours mutuels à l'usine ; 3* aux réclamations dans les questions de travail, montre qu'il y avait, à cette époque, division de fonctions antérieurement confiées à un unique Comité. Le sujet sera traité dans le chapitre XXVI.

travail à l'usine, fonction de conseiller au Familistère, membre d'un comité ou d'une société quelconque.

On lit, en outre, au registre du Conseil : « Les personnes non désignées ci-dessus, habitant le Familistère, peuvent assister au banquet en payant une somme qui sera indiquée très prochainement... > (Ceci était affiché quelques jours avant la fête.)

Finalement, le banquet comprit 796 convives. (1)

Soit : 612 adultes.

156 écoliers.

28 bambins.

796 total conforme.

On conçoit quel temps précieux était distrait du travail courant pour Torganisation de pareils banquets par un personnel dont ce n'était point le métier. Aussi les résultats étaient-ils assez défectueux. En réunion du conseil l'an d'après, au cours des préparatifs de la fête à célébrer en 1873, il est rappelé « que le dernier banquet a donné peu de satisfaction, que notamment les enfants n'ont même pas été servis... ♦

La fête du Travail célébrée en 1870 (2) avait compris aussi un banquet et le compte-rendu inséré au registre des procès-verbaux du conseil (p. 154 à 190) avait clos en observant que, célébrée ainsi, la fête n'était plus une étude pratique des moyens d'arriver à la répartition des bénéfices de la production, proportionnellement à Vefficacitè des concours.

Le compte-rendu de la fête célébrée en 1872 se termine (p. 231 du registre) par ces mots :

€ En résumé, la fête a eu toute la solennité voulue, quoiqu'on puisse dire cependant que l'idée philosophique

(i) Il y en avait ea 541 en 1870.

(ï) Chap. XIV.

et pratique de la répartition des fruits du travail est totalement éliminée de cette fête, t

Le moment était venu d'essayer un tout autre mode que le recours au suffrage expérimenté sous des modes si divers depuis 1867 et dans Pensemble des travailleurs à l'occasion des fêtes annuelles du Travail et dans la série spéciale des employés. Du reste, à partir de Pannée où nous sommes, 1872, où futj répartie à 57 employés une somme de 11,814 fr. 50 à titre de participation aux bénéfices de l'exercice 1871 (1), selon les principes posés par J.-B.-A.^ Godin dans son volume € Solutions sociales >, l'application de ces principes va aller s'étendant à un nombre progressif d'intéressés jusqu'à la constitution de l'association, 1880.

Simultanément, des primes pour innovations utiles ou travaux exceptionnels seront annuellement décernées aux ayants-droits et proclamées aux fêtes du Travail.

Participation du personnel aux bénéfices de l'exercice 1872. Première convention entre J.-B.-A. Godin et les employés de son établissement relative à la participation aux bénéfices, en attendant la rédaction définitive du pacte d'association. — Allocations exceptionnelles pour innovations utiles. 1873.

Faire revenir au travail un tant pour cent des bénéfices annuels , au prorata des salaires et appointements et des allocations pour travaux exceptionnels ou innovations vérifiées à l'usage : telle était la méthode de répartition des produits qui , après tant d'essais de

(l)Chap. XXIII, p. 480.

recours au suffrage, s'imposait comme serrant de plus près l'équité. Tout d'abord , elle ne laissait personne dans l'oubli ; ensuite, son application aux travaux exceptionnels et innovations vérifiées à l'usage, devait porter les gens à comprendre que le taux initial de la rémunération courante (salaires et appointements) devrait, lui aussi, être l'expression constante des valeurs quotidiennes effectives. L'abondance sociale est à ce prix.

En attendant que chacun comprit que c'était là le vrai principe de la pacification sociale et s'efforçât d'aider à sa réalisation, Godin en poursuivit l'application dans la mesure de ce qui lui était possible. La plus grande partie des employés avait, en 1872, participé aux bénéfices de l'exercice 1871. Il s'agissait de répéter le fait en 1873 touchant les bénéfices de l'exercice écoulé; la volonté du fondateur étant de continuer ainsi en élargissant progressivement le cercle des bénéficiaires. Simultanément, il lui fallait se réserver la liberté d'action indispensable pour assurer le mouvement dans une voie aussi neuve et en continuant de chercher à déterminer les vraies conditions du pacte définitif d'association , à réaliser quand le moment serait venu.

Parlant de ce pacte (1), après signature légale, le 22 mai 1881 , dans une conférence donnée par lui aux associés , Godin dit : € J'y ai travaillé pendant sept ans, en prenant souvent sur mes nuits, et pas une mesure n'a été prise sans des raisonnements longuement établis. >

Cette période de sept années s'est donc ouverte à l'époque, où nous sommes, 1873; et le premier docu-

(1) Le Devoir , tome 5* , 1881 , p. 372.

ment que nous ayons en mains et où soit visée la double action de J.-B.-A. Godin, d'une part, et des bénéficiaires de primes, d'autre part, ce premier document est une convention passée, le 24 février 1873, entre Godin et la partie du personnel déjà appelée par lui à la participation aux bénéfices, c'est-à-dire les employés. Voici la pièce :

€ Convention générale et réglementaire arrêtée entre M. Godin "et tous les employés aux appointements rattachés à ses établissements.

€ Article premier. — Tous les employés en entrant dans l'un des établissements de M. Godin arrêtent, d'accord avec le patron ou ses représentants, le chiffre des appointements pour lesquels ils accordent leurs services, en se conformant aux règles établies pour la fonction qu'ils acceptent.

« Article 2. — Les appointements sont fixés au mois et payés à chaque fin de mois.

f Article 3. — 11 n'est rien dû à l'employé en dehors des appointements fixes, convenus, et payés chaque mois, à moins de conventions stipulant personnellement au profit d'un employé des avantages particuliers, et par un acte spécial en dehors des livres de la comptabilité.

€ Article 4. — L'employé et le patron peuvent réciproquement se donner congé, sans délai, et sans qu'il y ait lieu à aucune indemnité de part ni d'autre ; le compte se borne au règlement du travail effectué et des avances ou dettes, s'il y en a.

< Article 5.— Les primes, gratifications ou récompenses périodiques qu'il peut convenir à M. Godin d'accorder à ses employés ou ouvriers en sus de leurs appoin-

tements, ne constituent aucun droit, ni aucune obligation pour l'avenir. L'employé acceptant son emploi au prix débattu des appointements qu'il doit toucher, les primes ou gratifications restent libres et facultatives de la part de M. Godin, sous n'importe quelle forme et pour quel motif que ce soit.

€ Article 6. — En cas de contestation entre le patron et un ou plusieurs des employés, la question en litige sera portée devant le Conseil des prud'hommes de la ville de Guise. Cette juridiction est choisie pour faciliter les moyens d'entente et de conciliation, et la prompte solution des différends.

€ Article 7 . ^ Un exemplaire de ce règlement est soumis à la lecture et à la signature de tout employé à son entrée dans un des établissements de M. Godin.

€ Article 8 — La présente convention réglementaire a pour but d'éviter que des employés ou, en leur nom, des tiers mal intentionnés ou mécontents ne cherchent à rendre obligatoires par action judiciaire certains essais d'amélioration et d'encouragement que M. Godin peut spontanément apporter dans la condition de ses employés. Les prétentions et les exigences de ces mécontents ne pouvant avoir d'autre conséquence que de rendre les gratifications, les primes et autres expériences d'amélioration impossibles en faveur des employés.

< Article 9. — Un exemplaire de cette convention réglementaire est toujours dans les bureaux mis à la disposition de chaque employé qui veut en consulter les articles.

« Fait et arrêté à Guise, le 24 février 1873.

« Pour approbation de ce règlement,

€ Signé : Godin.

€ Pour approbation de la convention réglementaire du 24 février 1873, inscrite en neuf articles sur le premier feuillet en tête de ce cahier. »

Suivent : 89 signatures.

Cette convention est une vraie garde contre les abus pendant l'inévitable période d'essais ; cinq ans plus tard, en 1878, la question a mûri assez pour que le fondateur, dans son discours à la fête du Travail célébrée, cette année-là, le 5 mai — après avoir dit que le dividende serait pour chacun de 8 O/o des appointements ou salaires touchés dans l'année (il ne s'agit plus alors des employés spécialement, mais d'une forte part des travailleurs en général, employés ou ouvriers) — ajoute (1) :

€ Sous peu vous seront remis les titres de rente qui vous confèrent le droit de participer aux intérêts, divivendes, revenus et produits du Familistère et de l'Usine. Un échange d'engagements déterminera la forme de vos droits ainsi que les garanties nécessaires entre l'association et les sociétaires participants. >

Ce n'était pas encore l'association légale et définitive ; mais le moment était proche où cette association, devenue personne civile, remplacerait Godin, et celui-ci s'efforçait de plus en plus de dégager des essais les vraies conditions du pacte à intervenir.

« Avant de constituer définitivement l'association » était-il inscrit sur les titres de participation aux bénéfices (titres de rente) délivrés par Godin aux travailleurs de son établissement en 1878, «je veux faire l'expérience

de la participation aux bénéfices combinée avec le nouveau système d'administration y correspondant, que j'ai mis à l'essai dans le but do faire sortir de cette expérience les modifications dont elle enseignera l'utilité, et

(1) Le Devoir, tome t«^ 1878| page 180.

les conditions régulières d'une bonne direction des affaires, d'un bon fonctionnement industriel et commercial de l'association qui sera réalisée aussitôt Texpérience faite... 9

Les lecteu rs en possession de la collection du Devoir depuis Fannée 1893, ont pu suivre ces efforts redoublés de Godin, à partir de mai 1877 et durant toute la. tentative de Représentation du Travail par les Groupes, Unions de groupes et Conseils donnions (1) pour amener le personnel à s'occuper activement des conditions pratiques de la future association.

Le 31 mars 1873, le chef de la comptabilité, sous l'inspiration de Godin, avait dressé un document intitulé :

€ Etude de répartition du produit net de Vicsine et du Familistère, au 3î décembre 1872, entre le travail, le capital et le talent, en prenant pour base la rémunération annuelle. >

Le travail débute par la < constitution du capital au 1" janvier 1872 (déduction faite de la répartition des bénéfices afl(érents à 1871) > et il clôt par la détermination de la somme à répartir. Il est accompagné d'une pièce dressée par le même chef de comptabilité et dont voici le titre :

€ Etat du personnel appelé à recevoir une répartition de 10 0/0 du montant des apj>ointements reçus dans l'année 1872. >

Mais la rémunération du travail courant n'était point la seule chose à consulter; il v avait aussi le livre d'inscription des œuvres exceptionnelles ou Livre des mérites (2) institué depuis 1871.

(1) Le Devoir,KVTÏl 1893 à janvier 1897 (tome 17» page 193 à tome 2ie page 16).

(2) Ghap. XXI, page 425.

Pour la mise à jour de cette sorte de documents, Godin fit apposer dans les bureaux de la comptabilité et des ateliers, Paffiche suivante destinée à suppléer, s'il y avait lieu, à la non-inscription des œuvres exceptionnelles au livre susdit,

(Affiche n* 283)

« 17 avril 1873.

> Messieurs les employés sont invités à me signaler, dans une note particulière* les améliorations que chacun d'eux pense avoir apportées dans le travail de leur fonction, au cours de Tannée 1872 ; et les faits d'initiative utile qu'ils ont pu prendre. >

Un certain nombre de mémoires (nous en possédons neuf) furent remis à Godin. D'après ces éléments complémentaires du Livre des mérites et aussi . d'après le livre même fut dressée la liste des 31 travailleurs (employés pour la plupart) ayant — au cours de l'exercice 1872 — réalisé quelque oeuvre méritant examen.

En regard de chaque nom sont portées :

lo La nature et la date de l'œuvre ou des œuvres exceptionnelles (perfectionnement, invention, etc.);

2^ (Sous la rubrique : versements) la ou les sommes déjà attribuées à l'auteur, dans les cas où l'expérience avait prononcé en faveur de l'innovation.

L'étude de cette liste détermina l'allocation de récompenses exceptionnelles à 17 bénéficiaires. La plus faible de ces récompenses s'éleva à 52 francs et la plus forte à 2,000 francs, dont mille pour € initiative > et mille pour « perfectionnements. > (Au cours du chapitre XXIII , nous avons visé ces récompenses au rang des indices de capacité efiective chez tels ou tels intéressés)- Comment s'opéra la détermination du taux des al* locations exceptionnelles ? Godin dût en délibérer^ avec les principaux chefs de services; mais nous n'avons

d'autres traces à ce sujet qu'une note au crayon — de la main de Qodin — accompagnant, dans nos dossiers , les documents susdits.

Godin y relève les principaux chiffres de l'inventaire, spécialement :

l«Le montant des sommes déjà employées en frais d'assurances mutuelles, pensions de retraite, éducation , etc.

2" Le montant de la somme à répartir.

Puis, il condense quelques pensées comme pour déterminer le ton d'une discussion qui pouvait être difficile. Le lecteur a vu (chap. XXII) combien les principaux chefs se trouvaient alors divisés. Du reste , c'est ici une matière tellement délicate qu'elle ne peut être abordée qu'avec grande attention : il ne faut pas décourager les inventeurs; cependant, l'innovation pratique est extrêmement rare ; quantité de propositions n'ont aucune valeur; celles utilisables nécessitent presque toujours des modifications pour devenir pratiques. Mais si l'inventeur manque du savoir technique voulu pour féconder lui-même son idée première, il ne peut mesurer le labeur qu'on y ajoute et croit facilement qu'on n'est intervenu que pour lui enlever le mérite de l'invention.

Faire la part équitable de chacun, est toujours le difficile problème.

Godin écrit :

€ L'invention doit produire des bénéfices; autre- € ment elle est sans valeur. Elle doit donc prélever une € part sur les bénéfices en première ligne , si elle n'a € été payée d'avance comme travail. >

(Ceci visait certains spécialistes , exemple : le sculpteur dont la fonction était , précisément, la recherche du nouveau. On conçoit aussi que dans les appointements

élevés comptés aux chefs de services, une certaine part est faite comme rémunération anticipée des combinaisons nouvelles, mesures de prévoyance, etc., inhérentes à toute direction ; réserve faite des mérites hors ligne dont l'appréciation revient surtout au chef de rétablissement.)

Ayant posé ce premier jalon qui déterminait le champ d'examen , Godin passe au suivant touchant le ton de la discussion à intervenir :

f Discuter les œuvres pour en faire ressortir les € mérites oubliés, mais ne pas permettre de. les dépré- « cier. >

€ Les œuvres ne doivent être examinées que dans c leurs côtés utiles lorsqu'il s'agit de la répartition. >

(Une œuvre sans côté utile devait donc être passée sous silence.)

La note fournit cette distinction entre les propositions et les œuvres :

€ Les propositions peuvent être discutées dans leurs inconvénients. >

Nous lisons encore :

€ La bonne direction résulte de la prévoyance. € Comment constater les faits de prévoyance? Que € leurs auteurs les déclarent.

« Le progrès résulte des idées. >

En résumé , la discussion était alignée de façon à ne se soutenir que par l'examen des faits utiles.

Un tableau récapitulatif des innovations inscrites au 31 décembre 1872 contient, en regard de chacune de celles-ci, des mentions indiquant leur sort au moment de l'examen. Exemples :

•ÀiHBibkge dM nuniTellM bordelaiau :

Foan anzpoeles 53, 54, 55 :

Tranaformation des cniiioiè- TMS3ft57:

■odificatloDi anx oonléM ad métal :

Appanils & draaaar les flot-

Continve k servit à la fabrication.

Paraissent d'uneuen(e facile. En cours d'exécution.

Présente des inconvénients en «élargissant les extrémités des coulées.

A été essayé. Pourrait donner des résultats avec modifications.

Etc.

En marge de quelques propositions, nous relevons ces mentions par Oodln :

Modèle imparfait; » ou bien : « Utilise ; b ou encore : « Voir-», etc., etc.

L'examen se termina, on le sait, par l'attribution de 17 allocations exceptionnelles (allant de 52 francs à 2.000 francs.) Ces allocations s'ajoutèrent aux primes individuelles (10 O/o du montant des salaires et appointements) qui furent servies aux intéressés à titre de particiffation aux bénéfices.

Le chiffre total de cette répartition s'éleva (1) à 14.243 fr. 28 centimes. Le paiement s'en eflectua dans le mois de mai, peu de jours avant la célébration de la fôte annuelle du Travail, laquelle eut lieu le U' juin. (Nous en ferons le récit au chapitre suivant). Au rang des lauréats — qui furent surtout des ouvriers — nous retrouverons quatre des employés déjà appelés à la répartition de bénéfices ici relevée. Soit :

Un des instituteurs du Familistère à qui sera attribué un < Grandprix » ;

Trois auteurs d'innovations ou de perfectionnements auxquels seront attribués des « Prise spèciauic. »

(1) Livre spécial & H. Godin (Chap. XX, page 418, ptâgeat volume).

Fdte du travail en 1873. Nouveau mode de détermination des Lauréats. Relevé des travaux les'iduE effectifs. Concours fourni, pour le' classemmt des mérites, par le comité des délégués ouvriers. CSoupd'œil sur le mouvement général des comités de

. délégués ouvriers dans rétablissement.

Cinq fois la fête du Travail avait été célébrée au Familistère depuis son inauguration en 1867 et, à partir de la seconde célébration jusqu'à Fépoq^ue où nous voici , soit aux fêtes de 1868-69-70-72, les primes d'honneur avaient été décernées , le jour de la fête , au moyen d'un vote portant sur des candidats déterminés. Rien de pareil n'est plus usité à partir de la fête célébrée le !«' juin 1873. Les noms proclamés par voie d'affiche avant la fête sont ceux mêmes des lauréats (au nombre de 109 pour 111 prix; deux ouvriers ayant chacun 2 prix). Invitation même est faite aux lauréats de toucher, s'il leur plaît, le montant de leurs primes d'honneur avant le jour de la cérémonie (1).

Comment la désignation de ces bénéficiaires s'était* elle opérée? C'est làr le point sur lequel nous ne pourrons donner autant de détails pratiques que nous le voudrions, nos documents n'étant point complets sous certains rapports.

Avant de passer à l'examen de ces documents , peutêtre n'est-il pas inutile de rappeler que la célébration de la fête en 1873 s'opéra presque au lendemain du 24 mai , c'est-à-dire sous le coup d'événements politiques qui vont déterminer en France une crise industrielle et commerciale d'une durée d'environ deux ans.

(1) Livre des affiches , n^ 302, 303.

Aussi, les fêtes du Travail célébrées quand même au Familistère en 1874 et 1875 seront-elles modifiées en ce sens que la somme habituellement consacrée aux réjouissances se distribuera en secours exceptionnels aux familles les plus nécessiteuses.

Occupons-nous de la fête célébrée le l^juin 1873 : Furent distribuées :

1 prix d'excellence hors classe.

3 grands prix.

14 premiers prix.

25 deuxièmes > 59 troisièmes >

102 auxquelles furent ajoutés :

9 prix à autant d'inventeurs.

1 1 1 au total.

Des mentions honorables accompagnaient ces prix ; 22 de ces mentions sont en nos dossiers ; les titulaires \s'étant trouvé empêchés pour motif quelconque d'assister à la fête et n'ayant point ensuite demandé délivrance de ces titres purement honorifiques et dont, très probablement , ils avaient, déjà, des exemplaires obtenus aux fêtes précédentes.

Voyons ces traces de l'opération d'alors.

Etat des 22 Mentions restées aux dossiers : 3 à destination de trois inventeurs; 19 à destination d'ouvriers mouleurs, ajusteurs, menuisier, chaufieur, mécanicien, etc.

22 au total.

Décrivant les types de Mentions honorables (chap. XIV) (1), nous avons dit que le texte imprimé se terminait ainsi :

(1) Présent volume , page 887.

Mention honorable Classe

délivrée par les suffrages des du Familistère

à M quia obtenu

Fôte du Travail du Familistère de Guise, du (date).

Sur les mentions établies en 1873 on a inscrit dans le blanc de la 2*^ ligne non plus les mots: «travailleurs habitants > mais le mot < ConseiTs > (sous-entendant le conseil des hommes et le conseil des femmes) et et l'on a ajouté en ligne supplémentaire (vu le manque d'espace) : < et des délégués des (yuvriers. » On lit donc : € Mention délivrée par les suffrages des Conseils du € Familistère et des délégués des ouvriers. > Puis, viennent ces paroles justificatives de la proclamation du nom :

{Sur les mentions à destination d'inventeurs)

< A un tel qui a obtenu un (ou plusieurs) versement < de cinquante francs (ou de trente-cinq francs, etc) € avant le jour de la fête. • .

{Sur les mentions à destination d^ouvriers m^uleurSy

ajusteurs ou autres)

< A un tel qui a obtenu le numéro 8 (ou 10, 14, 16, « 22. • etc.) au classement de la fonderie (ou de l'ajus- € tage, etc). >

On s'applique à faire voir que la distinction repose sur le mérite efiectif, non sur un chifi*re desufi*rages. Cependant, le mot suffrages figure sur les Mentions. Quelle opération représente-t-il ? En fait, nous allons voir que les Conseils du Familistère se contentèrent d'accepter la liste des lauréats présentée parles délégués des ouvriers, et que cette liste résultait de tels éléments probants de capacité ou de mérite, que les conseils purent bien y faire adjoindre un travailleur dit oublié ; mais ne purent en écarter un dont ils avaient d'abord

demandé Pexclusion pour faire place au précédent ; le numéro de classement final de celui qu'on voulait exclure étant très supérieur à celui du lauréat ajouté.

Sous les termes : suffrages des Conseils du Familistère et des dèlègiUs des ouvriers^ nous devons donc entendre un examen et dépouillement des gages de travaux les plus effectifs. C'est d'après ces gages qu'on se détermine, non d'après des suffrages proprement dits. En effet, les conseillers était au nombre de 24 et les délégués des ouvriers n'étaient qu'au nombre de 20 ainsi que nous allons l'établir ; et, cependant, c'est la décision de ceux-ci qui prévaut. Avant d'aller plus loin, il nous faut dire par qui et pour quels objets les délégués en cause avaient été nommés.

On se rappelle que lors des préparatifs de la fête du Travail en 1870 (l) s'était produite, en séance des Conseils du Familistère, la proposition de « faire opérer, de concert entre les chefs et surveillants et des délégués de chaque groupe nattirel des ateliers j l'examen et la discussion des mérites des ouvriers à porter au tableau des candidats, afin d'obvier > disait le proposant, € aux inconvénients signalés l'an d'avant, tant dans les résultats des élections que dans les choix administratifs. > Mais par quel mode irrc5prochable désigner de tels délégués. Rien n'était dit à ce sujet. Nous nous sommes efforcé de montrer, dans la suite du travail (spécialement chap. XXI et XXIV) les mesures instituées pour répondre au besoin de contrôle absolument légitime en pareille matière et, en même temps, parer à la partialité, à l'incertitude , aux oublis inhérents à l'exercice du suffrage. La proposition n'était pas moins restée sur le tapis ; et nous savons avec quelle sollicitude Godin veillait à ce que toute idée de ce

(1) Présent volume» chap. XI V* page 282.

genre fût relevée et utilisée si possible. Du reste, les mesures instituées pour saisir les travaux effectifs permettaient d'éclairer le jugement des examinateurs. Il parut donc utile, à Godin, de relever en 1873 Pidée de recours à des délégués des ouvriers ; et il le fit dans les circonstances que nous allons exposer.

En mai 1873 fonctionnait à l'usine un comité de 20 délégués-ouvriers composé de façon à répondre à la formule susdite : « délégués de chaque groupe naturel des ateliers. >

En efiet, ce comité comprenait 20 membres élus chacun par les travailleurs de sa profession , exclusivement , soit :

8 mouleurs,

A ajusteurs,

1 émailleur,

3 mécaniciens-forgerons,

1 constructeur de modèles,

1 menuisier,

2 manœuvriers.

20 , total conforme.

Ces délégués avaient été nommés pourconnaitre des questions de travail et de prévoyance. 11 était donc naturel de recourir à eux si l'on voulait vérifier le mérite de la proposition relevée plus haut.

Vers la fin du chapitre XXIV, nous avons dit que des explications seraient données sur la division accidentelle (1870-1872) des fonctions : P d'administrateurs des caisses de secours et pharmacie au Familistère; 2o d'administrateurs du fonds de secours mutuels à l'Usine ; 3^ de représentants des ouvriers dans les questions de travail, fonctions précédemment et ultérieurement unifiées.

N^eas8ion6-nou8 pas eu à expliquer la présence, au banquet familistërien en 1872, des titulaires (spécialement désignés) de ces diverses fonctions, que nous n'aurions pas moins été conduits à traiter le sujet, vu la part spéciale que prennent ces délégués à la dési gnation des lauréats de la fête du Travail en 1873.

Un coup d'oeil sur le mouvement général des comités de délégués-ouvriers est donc indispensable ici. Nous prions le lecteur de nous accorder patience et bienveillance. Ce coup-d'œil s'étendra de la fondation de l'établissement à l'état présent réglé par les statuts d'association.

Le règlement d'ateliers , daté 31 janvier 1857 , nous a montré (1) comment s'opérait depuis l'origine, spécialement depuis 1852, l'administration du fonds de secours et la représentation des ouvriers dans les questions de travail.

Etaient chargés de cette double mission : 6 délégués élus par tous les ouvriers et ouvrières de l'établissement et choisis :

2 parmi les mouleurs;

2 parmi les cgusteurs ; et

2 parmi les travailleurs des ateliers divers. Le nombre des ouvriers croissant , il en fut de même du nombre des délégués. Un registre des affiches apposées dans l'usine nous montre qu'en 1866 les délégués étaient au nombre de 10 ; et deux ans plus tard au nombre do 12 répartis comme suit : (affiche n° 92). € 4 membres choisis et élus par la fonderie ; « 4 » > > l'ajustage;

< 4 » » » les autres ateliers. >

Jusqu'au Iw avril 1870 le fonds do secours dit

(I) Présent volume, chap. IV , page 12&.

< Caisse mutuelle de prévoyance de V Usine > est à destination de tous les travailleurs, sans distinction entre ceux qui résident au Familistère et ceux logés ailleurs. Mais à partir du !•' avril 1870 fonctionne au Familistère une caisse spéciale dite < Caisse générale de prévoyance du Familistère > , laquelle est administrée :

V En ce qui concerne les secours en cas de maladie par 12 hommes pour la section spéciale aux hommes ; et par 12 femmes pour la section spéciale aux femmes ;

2© En ce qui concerne Pétude pratique des autres cas de prévoyance : pharmacie, secours aux veuves, orphelins, retraités, etc. par les 24 membres réunis. (Mandat renouvelable trimestriellement, tour à tour pour un quart des membres.)

Il se trouve donc alors :

Un comité de 12 hommes, employés ou ouvriers élus au Familistère , pour l'administration du fonds dont nous venons de parler ; et

Un comité de 12 ouviers élus à FUsine pour Tadministration du fonds primitif de secours. A ce dernier échéait depuis Forigine la représentation du personnel dans les questions de travail et règlement d'ateliers . Fallait-il pour cet objet fusionner les deux comités ? Mais les délégués élus au Familistère n'étaient pas, comme ceux élus dans les ateliers, des ouvriers exclusivement.

Sans explication sur ce point (on sait quelle perturbation la guerre franco-allemande jetait à cette époque dans les faits d'organisation industrielle) nous voyons — dans nos documents — figurer en 1870 un comité d'ouvriers élus tout spécialement pour représenter leurs collègues dans les questions de travail et règle-

ments d'ateliers. Ce comité est 'dit : c Comité des réclamations. >

Le registre des affiches apposées à l'Usine (période de 1863-1876), montre qu'en février 1872 le mandat des délégués aux réclamations était expiré et qu'en mars suivant, il en était de même du mandat des délégués à V administration de la caisse de secours de V Usine .

L'affiche (N*211), en date du 17 février, convoque les électeurs à renouveler t le mandat des délégués € chargés d'examiner et de présenter les réclamations € OU propositions que les ouvriers auraient à faire au € conseil (1). >

Dix-sept délégués sont à nommer, dont :

6 à la fonderie, 4 à l'ajustage,

7 aux ateliers divers.

17 total conforme.

L'affiche précise qu'on peut être à la fois délégué aux réclamations et délégué à l'administration du fonds de secours ou prévoyance de l'Usine.

L'élection s'opère , les résultats sont consignés au registre ; et le 7 mars suivant, les mêmes électeurs sont à nouveau convoqués pour renouveler le mandat des 17 délégués à l'administration de la caisse de secours. Ces 17 membres à nommer sont répartis dans les ateliers exactement comme les précédents ; et la nouvelle affiche de convocation (no 217) répète qu'on peut être à la fois délégué aux réclamations et délégué à l'administration de la caisse de secours de l'Usine. Les résultats de l'élection sont portés au registre des affiches.

(1) Conseil d'administration en fonction pendant le séjour de J.-B.-A. Godin à l'Assemblée nationale. Chap. XXI, XXII, présent volume.

BBB

t^lus de la moitié des élus : 11 sur 17 font partie des deux comités.

Même année, le 26 septembre, les deux comités réunis votent leur fusion en un seul comité qui sera composé de 20 membres, dont :

8 élus à la fonderie, . 4 » à Pfigu stage, 8 » aux ateliers divers.

Total.. 20

La réunion du 26 septembre avait eu lieu en la salle du théâtre du Familistère, sous la présidence de J.-B.-A. Godin. On y avait fixé au 8 octobre l'élection du nouveau comité et déterminé, comme suit, les conditions de l'élection.

< Réunir un nombre de voix égal au moins au huitième des électeurs inscrits ; être âgé de 21 ans accomplis. »

L'affiche (n^ 255) informant les intéressés, ajoute :

€ Le renouvellement du comité se fera désormais par tiers, de quatre mois en quatre mois. » (La sortie des premiers membres fut déterminée par le tirage au sort.)

Les faits suivirent en conséquence. Le registre des affiches donne l'état des élections successives jusqu'à celles opérées le 4 février 1876. Le registre s'arrête (étant rempli) au l«r avril suivant ;

Le comité qui nous occupe, dit : t Comité de la caisse mutuelle de prévoyance de rtcsine et des réclamations > demeura en vigueur jusqu'à la constitution légale delà société du Familistère, 13 août 1880.

A cette époque, il fut remplacé (articles 73, 76 des assurances mutuelles, statuts 2« partie ; art. 67, syndicat du travail, règlement, statuts 3' partie) par un comité de 18 membres dont neuf élus au Familistère, parmi les associés et sociétaires, exclusivement; et neuf.

à l'Usine, parmi les travailleurs indistinctement. Ces

neuf derniers étant répartis comme suit :

Fonderie et râperie 3 délég-ués

Ajustage et magasins 2 s

Ateliers divers S »

Bureaux I >

Total 9

Le mandat des 18 délégués se renouvelle annuellement en mars, pour 10 d'entre eux ; en septembre pour les 8 autres .

Afin de compléter l'indication générale du fonctionnement des Assurances mutuelles dans l'association, ajoutons que les neuf délégués (hommes) élus au Familistère parmi les associés et sociétaires exclusivement, réunis à neuf déléguées femmes (ceUes<ci élues aussi au Familistère pour l'administration spéciale de l'assurance contre la maladie, section des femmes, art. 58 des assurances mutuelles, statuts 2* partie) constituent le comité de l'assurance des pensions et du nécessaire et du fonds de pharmacie.

Quinze jours après la constitution légale de l'association, le 30 septembre 1880, J.-B.-A. Godin donna à la population du Familistère une conférence (1) où furent résumés les faits constitutifs du nouvel état de choses et où il indiqua, précisément, ce qui était à faire pour le renouvellement des anciens comités, les élections devant avoir lieu le dimanche suivant.

Ayant dit les opérations par lesquelles une nouvelle personne civile, la Société du Familistère, était instituée, Godin ajoute : t Aujourd'hui, je voudrais moi- « même changer cette situation que je ne le pourrais « plus. La Société du Familistère est fondée pour 99

(1) En partie reprodnite dans Le Devoir, tome 4*, 1880, p. 650 & 65S.

€ ans et d'une façon inébranlable. J'ai pris à ce sujet € les mesures les plus sûres, et vous pouvez vous € reposer sur elles absolument.

€ J'ai cru devoir entrer avec vous dans ces explica- € cations pour vous faire mieux comprendre combien € il importe que vous prêtiez attention au vote que c vous allez exprimer dimanche prochain. Vous allez € constituer les comités des assurances mutuelles € concernant les allocations en cas de maladie, et les « pensions de retraite.

€ Songez que si, dans le passé, vous avez cru parfois « que c'étaient surtout les éléments batailleurs qui c étaient à leur place dans ces comités, où vous pou- < viez croire que vos intérêts différaient de ceux de € l'établissement, il n'en est plus de même aujourd'hui. € Il n'y a qu'un seul intérêt ici, celui de l'association € en général ; ce qu'il nous faut, ce sont donc des « hommes réfléchis, prévoyants et surtout sympathi- € ques à la voie dans laquelle nous devons marcher € désormais. >

Ici se termine le coup d'œil que nous devions jeter sur le mouvement général des comités de délégués des ouvriers. Il nous a fait voir qu'en mai 1873, époque de la préparation de la fête annuelle du Travail, se trouvait en exercice un comité de 20 délégués (8 élus à la fonderie ; 4, à l'ajustage ; 8, aux ateliers divers) chargés — selon la décision du 26 septembre 1872 — de la double mission : administrer le fonds de secours mutuels (Usine) et représenter tous leurs collègues dans les questions de travail.

Voyons, maintenant, la part que prirent ces délégués, à l'organisation de la fête du Travail en 1873.

Les vacances parlementaires , ouvertes poor la session des Conseils généraux , avaient permis à Godin de se trouver à Guise , dès les premiers jours de mai. Le 4 du mois , il préside la séance des Conseils du Familistère.

Ordre da jonr : Célébration de la fête du Travail.

Rappelant le mode appliqué en 1870 et 1872, Godin dit que < donner un banquet n'est pas le meilleur moyen d'honorer le travail ; que c'est beaucoup s'éloigner de l'idée qui lui a fait instituer la fête. » Il signale les embarras et pertes de temps occasionnés par ces banquets de 500 à 600 personnes... Au dernier, les enfants n'ont même pas été servis. Il se propose de donner 2 ou 3 conférences aux ouvriers en vue de rappeler le sens moral de la fête et de voir quel serait le meilleur mode de célébration. U voudrait que les ouvriers prissent plus de part à la cérémonie.

Six jours plus tard , le 19 mai , (livre des affiches , no 284) € Messieurs les délègues sont convoqués à la c salle du théâtre pour causer de la fête du Travail >. L'affiche invite les ouvriers à assister à la causerie, s'il leur plaît. Nous n'avons pas trace de ce qui fut dit à la réunion ; mais nous savons comment Godin cherchait alors la solution du problème : mise en relief des capacités.

Les notes de fabrication en usage depuis l'origine de la maison ; les primes mensuelles instituées en février 1872 (1) pour les meilleurs travaux de fonderie et ajustage; le livre des mérites, innovations utiles, etc., ouvert depuis 1871 (2); les versements provisoires, répétés ou non, après contrôle de la valeur pratique des inventions ou perfectionnements , etc. ; toutes ces

(1) Présent volame» chap. XXI, page 427. 0) Présent volume, chap. XXI, page

toesuTés instituées pour arriver à saisir les œuvres vraiment fécondes en bénéfice, furent naturellement le fond de la causerie entre Godin et les délégués des ouvriers.

Au rang des pièces dressées pour être soumises par le fondateur à l'attention des intéressés afin d'éclairer leur jugement, s'en trouve une extrêmement significative : elle est datée du 10 avril 1873, signée du chef de la comptabilité et donne le nom des « ouvriers mouleurs ayant touché dans l'année 1872 un salaire de 1 .400 francs et au-dessus. > Ces ouvriers sont au nombre de 47 ; le 1« ayant touché 2.132 fr. 35 ; et le 47«, 1.422 fr. 50.

Cette pièce servit si bien à la désignation des lauréats parmi les ouvriers mouleurs que le titulaire d'un des trois grands prix (1 dans les ateliers de fonderie, 1 dans les ateliers d'ajustage, 1 dans les services de l'habitation unitaire) décernés à la fête du Travail célébrée le 1«^ juin 1873, est précisément l'ouvrier qui vient en tête des 47.

Vingt prix furent répartis entre les mouleurs signalés ainsi :

Le grand prix susdit, ci 1

Deux premiers prix, ci 2

Cinq deuxièmes > , ci 5

Douze troisièmes » , ci ..>. 12

Total 20

Mais la pièce en question ne fut pas le seul document consulté; autrement, les vingt prix eussent été délivrés aux vingt premiers mouleurs inscrits, tandis que, relativement aux 47 rangs indiqués par les gains des intéressés en 1872, les prix sont décernés aux mouleurs classés : 1er, 3* à 5e, 7* à 12e, 19e, 21e, 25% 26e.

Les raisons d'après lesquelles se déterminèrent les délégués, dans leur désignation des lauréats, eurent par devers elles une telle force probante qu'elles l'emportèrent — nous l'avons déjà dit — sur une proposition, la seule, émise par les Conseils élus du Familistère, d'écarter un lauréat pour faire place à un autre. Voyons le fait :

Godin était retourné à Versailles peu de jours après sa conférence (10 mai) avec les délégués des ouvriers. Quelques jours plus tard (le temps pour les délégués d'examiner les documents qui avaient pu leur être remis, de dresser la liste des lauréats et de remettre cette liste au président des Conseils du Familistère) une réunion des Conseils (hommes, femmes) a lieu. C'était le 21 mai. Comme 6* question à l'ordre un }our figure :

La fête du Travail.

Le secrétaire s'est borné à relever d'abord la nomination de deux commissions prises dans le sein des Conseils: une pour la décoration de la cour du pavillon central; une pour l'organisation des jeux.

On lit ensuite :

c Etablissement des prix à distribuer ». (Nous résumons la liste, car les prévisions des Conseils ne se vérifièrent pas.)

5 Grands prix dont un d'excellence. Ce dernier valeur 100 fr. Chacun des quatre autres, valeur 50 fr.

Ensemble 300 fr.

14 Premiers prix de 25 fr. chacun .... 350

30 Deuxièmes prix de 15 fr. chacun... . ^0

47 Troisièmes prix de 10 fr. chacun.... 470

96 prix. Valeur totale 1 .570 fr.

De ces 96 prix, 17 étaient à destination des services du Familistère et les 79 autres à destination des services de FUsine.

En fait furent distribués :

9 prix dans les services du Familistère, ci 9 prix 9 > à autant d'inventeurs, ci 9

93 1 à des ouvriers ou ouvrières de

rUsine, ci 93

Total 111 prix

Dont :

1 Prix d'excellence , valeur 100 fr.

3 Grands prix valeur 50 fr. chacun/. 150

14 Premiers > > 25 fr. chacun.* 350

25 Deuxièmes » » 15 fr. chacun.. 375

59 Troisièmes > > 10 fr. chacun.. 590

Total 1.565fr.

A ce total fut ajouté : 9 prix décernés à autant dHnventeurs. (Ils viennent les derniers sur la liste de proclamation.)

Quelle valeur fut donnée à chacun de ces 9 prix î Probablement 50 francs puisqu'ils furent accompagnés comme les Grands prix de Mentions honorables de l'« classe. Trois de ces Mentions à destination d'inventeurs sont par devers nous.

Achevons notre objet. Le procès-verbal de la séance des Conseils du Familistère où fut arrêté ce qui concernait la fête du Travail, se termine sans préambule aucun , après l'arrêt des prix , par ces trois lignes touchant les destinataires des prix (page 264 du registre des procès-verbaux) :

< Les conseils adoptent la liste des délégués en rem-

IKJ'

plaçant seulement par {nom propre) LU {!) qui avait été ohblié MU (\) dont le nom sera supprimé. »

LU était habitant du Familistère ; MU ne l'était pas. Sur la liste des mouleurs ayant gagné les plus hauts salaires, LU arrive 8«, tandis que MU arrive 35\ Sans doute, ce fait très frappant au premier abord a motivé la proposition des conseils , puisqu'on est sur le terrain des mérites vérifiés. Mais une fois vu l'ensemble des éléments d'informations, il se trouva que MU ne pouvait être écarté : en effet, au classement final , — nous avons en mains la Mention honorable le concernant — MU est porté 11^ bien en avance sur LU, dont nous ignorons, il est vrai, le rang définitif ; mais nous savons que ce rang est au-delà de 28, l'ouvrier mouleur classé 28fi ayant la préséance sur LU dans la liste des 59 lauréats de troisièmes prix , liste où ces lauréats figu-rent par ordre de mérites.

Tout petit qu'il soit, le fait auquel nous venons de nous arrêter démontre que les attributions de prix, en 1873 , reposèrent sur la solide base des travaux effec. tués. Aussi les Conseils sachant cela adoptaient^ils tout simplement la liste présentée par les délégués, se bornant à signaler un cas d'oubli apparent, à faire redresser ce qu'ils croyaient une erreur. -

Amener et les Conseils élus du Familistère et les délégués des ouvriers à constater expérimentalement comment les œuvres les plus effectives pouvaient être saisies au moyen de la comptabilité et devenir la base des rémunérations : c'était là une chose d'intérêt primordial dans le plan poursuivi par Godin; le lecteur en mesure la portée.

1) Suite des représentations alphabétiques adoptées pour les besoins du travail.

ImH

Autre aspect de la môme question : Ohap. XXIV(l), on a pu observer que la répartition des suffrages n'a* vait permis Fallocation d^aucun Grand-prix à des ouvriers aux fêtes du Travail célébrées en 1868, 1869, 1870, 1872. En serait*il de même, disions«nous, si les prix étaient déterminés d'après reffcK^tivité des œuvres?

Examinons donc ce que peut nous apprendre à ce sujet le mode de célébration de la fête en 1873. Part spéciale avait été faite , dira-t-on aux employés , puisqu'ils avaient été appelés à participer aux bénéfices et que les auteurs parmi eux d'innovations utiles avaient reçu des allocations exceptionnelles (chap. XXV) , les prix (Grands ou autres) ne pouvaient donc échoir qu'à des ouvriers.

Oui, mais aux ouvriers qui, en 1873, sont lauréats en vertu de leurs œuvres effectives, quelle part le suffrage avait-il faite antécédemment ? C'est là ce qu'il peut être instructif de rechercher.

Un Prix (f excellence hors classe est délivré, en 1873> à un ouvrier.

Consultant nos documents, nous voyons que cet ouvrier (de l'atelier du matériel) avait été classé en 1870 et en 1872 au rang des candidats aux primes par raison seule de capacité de 1^' mérite ; il n'était pas habitant du Familistère ; il avait assisté au banquet de la fête du Travail en 1872, comme étant au rang des pluB anciens dans l'établissement. Son sort avait été le suivant aux fêtes du Travail antécédentes :

1867 1 voix.

1868 pas de prix.

1870 • deuxième prix.

1^4 pas de prix.

(1) Présent volume, page &35.

Les trois lauréats des Grands prix décernés en 1873 sont : un des instituteurs (Ecole du Familistère) ; un ouvrier mouleur ; un ouvrier ajusteur. Arrètons-nouB à ces deux derniers :

L'ouvrier mouleur est des plus anciens habitants du Familistère.

L'ouvrier ajusteur a, vu son ancienneté, assisté au banquet familistérien en 1872.

Sort de l'un et de l'autre aux Têtes antécédentes du Travail ;

Pour l'ouvrier mouleur :

1867 3 voix.

1868 3e prix.

1869 2" prix.

1870 pas de prix.

1872 B" prix.

Pour l'ouvrier ajusteur :

1867 pas de voix.

1868 pas de prix {4 voix).

1869 » (Ivoix).

1872 » (3 voix).

Ces exemples se passent de commentaires quant à ta supériorité du classement des hommes d'après leurs œuvres personnelles et non d'après le suflVage.

Etat général des prix distribués à la fête du TraTall

célébrée le !•' Jain 1873. (I)

' Prix d'excellence hors classe 1

Grands prix 2

Premiers prix, dont un à

une ouvrière 12

Deuxièmes prix, dont deux

à des ouvrières 22

Troisièmes prix dont quatre \ io2

à des ouvrières 56

Usine.

Ouvriers et ouvrières.

Total

Inventeurs

contre-maîtres ou f Prix Spéciaux

ouvriers.

Familistère.

Un des instituteurs

Femmes du jeunes

filles des services de

Vhabitation

Grand prix 1

Premiers prix 2

Deuxièmes » 3

Troisièmes » 3

Total 111

Ces 111 prix furent acquis à 109 bénéficiaires ; deux ouvriers : l'un mouleur, l'autre ajusteur étant chacun lauréat à double titre, soit d'un des prix spéciaux aux inventeurs et d'un autre prix.

(i) Voir ci dessus, p. 563, pour la valeur pécaniaire attachée à cef prix.

1874-1875. Crise induttrielle due à la politique. — Sâparation de rAssemblde nationale. Godin renonce A la vie parlementaire, 1876. — Période engrenant l'Association.

Les essais de recours au suffrage, classés en 4« ordre dans la vue générale chap. X(I) et pratiqués sous tant de modes depuis 1867, afin de tâcher d'obtenir des intéressés eux-mêmes la distinction des mérites en vue de réquitablo rémunération du travail courant et de la répartition équitable des bénéfices de la production, avaient — on l'a vu — conduit le fondateur à s'arrÔter aux mesures suivantes :

1* Appeler le travailleur, employé ou ouvrier, à la répartition des bénéfices au prorata des salaires et appointements ;

2' Attribuer des récompenses spéciales aux auteurs d'inventions ou perfectionnements jugés bons à l'usage. Autrement dit ; ne point demander au suffrage la détermination des valeurs effectives, quand il est possible de saisir mathématiquement ces valeurs par une méthode qui ne prête ni à l'incertitude, ni à la partialité, ni aux oublis inhérents à l'exercice du suffrage.

Démontrées les plus expéditives À l'usage, et serrant de plus près l'équité en l'état présent des choses, ces mesures (appliquées pour la généralité des employés en 1872 relativement à l'exercice 1871 et en 1873 relativementà l'exercice 1872) iront se généralisant pourtous les travailleurs de l'établissement après la reprise des affaires. Car, en 1874-1875, sévit en France une grave crise industrielle, suite dos événements politiques du

(1) Présent volume, page 308.

24 mai 1873, et dont résultèrent de grandes souffrances pour le monde ouvrier. Le Familistère et l'Usine en ressentirent les atteintes ; aussi la fête du Travail en ,1874 donna-t-elle lieu surtout à une distribution de secours exceptionnels aux familles les plus nécessi-* teuses.

Simultanément s'opérèrent : 1® les allocations pour inventions ou perfectionnements utiles réalisés au cours de Pexercice 1873 ; 2* les gratifications habituelles en faveur de la plupart des employés.

Nous possédons Tétat dressé à ce sujet par le chef de la comptabilité. Sont portés sur ce document 85 employés (Usine et Familistère). En regard de chaque nom figure : !<> le taux des appointements mensuels ; 2o le total des salaires acquis en 1873 ; 3« le montant d'une prime comptée à 6 fr. 13 0/0 ; 4o le montant de l'allocation exceptionnelle (quand il y a lieu) pour innovations ou perfectionnements accordée par M. Godin ; 5^ enfin le rappel (si motif il y a) de Tallocation correspondante servie l'année d'avant.

13 allocations exceptionnelles sont inscrites comme afférentes à l'exercice 1873. La plus faible est de 80 francs; la plus forte, de 3.000 francs. 12 de ces bénéficiaires ont, déjà, l'an d'avant, été l'objet d'allocations de môme nature. Le 13« est un nouveau venu dans l'établissement.

D'autres pièces de comptabilité établissent que de ces 85 employés, 60 y compris les 13 auteurs de travaux exceptionnels, bénéficièrent de primes pour une somme totale de 11.208 francs.

La crise industrielle alla s'aggravant en 1874 ; des lettres de Oodin nous en témoignent ; néanmoins, il répartit relativement à ce fâcheux exercice quelques gratifications (à 23 employés) en avril 1875. La fête

annuelle du Travail donna lieu, comme en 1874, à une distribution de secours exceptionnels.

A la fin de l'année 1875 eut lieu la séparation de l'Assemblée nationale; puis, tout au début de l'année 1876, les électeurs furent convoqués pour nommer leurs députés au Parlement. Les lecteurs de ces documents ont vu (1) la circulaire adressée, à ce sujet, parGodin, le 31 janvier 1876, aux électeurs de la 2' circonscription de l'arrondissement de Vervins, pour leur faire connaître les motifs qui l'engageaient à ne point, poser sa candidature.

< Depuis cinq ans », disait-il, < mon mandat à l'As- « semblée nationale m'a distrait des soins que j'avais

< à donner à l'industrie que j'ai créée à Guise et « à l'œuvre que j'y ai entreprise en vue d'améliorer

< le sort de la classe ouvrière.

< Je ne pourrais continuer h remplir le mandat de Q député qu'en imposant de nouveaux sacrifices à ces € entreprises, et en négligeant celles qui me restent à € fonder. ...»

Celles à fonder se résument en un mot : l'association du travail et du capital, but des efforts de toute la vie de Godin.

Deux conditions préalables s'imposaient au fondateur du Familistère :

l» Etablir définitivement, pour son instruction propre en vue de la rédaction du pacte statutaire et par une nouvelle et très originale tentative de recours au suffrage, ce qu'on pouvait, à l'heure actuelle, demander à la généralité des travailleurs en fait d'administration et direction du travail ;

2o Recouvrer la liberté d'action qu'entravait, depuis

(1) • Le Devoir i, tome 17*, 1

treize ans, le procès en séparation de corps et de biens pendant entre lui et sa première femme.

Ce deuxième point va se trouver réglé le II mars 1877 (1) et, dès la fin du mois, Godin inaugure une nouvelle série de Conférences avec les habitants du Familistère, au cours desquelles « il examinera > dit-il, « sur quels principes, sur quelles bases doit être fon- € dée TAssociation pratique du capital et du travail, € des ouvriers et du patron, >

A partir de cette époque nos renseignements abondent pour suivre le mouvement des choses ; mais ils nous font défaut concernant Pannée 1876, môme en ce qui a trait à la célébration de la fête du Travail, Cependant avec Tannée 1876 s'ouvre la période (1876-1880) où FAssociation de fait se transforme en Association de droit. Consultons Godin lui-même sur ce point.

Dans son premier rapport à l'Assemblée générale des associés (séance du 26 décembre 1880), le fondateur s'exprime en ces termes : (2)

« Amis et chers collaborateurs,

€ Le rapport que je viens présenter à cette assemblée € générale a pour objet de compléter (3) Pinstallation € de notre société et l'application des formalités statu- € taires, sous la protection desquelles doit vivre notre € association.

€ Depuis Tannée 1876, Tassociation existait de fait € entre nous.

€ Mes déclarations répétées vous Taffirmaient. Pen- * dant les années 1877, 1878 et 1879, un registre-réper-

(1) f Le Devoir ; tome 17«, 1893, p. 132.

(2) Le Devoir, tome 5«, 1881, p. 68.

(3) Les statuts avaient été signés le 13 août précédent et publiés selon la loi : etc.

< iûire recevait réguHèrement l'inscription de vos € droits de participation. Les titres que je vous délivrais € VOUS garantissaient la valeur de ces droits; mais les € règles écrites et les formalités légales étaient nëces- € saires à cette association pour assurer sa durée.

€ Maintenant toutes ces formalités étant remplies , les € titres provisoires que je vous ai délivrés sont échan-

< gés contre des certificats d'inscription d'épargne déta- € chés des registres à souche de l'association. Ces certi- € ficats représentent le montant des sommes pour € lesquelles chacun de vous est inscrit aux livres de la

< société, et constituent ma libération définitive envers € vous.... >

Le texte de ces titres provisoires a sa place marquée dans cet historique. Car les personnes qui suivent de près le mouvement des choses dans l'œuvre de Qodin, n'ont pas perdu de vue qu'il y eut refus momentané de titres de participation par nombre de travailleurs, avant signature de Tacte social, Godin ayant relevé le fait lui-même dans une conférence en date du 20 décembre 1882 (1).

Les titres ainsi refusés au premier abord et demandés ensuite furent ceux créés en 1878 relativement à l'exercice 1877. Car, il y eut deux modèles de titres provisoires :

Un sur papier libre, créé en 1877, relativement à l'exercice 1876 ;

Un sur papier timbré créé en 1878 relativement à l'exercice 1877. Ce deuxième modèle comportait échange d'engagements de la part du bénéficiaire, tout comme l'entrée dans l'association aujourd'hui comporte un engagement d'honneur.

(1) Le Devoir, tome 7«, 1883, p. 10.

{Premier titre provisoire).

c Usines et manufacture d'appareils de chauffage

€ de Guise, Aisne.

a Bon peur la somme de francs,

€ allouée à

€ par M. Oodin, soussigné, manufacturier à Ouise, « à titre de gratification.

€ Cette somme de francs

« est conservée par M. Godin et donnera au bénéficiaire € droit à un capital équivalent dans l'association en € projet du Familistère et de l'usine de Guise.

€ Le présent bon sera échangé contre un titre régu- € lier aussitôt la constitution de cette association et € remboursable en argent dans le cas où l'association € ne serait pas réalisée dans le délai de deux ans ; il € participera proportionnellement et jusque-là au re- € venu locatif et commercial du Familistère.

€ Guise , le mai 1877. >

(Répétition de la somme en toutes lettres, puis signature : )

Godin.

Relerons ces deux traits :

lo Les gratifications, primes , etc. , cessaient d'être comptées en espèces ;

2* Le capital ainsi constitué en parts d'intérêts participait au revenu locatif et commercial du Familistère. (Il n'est pas question de l'usine. La clause de participation s'élargira avec le deuxième modèle de titres provisoires.)

Cinquante personnes : 49 hommes et 1 femme bénéficièrent delà répartition afférente à l'exercice 1876, pour une somme totale dépassant onze mille francs.

La somme est fixée à 11.907 francs dans le rapport de TAdministrateur-Gérant à l'Assemblée générale ordinaire du 7 octobre 1894 (1), époque où ces titres les premiers en date de création (parmi les certificats d'épargne) arrivaient aussi les premiers en remboursement.

{Detcxième titre provisoire. Les faits nous ont déjà conduit à dire un mot de ce document et à en donner un extrait, ci-dessus, chapitre XXV«, Voici in extenso rengagement et le contre-engagement) :

Engagement.

€ Essai d'association entre le capital et le travail tenté par M. Oodin , dans le Familistère et son usine de Guise.

€ Titre de participation aux bénéfices.

€ Je, soussigné, Jean-Baptiste-André Oodin, manufacturier, demeurant à Guise,

€ Déclare constituer au profit de M.

un titre de rente lui conférant le droit de participer dans la même proportion que

de capital, aux intérêts , dividendes, revenus et produits du Familistère et de mes usines à Guise, tels qu'ils résulteront des inventaires annuels et des règlements arrêtés en vue du partage annuel de ces valeurs par l'administration des dits Familistère et Usines.

€ Cet avantage est bénévolement accordé par moi à M. pour représenter par un

capital productif, mais destiné à rester dans l'association en projet, la part attributive à mondit sieur

dans les bénéfices de l'exercice clos le 31 décembre , à la condition expresse que je ne lui con-

fère par cette libéralité aucun droit d'immixtion autre-

(1) Le Devoir, tome 18«, 1894 , p. 662.

ment que par voie d'avis oflBcieux dans les affaires soit du Familistère, soit de Tusine, et qu'il s'abstiendra de toute contestation sur les inventaires et règlements annuels ou autres dressés par l'administration ; je me réserve formellement pour le cas où il prétendrait en agir autrement, le droit de le désintéresser en lui versant 50 0/0 du capital ci-dessus indiqué comme servant de base au calcul des droits qu'il tient de ma libéralité.

€ Le présent titre n'est ni cessible , ni transférable à des tiers sans mon agrément écrit ; le capital qui en fait l'objet ne sera pas saisissable et il ne confère ni au titulaire , ni à aucun de ses ayants-cause , aucun des droits résultants des art. 815 et suivants et de l'art. 1166 du code civil.

c En cas de décès de M. ou de tout autre

événement le dessaisissant de ses biens , je me réserve, après avoir consulté les conseils d'administration du Familistère ou de l'usine , la faculté , soit de consentir à ce que le présent titre passe à l'un de ses ayants-droit sous les conditions que j'y ai attachées, soit d'en effectuer le remboursement au taux ci-dessus fixé de 50 0/0 du capital nominal, déclarant que, dans ce cas, je ferai inscrire le surplus du dit capital au profit de la caisse de prévoyance de l'association coopérative que j'ai fondée de fait entre le Familistère et mes usines, laquelle jouira dans la môme proportion des avantages ci-dessus spécifiés.

« Le présent titre et les autres semblables que j'accorde ou que je pourrai accorder à mes employés et ouvriers sont délivrés pour être ultérieurement convertis en actions dans une association qui aura pour objet de conférer définitivement aux titulaires le droit de participation à' la direction et aux bénéfices de mes établissements de Guise.

c Mais avant de constituer définitivement cette association, je veux faire Texpérience de la participation aux bénéfices^ combinée avec le nouveau système d'administration y correspondant que j'ai mis à l'essai , dans le but de faire sortir de cette expérience les modifications dont elle enseignera l'utilité et les conditions régulières d'une bonne direction des afilaires, d'un bon fonctionnement industriel et commercial de l'association qui sera réalisée aussitôt l'expérience faite.

€ Dans le cas où une cause étrangère à ma volonté et contraire aux intérêts des titulaires de la présente libéralité viendrait entraver l'expérience préalable de participation ou empêcher la réalisation de l'association , je déclare formellement m'obliger et obliger mes ayants-droit à verser à M. la somme

de pour remboursement du pré-

sent titre et à lui faire compte des avantages ci-dessus stipulés qui lui seront acquis au jour de remboursement.

€ Guise , le >.

Approuvé

Signé : Oodin.

Contre'^ngagement.

« Essai d'association entre le capital et le travail tenté par M. Godin, dans le Familistère et son Usine de Guise.

€ Je soussigné reconnais et déclare

expressément :

€ h Que les titres qui m'ont été et pourront à l'avenir m'ôtre accordés et délivrés par M. Godin, pour représenter la participation à laquelle il m'admet dans les bénéfices du Familistère et de son Usine de Guise, ne me confèrent d'autre droit que de toucher les intérêts,

dividendes, produits et revenus qui seront chaque année attribués au capital qui y est indiqué ;

€ 2" Que la libéralité dont je suis l'objet ne confère, ni à moi, ni à aucun de mes ayants-droit,tels que créanciers ou héritiers, aucun des droits résultant des art. 815 et suivants, et de l'article 1166 du code civil, mais qu'elle se limite aux avantages spécifiés au titre ;

€ 3** Qu'en particulier elle ne constitue à mon profit aucun droit à être maintenu dans ma fonction et ne peut devenir le prétexte d'une demande d'indemnité au cas où je serais congédié ; qu'en conséquence je me considère comme restant tenu et obligé par la tradition et les règlements de l'établissement dont je fais partie, lesquels, à moins de conventions exceptionnelles, consistent ' à se prévenir réciproquement un mois à Tavance ;

< 49 Que je me considère comme obligé, sur l'honneur, à respecter les décisions prises et à prendre par les conseils électifs du Familistère et de l'Usine au sujet soit de la direction générale des affaires industrielles et commerciales, soit du règlement des intérêts individuels ou collectifs dans l'association des dits Familistère et Usine.

€ Guise, le >

Avec ce deuxième titre, on le voit, ce n'est plus seulement au revenu locatif et commercial du Familistère que participe le bénéficiaire ; c'est aux revenus et produits du Familistère et de l'Usine. Cette distinction explique ce qui, autrement, pourrait apparaître comme une contradiction : A l'assemblée générale des associés (le 26 décembre 1880) Godin résumant les faits, a dit : Depuis l'année 1876, t l'association existait de fait entre nous. > Dans le discours qu'il avait prononcé à la fête du Travail, le 5 mai 1878, il avait fixé au premier janvier 1877 la généralisation de l'association. Mais, en même

temps, il avait caractérisé la situation créée à cette époque par la remise des nouveaux titres provisoires en ces termes explicites : (1) « le fonctionnement de Fassoc dation ne s'appliquera plus seulement à des faits de € prévoyance et de solidarité générale, il s'étendra à la € participation aux bénéfices industriels de l'Usine et < aux bénéfices commerciaux du Familistère, L'associa- « tion sera ainsi généralisée de fait entre nous depuis le « premier janvier 1877. »

Il n'y a donc pas contradiction. Généralisée à partir de janviep 1877, l'Association a bien existé à partir de 1876, puisque les titres créés à cette occasion ont été reportés sur les certificats d'épargne, lors de la constitution légale de la Société.

Etablissant dans le discours susdit les chifi'res des bénéfices à partager relativement à l'exercice 1877 entre le capital et le travail (ouvriers et employés), Godin dit : € Chacun de vous, mes amis, peut ainsi évaluer dès € aujourd'hui le chiff^re de son dividende à raison de € 8 centimes par franc de ses appointements ou de ses € salaires de l'année.

* Sous peu vous seront remis les titres de rente (2) « qui vous confèrent le droit de participer aux intérêts, € dividendes, revenus et produits du Familistère et € de l'Usine. Un échange d'engagements déterminera € la forme de vos droits ainsi que les garanties néces- « saires entre l'Association et les Sociétaires particic pants.... >

En août 1878, appréciant (dans une conféi-ence avec les intéressés) les deux spécimens de titres provisoires, Godin en commentait les dispositions générales en ces

{{) Le Devoir, tome l«r, 1878, p. 180, 181. (2) Ceux dont le texte précède.

termes. (Après lecture du 1" spécimen délivré l^an d'avant) :

€ Ce titre était court, explicite; il disait que je vou- € lais faire de vous des associés. Je donnais aux béné- « ficiaires une part proportionnelle aux appointements. « Pourquoi ? Parce que les appointements représentent

* la mesure des services rendus dans l'établissement.

« Beaucoup parmi vous n'entrevoyant pas la € portée du caractère d'associé dont les revêtirait

* l'œuvre que je poursuis, auraient préféré toucher en € espèces la somme que je leur allouais.

€ Mais ce que je vous avais promis, c'était de faire de € VOUS des associés et non de vous distribuer de simples « gratifications.... »

(Passant au 2^ spécimen.)

€ J'ai voulu, cette année, vous donner pour la réparte tition des bénéfices Mu dernier exercice (1877) un € titre sérieusement étudié... La rédaction nécessite « entre nous quelques explications. Je donne à X 200 € francs. Mais mon intention étant de constituer une € association, j'ai à prendre des mesures contre les

< abus qui pourraient être faits de ma libéralité...

« Il faut que la participation aux bénéfices que je € VOUS accorde n'engendre ni désordre, ni mauvaises « querelles pour l'Association elle-même. Je veux vous

* reconnaître des droits, mais des droits limités, afin € que le fonctionnement de l'administration soit posc sible. .. >

Quant au fait que le titre n'est ni cessible, ni transférable sans la volonté du donateur, * si je n'avais pris « cette mesure, » dit Godin, < des personnes pourraient

< se substituer à vous dans la possession de ces titres, € tandis que c'est à vous, travailleurs de l'établisse- « ment et non à d'autres, que je veux les donner. »

Il dit encore :

« Je me réserve le droit de rembourser les titres à < 50 0/0. Pourquoi ? Parce que si je trouve bon de faire « de vous des associés, je me dis aussi que vous pouvez € mourir demain et qu'il serait inique et déraisonnable « d'appeler des héritiers qui pourraient n'avoir aucun « lien avec l'établissement, à participer à nos bénéfices « au même titre que les membres travailleurs. Donner « à de tels héritiers 50 0/0 me paraît être ce que peut « commander, en cas semblable, le respect du droit « d'hérédité. Les autres 50 0/0 seraient versés au « compte de la Caisse générale de prévoyance, ainsi € qu'il est dit au titre. En donnant, j'ai le droit de t faire mes conditions >

Touchant le contre-engagement, il signale que la marche indiquée est de toute prudence et qu'il est I sage de faire les conditions propres à sauvegarder € l'avenir et à prévenir les querelles intestines. »

Trois semaines environ avant la date de cette conférence, dans le courant do juillet 1878, le nouveau titre : — engagement de la part de Godin, contre-engament de la part du bénéficiaire — avait été offert à plusieurs centaines de personnes. Sauf 2 ouvriers et 2 employés,^ tous avaient hésité à accepter ; plus de 400 néanmoins avaient réclamé le titre et signé le contreengagement avant la fin du mois; les autres suivirent. Une somme de 66.419 francs fut ainsi répartie entre 608 bénéficiaires (595 hommes et 13 femmes).

L'année d'après {c'est-à-dire en 1879) furent inscrits, au dos des mêmes titres, les bénéfices afférents à l'exercice 1878. Le total fut un peu moindre : 64.983 francs en faveur de 476 hommes et 28 femmes. {Il y avait encore eu crise industrielle après les événements politiques du 16 mai 1877).

En cette même année (1879) s'opéra la modification par laquelle Pexercice commercial — qui jusque-là courait du P' janvier au 31 décembre — s'ouvrit désormais le P' juillet et comprit ainsi le second semestre d'une année et le premier semestre de Tannée d'après. Le 30 juin 1879 eut lieu un inventaire semestriel réglant les choses pour les six premiers mois de l'année encours. Par suite, une nouvelle répartition des bénéfices s'élevant au total do 40.716 francs fut inscrite toujours au dos des mêmes titres provisoires et en faveur de 475 hommes et 28 femmes.

Ce fut la dernière inscription sur cette sorte de titres. Les bénéfices afférents à l'exercice du 1®' juillet 1879 au 30 juin 1880, furent inscrits, directement, sur les certicats d'épargne détachés des livres à souche de la Société, avec le montant des parts antérieurement accordées , selon les paroles de Godin relevées ci-dessus (p. 572).

Le montant des dividendes répartis au travail et à la direction (en sus des salaires et appointements) s'éleva, pour l'exercice 1879-1880 (1) à 383.354 fr. 61.

En outre, une somme de 11.454 fr. 37 représentant conformément aux statuts 2 0/0 des bénéfices, fut mise à la disposition du Conseil de Gérance pour les récompenses exceptionnelles. 8.980 francs furent, de ce chef, attribués à 76 travailleurs dont 5 femmes.

Le capital, en sus des intérêts à 5 0/0, reçut à titre de dividendes 34.730 fr.

A l'exercice suivant : 1880-1881 (2) le montant des dividendes répartis au travail et à la direction (en sus des salaires et appointements) s'éleva à 621.184 fr. 92 ;

(1) « Le Devoir », tome 5», 1881, p. 85.

(2j « Le Devoir », tome 5", 1881, p. 662-663.

et la somme mise à la disposition du Conseil de Gérance pour les récompenses exceptionnelles s'éleva à 17.018 fr. 76. Sur cette somme 13.965 fr. furent attribués à 153 bénéficiaires, y compris 8 femmes.

Le capital, de son côté, reçut à titre de dividende (en sus des intérêts à 5 O/O; 42.780 f)\

Tous les détails voulus pour suivre le mouvement des choses depuis lors, se trouvent dans le journal <Le 2)erm>>. Consulter spécialement les rapports de TAdministrateur-Gérant aux Assemblées générales ordinaires et, durant la vie de Godin, les fêtes du Travail.

Devant ces résultats, lorsqu'on se reporte au refus des titres en 1878, on est un moment confondu. Cependant, Phésitation du travailleur en face de toute proposition de modifier profondément l'organisation dont il tire les moyens de subsistance pour lui et sa famille, se comprend. Aussi, des faits de même nature s'étaient-ils produits ailleurs.

Jean-Edme Leclaire, le premier chef de Maison qui appela, en France, ses ouvriers à la participation aux bénéfices dut attendre, lui aussi, que l'idée fut comprise, acceptée par ceux à qui il s'adressait.

« Le 10 août 1840 > a-t-il écrit (1), < j'ai proposé aux « anciens ouvriers de ma maison de les faire participer « dans les bénéfices que produit le travail. Cette propo-

< sition n'a pas été goûtée comme j'avais lieu de Tespé- « rer ; les idées n'y étaient point préparées : il était trop

< tôt. > Deux ans plus tard, il revint à la charge et les ouvriers acceptèrent.

Lui-môme, LcclOiire, avait dû méditer pendant cinq ans (de 1835 à 1840) l'idée de la participation de l'ouvrier

(1) Biographie d*un fiomtne utile. Leclaire, peintre en bâtiments . CoQféreace faite, le l«r septembre 1878, par Charles Robert. Paris. Librairie Fischbacher, 33, rue de Seine. (Page 43)^

aux bénéfices du patron pour arriver à trouver la chose € possible et des plus simples à mettre en pratique (1). >

Il est vrai qu'il avait, durant ce temps, cherché la formule d'application, tandis que ses ouvriers n'avaient qu'à accepter les gratifications offertes. Mais des journaux de l'époque, entre autres « V Atelier (2) accusait Leclaire de manœuvrer ainsi pour faire baisser les salaires, et les incrédules se demandaient si la participation promise serait réellement payée et s'ils n'étaient pas lesjouets d'une vulgaire tromperie. »

A chaque pas en avant Leclaire dût compter avec la résistance de ceux que, finalement, il entraînait. « Rarement vos idées se sont rencontrées avec les < miennes», disait-il en 1861 à ses ouvriers sociétaires (3). (Il s'agissait alors d'obtenir le concours du personnel pour l'organisation des pensions de retraite dans l'établissement) t J'en ai toujours compris la raison, elle € est toute naturelle : chacun de vous ne pense qu'à lui « et moi je pense à tous. . . »

L'œuvre de Godin était plus complexe que celle de Leclaire ; elle ne pouvait donc que se heurter à plus d'obstacles.

Non-seulement des faits d'industrie et des faits de prévoyance mutuelle, mais aussi des faits commerciaux et d'économie domestique (éducation , etc.) dans les services du Familistère s'imposaient à Tadministration- Comment, sous le régime de l'association projetée , organiser les pouvoirs sans porter atteinte à l'unité de direction indispensable à la bonne marche,à la durée de l'entreprise. Plus d'un intéressé pouvait, du fond du cœur, douter du succès.

Mais c'est précisément pour se fixer sur ce qu'on

(U) (2)» (3), Même ouvrage, pages 24, 90, 62.

pouvait à rheure actuelle demander aux travailleurs en général — en fait de direction industrielle, commerciale, économique, etc. — que Godin provoquait l'essai du système de représentation du travail et d'administration à l'étude duquel nous allons passer (1).

Les anciens lecteurs du Devoir connaissent déjà l'enseignement qui en ressortit, c'est-à-dire qu'en l'état des choses l'insufïlsance des capacités, le manque de sens administratif, le manque d'amour humanitaire chez la plupart des individus, empêchaient qu'on s'en remit au suffrage pour la direction de l'établissement et la mise en valeur de ses sources de prospérité.

Les statuts furent donc rédigés en conséquence.

Parlant de ses efforts à l'époque qui nous occupe (2), « Je croyais > a dit Godin « atteindre mon but plus tôt. « Lorsqu'en 1877 je vous ai fait des conférences, je « croyais certainement toucher au but (la signature de « l'Association) en quelques mois. J'espérais aussi trou- ■ « ver en vous des concours actifs, dévoués ; sur ce « point, je m'étais trompé. J'ai dû créer moi-même et 4 de toutes pièces les rouages de notre association ; » et nulle foi, nulle persévérance ne m'ont été prêtées « parvous. Dans le domaine industriel seul, j'ai été aidé. « Là, je le reconnais, vous m'avez apporté concours et « dévouement. Mais ce que j'avais espéré en 1877 c'était « éveiller en vous assez d'amour pour l'association. € pour que vous vous attachiez réellement à me secon-

(1) RepréBeotation générale du travail dans les (aiU administratite et direction du travail par lee travailleurs mêmes répartis en groupée, nnions de groupes et conseils d'unions. €« ordre des faits principaux de recours au suffrage. Vue générale, chapitre X'.

(2) Conférence du 30 septembre 1880, reproduite en partie seulement dans • le Devoir », tome 4«, 1880, p. 650. La passage qui va suivre était demeuré inédit.

€ der dans la préparation de cette œuvre ; je n'ai € recueilli que votre indifférence. Dans ces conditions et € malgré vous, je puis le dire, j'ai fait l'association, € Et aujourd'hui j'espère encore que l'avenir trouvera € enfin de votre part le concours et le dévouement qui t ont manqué dans le passé. >

Il y eut donc concours et dévouement, au moins sous le rapport industriel, de la part des ouvriers et employés classés dans l'essai que nous avons à voir maintenant, mais dont l'importance est telle que nous sommes obligé d'en renvoyer la relation au volume suivant.

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