‹ Documents pour une biographie complète de Jean-Baptiste-Amdré GodinChapitre 6 sur 36 · j II · texte numérisé non relu

j II

(l)Ghap. VII, p. 163.

(2) Annuaire de V Association, pour 1867, p. S42 et s«

i'^ Natfli^ëndfîîenïVb'é^'fiiWi^cés p^^^ Gqdiii dév^

'l^^ft^dkfls ïà èêâïi^cè^;ail bo' îovembre'ef y^^^^^ .

^éaeiit 'eb d*iautrëà''BdiabionsV'Vâr peu V.\d^^ de!

^fitf^lii>bchëi'cîië''dësmènte^^^ germé dans ï'esprit des/

conseillers. Eh séance du 8 février iSov, le coiiseU|des!

*'hoiÈ(è[ies''ïnê*<"à l'ordre' 'du * jour de la prochaine. rjéyiI^iQ.n

"tiè^'fetfjyt'i *'«Ttfô)^ens' œaccôrdfç^ >ux.^ju^

riiféHMttt^V sbrt'jiàFâréblaraiion personnel^ ^ ôii déclara-

tion des chefs d'ateliers; spit nar.^ction ou directe ou

à deux degrés ; théorie de groupes élisant chacun un

délégué I- leÉ déléguôi? i réunis ' élisatit ' lés ' persoïlhes à

rée<?mpen8érj-«i''*' ^""•''''^' "•"''•'' '' '• ^■*'""' " ' ''="""•''

La séance i '«myan tey ' ' 1 4 * 'févriët* 1 S07 ; est '' ' cfônsàci^eé tottte.èbtttièpe'à' l'exAmen *d\i 'sujfet. Là craiïite de' fair^ des désignations aventurées préoccupe le èôriséil'/Âussî te! registre <pô«rte^-41' setter pl^éniièf^è't^éfleklori' îJoiichant la remise de diplômes ou brevets : i ! -^ ■ i

- À N?8rit-el:le «point "préttiatu f léé,' ^ siittbùt cbrh'me mesure définitive. 11 vaudrait peut-être mieuid accorder d^atord^ uneiiPémunéràtiiin acèôittpatgn'ée d'iinë 'simple ' taèhtion honorable , quitte à y ajouter plus tard , quand les esprits seront biien préparés-,* ' le dipilômé cbnférarii certains avantages- qkii' TO^etit à' étlrdlèi^; V ' > - 1 "" »

Cet avis prévaut. Le conseil proposé de répartir à^ titnto diessai' 2^000' f)M ^ de ' récompensée , ' dont 1 ,000 ' ir. ' auK I emplo3*éfin e* 1,'OOOffahbs'âù'x ouvriers. lEt il pose ceô points. dMnterroga'tiôt]!':-' ''' ' • ' '^

Quel serait le mode de paienièTit?'^ La' rémunération serait-elle en valeur immpbiliséç f pi:^ eijtîya^çup.rçprçséMatiVe'cionnani droit à un intérêt et au rembourse-„ ment à des époque? dé^e^rpiinçies.? . ,. , , . i i

l^if|,j((3 pQHit jjft piu/s^ urgent et te plus difficile , c'est de décider comment on procédera pour arriver à la désignation des travailleurs les plus dignes.

Diverses propositions sont examinées en séances du Conseil des hommes les 14, 21, 26 février; en séances des conseils réunis (hommes et Jemmes),. les 12 et 26 avril 1867. Les deux dernières séances ont lieu sous la présidence de M. Godin.

Finalement, au compte-rendu de la séance du 26 avril 1867, sont consignées des Résolutions à faire connaître à la population et dont nous extrayons ce qui suit :

F6te du Travail.

« M. Godin propose à tout le personnel de ses établissements une somme de 2,000 francs à répartir aux plus dignes dans les différents mérites de travail :

€ Mérite de direction dans l'emploi, la surveillance , le travail à faire.

c Mérite de capacité, de bonne exécution dans le travail.

€ Mérite d'invention ou de perfectionnement dans les procédés du travail.

< Mérite de zèle, assiduité au travail, dévouement à sa tâche. >

Cette somme sera à répartir comme suit : 1.000 fr. aux travailleurs de la main logés ou non au

Familistère.

1.000 fr. aux employés (1) de l'usine ou du Familistère et aux personnes employées dans les services quelconques de l'habitation unitaire et de ses dépendances.

Le nombre et la valeur des primes ne sont pas déter-

(1) Le conseil avait défini comme suit remployé : « Personne attachée à un titre quelconque à l'usine et ayant action sur les ouvriers, exemple : les surveillaats; ou bien faisant un travail déterminé non rétribué à Theure , tant au Familistère qu'à TUsine* »

minés à l'avance, afin de laisser aux électeurs le plus de liberté.

Ce nombre et cette valeur résulteront du vote luimôme.

<Dans chaque catégorie de primes, les 1,000 francs seront divisés par le total des voix sorties au dépouillement du scrutin ; ce qui donnera une unité de répartition ; et chaque nom sorti de Turne aura droit à autant de fois cette somme qu'il aura obtenu de voix. »

(Les primes furent versées en espèces quelques jours après la cérémonie.)

On lit encore: M. Godm désirant que le lauréat qui recueillerait l'unanimité des voix ait une prime et une ^ mention spéciales , dit qu'en cas d'unanimité la prime sera doublée; et qu'elle sera augmentée de moitié pour le lauréat qui recueillera le plus de voix.

Les personnes obtenant 20 voix recevront , outre la prime , une mention honorable, celle-ci sera remise au i titulaire séance tenante et lui donnera droit à une place d'honneur dans les cérémonies du Familistère.

L'obtention répétée de telles mentions constituerait un titre au diplôme du travail, à l'étude pour l'avenir.

Le vote aura lieu le jour même de la fête, par bulletin secret, devant contenir 40 noms, sous peine d'annulation.

Pour la catégorie des travailleurs de la main habitant ou non le Familistère, un vote préparatoire aura lieu prochainement. A ce vote ne participeront que les travailleurs de la main ayant qualité d'habitants du Familistère. Le vote aura pour objet la désignation de 80 délégués (habitant ou non le Familistère) et ce sont ces 80 délégués qui, le jour de la fête verfu, désigneront au moyen du vote les travailleurs de la main les plus méritants.

t^our la catégorie des employés (de TUsine ou du Familistère) et des personnes attachées aux services de Thabitation à un titre quelconque, le vote aura lieu le jour de la fête sans nomination de délégués — c'est-à-dire directement par le personnel, hommes ou femmes, habitant le Familistère.

Deux urnes seront disposées : une pour chaque catégorie de votants.

Le dépouillement du scrutin se fera' aussitôt le vote accompli et la proclamation des lauréats suivra.

Le jour de la fête n'est pas /ixé dans la séance qui nous occupe (26 avril), la situation politique étant telle alors que des bruits de guerre couraient. Mais, un mois plus tard, le 22 mai, le Conseil réuni sous la présidence de M. Oodin décide que la fête du Travail sera célébrée le 2 juin suivant.

Il ne reste donc qu'à passer à l'exécution.

Voyons quel était à cette époque le chiffre du personnel , employés et ouvriers.

Si nous consultons VAnmiaire de l'Association pour 1868 {\)^ nous trouvons (p. 169 à 198) un nouvel article publié par Godin sous le pseudonyme A. Mary et dans cet article, écrit en 1867 et présentant des documents fournis par Godin sur son œuvre à l'occasion de l'Exposition universelle (Paris), le chiffre total des travailleurs est porté à 900, chiffre rond.

Pour quel nombre figure en ce total chacune des deux catégories qui nous occupent?

On peut évaluer à une trentaine (30 à 35), le nombre des employés de la comptabilité générale et des bureaux d'ateliers; et à une trentaine encore le nombre des surveillants; soit une soixantaine d'employés à

(Ij Librairie d^ Scioncos aocialea, iS, rue d6f« SaintPères, Paris.

PUsine ; quant au personnel des services du Familistère, Godin en portait le nombre Tannée d'avant (Annuaire de r Association pour 1867^ p. 239) de 50 à 55. C'est donc en définitive 110 à 115 personnes à classer dans la catégorie dite des employés. Nous en verrons 108 être désignées par l'élection.

La seconde catégorie aurait donc compris 785 à 790 ouvriers. Disons en chiffres ronds 750, le registre des conseils portant, deux ans plus tard, en termes précis, le nombre des ouvriers à 770 pour l'année 1869.

En 1867, nous avons donc :

lo Une catégorie dell0àll5 employés d'ordres très divers (la liste figure au registre) tous représentés par 95 d'entre eux ayant qualité d'habitants du Familistère ; ces 95 étant chargés d'élire directement, le jour de la fête du travail, les membres les plus méritants de leur catégorie.

2o Une catégorie de 750 ouvriers représentés par 95 délégués (1) ayant ou non qualité d'habitants du Familistère, mais élus exclusivement par les ouvriers ayant cette qualité. Ces 95 élus devant ensuite le jour de la Fête désigner, par le vote, les membres les plus méritants parmi les 750 de leur catégorie.

Les listes des deux catégories d'électeurs furent dressées, affichées et M. Godin dans une conférence donna à toute la population les informations nécessaires.

Le vote au P' degré pour l'élection des 95 délégués ouvriers eut lieu le 28 mai dans les ateliers, au scrutin secret et par bulletin contenant 10 noms.

Le résultat de l'élection est consigné au registre des conseils. Nous extrayons du compte-rendu les chiffres suivants :

(1) On porta de 80 à d5 le nombre do ces délégués ; ce qui égalisa les totaux d'électeurs en ir« et 2« catégories.

Electeurs inscrits .... 231

Votants 221

Voiœ exprimées à raison de 10 par bulletin de vote : 2.210.

L'éparpillement des voix obligea à descendre jusqu'aux désignations faites par 11 voix pour obtenir le nombre voulu de délégués.

Voici le tableau :

2 élus avec 25 voix = 50 voix

98 élus. Total ... 1 .461 voix.

Le compte-rendu est muet sur la nature des 749 voix à ajouter à celles qui précèdent, pour obtenir le total indiqué: 2.210.

Le nombre des délégués à élire ayant été fixé à 95, on élimina parmi les élus à 11 voix les trois ouvriers les plus récemment entrés à Pusine.

Aucun de nos documents n'indique si les 95 délégués étaient ou non tous habitants du Familistère.

Pourtanti le conseil dans une séance préparatoire

avait examiné cette double perspective : Les ouvriers habitant le Familistère écartant systématiquement de la fonction de délégués les ouvriers logés hors de Phabitation commune ; ou ne les écartant pas et ceux-ci une fois élus écartant du vote final les ouvriers résidant au Familistère. Le but étant une étude pratique, on s'était résolu à laisser parler les faits. Néanmoins, nous le répétons, le registre ne relève pas ce qui en a été à l'élection de premier degré. Passons :

Célébration de la l'* Fête dn Travail an Familistère, 2 jain 1867

Pour la description de cette première fête nous recourons non seulement au registre des conseils, mais à la presse :

€ On ne saurait imaginer » écrit Charles Sauvestre dans VOpinion nationale (Paris, 8 juin 1867) < une enceinte mieux disposée pour les fêtes que cette cour couverte du Familistère. Figurez-vous quoique chose d'analogue à la Bourse, moins les revêtements de i3(iarbre et les grisailles d'Abel de Pujol, bien entendu. Une salie immense, aux murailles simplement blanchies, avec sa voûte de verre et les trois rangs de balcons sur lesquels s'ouvrent les logements. Ces galeries circulaires servent naturellement de tribunes en de pareilles occasions. Dimanche, elles étaient remplies de curieux.

< Au fond de la salle on avait dressé une estrade que couronnait, au milieu d'un trophée de machines, un groupe très habilement peint, représentant VIndustrie qui récompense ses enfants Aux deux côtés de l'estrade flottaient les bannières de TEcole dont les enfants assistaient à la fête, placés au premier rang dans leurs tables de classe.

< Tout autour, des guirlandes de feuillage pendaient aux balcons ornés d'écussons, de drapeaux, de fleurs et

de verdure ; et, d'espace en espace, de grands trophées composés d'outils et de produits de l'usine, montaient d'une galerie à l'autre jusqu'à la voûte, représentant les diverses branches de travaux de la maison : machines, fonderie, ajustage, moulage, émaillage, ciselure, comptabilité, dessein artistique et construction, jardinage, etc.

€ La musique y avait aussi son rang marqué par une collection d'instruments. Tout en face, à la place d'honneur, l'éducation étageait ses classiques emblèmes, parmi les bannières multicolores des différentes branches d'enseignement ; au-dessus, à demi perdu dans un nuage de mousseline, un berceau blanc et bleu, rappelait à tous les regards, qu'au Familistère la sollicitude pour l'enfant commence dès le premier âge.

< Une ruche immense toute semée d'abeilles énormes, occupait le centre de la salle, symbole parlant du travail associé. Mais, plus heureux que les abeilles, ce n'est pas des ouvriers du Familistère que Virgile aurait pu dire Sic vos non vohis : « Vous faites le miel et ce miel n'est pas pour vous. > Ils sont assurés de ne pas perdre le fruit de leurs peines... >

La décoration réalisée ce jour-là dans la cour du pavillon central fut si satisfaisante à tous égards qu'un des artistes de l'établissement (1) en saisit le dessin. Reproduit en gravure quatre ans plus tard, ce dessin figure (p. 609) dans le volume Solutions sociales^ le premier publié par J.-B.-A. Godin.

Poursuivons : < L'ouverture du scrutin », lit-on au registre des procès-verbaux, « eut lieu à 10 heures du matin. Les membres des deux conseils (hommes et femmes) assistaient au vote. M. Godin présidait.

« Deux bureaux étaient organisés : l'un pour la caté-

(\)U Devoir, tome 15% 1881, p. 257.

gorie des employés et personnes attachées aux services du Familistère; l'autre pour la catégorie des ouvriers. » Ici nous recourons de nouveau à V Opinion nationale (Paris, 7 juin 1867), article de M. Charles Sauvestre : € Au moment où M. Godin venait d'annoncer l'ouverture du scrutin , une députation d'ouvriers s'est avancée au pied du bureau , et l'un des plus anciens s'est fait l'organe de la reconnaissance de ses camarades pour tout ce que leur digne patron a su réaliser en leur faveur.

€ Nous sommes tous ici, » lui a-t-il dit, € depuis les « enfants auxquels vous avez voulu faciliter l'appren- « tissage, d'ordinaire si rude de la vie, jusqu'aux vété- « rans du travail qui vous ont suivi et aidé dans votre € longue et belle carrière de travailleur ; nous somc mes tous ici groupés comme pour vous offrir la € vivante représentation de ce qui a été l'oeuvre de € votre vie entière. Vous nous avez convoqués pour € nommer, par un libre suffrage, les mieux méritants. « Mais s'il s'agit aujourd'hui de récompenses c'est à < vous qu'appartient, en toute vérité, la première. Celle- «r là nous ne pouvons pas la donner : vous la trouverez € dans votre conscience et aussi dans la reconnaissance € que nous vous garderons éternellement au fond de € nos cœurs. »

« Trop ému pour répondre en ce moment, l'honorable M. Godin les a remerciés avec effusion en renvoyant après le scrutin l'expression de ses sentiments. >

Dans la U© catégorie de votants, les 95 électeurs (lisons-nous au registre des conseils) votèrent tous régulièrement, d'où, — à raison de 10 voix par bulletin, — 950 voix furent émises .

Dans la 2* catégorie, 92 électeurs sur 95 déposèrent \

leurs bulletins. Les trois manquants sont expliqués

comme suit : un électeur était absent ; un autre se présenta trop tard ; le troisième fit présenter son bulletin par une tierce personne et le bulletin ne fut pas accepté. 920 voix furent donc émises en cette catégorie.

Aussitôt le vote terminé on procéda au dépouillement lequel fut mis sous scellés et confié à la garde des pompiers, la proclamation du résultat devant avoir lieu à 4 heures dePaprès-midi.

L'heure venue, toute ^assistance se trouva dans la cour des fêtes. La société musicale joua un morceau et M. Godin prit la parole, c Dans une allocution remplie des considérations les plus hautes » dit U Opinion nationale (1), « le fondateur du Familistère a longuement entretenu ses ouvriers des convictions qui Pont poussé à réaliser ce qu'il a fait; et de ce qu'il compte faire encore pour parachever son œuvre. >

Le sommaire seul du discours prononcé par Godin en cette occasion mémorable, figure en nos dossiers. Sa reproduction ici va de soi. Godin , lorsqu'il en développa les propositions, connaissait les résultats du premier essai de recours au suffrage pour la désignation des mérites et capacités. Quelque imparfaits que fussent ces résultats , la voie était ouverte et c'était Tessentiel; il fallait poursuivre la tentative en s'efforçant d'orienter le suff'rage vers le but à atteindre.

« Ce que je veux, mes amis, » développa Godin, « c'est y jeter ici la semence d'organisation de la justice envers le travail.

« Le travail est le créateur de tout bien sur la terre. Il doit donc être particulièrement honore.

(1) Numéro du 7 juin 1867.

€ Il faut que le travail se tire lui-même de Tobscurite, qu'il apprenne à connaître sa force et sa valeur.

€ C'est pour élever l'ouvrier au sentiment de sa dignité que j'ai institué cette fête du Travail.

€ Je veux la vulgarisation des moyens pratiques par lesquels l'ouvrier arrivera à diriger lui-même ses travaux et ses intérêts ;

€ Je veux la justice et l'équité dans la direction industrielle ;

€ La suppression du règne du bon plaisir. ^

Rassemblant ce qui était déjà en vigueur au Familistère (services d'éducation, d'assurances mutuelles, etc.) , et ce qu'il se préparait à conclure, dès que possible , (le pacte d'association), « Je veux » , poursuivait Godin , € donner à l'ouvrier la sécurité de l'avenir;

« Réaliser ici pour le travailleur et sa famille des conditions de bien-être, de tranquillité, de progrès intellectuel et moral qui puissent servir d'exemple au monde extérieur.

€ Une volonté forte et persévérante peut accomplir de grandes choses.

« Je veux contribuer à élever le travail à son vrai rang;

€ Faire voir qu'il est le meilleur des cultes que l'homme peut rendre à Dieu ;

€ Le Familistère est un autel du Travail et Dieu est avec nous dans la pensée qui nous anime aujourd'hui. »

Heureux des efforts vraiment remarquables auxquels étaients dus les beaux trophées qui ornaient la salle de fête et représentaient les principales branches des travaux de l'établissement, il poursuivait :

€ Honneur et gloire au travail par lequel l'homme s'élève dans la vie !

< Honneur à la vapeur, à la construction mécanique ;

< A la fonderie des métaux ;

< A l'ajustage, à la lime et au marteau.

c Honneur à tous les ouvriers et ouvrières, aux fondeurs, aux ajusteurs, aux mécaniciens, aux meuleurs, aux émaiileurs, aux modeleurs.

< Honneur aux hommes des magasins et des bureaux. € Honneur aux architectes, aux maçons, aux sculpteurs, aux dessinateurs, aux menuisiers, jardiniers, etc.

f Honneur aux comptables, aux écrivains, aux vendeurs, aux instituteurs et institutrices.

« Honneur à tous les agents des services du Familistère et de l'Usine ; honneur à tous sans exception, car tous accomplissent cette œuvre sainte du Travail dont sortira un jour l'organisation du bien et de la justice en tout et pai*tout.

<Nous sommes tous ici des travailleurs. Aimons-nous les uns les autres. Travaillons sur notre petit coin de terre à réaliser ce règne de la justice auquel nous aspirons.

€ Servons d'exemple aux autres et glorifions Dieu par le travail ! »

Le journal déjà cité « L'Opinion nationale (\) » résume quelques-uns des passages du discours de Qodin et ajoute : « Après le discours dont nous venons de donner un extrait, s'est faite la distribution des attestations, portant, avec le nombre des sufl'rages obtenus, la quotité correspondante à toucher par le titulaire sur la somme de deux mille francs allouée en primes par M. Godin. Pendant la distribution, la musique du Familistère faisait retentir ses fanfares qui se mêlaient aux applaudissements de l'Assemblée, et aux cris de joie des 250 enfants des écoles ».

il) Numéro du 7 juin 1867.

Le moment est venu de donner, d'après le registre des procès-verbaux, les résultats du vote. Voici :

Première catégorie : Employés et personnes attachées aux services du Familistère. 95 électeurs (50 hommes et 45 femmes) ayant à désigner par bulletin de vote de dix noms les travailleurs les plus méritants, sur un personnel de 110 à 115 personnes.

Obtinrent des voix les 95 électeurs, plus 13 membres de la catégorie non résidants au Familistère. Au total 108 élus.

On jugera de Téparpillement des voix par le tableau suivant :

Hommes.

Femmes.

Ensemble.

eurent de

5 voix

Deuxième catégorie : Ouvriers de la main au nombre d'environ 750 (parmi eux , nombre très restreint d'ouvrières) représentés par 95 délégués élus en premier degré et devant désigner par bulletin de vote de dix noms , les travailleurs (hommes ou femmes) les plus méritants , parmi les 750 de la catégorie.

Nota. — Le registre ne donnant pas les noms des

délégués , nous ne pouvons distinguer ceux-ci du reste du personnel.

Les votes se répartissent comme suit :

Hommes. Femmes, Ensemble.

eurent

1 voix

Le vote direct (\^^ catégorie) a désigné 108 personnes sur 110 à 115 , soit presque la totalité.

Le vote à deux degrés (2« catégorie) en a désigné 115 sur un personnel d'environ 750, soit un travailleur sur six à sept.

Les conseils avaient décidé (séance du 26 avril (1)) que les mille francs à répartir en chacune des deux catégories seraient divisés par le total des voix sorties au dépouillement du scrutin. En première catégorie, les 95 électeurs ayant déposé régulièrement chacun un bulletin de 10 noms , cela fît un total de 950 voix par lequel divisant la somme de mille francs on obtint ce résultat que chaque voix représentait 1 fr. 05.

En deuxième catégorie , il y eût 92 votants (2) au

(1) Présent chapitre , p. t^.

lieu de 95 , mais la somme uniforme de 1 fr. 06 fut affectée à chaque voix ; et les attestations furent dressées en conséquence.

La prime devait être , pour les candidats obtenant l'unanimité , T doublée ; 2o accompagnée d'une mention spéciale.

Seules y les personnes désignées par 20 voix au moins devaient recevoir une mention honorable.

Bien loin que l'unanimité soit atteinte, la majorité même n'est obtenue ni dans la première ni dans la seconde catégorie. Le travailleur le plus favorisé fait partie de la première catégorie et obtient 41 voix sur 95 votants. Quatre personnes seulement : 2 hommes et 2 femmes obtiennent plus de 20 voix dans la 1" catégorie. Nul n'atteint ce chiffre dans la seconde.

76 personnes dans la première catégorie, 100 dans la deuxième sont désignées par 1 à 10 voix

L'éparpillement est énorme surtout dans la première catégorie (vote direct) où sont rassemblés les travailleurs les plus disparates, depuis l'ingénieur ou le chef de comptabilité jusqu'au porteur de charbon ou à la laveuse de linge.

Par application des décisions prises en conseils, la prime est doublée pour le candidat qui a obtenu le plus de voix, soit 41. En outre, une mention honorable de lr« classe lui est remise à la proclamation de son nom.

Des mentions honorables de 2"?* classe sont de même remises aux quatre personnes de la première catégorie ayant obtenu : une, 27 voix; deux autres, chacune 22 voix ; la 4"% 21 voix.

En deuxième catégorie, bien que personne n'ait atteint 20 voix, une mention honorable hors classe est décernée à un ouvrier < vu ses longs et loyaux services dans l'usine » et quoiqu'il n'ait obtenu que 12 voix !

Ce trait est à remarquer tout particulièrement dans l'étude qui nous occupe.

Sur les 223 élus dans les deux catégories réunies, 6 seulement reçurent donc des mentions honorables.

Aux 217 autres furent attribués de simples bulletins de primes, lesquels furent échangés contre espèces quelques jours plus tard.

Le registre des Conseils ne relève pas , à Pépoque où les faits se sont produits , les enseignements à en tirer; mais Pan d'après, lorsqu'il s'agit de procéder au renouvellement de la fête du Travail , ces enseignements se font jour aux séances d'études ; et les Conseils s'appliquent — nous le verrons : !« à offrir au suffrage un tableau des personnes réputées les plus capables et méritantes, parmi lesquelles eccclusivement le vote devra s'exercer ;

2* A faire voter en connaissance de cause, c'est-à-dire entre personnes ayant pu s'apprécier mutuellement à l'œuvre ;

30 A éviter de laisser prise à l'intérêt personnel , lequel peut entraîner des électeurs ou à voter chacun pour soi , ou à se concerter en vue de déterminer l'attribution de primes à partager ensuite.

Seconde fôte annuelle du Travail, mai 1868. Liste de notables ou candidats. Election à deux degrés pour une partie du personnel. Quatre séries d'électeurs pour la distribution des récompenses.

Le même nombre d'intéressés , à très peu près , qu'en 1867 est devant nous en 1868; et une même somme, soit deux mille francs , est allouée par le fondateur du Familistère pour être distribuée en primes d'honneur à l'occasion de la fête du Travail.

La nécessité de perfectionner les procédés adoptés en 1867 pour la répartition des primes, est proclamée en séance des conseils dès la' première réunion (1" mai 1868) consacrée à la préparation de la fête.

!• Circonscrire le vote par l'établissement d'une liste de notables ou personnes reconnues les plus méritantes , les plus capables et entre lesquelles exclusivement devraient être réparties les primes d'honneur;

2o Grouper le personnel de façon à ce que le vote s'exerce entre travailleurs ayant pu mutuellement s'apprécier à l'œuvre ;

3" Attribuer à chaque groupement un nombre fixe de primes d'honneur :

Tels sont les trois points caractéristiques de l'alignement des conseils. Le premier de ces points est le renversement du rôle qu'on avait espéré faire remplir par le suffrage. Voyons les essais de solution.

Comment dresser une liste dé notables?

Plusieurs séances' sont consacrées à l'étude de ce difficile objet. Des objections sont présentées. Voici une des premières : « La publication d'une liste des notables provoquera l'abstention , l'indifférence des personnes qui n'y seront pas inscrites. » A quoi il est répondu : € Du moment où il faut circonscrire le choix , et cela est nécessaire à la suite de l'expérience de l'an passé, quel que soit le mode adopté on tombera dans l'écueil signalé , si écueil il y a. »

Autre objection : « Les conseils seront accusés d'avoir fait du favoritisme. > Sur ce, un membre propose l'élection de délégués aidant les conseils à désigner les notables. Mais délégués et conseillers pourraient toujours être accusés d'avoir par faveur mis tel ou tel sur la liste.

Enfin surgit l'idée de classer les ouvriers d'après les

éléments irrécusables de capacité fournis par euxmêmes ; c'èst-à-dire d'après les notes de fabrication (1), Le moyen répond nettement au besoin. Malheureusement ces notes n'existent que pour les ateliers de fonderie et ajustage. Rien d'analogue n'est pratiqué dans les autres ateliers (modèles, matériel, émaillage, menuiserie, etc ..., dits ateliers divers, ni dans les bureaux de l'Usine, ni dans les services du Familistère.

Déterminer d'après les notes de fabrication — notes qui sont l'expression même de l'action de l'ouvrier — l'inscription sur la liste des candidats vaut incomparablement mieux , prêtera à bien moins de réclamations que de le faire d'après la seule appréciation des chefs ainsi qu'on en décide forcément pour les travailleurs des ateliers divers , ou d'après la seule position d'employé de bureau ou d'attaché aux services de l'habitation unitaire , ainsi qu'on en décide également pour les 114 intéressés de ces deux dernières catégories de travailleurs. Là il n'y aura, à bien dire, aucune désignation de mérite , ce sera simplement le relevé des noms des personnes occupées.

Une sorte de choix, peut-on dire, devait présider à l'admission dans ces deux catégories. Sans doute, mais une fois au poste , l'individu peut se montrer nonchalant, insuffisant même à sa tâche, au lieu de la remplir au mieux et de se qualifier pour une élévation nouvelle. Le porter sur un tableau des notables tout simplement en raison de sa qualité d'employé ou d'attaché à certains services, est un procédé qui appelle certainement de sérieuses modifications.

La supériorité du mode d'appréciation des mérites dans les ateliers de fonderie et ajustage par le relevé

(I) Présent volume, p. 146.

des notes de fabrication était évidente. Aussi les chefs de ces ateliers (chacun dans son département respectif) furent-ils invités à dresser la liste des ouvriers de choix, € d'après la capacité démontrée : à la fonderie, par le moulage au poids ou au-dessous ; à l'ajustage, par les primes reçues pour pièces non cassées. »

Il fut résolu, en outre, que les travailleurs de premier mérite seraient désignés par la lettre A ; ceux de second mérite par la lettre B.

Les dépouillement et classification opérés dans les diflFérents ateliers de l'établissement , une liste totale de 150 ouvriers de choix, s'offrit à l'attention des conseils.

On résolut alors de faire élire, dans l'usine, par tous les ouvriers et ouvrières (ayant ou non qualité d'habitant du Familistère) une liste parallèle de 150 ouvriers, laquelle serait combinée avec la liste de choix, afin d'extraire des deux , une section définitive de 150 ouvriers à porter — conjointement avec les 114 employés des bureaux de l'Usine et gens des services du Familistère — sur le tableau des notables ou candidats en faveur desquels exclusivement s'exercerait le vote le jour de la fête du Travail.

L'élection eut lieu à l'usine, dans lés conditions définies par l'affiche suivante apposée dans les ateliers, le vendredi 15 mai.

< Elections préparatoires pour la fête du Travail du 31 mai 1868.

> Il sera procédé demain samedi 16 mai, dans chaque atelier, à la nomination des ouvriers qui pourront figurer sur la liste des notables, pour concourir à la distribution des primes d'honneur le jour de la fête du Travail. Les candidats seront choisis parmi ceux qui réuniront le plus de voix.

> Des bulletins de vote spéciaux seront remis dans la fonderie et l'ajustage à chaque électeur qui devra les remplir en y mettant 6 noms conformément aux indication» imprimées (1). Toute voix non conforme à ces indications sera annulée.

» Dans les autres ateliers : modèles, matériel, émaillage, cuivrerie et fonte malléable, menuiserie, construction et terre réfractaire, les ouvriers composant chaque atelier voteront entre eux ; il leur sera remis un bulletin blanc, sur lequel ils auront à inscrire deux noms de ceux qui leur paraîtront les plus méritants,

€ Chaque chef d'atelier est chargé d'organiser le vote dans son groupe. Des tableaux contenant les noms des ouvriers composant les groupes seront mis dans chaque atelier >.

fin réunion des conseils, le 13 mai, il avait été question de faire voter par 1 voix seulement dans les ateliers divers où les ouvriers constituaient des groupes relativement petits. Mais Texpérience ayant enseigné qu'il fallait compter avec la tendance de l'électeur à voter d'abord, en cas de cette nature, chacun pour soi, on demanda l'émission de 2 voix ainsi que le dit l'affiche.

Le 26 du mois, dix jours après les élections préparatoires, les conseils se réunirent et prirent connaissance des résultats.

(1) Les indications imprimées étaient :

Pour les ateliers de fonderie :

Modèles, mécanique et poterie ; ornement; poêles et cuisinières; ràperie, sables, cubilots, etc.

Pour les ateliers d'ajustage :

Vernis et ornements; poêles et cuisinières; emballeurs, mineurs, meuleurs, foyers, magasin et chargement.

En regard de chaque indication était le nombre de voix à émettre : 1 ou 2.

Les renseignements nous manquent sur la repartition des voix. Nous voyons seulement que les 150 ouvriers qui avaient obtenu le plus de suffrage furent dégagés de la masse et portés sur une liste.

Puis les conseils comparèrent cette liste à celle résultant du classement d'après les notes de fabrication ou la désignation des chefs, laquelle portait aussi 150 ouvriers , les uns avec lettre A (1®' mérite), les autres avec lettre B (2® mérite). Il s'agissait d'extraire de ces deux listes la liste définitive de 150 notables ouvriers.

Les conseils, lit-on au registre, prirent d'abord les ouvriers portés à la fois et sur la liste de choix et sur la liste d'élection. Il s'en trouva 66

(Le registre n'indique pas la proportion des travailleurs avec lettres A ou B). Le dépouillement des noms nous a permis de constater que 18 d'entre eux n'étaient pas habitants du Familistère.

On prit ensuite les ouvriers portés seulement sur la liste de choix, mais avec lettre A. Il y en eût 57 dont 6 non habitants du Familistère.

Enfin on arriva au total cherché en prenant sur la liste d'élection les individus restants qui avaient obtenu le plus grand nombre de voix; (en cas d'égalité la préférence fut donnée aux ouvriers ayant qualité d'habitant du Familistère), Furent ainsi désignées 26 personnes , ci 26

Ajoutons un individu oublié sur la liste des candidats et révélé au compte-rendu de l'élection finale , ci 1

Total 150

Ces 150 travailleurs furent ajoutés aux 114 désignés en raison seule de la fonction , ci 114

Total définitif de la liste officielle des candidats. 264

Ce point réglé, les conseils passèrent au suivant : faire exercer le vote final en connaissance de cause autant que possible.

Le fait que, sur les 150 ouvriers élus, il s'en était trouvé 66 portés déjà sur la liste de choix était un encouragement à répéter, pour le vote définitif, ce qui avait été essayé dans les élections préparatoires : faire voter autant que possible entre mêmes professionnels.

L'année d'avant on s'était contenté de répartir, le jour de la fête, le personnel en deux catégories : 1*» Administration générale et services de rhàbitation unitaire , 110 à 115 membres représentés par les 95 d'entre eux habitant le Familistère ; 2» Fonderie, ajustage j ateliers divers (750 ouvriers environ) représentés par 95 délégués élus ; dans chacune de ces deux catégories les 95 représentants ayant voté sur l'ensemble des membres de leur catégorie.

En 1868, les conseils, après avoir dressé la liste des notables ou candidats entre lesquels exclusivement devaient être réparties les primes d'honneur, classèrent en 4 séries , selon les principales divisions des travaux, et les candidats et les électeurs. (La plupart des candidats, 214 sur 264, étaient— vu leur qualité d'habitant du Familistère — à la fois candidats et électeurs.)

Deux listes furent dressées : une des électeurs , une des candidats.

La liste des électeurs présentait ceux-ci en ordre alphabétique chacun dans sa série professionnelle , soit :

1'* Série : Familistère et Administration.

2« > : Fonderie.

3* > : Ajustage.

4" » : Ateliers divers.

La liste des candidats présentait ceux-ci non-seule-

ment chacun dans sa série respective , mais chacun dans son groupe sériai re selon les détails des travaux en chaque série. Autrement dit : chacune des quatre séries offrait en un P' groupe les chefs, employés, surveillants , etc. Puis venaient des groupes correspondant aux divers genres des travaux de la série; et, en chacun de ces groupes , les candidats ouvriers étaient présentés comme suit : en tête ceux désignés à la fois et par. les notes de travail et par l'élection de P' degré ; puis ceux désignés par Télection seulement ; et enfin ceux désignés seulement par les notes de travail, mais avec lettre A.

Les spécialités de travaux en chaque série étaient reproduites sur les bulletins de vote et l'électeur était invité à porter, en regard de chacune des divisions qui en résultaient , le nom ou les noms (tantôt 1 , tantôt 2, selon l'importance du groupe), des travailleurs les plus méritants.

Exemple :

Le Bulletin bleu de la série Fonderie portait ceci :

Chefs d'ateliers ^ employés ou surveillants , 2 voix.

Mouleurs de modèles , mécanique et poterie 2 v

Mouleurs d'ornement 2 »

Mouleurs de poêles et cuisinières % »

Rftperie , sables et cubilots 1 •

Le classement de la comptabilité générale fut un véritable embarras pour les conseils. En quelle série mettre la comptabilité ? L'an d'après, instruits par l'expérience, les conseils en feront le 1*' groupe d'une série spéciale, celle de l'Administration générale, laquelle comprendra toute la catégorie des employés de rUsine. En ce premier essai, faute de trouver mieux, on classe les comptables dans le l«r groupe de la l"^ série dite ; < Familistère et Administration >. Ce !•' groupe

comprend sous le titre : Comptabilité générale, les comptables (lu Familistère et ceux de PUsine. Les autres groupes de la série sont ceux de : Education, Commerce, Travail. (Ce dernier mot sous-entend l'entretien journalier.)

Les électeurs dans les 2®, 3* et 4e séries étaient les travailleurs mêmes de la série habitant le Familistère. Partant de là, on compta :

135 électeurs dans la 2® série : Fonderie. 66 » 3e j : Ajustage.

59 > 4® » : Ateliers divers.

260 > au total pour ces trois séries.

Quant à la V : Familistère et Administration, elle était la moins homogène puisqu'elle comprenait et les personnes attachées en permanence aux services domestiques, commerciaux et éducatifs et les employés de la comptabilité du Familistère ainsi que ceux de la comptabilité générale de l'Usine. Tous ces travailleurs ensemble s'élevaient au nombre de 73.

Les conseils décidèrent qu'en cette série devaient être électeurs non seulement les 73 personnes attachées aux travaux, mais tout l'ensemble du corps électoral soit les 260 électeurs indiqués ci-dessus et les 73 membres de la série, au total 333 ; la marche des services dans l'habitation unitaire et l'administration générale pouvant dans une certaine mesure être appréciées par tous.

Complétons l'indication de quelques, autres mesures pratiques. Les conseils décidèrent :

lo Que les bulletins de vote seraient d'une couleur spéciale à chaque série : blancs pour la 1'% bleus pour la 2% roses pour la 3% jaunes pour la 4® ;

2^ Que deux urnes seraient disposées pour recevoir, le jour de la fête, Tune les bulletins de vote de la se-

rie : Familistère et Administration , l'autre les bulletins des trois autres séries. Il serait facile de distinguer les bulletins à la couleur pour procéder au dépouillement. Chaque électeur des séries Fonderie ^ Ajustage et Ateliers divers déposerait dans l'urne ad hoc son bulletin professionnel et dans l'autre urne son bulletin pour la série : Familistère et Administration.

Le lien était resserré entre l'exercice du vote et la fonction, dans les trois séries : Fonderie^ Ajustage, Ateliers divers, représentant le plus nombreux personnel ; néanmoins, là encore il y avait prise à grosse difficulté d'appréciation : l'ouvrier ne pouvait en général distinguer entre les mérites effectifs des ingénieurs, contre-maîtres, etc., composant le premier groupe de chacune des séries.

Passons au troisième point réglé par les conseils : Par quoi remplacer le système en vertu duquel en 1867 chaque suffrage avait emporté une somme de 1 fr. 05 ?

Ceci donna lieu à de laborieuses discussions. Finalement les conseils décidèrent :

« lo De répartir la somme de 2.000 fr. comme suit :

« Grands prix de chacun 50 francs avec mention honorable de première classe ;

€ Premiers prix de chacun 30 francs avec mention honorable de deuxième classe ;

€ Deuxièmes et troisièmes prix de chacun 15 et 10 francs, avec bulletin de prime nominatif;

€ 2«> De distribuer ces prix proportionnellement au nombre des personnes méritantes dans chaque catégorie. Selon le résultat du vote final le jour de la fête, il y aurait donc tels ou tels nombres de Grands prix, P", 2"*^ et 3"* prix. >

Une fois les mesures préparatoires arrêtées, on pro-

céda à rafïichage des éléments du vote définitif. Nous lisons à ce sujet dans le registre des conseils :

€ Pour donner le temps à l'électeur de raisonner son vote et aussi pour ne point laisser trop de latitude aux coalitions d'intérêt pécunier au détriment du vrai mérite, la liste des électeurs, la liste des candidats et les instructions de vote ne seront affichées que le vendredi 29 mai > (La fête devait être célébrée le 31).

Ainsi fut fait. Toutes les informations nécessaires furent publiées, y compris les raisons d'après lesquelles les votes devaient se déterminer :

< Mérite de direction dans l'emploi, la surveillance, le travail à faire ;

€ Mérite de capacité, de bonne exécution dans le travail ;

« Mérite d'invention. ou de perfectionnement dans les procédés du travail ;

€ Mérite de zèle, assiduité au travail, dévouement à sa tâche > .

Voyons les résultats de cette laborieuse préparation.

Le vote définitif pour la répartition des primes d'honneur eut lieu le matin de la fête, dimanche 31 mai , à dix heures.

Le cérémonial de la journée fut le même que celui de l'an d'avant. La cour du pavillon central était décorée d'une façon similaire ; nous ne répéterons pas des détails qui pourraient fatiguer le lecteur.

Les candidats ou notables, éligibles aux primes, étaient au nombre de 264. Sur ce nombre, 214 habitant le Familistère étaient à la fois électeurs et éligibles. Le lecteur a vu que le nombre des électeurs au Familistère fut 333 ; nous venons de parler de 214

éligibles; il y avait donc 119 travailleurs (homtoes ou femmes) habitant le Familistère, qui étaient appelés à voter , mais n'étaient pas éligibles.

Voici le nombre des votants en chacune des séries , le 31 mai 1868 :

Séries.

Electeurs inscrits.

Votants.

1" Familistère et Administration. 333 288

2» Fonderie 135 117

3» Ajitstage 66 58

4® Ateliers divers. 59 52

Le lecteur voudra bien garder en mémoire que le chiffre des abstentions en chacune des séries est d'environ un huitième ; car les chiffres correspondants ne seront pas fournis pour les trois essais ultérieurs du même système ; la place est restée en blanc au registre des procès-verbaux.

Résultats généraux du vote.

l'ô série (4 groupesj : Familistère et Administration.

Employés de la comptabilité générale et gens des Nombre

services du Familistère, tous candidats en raison des candidats : seule du poste occupé 76

Electeurs inscrits : 333. Votants : 288. Majorité absolue : 145.

Obtiennent de 1 à 9 » 10 à 19

voix

11 intéressés.

Total. . 73

A reporter 73

Report 73 >

N'ont pas obtenu de voix :

1 comptable, ci 1

2 femmes des services du Familistère, ci, 2

76 Total égal au nombre des candidats.

2 intéressés seulement ont atteint, dépassé la majorité absolue.

2* série (5 groupes) : Fonderie.

Nombre

l«r groupe : Chefs, employés, surveillants, tous des candidats :

candidats en vertu de la fonction . . , 11

2«, 3e, 4^ et 5» groupes : Ouvriers promus candidats en vertu et de la capacité et de Télection 27

Promus candidats par élection seulement 11

Promus candidats par capacité de l"r mérite 28

Ensemble 77

Electeurs inscrits : 135. Votants : iî7. Majorité absolue : 59.

Obtiennent de 1 à 9 voix 38 intéressés,

Total.... 73 1

N'ont pas obtenu de voix :

l membre du P' groupe, ci . 1

3 candidats par capacité de 1 ®' mérite, ci, 3

77 Total égal

au nombre des candidats.

Personne n'a atteint la majorité absolue.

3« série (4 groupes) : AJicstage.

Nombre

l*r groupe : Chefs, employés, surveillants, tous des candidats :

candidats en vertu de la fonction 14

2e, 3* et 4« groupes : Ouvriers promus candidats

en vertu et de la capacité et de l'élection 23

Promus candidats par élection seulement 7

Promus candidats par capacité de l«r mérite 14

Ensemble 58

Electeurs inscrits : 66. Votants : 58. Majorité absolue, : 30.

Obtiennent de 1 à 9 voix 34 intéressés©

Total. ... 50 »

N'ont pas obtenu de voix :

1 candidat par élection et capacité, ci. . 1

1 candidat par élection seule, ci 1

6 candidate par capacité de 1 " mérite, ci. 6

58 Total égal au nombre des candidats.

Nul n'a atteint la majorité absolue.

4* série (7 groupes) : Ateliers divers.

Nombre

l«r groupe : Chefs, employés, surveillants , tous des candidats :

candidats en vertu de la fonction 13

2e, 3«, 4», 5«, 6« et 7« groupes. Ouvriers promus

candidats en vertu et de la capacité et de l'élection. . . 16

Promus candidats par élection seulement 8

Promus candidats par capacité de l^^r mérite 15

Ensemble 52

Electeurs inscrits : 59. Votants : 52. Majorité absoltce : 27.

Obtiennent de 1 à 9 voix 30 intéressés.

Total ... 45 »

N'ont pas obtenu de voix :

2 membres du 1" groupe, ci 2

2 candidats par élection et capacité, ci. 2

3 candidats par capacité de 1 *' mérite, ci . 3

52 Total égal au nombre des candidate.

Personne n'a atteint la majorité absolue.

. Résumé : Obtiennent des voix au vote final :

En 1" série. . 73 candidats sur 76

Totaux. 241 » > 263

Ajouté : . . . • 1 ouvrier , ci. 1 non classé sur la liste

des candidats et révélé au vote final.

Soit : 242 candidats sur 264, différence : 22.

Les 22 candidats écartés au vote final, comprennent :

Chefs , employés ou surveillants 4

Gens des services du FamUistère 2

Ouvriers candidats par élection et capacité 3

» » par élection seulement 2

» B par capacité de l«r mérite 11

Total 22

Observation : Onze ouvriers de 1er mérite et trois à la fois capables et élus , ensemble 14 sont écartés par le vote final , malgré l'élément mathématique (vérifica-

tion de capacité) qui leur avait valu la qualité de candidats.

Autre observation concernant exclusivement les ouvriers candidats du chef seul de capacité : Ils étaient au nombre de 57(1). 11 d'entre eux, venons-nous de voir, furent à nouveau écartés par les électeurs; les 46 autres obtenant des voix, furent ainsi plus avantagés au vote définitif qu'à l'élection préparatoire.

L'éparpillement des suffrages fut encore très-grand dans le vote opéré le jour de la fête; aussi pour arriver à distribuer la somme ou presque toute la somme destinée à être répartie, fallut-il descendre jusqu'aux désignations de lauréats faites par 17 voix dans le plus fort collège électoral (l'« série) et jusqu'à celles faites par 5 voix dans les autres collèges. Nous verrons plus loin la liste des prix.

Avant de procéder à la distribution des récompenses, J.-B.-A, Godin prononça un discours que le registre des procès-verbaux s'efforce de résumer. L'orateur, est-il dit, commença par proclamer que cette fête était < la huitième célébrée au Familistère à la gloire de l'Education, de l'Instruction et du Travail (2). >

Faisant allusion aux obstacles qu'il rencontrait, il dit : € Malgré les passions hostiles, malgré la résistance aux idées nouvelles et les barrières opposées au Familistère, l'œuvre ne s'arrêtera pas dans sa marche. C'est le lot des grandes choses d'être entravées dans leur essor, mais c'est aussi leur gloire de renverser les obstacles. Aussi quand le Familistère sera libre de ses

(1) Présent chapitre , p. 243.

(2) Les sept fêtes antécédentes sont :

lo Baptême de la fondation, avril 1860 ;

2* Les cinq fêtes annueUes de l'Enfance : 186:^, 1864, 1865, 1866, 1867 ; 3* La 1'* fête proprement dite du TravaU, inaugurée en 1867.

actions, il montrera ce que peut l'association des forces ; et cette association est déjà en germe parmi les habitants ; ce qui le prouve, c'est la fête elle-même, ce sont ces trophées qui symbolisent les tendances du Familistère >

Dans sa revue des trophées, Godin signala spécialement celui des Institutions enfantines, < symbole de la sollicitude dont l'Enfance est entourée. > Il montra les élèves suivant leurs aînés dans la carrière du travail « armés des connaissances qu'ils auront acquises au Familistère.

€ Et surtout >, lit-on au résumé du discours, c ils sauront distinguer le mérite >. Avant d'achever le morceau, donnons à ces paroles leur plein sens en disant qu'à cette époque on initiait, dans les classes, les élèves à la pratique du suffrage, à l'occasion de petits travaux d'économie domestique et de jardinage : cueillette de fruits, entretien d'allées, etc ; travaux qui s'exécutaient sous la direction de petits chefs et sous-chefs (filles et garçons) élus par leurs camarades. Les petits chefs, bien entendu, étaient, dans la mesure nécessaire, guidés par quelque agent de l'administration. (1)

Terminons le résumé du discours de Godin :

€ Aujourd'hui, nous faisons notre apprentissage ; que chacun prenne patience si des erreurs sont commises. Faisons le bien pour le bien. Un jour viendra où l'on distinguera les plus dignes et la capacité aura le premier rang*

t C'est au Familistère qu'une génération se forme à la pratique de ces choses ; aussi est-ce par cette jeune

(1) Touchant ce sujet dans son volume « Solutions sociales », p. 568, le fondateur du FamUistôre écrit : « Les élections se font toutes les semaines et les élus doivent donner l'exemple constant du meiUeur travail, sous peine de perdre la considération de leurs électeurs. »

génération que nous ouvrirons la série des récompenses pour les travaux domestique et de jardinage dans lesquels les enfants se sont distingués. >

i U Indépendant rémois (6 juin 1868) décrivant cette fête du Travail, résume de son côté le discours de Godin en ces termes :

€ Dans une énergique improvisation il (Godin} exposa que la pensée qui avait présidé à la fondation du Familistère n'était autre que la glorification du Travail et rémancipation du Travailleur, par la solution du problême de la répartition équitable des fruits du travail et par Téducation générale et effective de l'Enfance.

€ U signala les vicissitudes auxquelles les établisse- . ments industriels sont exposés par le fait des intermittences qui surviennent dans leur direction. U fit voir que cela serait évité si toutes les intelligences étaient appelées à leur complet développement; et si les capacités réelles présidaient toujours aux premières fonctions. Il fit ressortir l'urgence qu'il y avait à chercher les moyens de distinguer le vrai mérite et la capacité afin de leur donner les premières places ; et il justifia ainsi le but et l'intention de la fête du Travail célébrée au Familistère.

< M. Godin proclama ensuite les noms des lauréats...»

Ici , nous revenons au registre des procès-verbaux.

Dix-neuf enfants des classes furent d'abord appelés ;

puis furent distribués aux adultes 108 prix dont voici

l'état :

Catégorie des comptables, chefs d'ateliers, contremaîtres, surveillants, gens des services du Familistère, au nombre de 114, tous candidats en vertu seule de la fonction :

6 Grands prix de chacun 50 fr 300 fr.

7 Premiers prix > 80 fr 210

16 Deuxièmes prix > 15 fr 240

21 Troisièmes > > 10 fr 210

50 Lauréats. Total 960 fr.

Catégorie des 150 ouvriers promus candidats en raison de la capacité vérifiée et de l'élection , motifs pris ensemble ou séparément :

16 Premiers prix de chacun 30 fr. 380 fr.

20 Deuxièmes prix i 15 fr.. . . . . 300

22 Troisièmes i > 1 0 fr 220

58 Lauréats. Total 900 fr.

Le sort fait à cette dernière catégorie de candidats étant (vu l'élément vérification de capacité effective) particulièrement instructif pour Tavenir, nous entr#»8 dans (ie détail :

Ouvriers désignés candidats :

Par rélection et la capacité : 66 . Lauréats : 32

Par rélection seulement 26 . » 9

Par la capacité seule, mais en

1*' mérite 57 . * 17

Oublié sur la liste 1 .

Totaux : candidats ouvriers : 150 . Lauréats : 58

L'infériorité relative (17 sur 57) du nombre des lauréats dans la catégorie des ouvriers de l^ capacité saute aux yeux.

Il y a cependant amélioration sur Tannée d'avant ; puisque cette fois-ci on n'a pas à réparer d'oubli assez grave pour entraîner l'attribution d'une mention honorable hors classe à un ouvrier « vu ses longs et loyaux

services dans l'usine », et quoiqu'il n'ait pas obtenu le nombre de voix voulu pour cette distinction. (1)

Mais l'amélioration est loin d'être suffisante. Aussi les trois faits déjà signalés : oubli à l'élection primaire de 57 travailleurs de premier mérite professionnel; écart de 11 sur ces 57 au vote final ; rareté des suflTrages accordés à cette catégorie le jour delà fête ; ces trois faits porteront-ils les conseils à opérer pour le renouvellement de la fête en 1869 une première modification qui portera sur les conditions de Télection primaire.

Que le resserrement relatif du lien entre l'exercice du vote et la fonction ait un peu amélioré les résultats obtenus en 1868, c'est ce qui est consigné en ces termes au registre des conseils :

€ L'expérience semble montrer qu'il y a plus de justice dans les groupes et cela par la raison qu'on se connaît mieux et qu'on est plus apte à apprécier les mérites de chacun du groupe. >

A l'appui de ce jugement notons que dans la deuxième série Fonderie, les 10 candidats du deuxième groupe désignés et par les notes de fabrication et par l'élection primaire sortirent tous au vote final et avec un tel nombre de voix qu'on put distribuer dans le groupe, 2 premiers prix, 3 deuxièmes prix, 2 troisièmes prix.

De même en la quatrième série : Ateliers divers j les 6 candidats du troisième groupe désignés aussi et par la capacité et par l'élection sortirent tous au vote final et avec un chiffre de voix permettant la distribution parmi eux de : 1 premier prix, 1 deuxième et 1 troisième prix.

Toutefois, c'était le vote par séries, non le vote par groupes qui avait été expérimenté. Mais les candidats avaient été classés par groupes professionnels sur les

(1) Chapitre XI» p. 287.

listes qui les présentaient aux électeurs ; et dans les opérations préparatoires il y avait eu des votes par groupes.

Les quatre séries essayées en 1868 étaient insuffisantes pour la répartition par professions. Exemple, la première série qui comprenait et Fensemble des services du Familistère et la comptabilité générale. Néanmoins, on avait dans les autres séries resserré le lien entre le vote et la fonction et la voie paraissait bonne ; aussi fera-t-on Tan d'après un pas nouveau en créant (2^ modification) une série nouvelle, celle de Fadministration générale de Pusine, afin que les employés s'y apprécient mutuellement par le vote comme le faisaient, de leur côté, les ouvriers de même profession ou de professions similaires.

Ainsi que Tannée d'avant, l'expérience révéla (les prix furent acquittés en espèces le jeudi 4 juin) qu'il y avait encore eu des combinaisons personnelles préjudiciables à la mise en relief des mérites. En séance du 18 mai 1869, les conseils étudiant les conditions à adopter pour la troisième célébration de la fête annuelle du Travail, on lit au registre (p. 79) qu'il faut aviser « pour empêcher les spéculations et intrigues .faites jusqu'alors pour obtenir de l'argent à dépenser en commun. . . »

Parer à ce point sera donc l'objet de la troisième modification qu'on apportera à la célébration de la fête en 1869. Nous verrons le fait dans le chapitre suivant. Terminons par un nouvel emprunt à a Ulndépendant rémois > :

Au cours de la distribution des récompenses « des morceaux de musique relevaient par intervalles l'éclat de la fête. A cette distinbution succéda le bal. C'est un magnifique spectacle que le mouvement d'une soirée au

Familistère, et pour s'en faire une idée juste, il faut Pavoir vu.

«Ces fêtes ont toujours leur lendemain au Familistère; aussi Testrade était-elle convertie, le lundi, en scène de théâtre, sur laquelle les enfants des écoles ont joué quatre actes de comédie, avec une facilité qui a émerveillé les mille spectateurs environ qui y assistaient. »

Troisième fôte du Travail, mai 1869. Liste de notables ou candidats. L'élection au U^ degré pour une partie du personnel accomplie en sept opérations successives. Cinq séries d'électeurs pour la distribution des récompenses.

Bien que les conseils du Familistère eussent reconnu, dès 1868 , la nécessité de modifier à nouveau les modes de consultation du suffrage essayés aux fêtes du Travail, ce fut seulement le 18 mai 1869, c'esiràrdire presqu'au moment de célébrer la fête , qu'ils se réunirent pour Pétude du sujet et fixèrent au 30 du mois la célébration. Comment s'étaient-ils laissé si peu de temps pour les préparatifs? C'est que la situation politique s'assombrissait en France et jetait le trouble dans les œuvres de paix et de travail.

Le règne de Napoléon III touchait à sa fin. En avril avaient eu lieu les élections pour le renouvellement de la Chambre des députés ; Godin avait proposé au comité démocratique constitué dans la 3' circonscription du département de l'Aisne, un Manifeste électoral (1), afin de lutter contre le régime de la candidature ofii-

(1) Le Dwoir , tome 16«, 1882 , p. 706.

cielle en faisant élire M. Jules Favre à la place du candidat du gouvernement.

Les préoccupations politiques allèrent croissant; aussi ne songea-t-on pas à modifier profondément le plan adopté en 1868 pour la célébration de la fête et se borna-t-on à y introduire les trois modifications révélées comme indispensables, ainsi que nous l'avons montré vers la fin du chapitre précédent.

Première modification. Le procédé à suivre pour Télection au 1" degré s'impose à l'étude des conseils :

Sur 150 travailleurs classés en P' ou 2e mérites (lettres A ou B), 57 avec lettre A n'avaient obtenu aucun suffrage à l'élection de premier degré en 1868; 66 classés avec lettre A ou B avaient obtenu des voix. L'idéal eut été que les premiers mérites , en grande majorité si ce n'est à l'unanimité, triomphassent à l'élection primaire.

Ne faciliteraii>on pas la chose en organisant cette élection par opérations successives dont on publierait à mesure les résultats , afin que les oublis puissent être réparés s'il y avait lieu. Cela exigeait que les électeurs successifs eussent un même champ d'opération. Alors, on s'écartait d'un point reconnu déjà nécessaire: faire exercer le vote entre travailleurs d'une même profession. On décida quand même l'expérience. Le nombre total des ouvriers dans les ateliers était évalué à 770 (Registre des conseils, p. 80). L'année d'avant, on avait demandé à une masse à peu près semblable l'élection en une seule fois de 150 ouvriers; mais de la liste des élus — lesquels avaient été classés selon les quotités de suff*rages — il avait suffi d'extraire 92 noms pour constituer la liste définitive des candidats. On jugea donc suffisant, en 1869, de demander l'élection de cent ouvriers dont la liste se fondrait ou i^e combinerait,

ainsi que Fan d'avant, avec celle des ouvriers distingués par la capacité effective.

On décida, en outre, de faire procéder à Télection par sept opérations successives. Pour cela, les 770 ouvriers furent répartis en 7 sections comprenant chacune 100 à 110 électeurs € pris dans chaque atelier proportionnellement à son importance i.

Le jeudi, 20 mai 1869, étaient affichées dans les ateliers les informations suivantes (Registre des conseils , page 82) :'

€ Elections préparatoires pour la formation du tableau des candidats auœ primes à répartir le jour de la fête du Travail.

« 100 candidats à nommer par élection.

< Le choix des électeurs doit se porter sur ceux de leurs collègues qui sont les plus dignes et les plus méritants dans les différents ordres de travail :

€ Mérite de capacité, de bonne exécution dans le travail ;

« Mérite d'invention et de perfectionnement dans les produits du travail ;

€ Mérite de zèle, assiduité au travail, dévouement à sa tâche.

« Pour arriver à ce résultat, le personnel des ateliers est divisé en sept sections composées chacune du même nombre d'électeurs pris dans chaque atelier proportionnellement à son importance.

€ Les sections voteront chacune à son tour dans l'ordre suivant :

1" section Samedi (22 mai) 8 heures du matin. 2* — — 4 — de l'après-midi.

3' — Mardi (25 mai) 8 — du matin. 4* — — 4 — de l'après-midi.

5* section Mercredi (86 mai) 8 heures du matin.

6* — — 4 — de Paprès-midi .

V — Jeudi (27 mai) 8 — du matin.

« Il sera distribué la veille à chaque section des bulletins de vote.

« Chaque électeur a 4 voix à émettre afin de pouvoir répartir son choix sur plusieurs ateliers, s'il le juge convenable et utile.

« Après chaque vote de section, le résultat sera affiché immédiatement afin de faire connaître aux sections suivantes les noms de ceux qui auront obtenu des voix pour leur servir de guide s'il est nécessaire.

« Quand une personne aura obtenu 30 voix (1) elle sera classée de suite comme candidat et il sera inutile de voter pour elle dans les sections suivantes.

€ Lorsque toutes les sections auront voté, on prendra, en dehors des personnes classées avec 30 voix, celles qui auront obtenu le plus de sufi^rages, pour compléter le nombre de candidats déterminé, proportionnellement au nombre de personnes composant chaque atelier. »

Réunis en séance dans la soirée du mercredi, 26 mai, pour diverses décisions concernant la fête, les Conseils prenaient, en outre, connaissance dos résultats du vote dans les 6 sections qui avaient alors fonctionné et constataient (p. 80 du registre) que deux ouvriers seulement avaient à ce moment obtenu le chiffre de 30 voix.

L'élection primaire dans la septième et dernière section eut lieu le lendemain.

(1) Le nombre des ouvriers étant de 770 , on avait calculé qu'il y aurait — à raison de 4 voix par électeur — 3080 voix t>our nommer 100 candidats , d'où la fixation du maximum 30 voix (P. 80, du ref^istre des Conseils).

On procéda alors au relevé des résultats de Félection :

Les suffrages avaient été donnés comme suit : 1" section 98 électeurs, 83 votants.

*^MHB

Au total .... 611 votants.

Voix spécifiées : Voix nulles : Bulletins blancs :

1" section 257 11 16

En résumé :

Voix spécifiées 2094

Voix nulles 82

67 Bulletins blancs

(à raison de 4 voix par bulletin) 268

Total • 2444 voii par les 611 votants.

Combien de travailleurs se trouvaient désignés par les 2094 voix spécifiées ? Nous ne le savons pas. Le Registre constate (p. 80) qu'il y avait une grande dissémination des voix et plus loin (p. 84) on lit : « De ce vote il a été relevé comme candidats élus un nombre

proportionnel à Timportance de chaque atelier et sur les bases de 1 sur 7 >. L'éparpillement des voix était tel qu'on descendit jusqu^aux élus par 4 voix pour obtenir 89 désignations. Voici la liste :

- 4 Candidats (dont 2 femmes) désignés par 4 voix.

(dont

1 femme)

(dont

1 femme)

1 candidat oublié sur la liste et révélé plus loin au registre des conseils par le fait qu'il est porté au rang des candidats simplement élus.

89. De ce nombre , il suffit d'extraire 85 élus pour dresser l'état final.

Quatre ouvriers seulement ont atteint (ou dépassé et d'une seule unité) le maximum proposé au corps électoral : 30 voix.

On avait espéré en modifiant le mode de suffrage usité en 1868, faire mieux coïncider les désignations

résultant des élections et celles résultant : lo des éléments mathématiques : dépouillement des notes de fabrication; 2^ de l'appréciation faite par les chefs.

S'est-on rapproché du but ? Examinons :

L'année d'avant, 57 travailleurs de premier mérite n'avaient pas obtenu de voix à l'élection préparatoire. Le même cas se répète-t-il en 1869? Oui et avec aggravation. Ce n'est pas 57 travailleurs de choix , c'est 81 (différence en plus 24) qui ne sont pas désignés aux élections préparatoires de 1869 et que les conseils portent du chef seul de capacité professionnelle sur la liste définitive des candidats (p. 90 à 92 du registre des délibérations.)

En 1868, 66 ouvriers s'étaient trouvés à la fois élus au !•' degré et désignés par les notes de travail; en 1869, 37 seulement (différence en moins 29) sont dans le même cas , malgré la possibilité de réparation des oublis , qu'on avait cherché à organiser par les élections successives.

En face de cet échec de la modification expérimentée en 1869 dans le mode de l'élection préparatoire , nous croyons devoir relever ici un passage du registre des conseils qui appelle des réflexions.

Terminant le compte-rendu de la célébration de la fête, le secrétaire écrit (avant dernier alinéa, p. 122) :

€ Quoique les élections politiques de cette année aient absorbé l'attention et une partie du temps ordinairement consacrés à l'organisation de la fête du Travail , on a pu appliquer au vote préparatoire , de nouveaux

principes d'élection qui semblent être dans la vraie voie d'application du suffrage universel ; la population incertaine aux premières sections a compris ensuite le mécanisme et la portée de ce mode et Fintrigue et la cabale ont eu moins de succès qu'ordinairement »

Nous avons relevé ci-dessus qu'après le vote de 6 sections , deux ouvriers seulement étaient arrivés au maximum , 30 voix. Les deux autres qui obtinrent 31 voix reçurent donc de la 7* et dernière section de votants l'appoint nécessaire. Sans doute, le secrétaire a ce fait dans l'esprit lorsqu'il écrit que la population a mieux compris à la fin de l'élection l'usage à faire du mode adopté.

Que rintrigue et la cabale aient été contrecarrées par l'élargissement du corps électoral et la totalisation des sufi*rages émis en sections successives, c'est un point intéressant h noter; mais nous venons de voir que le but spécial visé par la modification n'avait pas été atteint : on n'avait pu élargir le champ et créer des sections successives d'électeurs qu'en faisant voter entre eux, pour la désignation des mérites, des travailleurs de professions très diverses. Or, plus diverses sont les fonctions, moins les électeurs sont en état (du moins dans les conditions présentes d'instruction générale) de s'apprécier les uns les autres au double point de vue du mérite professionnel et de l'élévation mentale. Aussi, malgré l'avis favorable consigné au registre, verrons-nous Godin dans son discours proclamer qu'un tout autre mode est à étudier pour la célébration de la fête l'année suivante.

Poursuivons notre résumé des opérations accomplies en 1869.

166 ouvriers, en définitive, furent inscrits au tableau des' candidats aux primes d'honneur. Parmi eux se trouvaient :

37 ouvriers distingués à la fois et par la capacité

professionnelle et par l'élection ; 48 distingués par Télection seule , mais avec les

plus forts suffrages ; 81 distingués seulement par 4a capacité profes-

sionnelle.

166 Total conforme.

Ces 166 ouvriers constituèrent sur le tableau des candidats , les 3% 4« et 5* séries : Fonderie (4 groupes) ; Ajustage (5 groupes); Ateliers rfzrer^ (7 groupes). En chacun des groupes de leur série professionnelle, les candidats étaient présentés dans Tordre déjà indiqué (distinction par double ou simple motif) (1).

Deuxième modification. L'expérience ayant montré (en 1868 comme en 1867) qu'il ne fallait point demander à des travailleurs de professions diverses l'appréciation respective de leurs mérites techniques , une nouvelle série dite : Administration générale fut instituée pour la célébration de la fête en 1869. En cette série classée 2% furent réunis les employés de la comptabilité générale : (l*"' groupe) puis (en 2% 3® et 4" groupes) les directeurs, contre-maîtres, commis aux écritures, etc., des trois divisions principales du travail dans les ateliers.

Le Familistère continua d'occuper la 1" série; mais celle-ci ne comprit plus désormais que le personnel strictement relié à l'habitation unitaire , soit : les agents de l'économat, l«r groupe; ceux des institutions enfantines et scolaires , 2« groupe; ceux du commerce, 3* groupe; enfin ceux du travail d'entretien général, 4e groupe.

Progressivement se resserre le lien entre le vote et

(1) Chapitre XII , p. 244, 245.

la fonction ; ouvriers et employés vont , cette fois, voter en séries spéciales ; néanmoins, il y aura encore, dans les !« et 5e séries, un grand écart de ce principe à cause de l'exiguité du champ. En effet, la 5« série {Ateliers divers) comprenait des ouvriers de professions très différentes les unes des autres ; et la U^ série {Familistère) appelait les électeurs, quelles que fussent leurs professions , à apprécier le personnel de services domestiques variés : économat, éducation et instruction, commerce , jardinage , soins des constructions, etc. ; appréciation bien difficile en Tabsence générale , chez le votant, de connaissances techniques en chacune de ces branches.

Démêler les vrais points d'exercice du suffrage et les vraies conditions de cet exercice est une œuvre urgente dans les pays où le suffrage universel est institué.

Résumé du tableau définitif des candidats aux mentions honorables^ à la fête du Travail célébrée le 30 mai 1869.

Nombre des candidats :

Travailleurs désignés en raison seule

du poste occupé :

Iw série (4 groupes) : Familistère. ... 60 2e — (4 — : Administration 55 Travailleurs désignés et par la capacité

et par Pélection :

3« série (4 groupes) : Fonderie 17 \

4e (5 : Ajustage ... ^ . 9 ( 37, ci. 37 5« — (7 — : Ateliers divers 11 ) Travailleurs désignés par

l'élection seule :

3e série (4 groupes) : Fonderie .... 12 . 4e — (5 — : Ajustage. . . 17 48, ci. 48

5« — (7 — : Ateliers divers 19 )

A reporter 200, ci. 200

115, ci. 115

Report .: . . 200, ci 200

Travailleurs désignés par capacité

de 1«' mérite :

3« série (4 groupes) : Fonderie 42 \

4e — (5 — : Ajustage 22 j 81, ci. 81

5e — (7 — : Ateliers divers 17 )

Total. . 281

La 5e et dernière modification apportée en 1869 dans le mode de célébration de la fête du Travail consiste en ceci :

Les Conseils ayant reconnu (Registre des délibérations, p. 79) la nécessité d'aviser « pour empêcher les spéculations et intrigues faites jusqu'alors pour obtenir de l'argent à dépenser en commun > , décidèrent que la valeur pécuniaire attachée aux prix ou primes d'honneur au lieu d'être acquittée en argent le lendemain, pour ainsi dire , de la fête, serait représentée par un carnet d'épargne au nom du bénéficiaire. La somme inscrite au carnet devant être remboursée après un délai de six mois , ou au départ du titulaire si celui-ci venait à quitter l'établissement.

Cette mesure est appréciée (Registre, p. 122) comme ayant contribué à « éloigner les coalitions d'intérêts personnels. >

Célébration de la fête.

Le 27 mai 1869 était apposée dans l'établissement une affiche (Registre des conseils , p. 95) donnant toutes les informations nécessaires et dont nous extrayons ce qui suit :

« Résultat des délibérations des Conseils du Familistère relatives au but , à l'organisation et au fonctionnement du vote à émettre par les habitants du Familistère , le 30 mai 1869 , jour de la fête du Travail , pour

la répartition de 2.000 francs mis à leur disposition pour être attribués aux plus dignes dans les différents mérites du travail :

« Mérite de direction dans l'emploi, la surveillance , le travail à faire.

« Mérite de capacité , etc. (Voir les Mérites déjà énumérés ci-dessus (1)'

€ La somme de 2.000 francs sera divisée en :

Grands prix de 50 francs avec mention honorable de 1^* classe. Premiers » de 80 francs » » 2«

Deuxièmes prix de 15 francs avec buUetin de prime nominatif. Troisièmes » 10 francs »' i t

« Ces prix seront répartis entre le Familistère^ V Administration y la Fonderie, VAJicstage et les Ateliers divers proportionnellement aux nombres de personnes méritantes dans chaque catégorie , et seront payables à six mois de date ou convertis en carnets d'épargne nominatifs.

€ Sont électeurs tous les habitants du Familistère participant à un titre quelconque aux travaux de PUsine ou du Familistère.

€ Un tableau des votants est affiché aujourd'hui afin que chacun puisse vérifier son inscription et que les réclamations puissent se produire, s'il y a lieu.

c Un tableau des candidats est aussi affiché. C'est sur les personnes qui y sont inscrites et sur <5elles-là seules , que doivent se porter les votes des électeurs. Les noms inscrits dans chaque atelier ou division d'atelier correspondent aux indications portées sur les bulletins de vote.

< Toute voix dont le nom ne serait pas sur le tableau des candidats , ou qui n'appartiendrait pas à l'atelier

(1) Présent chapitre, p. 281.

ou division d'atelier dont il fait partie sur la liste, serait annulée.

« Les bulletins de vote seront distribués à domicile.

« 1" Série : Familistère votera avec un bulletin blanc portant le nombre de voix à émettre pour chaque groupe de la série , c'est-àdire :

Administration 1 voix

Education générale 2 »

Commerce 2 >

Travail 2 >

Total 7 voix

« 2" Série : Administration générale de V Usine votera avec un bulletin vert portant le nombre de voix à émettre dans chaque groupe comme suit :

Comptabilité 3 voix

Fonderie 2 *

Ajustage 2 »

Ateliers divers 2 >

Total 9 voix

€ 3« Série : Fonderie

votera avec un bulletin bleu qui portera l'indication

des divisions d'atelier comme suit :

Mouleurs de modèles, mécanique et poterie 2 voix

Mouleurs d'ornement 2 ^

Mouleurs de poêles et cuisinières 2 >

Râperie , sables et cubilots 1 i

Total 7 voix

« 4® Série : Ajustage votera avec un bulletin rose qui portera l'indication suivante des divisions d'atelier :

Ajusteurs . . , 4 voix

Mouleurs, forgerons, ébarbeurs . 1 >

Emballage 1 »

Chargement. 1 >

Total 7 voix

€ 5« Série : Ateliers divers Cette série votera avec un bulletin jaune ainsi conçu :

Modèles 1 voix

Matériel 2 »

Emaillage

Fonte malléable et cuivrerie. . . .

Menuiserie

Constructions. . .

Ecuries et frais généraux

Total 8 voix

€ De plus, les électeurs des 2«, 3«, 4« et 5* séries recevront, avec le bulletin qui leur est spécial, un bulletin blanc de la 1" série pour voter pour le Familis-tère , de sorte qu'ils auront 2 votes à émettre en 2 bulletins différents , un pour chacune des urnes placées sur l'estrade.

« Les électeurs sont priés de remplir la totalité des voix inscrites au bulletin de vote et de mettre exactement les nom , prénoms ou qualité, de manière à éviter toute erreur ou fausse interprétation.

« Les personnes qui seraient désireuses d'explications plus détaillées, sont priées de s'adresser à un des membres du conseil. Eté »

La liste des électeurs (publiée comme celle des candidats) contenait (^Registre des conseils p. 92 à 94) 341 noms.

èl6 personnes étaient à la fois électeurs et éligibles, autrement dit candidats.

Or la liste des candidats s'élevait, nous le savons, à 281. Il y avait donc 65 travailleurs qui étaient éligibles aux primes d'honneur, mais qui, n'habitant pas le Familistère, n'étaient pas électeurs au vote final. A l'opposé, si des 341 électeurs nous déduisons les 216 qui étaient en même temps candidats, nous voyons que 125 travailleurs habitant le Familistère étaient électeurs mais non éligibles.

Dans le compte-rendu de la fête du 31 mai 1868, nous avons pu donner (Chap. XII) le nombre des électeurs et celui des votants en chacune des séries et nous avons prié le lecteur de bien vouloir se souvenir que le chiffre des abstentions, en chacune des séries, avait été d'un huitième environ. Le chiffre des votants, nous Tavons dit, n'est pas indiqué au compte-rendu de la fête du Travail célébrée en 1869 et ne le sera pas davantage pour les deux essais du même système à voir encore.

Le compte-rendu de la fête célébrée le 30 Mai 1869 nous fournit seulement la liste alphabétique des 341 électeurs. L'année d'avant et l'année d'après, le registre présente les électeurs classés en séries professionnelles. Il nous a donc été possible, en consultant ces listes, de répartir dans leurs séries propres la plus forte part des 341 électeurs de 1869, soit :

série Familistère

— Administr&tion générale

— Fonderie

— Ajustage

— Ateliers divers

Membres identifiés

Membres probables

Total des électeurs

Total des électeurs

Nous venons de rappeler qu'en 1868 un huitième environ des électeurs s'était abstenu. J--B. A. Godin , dans son discours à la fête de 1869 (Registre des conseils, p. 113) félicite la population de son vote ; le zèle des électeurs n'a donc pas été moindre qu'en 1868.

Le vote s'opéra le dimanche, 30 mai, à dix heures du maiin:

Résultats généraux du vote.

Candidats en vertu seule du poste occupé par eux.

l^ Série (4 groupes) : Familistère.

Electeurs inscrits : 34 i. Votants (?) Obtiennent de 2 à 9 voix . .

Nombre des candidats :

109etl56 >

14 intéressés

Total 60

égal au nombre des candidats.

2« Série (4 groupes) : Administration générale ^°™^" ^^.*

C£lllul(l&l8 I

Electeurs inscrits : 48. Votants (?)

Obtiennent

voix . .

7 intéressés

22et27

Ensemble. . - 51 N'ont pas obtenu de voix . 4

Total

égal au nombre des candidats.

Candidats en yertu et de la capacité et de l'élection, motifs pris

ensemble on séparément :

3* Série (4 groupes) : Fonderie.

Promus en vertu et de la capacité et de rélectiou

de rélection seule

de la capacité de l^r mérite

Total

Nombre des candidats :

Electeurs inscrits : 134. Votants (?)

Obtiennent de 1 à 9 voix. . 32 intéressés > 10 à 19 > 21

Ensemble. . . 65 N'obtiennent pas de voix. 6

Total

égal au nombre des candidats.

4e Série (5 groupes) : Ajustage.

Promus en vertu et de la capacité et de Télection

de rélection seule.

de la capacité de l«r mérite. .

Total '

Nombre des candidats :

Électeurs inscrits : 50. Votants (?) Obtiennent de 1 à 9 voix. . 28 intéressés ]> 10 à 24 I 10

Ensemble ... 38 N'obtiennent pas de voix.> 10

Total , 48

égal au nombre des candidats.

5« Série : (7 groupes) : Ateliers divers. Nombre des

Promus en vertu et de la capacité et de Télection. 11

• de l'élection seule 19

f de la capacité de i*r mérite. . . 17

Total 47

Electeurs inscrits ; 48. Votants (?) Obtiennent de 4 à 9 voix. . 22 intéressés * 10 à 14 > 11

Ensemble. • . 33 N'obtiennent pas de voix. 14

Total 47

égal au nombre des candidats.

Résumé : Obtiennent des voix au vote final : En Ire série 60 candidats sur 60

Soit: 247 candidats sur 281 , différence : 34 Les 34 candidats écartés au vote final comprennent :

Employés « 4

Ouvriers candidats par élection seule 9

« par capacité de l^r mérite 21

Totel 34

Entre les 247 candidats désignés par le vote le jour de la fête , 109 prix furent distribués et l'on descendit jusqu'aux élus par 3 voix seulement, pour l'attribution de ces prix. L'année d'avant , on avait distribué 108 prix en descendant jusqu'aux lauréats à 5 voix (chap. Xn,p. 253).

Etat des prix distribués à la fête du Travail célébrée

le 30 rnai 1869

Catégorie des cotnptables, chefs d'atelier, contremaîtres , surveillants, gens des services du Familistère, au nombre de 115 , tous candidats en vertu seule de la fonction :

5 grands prix de chacun 50 fr 250 fr.

9 premiers » 30 fr 270 fr.

14 deuxièmes > 15 fr 210 fr.

19 troisièmes > 10 fr 190 fr.

47 lauréats Total ... 920 fr.

Catégorie des 166 ouvriers promus candidats en raison de la capacité vérifiée et de l'élection , motifs pris ensemble ou séparément :

13 premiers prix de chacun 30 fr 390 fr.

21 deuxièmes » 15 fr 315 fr.

28 troisièmes > 10 fr 280 fr.

62 lauréats 985 fr.

Détail correspondant à celui fourni, chap. XII, p. 256.

Ouvriers désignés candidats :

Par l'élection et la capacité 37. Lauréats : 20

Par l'élection seulement 48. > 19

Par la capacité seule , mais en

iw mérite ; . 81. » 23

Totaux : Candidats ouvriers. . . 166 Lauréats : 62

C'est toujours la catégorie des ouvriers devenus candidats en raison seule de la capacité technique qui, faute de suffrages suffisants au vote final , obtient le moins de prix proportionnellement au nombre des candidats.

La proclamation des lauréats se fit comme d'habitude l'après-midi. Le registre des conseils résume (p. 113) le discours prononcé en cette occasion par J.-B»-A. Godin.

Nous en extrayons ce qui suit :

€ Il fit sentir les mérites du travail, ce qu'il apporte de bon et de bien dans la vie de l'humanité... Il dit qu'il cherchait les voies et moyens pour arriver à une juste et équitable répartition des fruits du travail ; que ces fêtes étaient des essais et des expériences ; qu'il y avait chaque année amélioration dans la manière dont elles s'effectuaient. 11 félicita la population du vote du jour , dit qu'il semblait, comme résultat général, que la justice y avait participé pour une plus grande part. Néanmoins, il espérait pour la fête de l'année prochaine aborder un tout autre mode de répartition ; et il invitait tous ceux qui avaient confiance en lui et en l'avenir, à se réunir à lui dans le courant de l'année pour étudier ces questions. Il espérait que les plus méritants et les plus dignes pourraient être appelés à une participation plus directe aux résultats du travail... »

La remarque faite par Godin « qu'il semble, comme résultat général, y avoir eu plus de justice dans le vote émis le jour de la fête >, nous porte à rappeler la modification expérimentée en ce vote : inauguration d'une série spéciale aux employés, ceux-ci votant sur eux-mêmes , comme le faisaient de leur côté les ouvriers classés en séries spéciales selon les genres de travaux autant que possible. C'était là une chose évidemment nécessaire. Le contre-maître vigilant, strict

à la discipline, attentif à ne point recevoir le travail mal exécuté, est exposé en des cas comme ceux qui nous occupent à voir se détourner de lui les votes des ouvriers contre lesquels son action s'exerce le plus souvent ; ou bien, autre cas, il peut se faire qu'un contre-maître abuse de sa situation pour organiser en sa faveur une somme de votes proprement dits forcés.

L'expérience dirigeait donc — en fait de recours au suffrage — vers la spécialisation des champs de vote parallèlement à la spécialisation des champs de fonctions. Une contre-épreuve de la valeur de l'alignement avait été fournie (ci-dessus, p. 266) par l'essai tenté dans l'élection préparatoire.

Mais Godin parle aussi d'inaugurer pour l'an prochain € un tout autre mode de répartition » afin d'appeler les plus méritants et les plus dignes t à une participation plus directe aux résultats du travail. >.

C'est qu'en effet, après les essais réalisés en 1867, 1868, 1869, il n'était pas acquis que le suffrage eût à intervenir en fait de distinction et classement des mérites professionnels effectifs ; l'expérience montrait seulement que si l'on recourait au suffrage, mieux on proportionnait l'exercice du vote aux connaissances effectives de l'électeur, moins défectueux étaient les résultats.

Le procédé qui demeurait debout en fait de vérification des mérites professionnels, c'était le dépouillement des notes de fabrication.

Mais de telles notes, base d'appréciation des valeurs emmagasinées dans la constitution des bénéfices, n'étaient organisées que pour les ateliers de fonderie et ajustage ; rien d'analogue n'avait été institué ni dans les ateliers qualifiés de divers, ni dans les bureaux.

De tout temps^ nous le savons, Godin avait voulu

rinstitution de mesures révélant en toute fonction les valeurs effectives du travailleur. Mais pour cela il lui fallait le concours de beaucoup de bonnes volontés ; et celles-ci ne pouvaient se former que par le partage de l'idéal qui animait Godin ; idéal dont la science expérimentale commence seulement à démontrer la justesse : unifier vie et travail ; concevoir que tout être vaut selon sa capacité effective et sa subordination autonome au bien général.

Quel tout autre mode de répartition Godin se proposait-il d'essayer en 1870 ? Les événements, le lecteur le pressent, vont contrecarrer le novateur et cela pendant plusieurs années. Mais à travers les mesures qu'il instituera, dès janvier 1870 et au cours même des années qui vont le tenir éloigné de son œuvre (1871-1875) (1) nous verrons se dessiner sa pensée : Rattacher le plus étroitement possible les attributions de salaires et les parts de bénéfices aux faits de travail vraiment effectifs , c'est-à-dire s'efforcer d'instituer une méthode ne prêtant point aux oublis, à la cabale, à la partialité et donnant au travailleur méritant la certitude de l'exercice de son droit.

Quatrième fôte du Travail, juin 1870. Môme système qu'en 1869 pour l'établissement de la liste des candidats et le vote final. Suppression de la valeur pécuniaire attachée jusque-là aux proclamations résultant du vote. Banquet familistérien.

< Un tout autre mode de répartition est à essayer en 1870 >, avait dit Godin dans son discours à la fête du Travail célébrée le 30 mai 1869. Et pour provoquer les

^1) Mandat de député à T Assemblée natiouale.

études pratiques il invite, dès le mois de janvier sui^ vant, les employés à déterminer comment pourraient s'effectuer entre eux des répartitions mensuelles. Les employés se mettent à l'œuvre et des répartitions sont usitées pendant cinq mois. Mais la situation politique troublée depuis l'an d'avant s'aggrave et maintient les esprits dans une effervescence tout à fait opposée au labeur patient, recueilli, qu'eussent nécessité de telles études expérimentales. Les opérations relatives au mois de mai s'achèvent dans les premiers jours d'août ; la guerre franco-allemande est déclarée depuis le 15 juillet et toute action du genre de celle que nous étudions est bientôt radicalement suspendue.

Nous exposerons les modes essayés pour les répartitions mensuelles dans la série des employés, après que nous aurons relaté la célébration de la fête du Travail en 4870. Car la fête eut lieu le 5 juin, c'est-à-dire cinq semaines environ avant la déclaration de guerre. Disons tout de suite qu'il n'y eut pas de fête du Travail au Familistère en 1871, le territoire étant occupé par l'armée allemande.

Restons en 1870 : au mois de mai, époque habituelle des préparatifs de la fête du Travail, que se passait-il au Familistère ? Voici : On s'occupait du plébiscite. Napoléon III appelait le peuple à se prononcer pour ou contre la nouvelle constitution qui eût affermi son pouvoir personnel ; et Godin publiait à Guise (le 8 mai) une circulaire engageant les électeurs du canton à voter : Non (1).

Au milieu de ces graves préoccupations, les conseils du Familistère se réunissent néanmoins (le 17 mai) et examinent (Registre des délibérations, p. 152 et s.) ce qui est à faire pour la célébration de la fête habituelle

(1) Le Devoir, tome 16*, 1892, pages 710 et s.

du Travail. On se livre à des critiques sur les procédés suivis jusque-là. Malheureusement, ces critiques ne sont point précisées au compte-rendu. Des innovations proposées on peut seulement tirer quelques inductions quant au fond des objections.

Exemple : Proposer de substituer, aux voix ayant une même valeur pour chacun des candidats à inscrire sur le bulletin de vote, des voix assignant à ces candidats des valeurs relatives ; n'était-ce pas faire enl;endre que sur le tableau des candidats (où certaines catégories de travailleurs : les employés et le personnel des services du Familistère, étaient portés en raison simple de leurs fonctions) il se trouvait des individus, peutêtre des groupes, sans mérite hors ligne. Or^ les électeurs étant priés (chap. XIII, p. 272) de remplir <la totalité des voix demandées sur les bulletins de vote, > et les voix n'ayant qu'une même valeur, rien ne révélait l'infériorité relative que l'électeur pouvait , en cas pareil, désirer exprimer : d'où la proposition en cause.

La seconde présentée en conseil peut se résumer ainsi : Faire opérer — de concert entre les chefs et surveillants et des < délégués de chaque groupe naturel des ateliers > — l'examen et la discussion des mérites des ouvriers à poHer au tableau des candidats afin d'obvier, dit la proposition, € aux inconvénients signar lés l'an dernier tant dans les résultats des élections que dans les choix administratifs. » Ceci ne révèle-t-il pas que toute désignation faite en dehors de celles résultant des éléments mathématiques : dépouillement des notes de fetbrication, pouvait paraître entachée ou d'intrigue ou de favoritisme ?

Mais par quel mode satisfaisant désigner ces délégués eux-mêmes ? Ceci n'était pas indiqué.

Trop incomplète pour qu'il y fût donné suite immé-

diatOi la proposition est laissée de côté ; quant à la précédente , les conseils jugeant qu'elle offrirait une plus grande liberté à Félecteur et permettrait une appréciation plus rapprochée de la justice, décident d'en faire Fétude pour la mettre en usage, s'il y a lieu. Cependant les circonstances politiques entretiennent les esprits dans un état tout à fait contraire à l'organisation de la fête. Les concours habituels se dérobent. Les conseils provoquent alors une réunion * générale des habitants du Familistère d'où il résulte (lit-on au Registre, p. 155) « des modifications profondes aux errements jusque-là suivis. »

Un banquet général est demandé en remplacement des valeurs pécuniaires attachées précédemment aux primes d'honneur. On décernera simplement des Men^ lions honorables par le vote préparatoire et le vote final habituels.

Les conseils prennent des dispositions en conséquence. Avant de pousser plus loin, observons ceci: Dès le principe (chapitre XI) Godin n'était point partisan du versement en espèces des allocations exceptionnelles; il en concevait l'inscription à titre de parts d'intérêts dans le fonds social. Mais cette sorte d'association comportait , outre une étude sérieuse des conséquences légales, la nécessité de découvrir une méthode pratique : !<> de distinction des ayants-droits ; 2^ de fixation de la part équitable de chacun. D'où les essais suivis depuis plusieurs années à l'occasion des fêtes du Travail.

Le premier essai : valeur pécuniaire attachée à chaque suffrage (1867) avait déterminé la plus grande dissémination possible des votes et des combinaisons d'in- | térêts personnels en opposition avec le but poursuivi.

Le deuxième essai (1868) : liste de candidats entre

lesquels exclusivement pouvaient être distribués des prix dont la valeur était déterminée , avait un peu amélioré les résultats, mais laissé encore place (chapitre XII) à des combinaisons personnelles préjudiciables à la mise en relief des mérites.

Conséquemment, au troisième essai (1869) on avait décidé de ne verser aux titulaires la valeur pécuniaire attachée aux prix qu'après un délai de six mois. Dans le compte-rendu de la fête inscrit au registre des conseils , nous avons lu (p. 269) que la mesure avait contribué à < éloigner les coalitions d'intérêts personnels ». Le temps avait-il apporté les éléments d'un avis contraire ? On peut le penser en face de la décision radicale prise en 1870.

En tout cas, cette marche des choses appuie singulièrement ridée première du fondateur : inscrire les parts de bénéfices en parts d'intérêts dans le fonds social.

Voyons maintenant si la suppression de tout intérêt pécuniaire dans la distribution des mentions honorables, va faire accorder meilleur rang aux travailleurs dont le concours effectif pouvait être vérifié dans une certaine mesure.

Le vote préparatoire s'exerça en 1870 comme l'année d'avant , c'est-à-dire en sept opérations successives dans l'ensemble des ateliers, les ouvriers étant appelés à désigner entre eux cent travailleurs des plus méritants. Nous avons évalué à 750 le chiffre total des ouvriers en 1868 (1), le registre des conseils nous a fourni le chiffre de 770 pour 1869 (2) ; le même chiffre environ, plutôt grossi que diminué peut être pris pour 1870. La même affiche qu'en 1869 (ci-dessus, p. 261) fut apposée dans les ateliers pour convoquer le personnel au vote pré-

(1) Chap. XI et XII, p. 227 et 238.

(2)C;hap. XIU.p. 260.

paratoire ; mais le registre des conseils (qui nous fournit cette information) ne donne ni le chiffre des votants dans les sections, ni le dépouillement des scrutins. Nous ne pouvons donc que relever les nombres totaux d'ouvriers portés au tableau des candidats pour tel ou tel motif. En vue de comparaison, groupons ces nombres avec ceux des années précédentes, 1867 excepté, aucune liste de candidats n'ayant été dressée au premier essai.

Candidats ouvriers désignés par Vèlection ou la capacité^ motifs pris ensemble ou séparément.

miii

DérignéB par

la capacité et

réiection :

Désignés par réleetion seule :

Désignés par

la capacité de

1'' Mérite :

TOTIDX :

Moins radicalement mauvais que celui expérimenté en 1867, le mode de recours au suffrage essayé depuis 1868 ne peut se soutenir plus longtemps. En vain on a écarté des primes d'honneur touie valeur pécuniaire, les désignations faites par le suffrage, dès le premier degré s'écartent de plus en plus de celles dictées par le dépouillement des notes de fabrication ou, à défaut de telles notes , par l'appréciation des chefs et contremaîtres.

Dira-t-on que le besoin de généraliser l'attribution des parts de bénéfices entrait pour quelque chose dans ces résultats ? Peut-être. Et observons, à ce propos, qu'en instituant dès le premier mois de l'année qui nous

(i) 150 avec le candidat révélé au vote final et non classé (par oubli) sur le tableau reproduit sur le registre des conseils.

ôcctipe des répartitions mensuelles entre t(ms ici employés, J.-B^-A. Godin admet que Pattribution des parts de bénéfices soit une mesure générale; mais pour soutenir les eflTorts vraiment producteurs, efibrts sans lesquels il n'y aurait aucun bénéfice à employer ni en garanties de prévoyance mutuelle d'abord, ni en inscriptions de parts d'intérêts individuelles dans le fonds social ensuite, pour soutenir les efibrts vraiment créar teurs des bénéfices, il faut faire revenir à chacun une part proportionnelle à l'efficacité même de ses efibrts ; autrement l'équité est violée et le découragement suit.

La vérification permanente de la valeur du travail dans les ateliers de fonderie et ajustage opérée par ce qu'on appelait : notes de fabrication ; cette vérification résistant à l'expérience, c'est-àrdire ne prêtant pas à critique, (bien que les électeurs ne s'en inspirassent guère dans leurs choix), était dans la voie de la solution du problème. C'était donc cette base de jugement qu'il fallait élargir, étendre aux fonctions qui en étaient encore dépourvues. Godin l'avait proclamé de tout temps. Mais comment en convaincre son entourage, les chefs d'abord ; et attacher la généralité des esprits à une idée qui sapait tout privilège de position et tendait en définitive à faire du travail efiectif seul , la base de toute allocation de salaires ou appointements.

C'était pour faire toucher du doigt aux employés la difficulté du problème et pour les exercer à la recherche de la solution, que Godin avait inauguré les répartitions mensuelles, dont l'étude viendra après achèvement de la relation qui nous occupe ici.

Les prix à distribuer par le vote final dits aussi Mentions honorables éisÀentj en 1870, sur le vœu de la population, dépourvus de toute valeur pécuniaire.

Chaque titulaire n'avait donc à recevoir qu'un titre en papier. Pour distinguer entre les degrés de mérite on avait décidé la création d'un nouveau modèle de titre, lequel serait affecté aux Grands prix et !•" prix; l'ancien modèle demeurant affecté aux 2*°*' et 3*"** prix.

Peut-être quelques mots descriptifs de ces titres peuvent-ils venir ici.

Premier modèle : carré de papier blanc , souple et solide , mesurant 24 centimètres sur 30 et portant dea impressions en trois couleurs. Encadrement en bleu (guirlande de fleurs , paysages aux quatre coins). En tête un écusson où se lisaient ces paroles significatives :

« Etnde pratique des Toies et moyens pour obtenir Téquité dans la répartition des fruits du Travail. »

A la suite (imprimées en bleu, rouge ou noir, de façon à les bien détacher les unes des autres), venaient ces inscriptions :

Emulation. Progrès. Liberté.

Au Travail

du Familistère et de sa manufacture

Récompenses.

A la capacité de direction pratique Âu talent et à Finyention

Au dévouement professionnel A la bonne exécution du travail

honorable

Classe

délivrée par les suffrages des du Familistère

à M. qui a obtenu

Fête du Travail du Familistère de Guise , du

Signé : Godin.

Le modèle nouveau, mesurant 40 centimètres sur 50, était encadré d'ornements dorés. Les mots : Emulation^ Progrès^ Liberté s'y détachaient en tête : lettres blanches sur banderoUe rouge et noire. En belle place était reproduite la vue du Familistère (aile gauche, pavillon central et bâtiments annexes) décrite précédemment (1). Venaient ensuite les mêmes inscriptions que celles données ci-dessus.

Le vote pour Pallocation des distinctions honorifiques fut, comme d'habitude, le premier acte de la fête. C'était le dimanche , 5 juin 1870. Le scrutin s'ouvrit à 10 heures du matin, dans la cour de l'aile gauche.

Des affiches, comme l'année d'avant (chap. XIII) avaient donné toutes les informations nécessaires , en commençant par le rappel des mérites à considérer dans la détermination des suffrages en faveur de tels ou tels candidats.

Comme toujours , les travailleurs résidant au Familistère étaient seuls électeurs le jour de la fête. La liste des électeurs , la liste des candidats étaient, toutes deux, affichées selon l'usage.

Sur leur liste spéciale , les électeurs étaient présentés chacun dans sa série professionnelle. Voici les chiffres :

!'• Série : Familistère 66 électeurs.

2^ > : Administration 58 »

3* > : Fonderie 147 »

4* > : Afustage 40 »

5* » : Ateliers divers 50 »

Total 361 »

Les électeurs des 2«, 3«, 4« et 5« séries avaient, comme précédemment , deux votes à émettre : l9 un

(1) Ghap. vu, p. 168.

dans la série pi^ofes^îçn^nelle ; 2^ un dai;is la série des services de Phabitation unitaire, soit la !'« série; celleci comprenait donc le total des électeurs : 36 L

Parmi ces 361 électeurs, 248 se trouvaient en outre candidats.

Résumé du tableau des candidats , à la fête du Travail

célébrée le 5 juin £870.

Travaillenrt désignés en raison seule dn Nombre des

^ , candidats :

poste occupé :

1^ série {4 grou^B): Familistère.... '^^ ) iaq ' }aq 2e — (4 — : Administration 79 j * '

Travailleurs désignés et par la capacité et par

l'élection :

3* série (4 groupes) : Fonderie. ..... 6

4* — (4 — : Ajustage 10 J 24, ci. 24

5* — (6 — : Ateliers divers. 8

Travailleurs désignés par Télection seule :

3« série (4 groupes) : Fonderie. ..... 22

46 (4 : AJiùstage 15 \ 58, ci. 58

5e — (6 — : Ateliers divers. 21

Travailleurs désignés par capacité de

1*' mérite.

3« série (4 groupes) : Fonderie 64

4e — (4 — '.Ajustage 27 \ 116, ci. 116

5* — (6 — : Ateliers divers . 25

Total 347

Pas plus que dans le compte-rendu de la fête célébrée en 1869, nous ne pouvons indiquer le chiffre des votants le jour de la célébration en 1870. La place réservée pour cette inscription sur le registre des conseils est restée en blanc. Bornons-nous donc à rappeler que le chiffre des abstentions en chacune des séries avait été d'environ un huitième en 1868.

Résultats généraux du vote.

Candidats en vertn seule du poste occupé par eux.

Iw Série (4 ffroupes) : Familistère. Nombre des

^ ° ^ ^ candidats :

Electeurs inscrits : 36 î. Votants (?) 70

Obtiennent de 1 à 9 voix . . 30 intéressés

Obtiennent 59, 68, 74 » 3 i

Ensemble 65

N'obtiennent pas de voix 5

Total 70

égal au nombre des candidats.

2« Série (4 groupes : Administration. Nombre des Electeurs inscrits : 58. Votants (?) 79

Obtiennent de 1 à 9 voix 47 intéressés

Obtiennent 29, 35 > 2 >

Ensemble .... 60 > N'obtiennent pas de voix ... 19 »

L 0 xai .•••«••. 14/

égal au nombre des candidats.

Candidats en vertu de la capacité et de l'élection, motite pris

ensemble ou séparément :

3* Série (4 groupes) : Fonderie. Nombre des

^ ^ ^ ^ candidats: Promus en vertu et de la capacité et de l'élection 6

» de l'élection seule..... 22

» de la capacité de 1er mérite.. . 64

Total 92

Électeurs inscrits : 147. Votants (?)

Obtiennent de 1 à 9 voix . . 40 intéressés » 11 à 17 » 11 >

Ensemble. . . 55 »

N'obtiennent pas de voix 37 »

Total 92 >

égal au nombre des candidats.

4* Série (4 groupes) : Ajustage. Noiabre des

Promus en yertu et de la capacité et de Télection 10

> de rélection seule 15

» de la capacité de !•' mérite. . 37

Total 52

Electeurs inscrits : 40. Votants. (?)

Obtiennent de 1 à 9 voix. . 27 intéressés > de 10 à 20 » 5 >

Ensemble. . . 32 >

N' 0 btiennent pas de voix . 20. »

Total 52 »

égal au nombre des candidats.

5* Série (6 groupes) : Ateliers divers. Nombre des

candidats :

Promus en vertu et de la capacité et de Télection. 8

» de l'élection seule 21

» ' de la capacité de 1*' mérite. . . 25

Total 54

Electeurs inscrits : 50. Votants (1) Obtiennent de 1 à 9 voix .... 31 intéressés p 12 à 21 > 7 j>

Ensemble 38 »

N'obtiennent paa de voix .... 16 >

Total 54 >

égal au nombre des candidats.

tlësumé : Obtiesnent des voix au vote final. En 1" Série 65 candidats sur 70

Soit : 250 candidats sur 347, différence : 97, Les 97 candidats écartés au vote final comprennent :

Employés et personnes des services du Familistère 24

Ouvrier candidat par eapaoîté et élection 1

Ouvriers candidats par élection seule , 48

Ouvriers candidats par capacité de i^r mérite • 54

Total 97

54 candidats ouvriers de l«r mérite laissés sans voix le jour de la fête ! Ce chiffre frappera le lecteur. Nous reprendrons le sujet en récapitulant les chiffres des quatre tentatives au dernier essai du système en 1872. Mais nous croyons utile d'observer que les cinq essais de répartitions mensuelles (1870) dan* la série des employés et trois essais de classement et rémunération des mérites, dans la même série et au moyen du suffrage, devront passer auparavant.

105 mentions honorables , qualifiées : Grands prix, P", 2** et 3* prix, furent distinbués à la fête célébrée le 5 juin 1870; et pour atteindre ce nombre il fallut descendre jusqu'aux lauréats désignés par 3 voix !

Le même fait s'était produit en 1869 pour la distribution de 109 prix. Eu 1868, on avait distribué 108 prix en descendant' jusqu'aux désignations par 5 suffrages. En 1867, le sj'stème usité ayant été tout différent, nous nous bornerons à rappeler : lo que la plus haute récompense : < Mention honorable hors classe » avait» été décernée à un ouvrier € vu ses longs et loyaux services dans l'usine » et bien qu'il n'ait pas obtenu le chiffre

— ao3 —

de suffrages voulu pour cette distinction, (ei^essus^ p. 237) ; 2* Que cinq autres lauréats seulement avaient reçu : Pun une mention honorable de 1*" classe et les quatre autres chacun une mention de 2® classe.

Laissant de côté 1867, vu la particularité du système essayé, nous pouvons— en prenant les trois années (1868- 69-70) où un même système fut appliqué avec légères variantes — dresser le tableau récapitulatif qui va suivre.

Observation préalable. Le chiffre total des travailleurs rangés dans la catégorie des employés (lo à l'usine : chefs d'ateliers, comptables, etc ; 2© au Familistère : économat et services de l'habitation) s'éleva, en 1868, à 114 ; et en 1869 à 115. Ce dernier chiffre est régulierrement décomposé : 60, série du Familistère ; 55, série de l'Administration, total 1 15, dans le classement adopté pour 1869 (ci-dessus, p. 268) 11 n'en est pas de même du chiffre 114, à cause de la confusion faite en 186^, entre « employés de la comptabilité générale (Usine) et gens des services du Familistère » qui, tous ensemble, constituèrent une série spéciale (la 1") comprenant 76 candidats. Les employés restants: 38 (ensemble 114) étant répartis dans les 2% 3« et 4e séries où ils occupaient le l«r groupe de chaque série (ci-dessus, p. 249 et s.)

Décomposant cette l^e série afin d'en écarter la confu- *sion, nous voyons que 59- membres sur 76 appartenaient aux services du Familistère ; les 17 membres restants ajoutés aux 38 classés dans les 2% 3* et 4^ séries donnant le total de 55 employés à Tusine. En définitive il faut donc compter pour 1868 :

59 travailleurs catégorie des employés au Familistère

55 » > à l'Usine.

114 au total.

PRIX OU MENTIONS HONORABLES décernés par le vote aux fôtes annuelles du Travail.

EMPI^OYÉS

candidats en raison seule de la fonction

Familis* tère

Gens de3 services de l'habitation unitaire.

! Chefs d*ateliers, comptables, , surveillants^ etc

01JTBIEBS (1)

candidats en raison .de la capacité ou de l'élection , motifs pris ensemble ou séparément

Désignés

par capacité

et élection

Usine

Désignés par élection seule

Désignés par capacité de !•' mérite.

TtUldei

Inéts

prix

prix

2** prix

3" prix

(1) Rappel. — Un candidat ouvrier ayant été oublié sur le tableau déclassement pour 1868 (reproduit au registre des conseils), les chiffres afférents à cette année-là donnent un total de 149 candidats ouvriers, au lieu des 150 qu'il y eut en fait.

■■MBOMBiB

mtk

Observations stcscitées par le tableau.

lo La répartition des suffrages n'a permis ni en 1868, ni en 1869, ni en 1870, l'allocation de Grands prix aux candidats ouvriers.

2o Le total des allocations (1»", 2» et 3* prix) va croissant pour les candidats ouvriers désignés seulement par Félection.

3o Pour les candidats désignés en vertu et de la capacité effective et de l'élection , les attributions de prix vont diminuant; de 32 prix alloués en 1868, on tombe à 13 en 1870.

4<> Aux candidats ouvriers désignés en raison seule de la capacité effective, mais classés en 1^ mérite, on alloue 23 prix en 1869 et 25 prix en 1870 contre 16 seulement en 1868; mais les suffrages accordés à ces candidats sont si restreints que c'est par l'allocation surtout de 3** prix que cette élévation du chiffre total est obtenue. Quant aux premiers prix, ils vont diminuant dans cette mesure : 5, 4, 2.

Conclusion : Les résultats du vote final en 1870 confirment la leçon déjà tirée (ci-dessus, p. 285) du vote préparatoire ; l'écart s'accentue entre les désignations résultant de la capacité effective et celles résultant du suffrage. 11 semble donc bien qu'on demandait au suffrage une chose qui n'était pas — présentement du moins — dans ses véritables attributions et qu'il fallait chercher à obtenir par un autre procédé.

Lequel ? Tout effort efficace marque son empreinte ; n'était-ce pas cette empreinte qu'il fallait , dans toutes les branches des services , saisir et mesurer. Comme l'avait proclamé Godin d?tns son discours à la fête du

Travail en 1869 , il fallait marcher au but par une voie tout autre que celle suivie jusque-là.

La proclamation des lauréats, à la fête célébrée en 1870, se fit au théâtre : c'était l'inauguration de Tédifice. Nous n'avons pas malheureusement le texte du discours prononcé en cette occasion par le fondateur. Dans son volume € Solutions sociales » (1) , il considère (p. 569) le théâtre comme devant être, au palais social , une salle d'enseignement et de conférences, un temple de la. Religion du Travail.

Le banquet demandé par la population en remplacement des valeurs pécuniaires jusque-là attachées aux proclamations de mérites, eut lieu le lundi, 6 juin, dans la cour de l'aile gauche. Il comprit 541 convives (registre des conseils, p. 166 et 230), soit : les travailleurs, hommes et femmes, habitants du Familistère et les enfants des écoles âgés d'au moins deux ans ; les membres des conseils, comités ou sociétés particulières; les employés et chefs d'ateliers appelés aux répartitions mensuelles (ci-dessus , p. 281) ; enfin, cinquante ouvriers de l'usine non résidents au Familistère et qui avaient été désignés par le sufi'rage de leurs cama^ rades. Nous n'avons pas le chifi*re des participants à ce vote.

22 ouvriers furent élus par 7 à 9 voix.

Total 50

37 de ces intéressés n'avaient obtenu aucune voix au vote pour la désignation des candidats aux primes

(1) Edité Tan d'aprôs, chez GuillauiniD, 14, rue Richelieu, Paris.

d'honneur et n'étaient point davantage au rang des ouvriers distingués par la capacité effective, ci- . . . 37

4 avaient obtenu quelques voix au vote primaire , ci 4

9 étaient au rang des travailleurs distingués par les notes de fabrication ; ci 9

Total égal 50

Le désir d'étendre au plus grand nombre possible , sous une forme ou sous une autre ^ quelques-uns des avantages de la fête , semble donc se révéler dans ces choix.

Le secrétaire des conseils termine le compte-rendu de l'essai réalisé les 5-6 juin 1870, en observant (p. 189 et s. du registre) : 1« que l'intérêt personnel pécunier a été remplacé par l'émulation honorifique; 2® que la solidarité entre tous les travailleurs (employés et ouvriers) a été exprimée par une agape fraternelle ; mais , ajoute-t-il « célébrée ainsi, la fête n'est plus une étude pratique des moyens d'arriver à la répartition des bénéfices de la production , proportionnellement à l'efficacité des concours. >

Série des employés. — Inauguration de répartitions mensuelles indicatives du mérite. -^ Adresse de Godin aux intéressés, janvier 1870.-* Propositions en réponse par Messieurs A, B, G, D, E, F, G. — Rapport sur ces 'propositions.

Le 31 janvier 1870, l'adresse suivante, signée par J.-B.-A. Godin, était placardée dans l'établissement :

< J'ai rhonneur de prévenir Messieurs les employés

« à la comptabilité qu'une somme de 400 francs sera à € répartir, chaque mois, entre eux, depuis le !« janvier « de cette année.

€ Ma santé ne m'a pas permis de m'occuper des € moyens de répartition de cette somme ; je livre cette € question dès maintenant à leur examen.

« Une somme proportionnelle sera affectée aux era- « ployés des ateliers . >

Depuis l'institution de la fête annuelle du Travail (1867), l'impuissance du suffrage à distinguer les mérites s'était révélée d'une façon constante, — le lecteur en a vu les témoignages, — à travers les divers modes essayés. Des oublis graves, des cas de cabales entre électeurs pour accaparer les récompenses au préjudice de personnes plus méritantes avaient donné lieu à observations au registre de procès-verbaux des séances des Conseils. Le seul mode de proclamation des mérites résistant à l'expérience était le dépouillement des notes de fabrication, autrement dit le contrôle du travail effectué.

On ne s'en inspirait guère dans les attributions de récompenses par le suffrage, n'importe : l'inscription au tableau des candidats en raison de ce contrôle était comme un point lumineux faisant ressortir l'insuffisance des autres modes de proclamation de mérite.

Introduire une telle vérification du travail effectif dans toutes les fonctions et en faire la base de la répartition des bénéfices, avait toujours été, on le sait, l'idée de Godin. Il y voyait le vrai point de départ de l'organisation du travail, le seul moyen de pacifier les esprits et de faire converger les efforts de chacun vers le bien collectif.

Mais, pour élargir ce qu'il avait déjà tenté en ce sens,

et, surtout, pour introduire une telle méthode dans de nouvelles branches de travaux, il lui fallait, nous le répétons, le concours des chefs et employés, puisqu'il s'agissait d'amener ceux-ci à reconnaître la nécessité d'un contrôle plus serré de leur œuvre quotidienne, si l'on voulait arriver à la rémunération équitable des travaux courants et à la participation aux bénéfices selon l'efficacité démontrée du concours de chacun des facteurs de la production •

Or, malgré l'enseignement des faits, aucune recherche de la part des chefs de fonctions n'avait lieu dans cette voie, parce que la nécessité n'en était pas encore comprise, au moins d'un nombre suffisant de personnes.

L'adresse de Godin aux employés était pour ceux-ci une mise en demeure de s'occuper du sujet. Aucune préférence n'y était indiquée pour un plan quelconque; c'était aux intéressés à révéler les modes les plus propres selon eux à atteindre le but. Et si les plans par eux imaginés et appliqués échouaient, au moins pouvait-on espérer que les gens de bonne volonté se met;traient à la recherche de la vraie méthode, celle par laquelle s'établirait mathématiquement et de façon évidente pour l'observateur, la part équitable à allouer à chaque travailleur, ouvrier ou employé, directeur ou simple manœuvre.

Saisis de la question, les employés se mirent à l'œuvre et, dans le courant du mois de février, sept d'entre eux déposèrent des propositions. Celles-ci provenant de membres attachés aux services et de la comptabilité générale, et des ateliers , et de l'habitation unitaire, montrent que l'invitation de Godin avait été répétée dans l'ensemble des services.

La somme à répartir pour le mois de janvier 1870 s'éleva à 888 francs (nous le verrons plus loin) et elle

Tepréfienta , an dixième , le total des appointements comptés à cette époque aux employés des branches cidessus énumérées :

P Ciomptabilité générale ;

2o Bureaux d'ateliers :

30 Service de l'habitation unitaire.

Le nombre des employés était alors de 66. Nous désignerons par les lettres A, B/^C, D, E, F, G, les sept d'entre eux qui répondirent à l'appel de Godin en présentant chacun »un projet de répartition. L'un d'eux E. dressa mêm edeux projets. Aucun ne proposa autre chose que le recours au suffrage. Sortir de cette voie était si laborieux ! Et pour essayer! quoi ? La vérification mathématique du travail accompli ; le contrôle de la bonne ou mauvaise exécution . . . Comment y procéder en fait de travaux de bureaux, de surveillance ou de direction? Etipuis, c'était tout d'abord l'abandon d'un privilège de position ; et, si modeste que soit un prévilège, on y tient généralement. Enfin, l'idée défaire régler par le suffrage les points sociaux embarrassants (c'est-à-dire non encore ouverts au contrôle scientifique) cette idée a de profondes racines dans Tesprit public. Charles Fourier lui-même fait du suffrage rémunérant la fonction, un des pivots de sa théorie. Mais que de choses dans la théorie de Fourier ne trouveront leur vrai champ d'application qu'au prix de progrès considérables dans toutes les branches de l'activité humaine !

Ne nous écartons pas de notre sujet.

Un des employés, nous dirons H., récapitula les travaux de A, B, C, D, E, F, G, puis les propositions furent examinées, discutées et, finalement, on en dégagea deux modes de consultation du suffrage à mettre à l'essai.

Avant d'indiquer ces deux modes, il nous paraît utile

de reproduire les propositions originales ainsi que le mémoire récapitulatif. Si aucune des propositions n'a été appliquée telle quelle, pourquoi cette reproduction, dira-t-on peut-être ? Pour ceci : En sociologie la connais*» sance de toute expérience est profitable. Or, ces propositions sont la réponse au mouvement d'avant-garde provoqué par Godin. Des documents de cette nature sont encore excessivement rares ; et certainement les chefs d'industrie ou les philosophes préoccupés des méthodes à introduire dans l'organisation du travail, trouveront intérêt à les consulter, ne serait-ce que comme signe des lieux et des temps.

Trois de ces documents sont datés 10, 14, 15 février ; trois ne portent point de date ; les deux d'un même auteur : F, sont datés 7 et 25 février. Le mémoire du rapporteur est daté 21 février. Conséquement le deuxième projet présenté par F vint après le travail de récapitulation. Nous donnerons, néanmoins, à la suite l'un de l'autre les deux projets dus à F.

Dans l'ordre adopté pour présenter ici ces documents nous nous- sommes inspiré et des dates et du groupement des pièces selon leur longueur. Va venir en tête le projet déposé le 10 février, auteur: A; puis celui déposé le 13, auteur: B; et, successivement, ceux non datés, auteurs : C, D, Ë ; les deux dus à un même auteur : F; celui déposé le 15, auteur G ; enfin le mémoire du rapporteur: H.

Voici :

Projet de répartition de la somme allouée

par Monsieur Godin.

% L'importance de TEfablissement ne permet guère un vote général. Pour que les appiréciations soient. sérieuses

-âoé-

et portées avec connaissance de cause^ il conviendrait de diviser le personnel par groupes résultant du genre de travail ou tout au moins des rapports que peuvent avoir différents services entre eux. Ainsi on pourrait adopter 3 groupes principaux qui seraient : < P La fabrication et les ateliers divers ;

2o Le bureau central ;

30 Le Familistère.

€ On supposerait la somme attribuée à chaque groupe partagée en autant de fois 10 parts égales qu'il y aurait d'ayants droits. En cas de subdivisions dans le groupe^ comme pour les ateliers par exemple, un nombre de parts proportionnel au chiffre du traitement serait affecté à chacune. Chaque votant serait alors chargé d'en faire la distribution suivant son appréciation en tenant compte des différents titres à la récompense, comme par exemple :

« La capacité ;

L'importance du service dont on est chargé ;

L'exactitude et le bon emploi du temps ;

La pondération des traitements, comparaison faite du service confié à chacun ;

L'ancienneté, à mérite égal d'ailleurs;

Etc.

€ Un maximum que l'on pourrait évaluer à 50 parts, ne devrait pas être dépassé dans le chiffre à attribuer à chaque individu.

€ Afin d'annuler l'effet des votes pour soi-même qui pourraient se produire, le bulletin contiendrait lesnoms de toutes les personnes faisant partie du groupe et le votant aurait à attribuer à son nom le maximum fixé, c'est-à-dire 50 parts. On comprend que ce chiffre, figurant sur toutes les listes, s'annulerait par lui-même relativement à chaque individu.

« La répartition de la somme se ferait au prorata des parts obtenues.

«Guise, lOfévrier 1870. >

« Etude de la répartition de la part revenant au travail

dans le produit net d^une usine.

« La répartition doit se faire sur les bases de la justice distributive. Pour qu'elle soit juste, il faut que ceux qui jugent soient complètement éclairés sur la valeur des individualités, et il n'y a que les personnes participant aux mêmes travaux qui , dans l'état actuel des choses , soient réellement aptes à apprécier la valeur relative de leurs collègues.

4(D'un autre côté, il est nécessaire que la masse totale des participants apprenne à s'apprécier et vienne aussi donner son avis sur la valeur individuelle de chacun ; et cela dans la mesure des relations de l'individu avec la collectivité entière.

« Prenant ces principes en considération , on peut en déduire les conséquences suivantes :

€ L'usine donne en bénéfice pour la part du travail une certaine somme déterminée dans une autre étude (1) — et qui sera l'élément de répartition entre chacun. Mais du moment que le personnel est nombreux , il est difficile de faire attribuer à chacun sa part par l'appréciation individuelle de tous. La formation de groupes formant des unités réelles par leurs affinités et le but de leur travail , obvie à l'objection.

€ La part attribuée à chaque groupe naturel sera à la

(1) Etude approximative des résultats de l'inventaire au 31 décembre précédent.

ôomme totale au prorata de Id. somme des appointements et salaires perçus par chaque groupe. Il serait plus que difficile de faire apprécier la valeur normale de chaque groupe par une note ou une appréciation plus ou moins arbitraire, tandis que dans ce mode la valeur de Pemploi entre dans une certaine mesure comme élément de répartition.

€ La somme à répartir dans chaque groupe étant ainsi fixée, il y a à faire la répartition, tant par le groupe que par la collectivité. La base de la division entre ces deux éléments appréciateurs sera celle de la proportion numérique du groupe vis-à-vis de la masse entière. Si un groupe est composé de 25 membres, par exemple, et que le personnel soit de 65 , la différence 40 X par la valeur à donner à chaque voix sera la part de la collectivité.

« Par exemple, supposons qu*au groupe : Comptabilité, composé de 25 membres , il soit attribué 400 francs ; la part de la collectivité sera de 40 francs x 2, si j'attribue 4 voix à chaque votant pour chaque groupe et la voix valant 0,50 centimes. Ces chiffres ne sont point arbitraires, si ce n'est peut-être celui de 0,50; mais le mécanisme de ce système fait que plus le groupe est nombreux, moins la collectivité a à agir sur lui, parce qu'il se fait centre lui-même pour ainsi dire, et que moins il est nombreux plus il laisse à l'action générale de latitude d'évaluation, ce qui doit empêcher l'intrigue et la cabale.

€ Dans le cas ci-dessus, la comptabilité aurait 320 fr. à se répartir par elle-même et 80 fr, par la collectivité.

4^ Le 1» cas se ferait par le bulletin n^ 1 ou le n^ 2 suivant choix, ou habitude d'analyse intellectuelle des membres du groupe.

€ Le 2* cas s'opérerait à l'aide du bulletin n* 3.

€ Continuant l'exemple de la comptabilité, lorsque les 40 autres personnes de l'usine auraient chacune émis 4 voix, cela ferait 160 à 0 fr. 50 ou 80 francs. Si Pierre a 10 voix, on ajouterait 5 francs au chiffre obtenu dans son groupe; si Louis a 4 voix, on ajouterait 2 francs à son chiffre, etc.

€ Il est entendu que dans le vote du groupe le chiffre alloué à chacun est la moyenne générale du vote des 25 membres, obtenue par le dépouillement des bulletins un et deux.

. « Il y aurait un intervalle d'un jour ou tout au moins un certain délai entre les deux votes, afin que la collectivité puisse connaître, avant de procéder à son vote, l'appréciation des personnes par leurs pairs et collègues ; néanmoins, ce mode serait toujours assez rapide et facile d'exécution.

€ On peut diviser l'usine de Guise en cinq groupes naturels :

Comptabilité. . • 25 membres (pour Janvier)

Fonderie • il

Ajustage, Magasin... ••.. 13

AteUers divers * 16

Familistère 10

€ Familistère , 14 février 1870. (Signature.)

4( P. S. — L'exemple pris dans le courant de l'étude fixe le personnel à 65 au lieu de 75 , par une première évaluation erronée, mais cela ne change en aucune manière le mode de procéder.

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€N^ i. — Bulletin de vote pour la répartition mensuelle des 400 francs mis à la disposition de la comptabilité.

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« La colonne n® 1 est rappréciation comme conduite, moralité, sympathie, concorde, facilité donnée au travail des autres. L'échelle de mérite se répartit de 1 à 20.

« La colonne n^2 indique le zélé, l'assiduité, le dévouement au travail, le labeur en un mot quel que soit son résultat. Il se chiffre de 1 à 40 ou de 21 à 40, comme échelle d'appréciation.

« La colonne n° 3 marque la bonne exécution du travailla rapidité d'exécution au point de vue spécial, matériel pour ainsi dire : deux personnes peuvent travailler avec le même

zèle et Tune aller le double plus vite ; se chiiËtre de 1 à 60 où de 41 i 60.

« La colonne m 4 indique Tintelligence, la capacité, l'organisation et la direction du travail, se chiffre de 1 à 100 ou de

61 i 100. Elle doit contenir l'appréciation delà position de chacun qui est déterminée par le chiffre même des appointements ; car un employé à une fonction de 300 fr. et un autre à une fonction de 100 fr. peuvent montrer chacun une intelligence conforme à la» fonction , égale relativement , mais cependant de mérite différent. Si le chiffre des appointements est de 4,000 fr. pour la masse des employés et 400 fr. la somme à répartir, la proportion à ajouter à la colonne 4 est de 10 0/0 ou 1/lOV

« Le total des 4 colonnes donne la valeur réelle de l'employé ; reste à faire intervenir l'élément : ancienneté, dans la mesure relativement restreinte où il doit figurer. Pour cela on peut évaluer à 1 0/0 du nombre total des chiffres pour une année, 2 0/0 pour deux ans d'ancienneté dans le chiffre des appointements. Entre deux employés de même valeur, l'ancienneté doit apporter son contingent dans la répartition.

« Une fois le chiffre total obtenu, supposons pour la commodité 2000 points, comme il y a 400 fr. à répartir, c'est 0,20 du chiffre, d'où celui qui a le nombre 100 doit recevoir 20 fr.; celui qui a le chiffre 80, 16 fr., etc.

€ No 2. — Bulletin de vote du « groupe des einr ployès de rtÂsine ( comptabilité ) pour la répartition des 320 fr. mis à sa disposition.

Noms et Appointemento

Louis, à 3.000 fr

Paul, 1.800

Pierre, 1.500

Jacques, 1.200

Jean,

Simon,

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Soit 0 fr. 15 le point.

(Au dos du bulletin n^ 2 on lit : )

« La colonne n® 1 indique la valeur chifïréa en points de 1 à 30, du mérite, du caractère de la personne dans ses rapports avec ses collègues, de la facilité qu'il donne au travail commun, du zèle, de Tassiduité qu'il donne à sa tâche, de son labeur en un mot en dehors du mérite du travail lui-même.

« La colonne n' 2 indique la valeur, chiffrée de 1 à 60, de la bonne exécution du travail, de la rapidité au point de vue matériel pour ainsi dire.

« La colonne n* 3 indique la valeur, chiffrée de 1 à 100, de la capacité, de Tintelligence, de l'initiative.

« L'addition des 3 colonnes donne le nombre des points de la personne ; la totalité des points donnés à chacun divisant la somme à répartir donne la valeur des points d'où on déduit la somme afférente à chacun.

€ N^ 3. — Bulletin de vote de répartition des parts réservées dans chaque groupe à Vapprèciation de la collectivité des employés de Vitsine.

« Ajustage.

€ Comptabilité 4 voix

< Fonderie 4 voix

< Ateliers divers

€ Familistère

c Projet de partage des 400 francs à répartir entre les

employés du Bureau.

€ Comme je l'ai dit à la dernière réunion, je désire que la somme allouée mensuellement au bureau soit divisée en parts proportionnelles aux appointements .

« Nous sommes 25 employés touchant ensemble 3,330 fr. par mois et ayant, en plus, à répartir entre nous 400 francs. Nous disposons donc chacun de 16 francs.

€ Exemples de répartition :

€ Je donne: 1 voix à(l) B soit suivant le tableau (cidessous) fr. 1 95

2 voix à N soit 2 40

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