‹ Documents protestants inédits du XVIe siècleChapitre 22 sur 26 · ÉCLAIRCISSEMENTS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

ÉCLAIRCISSEMENTS HISTORIQUES

Les documents inédits que nous livrons au public sont extraits d'un manuscrit petit in-4'', relié en parchemin, de la Bibliothèque publique de Grenoble. Il est dénué de titre, mais il porte dans le catalogue celui de Recueil de pièces concernant les protestants, les consistoires et les synodes (i). Personne jusqu'à ce jour, paraît-il, n'en avait compris Timportance, autrement on en eut publié plus tôt des fragments. Il faut tout particulièrement s'étonner de ce que Jules Ollivier (2), qui connaissait Thistoire du protestantisme et s'y intéressait, Tait entièrement passé sous silence dans son Rapport adressé au gouvernement sur les principaux manuscrits historiques de la Bibliothèque de Grenoble (3) ; d'autant mieux que le savant historien mentionne d'autres manuscrits protestants de la même Bibliothèque d'une moins grande importance. Nous ne pouvons nous expliquer le fait que par la petite apparence du manuscrit, son écriture d'une ténuité extrême et la diversité étrange des pièces dont il est com-

(i) Série 298 (254*1, tablette 711.

(2) Collaborateur de la Revue du Datiphiné, Valence, iSSy-iSSg, 6 vol. in-8"; de VAlbitm du Dauphinc, Grenoble, iBSS-iSSq, 4 vol. in-4», etc.

(3) Inséré dans Champollion Figeac , Documents Jiistoriques inédits tirés des collections manuscrites de la bibliothèque royale et des archives ou des bibliothèques des départements ; Paris, 1841, 1. 1, p. 238-258.

posé (r). Quoi qu'il en soit, nous nous trouvons en présence d'un manuscrit qui renferme la copie de documents fort précieux, dont les uns sont inédits et les autres à la fois inédits et uniques en leur genre, car si Ton possède déjà des synodes généraux ou nationaux (2) des premières années de Charles IX (3), je ne sache pas que Ton ait découvert ou publié jusqu'à ce jour des synodes provinciaux de la même époque.

Le manuscrit de Grenoble est composé de deux sortes d'écritures : l'une du xvf' siècle, correspondant aux pièces les plus anciennes, et l'autre du commencement duxvir*. La première paraît être entièrement de la même main. Quant à la seconde, nous ne saurions dire si elle appartient également à une même main. Dans tous les cas la dernière pièce du manuscrit, qui est le « Registre des a décédés de l'église de Grenoble refformée commencé « au xxx*" aoust i(5i i, « et qui renferme dix décès seulement, a dû être écrite par Denis de Bouteroue, seul pasteur de Grenoble à cette époque, à moins qu'un ancien ou un diacre ne tînt dans cette église le registre des décès : ce qui paraît peu vraisemblable. Nous devons maintenant dire quelques mots de chacune des pièces que nous mettons en lumière.

(1) Nous en avons donné une liste à peu près complète dans le Bulletin historique de la société du protestantisme français , 2« série, t. VIII,

(2) Aymon, Tous les synodes nationaux des églises réformées, La Haye, 1710, 2 t. in-4".

(3) Monté sur le trône le 5 décembre i56o.

SYNODE GÉNÉRAL DE POITIERS ibSj.

Il n'y a dans Thistoire aucune trace de ce synode. Bèze raconte bien ( i ) que le pasteur Antoine de Chandieu fut « envoyé par Téglise de Paris à Téglise de Poitiers pour « quelque affaire et même pour rendre témoignage de « certain personnage (2) dont ceux de Poitiers étaient en « peine ; « que la sainte cène fut célébrée « en très grande « assemblée, non-seulement de peuple, mais aussi de mite nistres circonvoisins, » ensuite que « les ministres étant « assemblés, communiquèrent par ensemble tant de la « doctrine que de Tordre et discipline entre eux observée, » et remarquèrent « quel bien ce serait s'il plaisait à Dieu que « toutes les églises de France dressassent d'un commun « accord une confession de foi et une discipline ecclésiasti- « que ; » — mais cette conférence eut lieu eni 558 vers Noël et non en 1 557, date de notre synode, et il ressort clairement du récit de Bèze qu'elle ne rédigea ni confession de foi ni discipline ecclésiastique. Les ministres qui y assistèrent se firent mutuellement part de « l'ordre et discipline entre « eux observée. » Chandieu communiqua les règlements

( I ) Histoire ecclésiastique des églises réformées au royaume de France; Lille, 1841, 1. 1, p. 109.

(9.) Lutteroth (La réformation en France pendant sa première période; Paris, 1859, p. 143) est porté à croire que ce personnage désigne La Vau de Poitiers, et que Chandieu était chargé d'éclairer l'église sur les fausses doctrines professées par cet hérétique ; mais on sait par les actes de notre synode que La Vau était déjà connu puisqu'on l'y présente comme « conu damné d'heresie par après la première et seconde admonition. » Voy. plus haut, p. 9.

de réglise de Paris et les pasteurs réunis à Poitiers et des environs lui donnèrent connaissance des leurs^ qui n^étaient autres sans doute que les actes du synode de ibS'].

Ce synode fut-il véritablement un s3^node général ? Non certainement, dans le sens strict du mot, car pendant plusieurs années les synodes qui portent sans conteste le nom de généraux ou nationaux furent loin eux-mêmes de réunir des députés de toutes les parties de la France. C'est ainsi que sept provinces seulement furent représentées au synode constituant de Paris 1 55g (i). Au troisième synode national, tenu à Orléans en i562, beaucoup de députés manquaient encore à Tappel, et Tauguste assemblée dut passer outre en déclarant a qu'elle devait avoir le nom et « l'autorité de concile général des députés de ce royaume « nonobstant l'absence de plusieurs desdits députés. » Il n'est pas même établi qu'il y ait eu avant 1 5 5 7 des synodes provinciaux proprement dits, car la France ne fut officiellement divisée en provinces ecclésiastiques qu'au synode général de Lyon de i563 (2). Nous estimons donc qu'en fait le synode de Poitiers 1 557 ne fut ni un synode général ni un synode provincial dans l'acception étroite du mot, mais que les députés qui y assistèrent furent assez nombreux et assez autorisés pour que les églises de France, très dociles à cette époque et unies entre elles par les liens de la plus grande fraternité, acceptassent ses décisions comme celles d'un synode général. C'est ainsi que l'a entendu le synode provincial de Montélimar, qui n'hésite pas à donner au synode de Poitiers le nom de général et à l'assimiler à deux autres synodes généraux. « Que la « discipline, dit-il, et ordre des églises reformées de France

(1) L'Ile de France, la Normandie, l'Anjou, l'Orléanais, la Touraine, le Poitou, l'Aunis et la Saintonge (Aymon, t. I, p. :).

(2) Aymon, t. I, p. 48.

« ordonnés aux synodes généraux tenuz a Poictiers en Tan « i557 et a Paris en Tan i559^ aussi depuis adjousté au « synode tenu a Poictiers en Tan 1 56 1 > desquels la lecture « a esté faicte en la présente assemblée, sont approuvez « et seront observez, et chacune des églises en aura une « copie » (i). Du reste, si l'on examine les canons du synode de Poitiers 1 567, on voit qu'ils sont en vérité une discipline ecclésiastique d'une portée générale et qu'ils ne ressemblent en rien aux six synodes provinciaux dont nous publions les actes. De là le titre général qui lui est donné dans le manuscrit de Grenoble : Articles poljtiqiœs pour r église reformée selon le S. Evangile. Il est vrai que quelques-uns de ces articles visent, mais sans la nommer, une église particulière (2), qui est évidemment l'église de Poitiers, mais celle-ci aura été choisie par égard ou pour type à cause de son importance. Elle était en effet comme la métropole du protestantisme du midi de la Loire. Néanmoins nous avouons que, n'était l'article du synode de Montélimar, nous n'oserions voir dans les actes du synode de Poitiers autre chose que le règlement particulier de l'église réformée de cette ville ; mais en présence du témoignage si précis et si concluant de ce synode, nous imposons silence à nos scrupules et nous considérons les actes du synode de Poitiers 1 567 comme un premier essai de discipline ecclésiastique dressé par les députés des églises de la province de Poitou et des provinces environnantes du sud de la Loire. Le synode constituant de Paris 1559, qui s'occupa non-seulement de discipline,

(i) Voy. plus haut, p. 36.

(i) Excommuniez en ceste église (p. lo; ; ceux qui viendront des autres églises pour demeurer en ceste-cy (p. 14) ; les personnes tant escholliers que autres qui ne seront de la ville, ayant esté receus quelque espace de temps en ceste église (p. 14); les ministres des églises des environs (p. 14).

mais encore d'organisation et d'une confession de foi, et qui eut du reste un caractère plus général puisqu'il réunit des députés des églises du nord et du midi de la Loire, fit oublier le synode de Poitiers ibSj, mais pas assez cependant pour que les églises de la France méridionale, qui n'avaient envoyé de députés ni au synode de Paris ni aux deux synodes de Poitiers (i 557 et i56i), ne plaçassent ces trois synodes sur le même rang pendant un certain nombre d'années. Ce fut le synode général de Lyon i563 qui déclassa en quelque sorte et fit disparaître pour toujours du souvenir des réformés le synode de iSSy en fixant de la sorte l'ordre des synodes généraux : « Les « canons des trois précédents synodes nationaux tenus « à Paris, Poitiers et Orléans seront réduits en un « corps » (i). Après trois siècles d'oubli nous sommes heureux d'avoir retrouvé et d'offrir à nos églises cet antique monument de la sagesse et de la piété de nos pères.

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