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MÉTHODES, APPAREILS SCOLAIRES, PLANS

On a fclit un grief à la Belgique de n’avoir pas donné un développemeiit plus considérable à la part qiÉelle a prise à l’exposition du XXVP groupe. Mais ce reproche nous semble devoir tomber devant les deux faits que voici : Premièrement, dans la répartition de l’espace que la direction générale de Vienne nous a assigné, il n’a été accordé , à l’ensemble de l’instruction publique en Belgique, qu’un compartiment mesurant 19 mètres carr*és aur sol, après déduction faite de la partie nécessaire à la circulation, et 60 mètres carrés contre les parois. Secondement, comme notre pays occupe, en Europe, une position presque centrale entre l’Allemagne, la France et l’Angleterre, et que, dès lors, il peut pratiquer, mieux qu’aucun autre, un large et fructueux éclectisme en matière d’instruction, il profite, et il a grand’raison de profiter, de cette heureuse situation pour emprunter à ses voisins non-seulement ce que l’expérience les a amenés à adopter de meilleur en fait de méthodes, mais encore ce qu’ils ont produit de plus parfait en ce qui

concerne le mobilier scolaire, les appareils ef les moyens d’enseignement, tels que tableaux d’intuition, cartes géographiques, globes terrestres, solides géométriques, etc.

Cependant, à l’occasion de plusieurs précédentes Expositions internationales, on nous a presque fait un crime d’y avoir produit un certain nombre d’objets d’enseignement employés dans nos écoles, mais empruntés à l’étranger.

C’est pourquoi il nous a paru convenable de ne présenter à Vienne que des productions exclusivement nationales : livres écrits par des Belges, méthodes conçues par des Belges, appareils et moyens auxiliaires d’enseignement imaginés par des Belges, à l’exclusion de tous les objets que nous empruntons aux peuples qui nous avoisinent. Et, certes, nous en avons eu un assez grand nombre non-seulement pour remplir le compartiment exigu qui a été mis à notre disposition, mais encore pour prouver que nos insti-. tuteurs et nos hommes d'école ont aussi contribué, dans une large mesure, aux progrès que la science des méthodes a faits dans ces dernières années.

On nous a reproché aussi de n’avoir pas construit, dans le parc de l’Exposition vrennoise, un bâtiment d’école, à l’exemple de ce qu’ont fait l’Amérique, la Société des Amis de l’instruction primaire en Autriche et même des pays moins importants que la Belgique, tels que la Suède et le Portugal. Mais on n’a pas réfléchi que le problème d’une construction de ce genre se résout en une simple question d’argent, sans jamais constituer, aux yeux du véritable

homme d’école, autre chose qu’un type idéal qu’on ne trouve réalisé nulle part. Du reste, en érigeant, au moyen d’une dépense plutôt luxeuse qu’utile, une école-modèle de ce genre, nous n’aurions pu nous dispenser d’y introduire, pour la rendre complète, les bancs américains, généralement adoptés comme les meilleurs il y a quelques années, les tableaux d’intuition que l’absence de publications nationales de la même espèce nous oblige d’emprunter à l’Allemagne, en un mot plusieurs moyens d’enseignement qui ne sont pas originaires de notre pays. De sorte que, pour échapper à un reproche, nous nous serions exposés à en encourir un autre.

Nous nous sommes donc bornés à produire à l’Exposition viennoise : 1“ les lois organiques de notre enseignement public à ses divers degrés (primaire, moyen et supérieur), avec les différents programmes d’études qui s’y rapportent ; 2° la collection complète des rapports officiels sur l’état de l’instruction publique dans notre pays, outre les lois et les règlements organiques concernant tous nos établissements spéciaux d’instruction, de quelque nature qu’ils soient. De plus, dans une carte de l’enseignement en Belgique, nous avons indiqué, à chaque localité du Royaume, toutes les institutions diverses qui s’y trouvent, depuis les universités jusqu’aux plus simples écoles de dessin ou de musique, de manière à présenter graphiquement le tableau complet de toutes les sources d’instruction qui sont ouvertes au peuple belge et à prouver qu’il n’y a point de genre d’activité

intellectuelle ou technique qui ne trouve à s’exercer, à se former, à se perfectionner. Cette carte, la première de ce genre qui ait été faite, n’a pu manquer d’attirer vivement l’attention de tous les hommes d’école et, parmi les membres du jury international, il en est plusieurs qui m’ont engagé à solliciter le Gouvernement de la publier.

A ce tableau, si ingénieusement combiné par M. Greyson, chef de division au Ministère de l’Intérieur, était jointe une indication des dépenses faites pour l’instruction publique soit par l’Etat, soit par les provinces, soit par les communes. On a pu y constater que, s’il y a peu de pays en Europe qui fassent, proportionnellement à leur population, autant de sacrifices pour l’instruction en général, il n’y en a point où l’Etat seul en fasse d’aussi considérables pour l’enseignement populaire. Cette puissante sollicitude de l’autorité supérieure pour les intérêts moraux et intellectuels de la nation belge a été signalée à deux reprises dans le rapport officiel que la Direction générale de l’Exposition universelle vient de publier à Vienne (1).

Après avoir indiqué sommairement la part que le Gouvernement belge a prise directement à l’Exposition viennoise, je crois pouvoir passer à l’analyse des appareils et des livres scolaires que plusieurs d’entre nos hommes d’école et d’entre nos éditeurs y ont envoyés spontanément et qui ont prouvé

(1) Offirietler Amstellungs-Bericht herausgegeben durch die General-Direction der Weltausstellung. 4 2*^ livraison, p. 48, et 27® livraison, p. 16. Vienne, 4873.

qu’ils ont, eux aussi, apporté leur pierre à l’édifice de la science méthodologique.

Méthodes de lecture. — La méthode généralement connue en Allemagne sous le nom de Schreib-Lesemethode — laquelle consiste à enseigner aux commençants à énoncer les sons et à produire les articulations des lettres, en même temps qu’à tracer les signes qui représentent ces articulations et ces sons — n’est pas nouvelle en Europe. On a coutume d’en attribuer l’introduction à l’un de nos contemporains, à feu le docteur Graser. Mais elle était déjà indiquée au commencement du xvif siècle par le célèbre pédagogue Ratich, de Wilster, en Holstein. Elle est aussi très-nettement prescrite par le règlement scolaire du comté de Waldeck, du 14 février 1704, et, un demi-siècle plus tard, en 1755, elle était connue en France sous le nom de scripto-légie. Toutefois elle tomba peu à peu dans l’oubli, pour faire place à des procédés qui favorisaient davantage la paresse et l’incapacité des éducateurs, ou à un empjrisme aussi fastidieux que peu rationnel. Ressuscitée de nos jours par Graser et perfectionnée par quelques-uns des successeurs de cet émineîit pédagogue, elle rentra dans le domaine de la pratique il y a quelque quarante ans, et aujourd’hui elle prévaut non-seulement dans tous les pays de langue allemande, mais encore dans les Etats Scandinaves, c’est-à-dire dans toutes les contrées où l’instruction populaire a fait le plus de progrès.

Cette méthode fut introduite en Belgique dès la première

organisation de notre enseignement normal, et l’honneiir de cette initroduction est'dû à M. Braun, professeur de pédagogie eU de méthodologie à Nivelles, qui l’appliqua, le premier,- à la lecture française élémentaire. Depuis ce moment, elle se propagea graduellement dans nos écoles primaires, si bien qu’elle l’emporte aujourd’hui sur tout autre procédé. Et cela devait être. En effet, comme s’exprimait, ilya quelques années, un de nos recueils pédagogiques les plus estimes, le Progrès, « elle repose sur la nature » même des choses : la lecture, l’écriture et la langue ou w l’orthographe sont des auxiliaires naturels l’une de l’autre, » puisqu’elles se proposent un but unique, la communication » écrite des pensées ; elle développe simultanément un plus » grand nombre de facultés : l’attention, l’imagination, le » jugement, l’œil et la main ; elle hâte les progrès de » l’élève, qui apprend plusieurs choses à la fois et qui » parvient plus facilement à les mieux connaître ; elle rend 5? les leçons moins monotones, plus attrayantes par la » variété quelle y introduit; enfin, elle favorise convenaw blement la discipline de l’école et l’économie du temps en tenant tous les élèves occupés et en permettant à l’insti- » tuteur de mieux distribuer ses moments et ses soins » entre les différentes divisions dont se compose sa classe.

Ces divers avantages nous expliquent la faveur avec laquelle elle a été accueillie en Belgique dès le moment de sa première apparition parmi nous. Ils nous expliquent aussi pourquoi la plupart de nos hommes d’école l’adoptèrent

comme base des nombreux ouvrages que nous avons vus paraître depuis quelques années sur renseignement simultané de la lecture, de l’écriture et de l’orthographe, mais qui sont, en général, des reproductions plus ou moins perfectionnées, plus ou moins heureusement combinées du travail dont M. le professeur Braun avait fourni le premier type. • •

Parmi les exposants belges qui ont pris part à l’exhibition du XXVP groupe, il en est six qui ont produit des livres de ce genre, à savoir : M. Arens (n"" 479 du catalogue belge); MM. Damas et Hubert, instituteurs dans la province de Namur (rP 493); M. Lonay, instituteur à Liège (n"^ 520); M. Snykers, instituteur dans la même ville (n"* 532); M. Robyns, inspecteur cantonal dans la province de Limbourg (n° 531); M. Vercamer, inspecteur cantonal dans la Flandre orientale (n*’ 538).

Quelques-uns d’entre ces livres ont vivement attiré l’attention du jury international, non-seulement à cause de la clarté méthodique qu’ils présentent, mais encore parce qu’ils étaient les seuls de ce genre que l’Exposition universelle possédât pour l’enseignement de la lecture française. Un d’entre eux, V Enseignement simultané de la lecture et de t écriture, par M. Lonay, a été honoré d’un diplôme de mérite.

Je ne doute pas que d’autres encore n’eussent obtenu une distinction semblable si le temps, si avarement mesuré au jury pour apprécier le nombre considérable de livres de

toute espèce qu’il avait à juger, lui avait permis d’examiner en détail et de comparer entre eux les différents ouvrages qui ont été écrits, par les auteurs cités plus haut, sur l’enseignement simultané de la lecture élémentaire et de l’écriture.

Parmi les livres de lecture proprement dits que contenait le compartiment belge, il en est un qui a sollicité l’attention du jury d’une manière toute particulière : c’est celui de M. Van Hollebeke, professeur de rhétorique française à l’athénée royal de Liège. Cet ouvrage est certainement, pour le fond comme pour l’ordonnance et pour la forme, l’un des meilleurs que l’on possède en ce genre. Aussi plusieurs membres du jury eussent-ils volontiers accordé à cette production la médaille, de mérite si l’auteur l’avait exposée lui-même. Malheureusement pour lui, elle faisait partie de l’exposition de son éditeur, M. Wesmael-Charlier, et l’on ne pouvait donner aucune distinction à un éditeur pour le mérite d’un travail dont il s’était borné à soigner la publication.

, Mais s’il est fâcheux que M. Van Hollebeke n’ait pas reçu la récompense à laquelle son excellent ouvrage avait des droits incontestés, il résulte au moins pour lui, du fait même de la présence de ses volumes à l’Exposition de Vienne, que ceux-ci ont acquis une évidente notoriété et que plusieurs membres du jury, notamment celui qui représentait officiellement la Hongrie, m’ont prié de demander à l’auteur l’autorisation de traduire son livre de lecture dans la langue de leur pays.

De la lecture, je passe à la calligraphie, quoiqu’il faille distinguer entre l’écriture et la calligraphie proprement dite.

L’enfant apprend à écrire, c’est-à-dire à tracer les lettres, tout en apprenant à lire, selon la méthode qui vient d’être indiquée. Mais il les trace sur l’ardoise avec la touche, à mesure que l’instituteur les trace sur le tableau noir avec la craie. Plus tard commence le rôle de la calligraphie usuelle, et l’élève est exercé à écrire sur le papier d’après des modèles gradués et disposés méthodiquement, réunissant la clarté et la solidité à l’élégance des formes, et n’exigeant de la main que les mouvements les plus naturels et les moins compliqués.

Cinq exposants belges ont fourni à l’Exposition des méthodes de calligraphie; ce sont; M. Braun, professeur de méthodologie à Nivelles (iP 484); M. Baujot, calligraphe de la maison du Roi (n® 480); M. P. Callewaert, à Bruxelles (iP 486) ; M. Lory-Delaet, calligraphe à Bruxelles (iP 521) ; M. Robyns, inspecteur cantonal de l’enseignement primaire, à Gelinden (rP 531), et M. Vercamer, inspecteur cantonal à Saint-Nicolas, dans la Flandre orientale K 538). -

Parmi ces méthodes, il en est une que le jury a particulièrement distinguée et à laquelle il a décerné la médaille de mérite: c’est \e Système complet dehelle écydture commerciale, par M. P. Callewaert.

La section spéciale du jury qui s’est occupée de l’examen

de ce cours, l’a regardé comme une méthode réellement scientifique, qui, combinée d’après des principes fixes et basés sur les mouvements les plus faciles et les plus naturels de la main, justifie à la fois les proportions absolues et les proportions relatives des différents genres d’écriture, tels que l’expédiée, dite anglaise, la cursive latine, la cursive allemande, la bâtarde, la coulée, la ronde française, la gothique et même l’écriture grecque. En réalité, le cours est double : une partie s’occupe de l’écriture sur l’ardoise, et l’autre de l’écriture sur le papier. Dans la première, l’auteur établit le rapport requis entre les proportions de l’écriture tracée sur l’ardoise et les proportions de l’écriture tracée sur le tableau noir. 11 démontre ce qu’on doit, entendre par écrire. Il enseigne graduellement les minuscules et les majuscules, dans l’ordre successif de la dérivation de leurs éléments. Il donne la manière la plus simple de faire remarquer à l’élève les parties communes des lettres apparentées. Enfin, il indique, au moyen des lignes et des points de repère tracés dans l’ardoise, la pente et l’angle de l’écriture, la distance des pleins ou la largeur, l’étendue des liaisons depuis le point où elles commencent jusqu’au point où elles se terminent, l’étendue des pleins et des tournants des lettres à jambages simples ou à jambages bouclés, la hauteur et la largeur des lettres en gros et en moyen. A l’aide du même tracé, l’enfant est toujours en mesure de contrôler sonpropre travail, et l’instituteur de proportionner les difficultés à vaincre à l’aptitude de l’élève, en indiquant simplement les

lignes entre lesquelles celui-ci doit écrire. Ces différentes lignes, réduisant trois fois la taille des lettres, ménagent la transition du gros au moyen. Dans le cours d’écriture sur le papier, le système de M. Galle waert est une rigoureuse application des principes méthodologiques généralement adoptés. Former l’œil et, par lui, la main, voilà toute sa méthode. C’est l’image d’une lettre acquise par la vue, que la main s’exerce à reproduire. Aussi bien la première condition nécessaire pour bien écrire, c’est une intuition forte, exacte et complète des formes à tracer. La seconde condition, c’est un exercice suffisant de la main, toujours accompagné d’efforts pour rendre d’une manière de plus en plus parfaite les formes observées. Sans cette observation préalable, la main est sans guide, l’effort sans but déterminé. Sans exercice, elle est impuissante à se conformer et* à obéir à cette impulsion intérieure. Pour mettre ce système en pratique, l’auteur se sert de tous les moyens qu’offre la matière dont il a fait sa spécialité. Ainsi, par le tracé des lettres et des lignes, il aide l’élève autant qu’il est nécessaire et lui donne le moyen d’apprécier son propre travail pendant l’exécution même. Ainsi encore, par la disposition des exercices qu’il propose, il conduit insensiblement, les élèves à l’écriture ordinaire et il entretient leur zèle en leur offrant un nouveau modèle à chaque feuillet de ses cahiers, tout en les occupant de l’étude d’une même famille de lettres, disposition qui est toujours en rapport avec les progrès qu’on peut attendre d’eux.

Ce procédé semble aussi rationnel que sûr et facile, les exercices étant gradués de manière à conduire insensiblement l’enfant de run à l’autre, toutes les difficultés étant aplanies par renchaînement logique des matières et tout moyen étranger, comme tout exercice inutile ou superflu, étant laissé de côté.

Telle a été l’appréciation de la section spécialement chargée de l’examen des méthodes de calligraphie, et les conclusions auxquelles elle a donné lieu ont été adoptées par le jury, qui a décerné, ainsi qu’il a été dit, la médaille de mérite à M. P. Callewaert.

Trois Belges ont produit à Vienne' des appareils destinés à faciliter, au moyen de l’intuition, l’enseignement de l’arithmétique. Ces appareils sont : l’arithmomètre de M. Arens, de Namur (n° 479); celui de M„ Pétry, directeur de V l’école moyenne de l’Etat, à Mons (n"* 591), et l’arithmomètre métrique deM. Martinet, instituteur communal à Nismes, dans la province de Namur (n° 523).

L’appareil de M. Martinet est aussi simple qu’ingénieux. Il se compose de mille petits cubes d’un centimètre de côté. Trente d’entre eux sont isolés. Les neuf cent soixante-dix autres sont réunis en différents groupes formant quarantedeux pièces. Il y a dix pièces de deux cubes, dix pièces de cinq cubes, treize pièces de dix cubes réunis en forme de réglettes, une pièce de vingt cubes, une pièce de cinquante cubes et enfin sept pièces de cent cubes réunis en manière de planchettes. L’appareil se complète par quatre râteliers

dans lesquels lion-seulement les cubes isolés, mais encore la plupart des groupes de cubes peuvent être embrochés, de manière à constituer, lorsqu’ils sont tous réunis, le décimètre cube. On comprend sans peine quelle puissance d’intuition cet appareil met au service de l’instituteur pour enseigner aux enfants et pour leur faire comprendre d’une façon en quelque sorte matérielle les principes de la numération, la composition et la décomposition des nombres, les quatre opérations fondamentales de l’arithmétique, les fractions décimales, la formation du carré et du cube des nombres, l’extraction de leurs racines, la base et la génération des mesures métriques, etc., etc.

Certes, l’appareil de M. Martinet méritait de fixer l’attention du jury; mais malheureusement il ne présente pas un aspect qui attire et qui arrête l’oeil. Construit naïvement en petites pièces de bois blanc coupées à la scie et percées de trous ronds, d’où il résulte qu’elles tournent sur elles-mêmes quand on les embroche dans les tiges de fer des râteliers, rondes aussi, et quelles ne forment pas du premier coup un cube composé ni un parallélipipède exact, — il n’offre aucune apparence extérieure. A la vérité, ce n’est là qu’une imperfection d’exécution matérielle, à laquelle probablement les ressources du modeste et méritant instituteur de Nismes ne lui ont pas permis de remédier. Toutefois cette imperfection extérieure a porté quelque préjudice à l’ingénieux inventeur. La section du jury, spécialement chargée de l’examen des appareils propres à faciliter l’enseignement de l’arithmé-

tique n’a prêté à celui de M. Martinet qu’une attention secondaire, objectant, en outre, que, s’il pouvait être d’un emploi utile devant un groupe restreint d’enfants, il n’en serait pas de même dans une classe d’élèves très-nombreuse, à cause de l’exiguïté des pièces dont il se compose.

L’arithmomètre de M. Pétry est formé d’un cadre divisé en trois zones distinctes. Dans celle d’en bas est adaptée un boulier-compteur ordinaire. Celle du milieu est uti petit tableau noir. Et celle d’en haut, à claire-voie, est divisée en neuf compartiments, dans chacun desquels est fixée une tige de fer verticale, où peuvent s’embrocher les boules servant au calcul. Ces neuf compartiments sont partagés en trois sections, dont chacune est destinée à recevoir, sur les trois broches quelle contient, les boules qui figurent chacun des trois ordres d’unités, soit de la première, soit de la deuxième, soit de la troisième classe. Cette partie supérieure est mobile et peut se retourner de manière à présenter, à gauche, la première classe d’unités décuples, et, à droite, les deux premières classes d’unités sous-décuples, séparées de la première par la virgule décimale. Sur la planchette noire, ménagée immédiatement au-dessous de. la zone supérieure, on peut écrire le nombre formé ou à former sur les broches.

Cet appareil, tout simple qu’il paraît être au premier aspect, constitue un très-notable perfectionnement à l’ancien boulier-compteur. Il a surtout l’avantage de rendre aussi intuitif que possible l’enseignement de l’arithmétique et se

prête avec une €‘gale facilité aux exercices les plus divers de calcul mental, de calcul parlé et de calcul chiffré, soit sur les nombres entiers, soit sur les fractions décimales.

Cet avantage a été reconnu par le jury, qui a décerné à raritlimomètre de M. Pétry une médaille de mérite.

Une récompense semblable a été proposée d’abord pour 1 arithmomètre de M. Arens, qui se compose des mêmes éléments que celui de M. Pétry, sauf que les broches servant à recevoir les boules qui figurent, dans l’appareil de ce dernier, les trois ordres d’unités des trois premières classes, sont remplacées, dans celui de M. Arens, par une planche verticale percée de neuf colonnes de trous dans lesquels on peut engager des chevilles de bois pour marquer les unités de chaque ordre et de chaque classe. 11 présente même un complément qui en augmente encore la valeur : c’est que le cadre dans lequel il est enfermé forme un carré dont chaque côté mesure exactement un mètre et sur lequel les sousdivisions du mètre en décimètres et en centimètres se trouvent indiquées. En outre, l’appareil est garni, par derrière, d’un mécanisme qui peut se déployer et qui, étant ouvert, constitue le squelette d’un mètre cube ; de manière qu’il offre un élément d’intuition de plus qu’aucun des instruments analogues. Seulement le jury a pensé que la partie de l’appareil destinée à prendre la forme du mètre cube est beaucoup trop fragile pour résister à un maniement quelque peu fréquent : sans ce défaut, il aurait placé fort probablement l’arithmomètre de M. Arens au même rang que celui de M. Pétry.

Pour la géographie, un seul homme d’école belge s’est présenté dans la lice ; c’est M/ Gochet, sous-directeur de l’école normale de Carlsbourg.il est connu depuis longtemps par la solidité de ses connaissances géographiques et surtout par le zèle avec lequel il n’a, cessé de les mettre à la disposition de l’enseignement primaire. Il a le mérite d’avoir été le premier qui ait publié, en langue française, une carte hypsométrique murale de la Belgique et une autre de l’Europe. Toutes deux sont employées dansi nos écoles communales, et la seconde a même acquis droit de cité en France. En effet, le Ministre de la Marine l’ayant fait mettre à l'essai, vers la fin du mois d’octobre 1872, dans les classes du vaisseau-école le Louis XIV et dans deux autres écoles élémentaires de la flotte française, il fut reconnu, après six mois, quelle était exceptionnellement utile, et l’emploi en fut officiellement prescrit dans tous les établissements d’instruction du même genre.

Outre ces cartes, M. Gochet a produit à l’Exposition universelle : 1° un relief-type en plâtre colorié, contenant un exemple de plus de soixante accidents géographiques et destiné à faire comprendre aux élèves les premières définitions de la géographie, en leur présentant une image aussi fidèle que possible des accidents qu’ils ne peuvent voir autour d’eux dans la nature ; 2"" un petit relief hypsométrique en plâtre, submersible et propre à faire comprendre aux enfants le système des courbes de niveau et des couleurs conventionnelles employées pour la représentation des hauteurs dans

la carte de l’Europe; 3° une série d’ouvrages destinés à l’enseignement de la géographie élémentaire; 4® un tableaucarte en toile cirée, qui est une invention toute nouvelle de M. Gochet et qui peut être, dans l’école, un puissant auxiliaire pour les exercices cartographiques En effet, quand '■finstitutenr veut faire hure des exercices semblables par se's élèves, il doit tracer lui-même à la craie, sur le tableau noir et dans un réseau de carrés, soit les contours d’une province, soit ceux d’un pays, avec l’indication des cours d’eau, des canaux, des chemins de fer, et, à mesure qu’il les dessine, les élèves les reproduisent avec la touche sur leur ardoise. Or, il est impossible qu’il trace de mémoire un dessin tout à fait exact, et, par conséquent, il habitue les enfants à construire des cartes plus incorrectes encore. Aussi M. Gochet a-t-il conçu l’idée ingénieuse de . faire un tableau en toile cirée noire et mate, où se trouvent dessinées, en lignes rouges et très-fmes, d’un côté, la carte de la Belgique et, de l’autre côté, la carte de l’Europe. Ces lignes, que l’œil ne saurait distinguer à une certaine distance, l’instituteur n’a qu’à les repasser lentement à la craie pour avoir l’air de construire lui-même un dessin rigoureusement correct, afin de le faire reproduire par les élèves aussi exactement que possible.

Qu’il me soit permis d’ajouter que, pendant l’Exposition universelle, un éditeur autrichien a imité ce tableau-carte en l’appropriant à son pays et l’a produit devant le public comme sa propre invention. En France aussi, un auteur de cartes géographiques a cherché à s’approprier l’idée du cartographe belge.

L’ensemble des travaux de M. Gochet a été honoré d’une médaille de mérite^ quoique ses cartes — il faut bien le dire — ne présentent, ni sous le rapport de la gravure, ni sous le rapport du coloriage, l’aspect ^ qu’offrent celles qui se publient en Allemagne, nos éditeurs n’étant pas suffisamment outillés pour fournir des productions semblables.

En revanche, nous pouvons mentionner, non sans une vive satisfaction, les belles cartes fragmentaires présentées à l’Exposition par le Dépôt de la guerre, à Bruxelles. Elles réunissent à l’exactitude et* à la clarté le mérite d’une très-belle exécution. Construites de manière à indiquer jusqu’à la moindre courbe de niveau et reproduites d’après les procédés les plus récents et les plus sûrs, elles ont été souvent admirées, et, si je ne me trompe, elles ont servi de type au corps d’état-major suisse, qui s’occupe, en ce moment, de refaire la grande carte du général Dufour. Aussi le Jury les a-t-il jugées dignes d’une médaille de progrès.

Mais c’est particulièrement par’ le nombre des méthodes pour l’enseignement du dessin dans les écoles primaires, dans les écoles d’adultes et dans les écoles industrielles ou spéciales, que l’exposition belge s’est distinguée à Vienne.

Dans cette section, ont figuré les ouvrages suivants :

P Traité de perspective et méthode d'enseignement, par M. Bossuet, professeur du cours de perspective à l’Académie des beaux-arts de Bruxelles (n° 483) ;

2" Verzameling der overblijfsels onzer nationale kunst

der tôt de eeuw, par M. Colinet, sculpteur, et

M. Loran, architecte (n° 490) ;

S"" Cours de projections, exposé comme méthode et rédigé au point de vue de la science du dessin industriel, par M. Piron, directeur de l’école normale de Carlshourg (n« 500) ;

4^" Cours classique d'architecture, à l’usage des académies et des écoles d’architecture, par M. Laureys (n® 517);

5® Cours méthodique, intuitif et raisonné de dessin usuel, à main libre et à Vaide d'instruments, basé sur les principes de la géométrie élémentaire et de ï ornement, comprenant, outre un grand nombre d’exercices sur les principes, de nombreuses applications à l’industrie et aux arts, par M. Leroy, professeur à l’école normale de Carisbourg (ïC 502) ;

6^ Cours élémentaire de dessin linéaire à vue, basé sur la géométrie, par M. Licot, directeur de l’école de dessin et de modelage, à Nivelles (n^’ 519) ;

7° Doorzichtkunde of perspectief par M. Sunaert, professeur à l’Académie royale de sculpture et d’architecture et à l’école industrielle de Gand (n® 534).

L’abondance relative des ouvrages de ce genre atteste l’importance que l’enseignement du dessin a acquise dans notre pays, où non-seulement les besoins si divers de l’industrie réclament des dessinateurs spéciaux, mais où même le plus humble artisan comprend la nécessité de posséder des notions claires et précises des formes et de s’initier à

l’art de les combiner soit pour les représenter sur le papier, soit pour les réaliser dans les matériaux que sa profession l’appelle à mettre en œuvre. Il y a longtemps que la France apprécie la valeur de cet enseignement populaire, et il en est résulté le bon goût qui distingue, en général, les produits de l’industrie de ce pays. Depuis tantôt vingt ans, l’Angleterre a fait des efforts prodigieux et des sacrifices considérables pour développer dans ses écoles l’étude et la pratique du dessin. L’Allemagne aussi et la plupart des autres contrées de l’Europe sont en voie de progrès, ainsi que l’Exposition viennoise le prouve suffisamment. La Belgique ne saurait rester en arrière, alors que ce mouvement général s’opère chez toutes les nations qui nous avoisinent, et alors surtout que plusieurs grandes Expositions précédentes ont montré qu’elle a encore beaucoup à faire pour donner à ses produits cette élégance de formes à laquelle l’étude intelligente, du dessin peut seule conduire. C’est ce que semblent avoir compris ceux d’entre nos hommes d’école auxquels nous devons les diverses méthodes qui viennent d’être énumérées.

Pour apprécier ces méthodes elles-mêmes, nous avons pris pour point de départ le principe qui a été émis par le congrès de l’enseignement des arts du dessin, institué conformément à l’arrêté royal du 17 mars 1868. Ce congrès pensa que l’enseignement du dessin doit avoir pour base l’étude des •figures géométriques. En effet, parmi les ouvrages qui se sont occupés sérieusement de cette branche

d’instruction populaire, il n’en est guère qui ne se rallient à la même manière de voir, et ils donnent pour raison que tous les dessins de l’art industriel sont composés d’éléments géométriques appuyés sur les projections orthogonales. Tel est l’avis des hommes compétents et des esprits pratiques, et tous ajoutent qu’il n’y a pas de voie plus sûre 'ni plus directe pour arriver à un résultat satisfaisant au triple point de vue du développement intellectuel, de la science du dessin et de la pratique de cet art. Le principe reste vrai et fondé, alors même qu’il n’est question que des premiers éléments du dessin linéaire. Il importe donc de trouver une méthode logique, basée sur les éléments de la géométrie et dont les applications diverses constituent un cours assez simple, mais, en même temps, assez complet pour l’enseignement primaire et pour les classes inférieures des écoles spéciales de dessin. C’est là évidemment ce que plusieurs d’entre les exposants belges qui ont fait partie du XXVP groupe, ont essayé de réaliser.

M. Alvin, membre du jury du XXVP groupe, s’étant réservé de rendre compte de ceux d’entre ces traités qui ont un caractère essentiellement technique ou qui sont destinés à servir à l’enseignement supérieur du dessin, je me bornerai à parler de ceux qui appartiennent au domaine des écoles primaires ou d-es écoles d’adultes.

Dans cette dernière catégorie, se présente d’abord le cours de M. A. Leroy (n° 502), sur lequel il n%st guère pos- ‘sible de porter un jugement définitif, attendu qu’il est divisé

en trois parties et que la première seule a été présentée complète à l’Exposition de Vienne, outre cinquante feuilles murales reproduisant en grand les principaux exercices à proposer aux élèves dans les autres parties du cours. Cependant l’auteur annonce que ce cours constituera une méthode réelle; que son but est de conduire graduellement aux applications de l’art du dessin linéaire industriel (architecture, ornement, paysage et figure); que tout son système est basé sur les principes de la géométrie élémentaire, et finalement que les procédés qu’il emploie consistent d’abord en exercices de dessin à vue et à main libre, ensuite en exercices à l’aide d’instruments. La seule partie complète de ce travail ne traite encore que des lignes et des surfaces planes : d’abord des lignes droites, ensuite des lignes courbes,’ et troisièmement des lignes droites et courbes, avec applications diverses au dessin linéaire, au dessin industriel et au dessin ornemental. Sans rien préjuger au sujet du développement méthodique que l’auteur donnera aux sections suivantes de son cours, on peut s’attendre à trouver, dans son travail complet, une véritable méthode, autant pour l’ordoUnance et pour renchaînement rationnel des exercices, que pour la convenance, la multiplicité, l’utilité pratique et la variété des applications. La partie terminée de cet ouvrage n’a pu manquer d’attirer l’attention du jury; mais celui-ci n’a pu se prononcer complètement sur le mérite d’ensemble de l’œuvre d’après un simple fragment, si logiquement conçu qu’il parût être d’ailleurs,

bien qu’il nous semble contenir tout ce que l’on peut enseigner, en matière de dessin, aux élèves de nos écoles primaires.

Le cours élémentaire de M. Licot (n° 519) est également basé sur la géométrie. Ouvrage d’un homme éclairé par une longue pratique de l’enseignement du dessin, il est conçu sur un plan qui présente quelque analogie avec celui que s’est tracé M. Leroy. 11 se compose de deux parties, l’une théorique, l’autre pratique. Celle-ci est beaucoup plus considérable que celle-là. Elle se compose de cinquante-deux planches in-folio qui, toutes fort bien dessinées, offrent l’avantage de pouvoir être vues à distance et présentent une suite graduée d’exercices dont un maître habile peut se servir utilement, soit dans l’école- primaire, soit dans l’école d’adultes, pour initier l’œil des élèves à la connaissance des formes et leur main à l’art de les retracer.

Un diplôme de mérite a été décerné à ce travail.

Mais une méthode qui a plus particulièrement préoccupé le jury, c’est le cours de projections exposé, sous le n° 500, par M. Piron, directeur de l’école normale de-Carlsbourg. Il se compose de six catégories ou sections, savoir : V nonante-cinq cartons, qui constituent une méthode intuitive de projections par plans mobiles, comprenant les projections des lignes et des surfaces contenues dans ces plans et les projections des solides réguliers et irréguliers, reposant en réalité, d’une manière quelconque, sur les mêmes plans; 2° nonante-huit feuilles, contenant cent quatre-vingt-quinze

épures, avec solides en regard et embrassant les projections du point, des lignes, des surfaces contenues dans un plan quelconque; les projections des solides réguliers et irréguliers reposant, d’une manière quelconque, sur un plan quelconque ; le développement de la surface des solides et des intersections, le rabattement des sections en vraie grandeur, la pénétration des solides et l’intersection de leurs surfaces, le développement de la surface de ces solides et de leur intersection, le rabattement des lignes d’intersection ; 3° quarante-quatre feuilles, contenant quatrevingts épures et destinées à servir à l’étude des projections par la méthode simultanée ; 4° quarante-quatre dessins, exécutés d’après la méthode des projections et appliqués à la menuiserie,, à la charpenterie, à la coupe des pierres, à la mécanique, à l’architecture; ces dessins sont accompagnés des objets en nature ; 5® dix-huit modèles en bois pour l’intelligence de la coupe des pierres, avec dessins en regard, et 6“ une collection de soixante figures de géométrie, construites en zinc sur les patrons fournis par l’auteur de la méthode à M. Jules Bister, ouvrier zingueur à Namur.

Ën considérant dans son ensemble ce cours de projections, nous ne pouvons douter qu’il ne soit destiné à faire suite au cours méthodique de dessin usuel de M. Leroy, dont le jury de Vienn.e a eu sous les yeux la première partie seulement et sur lequel il n’a pas cru pouvoir se prononcer, bien qu’il ne fût pas difficile de reconnaître et par les indi-

cations que l’auteur donne lui-même, dans le catalogue, au sujet des deux autres parties, et par les cinquante feuilles murales qui s’y rapportent et qui figuraient, dans l’exposition belge, quelle marche il se propose de suivre. Quoi qu’il en soit, il nous semble évident que les élèves, après avoir passé par le cours élémentaire, doivent pouvoir entreprendre le cours de dessin industriel proprement dit, lequel, ayant un caractère plus scientifique, doit être traité d’après la méthode des projections. En effet, les projections ont pour objet de faire connaître, par des figures planes, les dimensions réelles des corps et de dessiner ceux-ci sur plusieurs plans de manière à pouvoir être exécutés ou reproduits avec précision dans les proportions voulues. Inutile de dire que, par corps, il faut entendre non-seulement les figures de géométrie, mais encore toutes les pièces d’un meuble, d’une charpente, d’un ustensile, d’une machine, etc. Il n’y a que la méthode des projections qui puisse fournir le moyen de tracer, — sur une surface plane, à l’aide de plusieurs figures appelées plan, élévation, coupe, profil, — la représentation exacte des objets, de l’ensemble d’une construction et les détails de chacune de ses parties. De sorte que l’ouvrier ou l’artisan chargé de l’exécution d’un travail trouve dans le dessin, les diverses parties de l’objet mathématiquement déterminées de position, de forme et de dimension.

Les plans des ingénieurs, ceux des conducteurs des ponts et chaussées, ceux des architectes sont tous basés, dans leur

ensemble comme dans leurs détails, sur la méthode des projections, la seule logique dans ses principes et dans ses applications aux arts industriels. C’est la méthode recommandée par l’illustre créateur de la géométrie descriptive, Monge, par Olivier et par tous les hommes éminents qui ont le plus sérieusement étudié le dessin géométrique dans sa théorie aussi bien que dans ses applications pratiques. C’est la seule capable de donner des régies certaines et basées sur la science et d’initier les jeunes gens à une étude qui doit leur être d’un usage journalier dans leur carrière industrielle, quelle qu’elle soit. D’ailleurs, elle est non-seulement la plus rationnelle, mais encore la plus facile et la seule qui puisse développer les facultés intellectuelles et inspirer aux jeunes gens du goût pour l’étude du dessin. Les ouvriers dont la profession se rattache directement aux constructions, tels que les menuisiers, les charpentiers, les serruriers, les mécaniciens* les maçons, les tailleurs de pierre, etc., ne travaillent presque jamais que d’après des dessins faits suivant la méthode des projections. Pour eux, la connaissance du dessin géométrique, basé sur les projections orthogonales, est donc indispensable au triple point de vue d’une bonne exécution* de l’économie de temps et de l’économie de matière, — trois avantages éminemment précieux autant pour l’ouvrier que pour le maître. La confection d’un grand nombre d’objets d’un usage journalier repose sur la meme théorie et sur le tracé de la surface des corps, qui en est une partie.

C’est ainsi que tous les artisans qui travaillent les matières en feuilles, telles que le carton, lé cuir, le fer-blanc, le zinc, le plomb, le cuivre, la tôle, etc., recueilleront le bénéfice d’une exécution facile, prompte et précise s’ils ont étudié le dessin d’après de bons principes. Enfin, la connaissance de la méthode des projections n’est pas moins nécessaire aux constructeurs, aux surveillants de travaux et même aux professeurs de mécanique, de chimie et de physique, qui doivent fréquemment tracer au tableau noir des coupes horizontales et verticales des machines ou des instruments qu’ils ont à faire connaître à leurs élèves. A l’indication de ces avantages, tous également incontestables, ajoutons encore que l’homme qui sait dessiner avec intelligence juge mieux de tout ce qui frappe ses yeux. Tout est pour lui objet de comparaison, et c’est ainsi qu’il s’habitue à voir juste et même à voir en beau, comme disent les artistes.

C’est évidemment des considérations qui précèdent que l’auteur de la méthode des projections s’est inspiré.

Ce qui, du reste, prouve l’importance et la sûreté dé cette méthode, ce sont les centaines d’épures et la solution graphique de plusieurs centaines de problèmes que les jeunes élèves de l’établissement de Ca^lsbourg ont présentés à l’Exposition de Vienne. Ce qui en prouve plus clairement encore la valeur pratique, c’est la collection de figures géométriques qu’un simple, mais intelligent ouvrier namurois, M. Bister, a construites en zinc et qu’il a jointes aux dessins d’après lesquels il a travaillé.

Aussi bien le procédé que suit l’auteur de cette méthode doit nécessairement amener des résultats aussi prompts que certains. Afin de la rendre aussi intuitive que possible, il a traduit les problèmes de l’espace par des plans mobiles, ce qui lui permet de faire voir d’un seul coup d’œil la position des plans, leur tracé, leurs intersections, leur rabattement, l’horizontale du plan et ses projections, les lignes projetantes de l’espace et leurs correspondantes, sur les plans fixes et, par là, de faire conclure sans peine à la projection des lignes, des surfaces et des solides. Concevoir le problème de l’espace et l’abattre sur une surface plane pour le traiter ensuite par les procédés de la géométrie élémentaire,* telle est la question résolue par l’auteur; car, de l’avis de tons les hommes compétents, cette première difiScLilté est la plus grande à vaincre par les commençants. Pour compléter son procédé, l’auteur a joint à son système de plans mobiles toute une collection de grandes feuilles murales pour l’étude des projections par la méthode simultanée. Le but de ces feuilles murales est de faire voir à une classe tout entière d’élèves l’ensemble et les détails d’une épure et d’indiquer, à l’aide des plans et des lignes projetantes, la manière d’opérer. L*e professeur peut se contenter de tracer les principaux traits sur le tableau noir et de recourir aux feuilles murales pour les détails. Il résulte de ce procédé une notable économie de temps, par la raison que le professeur n’est pas obligé de terminer lui-même tous les détails de l’épure.

Un complément précieux du cours de M. Piron, c’est une collection de plus de deux cents figures géométriques en bois, en carton, en plâtre, en zinc ou en fil de fer, les unes se rapportant à la menuiserie ou à la charpenterie, les autres à la mécanique ou à l’architecture, mais le plus grand nombre à la coupe des pierres, aux pénétrations des corps et au développement de la surface dès solides, trois parties très-importantes dans la pratique des arts industriels. Chacune de ces figures étant mise en regard de l’épure qui la concerne, on voit clairement le but que l’auteur se propose d’atteindre : l’objet étant donné en nature et placé dans une position quelconque, en faire exécuter le dessin, et, réciproquement, le dessin étant donné , faire construire exactement l’objet d’après une échelle déterminée, résultat final auquel l’enseignement du dessin industriel doit s’efibrcer de conduire l’ouvrier.

Si j’ai cru devoir entrer dans quelques détails, un peu trop développés peut-être, sur le cours de projections de M. Piron et sur la méthode présentée par l’auteur, c’est à cause de la grande importance que ce travail peut avoir pour la formation intellectuelle de nos ouvriers. Du reste, le jury en a unanimement apprécié la valeur en y décernant la médaille de progrès.

Deux exposants belges ont produit des sériés de figures géométriques destinées à l’enseignement : ce sont : M.Bister, zingueur à Namur (n^ 48P‘®), et M. Stroesser, professeur de mathématiques à Bruxelles (n°533).

La collection deM. Bister se compose de soixante figures exécutées en zinc. Elle se recommande autant par l’exactitude des formes que par l’extrême modicité du prix. Seulement elle ne forme pas plus un système régulier et' gradué quelle n’a la prétention de servir a un enseignement progressif de la géométrie dans l’espace. C’est une suite de polyèdres réguliers, de solides irréguliers et de pénétrations, • destinés à accompagner, comme moyen d’intuition, un certain nombre d’entre les épures qui font partie du cours de projections exposé par M. Piron. Comme tels, ils sont d’une incontestable utilité.

La collection de M. Slroesser forme plusieurs suites, disposées dans un ordre plus directement scientifique et plus indépendant, si nous pouvons nous exprimer de la sorte.

On a souvent cherché à faciliter la démonstration des théorèmes de la géométrie solide par quelque moyen autre que la représentation graphique des polyèdres, celle-ci étant toujours un peu défectueuse parce qu’elle ne permet guère de saisir nettement la forme des corps, ni de discerner la véritable position des lignes auxiliaires.

Nous nous souvenons d’avoir vu, dans le compartiment russe, à l’Exposition universelle de Paris, en 1867, une série de figures géométriques composées de lames de verre et destinées à l’enseignement élémentaire de la géométrie dans l’espace. Les diamètres intérieurs étaient figurés par des fils de soie, de manière que l’œil pouvait voir distinctement ce qui se passe dans l’intérieur d’un corps quand il

s’agit de démontrer intuitivement soit la génération, soit la décomposition des polyèdres.

C’est une idée à peu près analogue que M. Stroesser a entrepris de réaliser et qui lui a déjà valu une mention honorable à l’Exposition de méthodes, de modèles et d’autres objets* nécessaires à renseignement des arts graphiques et plastiques, organisée à Bruxelles dans le courant de l’année 1868, et plus tard, en 1871, un diplôme à Londres.

Il a judicieusement imaginé de représenter les corps géométriques par leurs arêtes en til métallique, et sa collection se divise en plusieurs séries distinctes. La première, construite spécialement pour l’étude privée de la géométrie solide et pour des cours peu nombreux d’élèves, compte quarante à cinquante figures et comprend toutes celles qui sont nécessaires à l’étude et à l’enseignement de cette science. La même, reproduite en plus grand système pour des cours plus nombreux, se compose d’une trentaine de pièces, quelques figures se trouvant réunies ensemble, et elle se complète par les cinq polyèdres réguliers et les quatre polyèdres d’ordre supérieur. La deuxième série, également construite en grand et en petit système, se rapporte à la cristallographie, et chacune des figures dont elle se compose est disposée de manière que l’on peut aisément constater sa forme avec ses axes, son développement et son achèvement naturel, chacune de ses transformations étant indiquée par une couleur spéciale du fil métallique. L’intelligent constructeur ne s’est pas borné là : il a produit aussi

une. suite de figures et de tableaux servant à l’enseignement de la trigonométrie, du dessin graphique et de la. perspective, outre un procédé servant à faciliter la construction des cadrans solaires et même un petit globe terrestre.

Il n’y a pas de doute que les collections de figures métalliques dont il vient d’être parlé ne soient appelées à rendre un véritable service à l’enseignement de la géométrie solide et des sciences qui s’y rattachent directement. Aussi, quoique le principe même de ces constructions paraisse déjà connu en Allemagne (car on a pu remarquer, dans le compartiment autrichien de l’Exposition universelle, une série de figures semblables se rapportant à la cristallographie et désignées au catalogue spécial de l’Autriche sous le n° 186), le jury a conféré à M. Stroesser un diplôme de mérite.

D’après un principe admis dans la pédagogie allemande, surtout depuis Pestalozzi, on ne saurait habituer de trop bonne heure les enfants à voir juste et à se familiariser avec la connaissance des formes géométriques et avec l’art de les combiner entre elles. De là tous ces exercices élémentaires que, plus tard, Froebel a introduits dans la série de ses dons. De là aussi ces boîtes de constructions si nombreuses et si variées, que l’industrie de Nuremberg a produites sous forme de jeux destinés au jeune âge.

Un exposant belge, M. Thyes, ancien professeur de dessin à l’Athénée royal d’Arlon, a présenté à l’Exposition de Vienne un petit volume qui se rattache étroitement à ce genre de jouets à la fois amusants et sérieux et qui est inti-

tulé : Guide méthodique pour les jeux de construction à l'aide du prisme et du cube. L’ouvrage est accompagné d’une petite collection de cubes, de prismes triangulaires et de prismes quadrangulaires de diverses longueurs, à laide desquels l’enfant peut s’exercer, tout en s’amusant, à construire une infinité d’objets et de figures d’une variété presque infinie. Cet intéressant travail constitue une véritable étude préliminaire du dessin linéaire pratique à vue. Nous avons cru devoir le mentionner ici, ne fût-ce que pour constater que, en Belgique aussi, des hommes sérieux s’appliquent à produire d’ingénieuses combinaisons dans lesquelles l’instruction s’associe à l’amusement des enfants.

Si brusque que la transition puisse paraître au premier aspect, on me permettra de passer à la musique, art dont fa partie technique relève, sous un certain rapport, de la science du calcul. M. Charles Meerens, de Bruxelles, a présenté à Vienne, sous le n"" 525, un travail intitulé : Le diapason et la notation musicale simplifiés. Dans cette brochure, l’auteur établit d’abord la nécessité et la possibilité d’introduire un diapason rationnel et uniforme; car, depuis que la France a fixé l’étalon sonore de 1858, il existe, quant au diapason, une divergence fâcheuse et souvent préjudiciable à l’art musical non- seulement entre les différentes contrées de l’Europe, mais parfois entre les orchestres des différentes villes d’un même pays. M. Meerens propose ensuite une simplification essentielle dans la notation musicale, consistant à substituer au système des clefs — qui, déjà

si compliqué, bien qu’il n’embrasse encore que l’échelle de sept octaves actuellement arrêtée, doit nécessairement se compliquer bien davantage à mesure que Ta fabrication des instruments de musique en viendra, peut-être unjour, à embrasser l’échelle totale des onze octaves de sons appréciables par l’oreille humaine — un système de clefs numériques ou de chiffres servant à indiquer le degré de l’octave auquel appartient le passage ou le morceau qui en est armé. Ce mémoire, peu développé, mais intéressant par les raisons solides que l’auteur apporte à l’appui de sa double thèse, a été honoré d’un diplôme de mérite, sur un rapport fait par un savant spécialiste. Don Emilio Arrieta, directeur de l’école nationale de musique, à Madrid.

Le programme de l’Exposition avait réservé une section particulière à tout ce qui concerne l’éducation et l’instruction des sourds-muets et des aveugles, c’est-à-dire non-seulement aux moyens et aux procédés employés pour former leur cœur et pour éclairer leur intelligence, mais encore aux travaux qu’on les exerce à faire et aux ouvrages manuels qu’on leur apprend à exécuter.

Deux établissements belges ont pris part à cette section du concours universel : l’un est l’Institut royal des sourdsmuets et des aveugles i à Schaerbeek lez-Bruxelles (n*' 477); l’autre est l’Institut royal des sourds-muets et des aveugles, à Bruges (ff 481).

Il est à regretter que le premier n’ait pas exposé une partie plus importante des nombreux éléments qu’il aurait pu

montrer comme moyens et comme résultats, au lieude.se borner sobrement à produire quelques spécimens d’écriture au typlograpbe et au pointillé pour la classe des aveugles, et quelques ouvrages pédagogiques destinés à l’enseignement des sourds-muets, notamment un petit volume intitulé l'Articulation, un autre qui constitue un livre de lecture, et un troisième qui traite de l’enseignement simultané, ouvrages qui sont en grande partie des traductions ou des imitations, du reste ingénieusement appropriées à. notre pays et à nos idées, de travaux écrits par des Allemands, particulièrement par M. Hill, directeur de l’Institut normal de Weissenfels, enPrusse. L’Institut dirigé à Bruges par M. Biebuyck a envoyé à Vienne un contingent plus ' considérable. Il a présenté à l’Exposition, d’abord, une série de produits fabriqués par ses pensionnaires, aveugles et consistant en quarante -deux spécimens d’objets de vêtements, d’économie domestique, etc.; ensuite, différents appareils d’enseignement inventés à l’Institut même et exposés pour la nouveauté du procédé : ce sont, notamment, une machine à écrire, ingénieuse modification du typlograpbe déjà connu, ensuite plusieurs intéressants spécimens d’écriture obtenus par ce moyen, une carte géographique en relief et une méthode de musique à l’usage des aveugles. Si la seconde partie de cette exposition témoigne de la sollicitude avec laquelle l’Institut brugeois s’applique à la constante amélioration des procédés qui peuvent servir à accélérer et à compléter l’instruction des infortunés qu’il est chargé de

préparer à la vie active, la première atteste les fructueux résultats qu’il obtient. Cette double importance, le jury l’a voulu reconnaître -par un diplôme de mérite.

Il ne pouvait passer sous silence l’exposition de M. Braun, qui est, depuis 1845, professeur à l’École normale de Nivelles et qui a si puissamment contribué, non-seulement par ses leçons de pédagogie et de méthodologie, mais encore par ses nombreux écrits didactiques et par ses nombreux livres scolaires (n" 484), au progrès des bonnes méthodes en Belgique. Une médaille de mérite lui a été décernée. Une récompense du même degré a été adjugée à M. Robyns, inspecteur cantonal de l’enseignement primaire à Gelinden, pour l’importance méthodologique que présentent quelquesuns d’entre les ouvrages de sa volumineuse collection de livres scolaires (n® 531).

11 est peut-être à regretter que le jury, faute de temps, n’ait pu prendre une connaissance approfondie de plusieurs autres productions méthodologiques ou scolaires fournies par des hommes d’école belges et à choisir parmi celles qui ont été présentées par M. Destexhe, instituteur communal à Modave (n"497); par M. Emond, directeur de l’école communale de Bison (n° 498), par M. Flesch, instituteur communal à Maransart (n" 514), par M. Mathieu, professeur à l’École normale de Carlsbourg (n" 504), et par M. Vercamer, inspecteur cantonal de l’enseignement primaire à Saint-Nicolas (n” 538).

11 faut regretter surtout qu’il n’ait pas eu le loisir d’exa-

miner complètement deux ouvrages éducatifs très-importants t d’abord, les différents traités de gymnastique prophylactique, de M. le cajfftaine Docx, qui, envoyés après l’ouverture officielle de l’Exposition, n’ont pas été mentionnés dans notre catalogue, mais qui n’en ont pas moins été produits à Vienne; ensuite, l’intéressant livre publié sous ce titre : V École Frœlel, histoire d’un jardin d'enfants, par Octavie Masson, directrice de l’institut Frœbel et des jardins d’enfants à Liège (n° 524).

Le défaut de temps n’a pas non plus permis d’examiner plusieurs ouvrages d’un caractère tout à fait spécial, bien qu’ils se rattachent étroitement à la collection de documents officiels que le Gouvernement belge a envoyée au XXVP groupe, car l’un d’entre eux donne un intéressant aperçu historique de l’enseignement populaire dans notre pays, et les trois autres ont pour objet de faire connaître l’organisme de la loi de 1842 sur l’instruction primaire, la jurisprudence qui la concerne et les règlements d’exécution qui s’y rapportent; ce sont: le Code de l'instituteur belge, par M. Angenot, chef de division à l’administration provinciale de Liège (ff 478) ; Y Histoire de ï enseignement populaire en Belgique, et le Répertoire historique, analytique et raisonné de l'enseignement popidaire en Belgique, par M. Lebon, chef de bureau au Ministère de l’intérieur (iL 518), et la Législation méthodique et raisonnée sur l'instruction primaire en Belgique, par M. Monthaye, chef de division au gouvernement provincial de la Flandre occidentale (n® 528).

Parmi les revues pédagogiques qui paraissent en Belgique, il en est quatre qui se sont présentées à Vienne, savoir : t Abeille (n® 484), qui est rédigée par M. Braun, professeur à l’École normale de Nivelles, et qui accomplit en ce moment la dix-neuvième année de son existence; le Progrès, journal de l’éducation populaire, publié par la Société centrale des Instituteurs belges (n‘'540^'''), recueil qui fut fondé il y a quatorze ans et dont le rédacteur en chef, M. Campion, ancien directeur d’une des écoles communales de Bruxelles, est considéré avec raison comme un de nos pédagogues les plus expérimentés et les plus intelligents ; de Toekomst voor opvoeding en onderwijs (n"536), publication qui fut entreprise, en 1857, par feu M. Dautzenberg, un de nos écrivains Üamands les plus distingués, et qui est continuée par son gendre, M, Fr. De Cort, homme de lettres à Bruxelles, avec la collaboration de M. Torfs, instituteur à l’école communale de Louvain, et enfin de Vereeniging , qui, commencée en 1868, a pour directeur M. De Smet, instituteur en chef à Ledeberg-lez-Gand.

Quelques-unes de ces publications sont depuis longtemps connues très-avantageusement à l’étranger. Aussi le jury a-t-il voulu constater les services qu’elles rendent non-seulement à la science pédagogique et à la méthodologie, mais encore à la cause de l’instruction primaire en général. Il a décerné un diplôme de mérite au Progrès et un diplôme semblable au Toekomst, tout en comprenant r Abeille dans la récompense collective accordée aux travaux deM. Braun.

Les services rendus par plusieurs éditeurs belges à l’enseignement primaire et à renseignement moyen n’ont pas été oubliés. Quatre de nos maisons de librairie scolaire ont pris part à l’Exposition : celle de MM. Callewaert frères et celle de M. Claassen, à Bruxelles; celle de M. Hector Manceaux, à Mons, et celle de M. Wesmael-Cliarlier, à Namur. Chacune d’elles a une spécialité bien marquée.

La plus ancienne est la maison Manceaux. Fondée en 1772, elle s’est continuée sans interruption jusqu’au chef actuel de cet important établissement, se faisant une spécialité de la publication d’ouvrages destinés à l’enseignement primaire et à l’enseignement moyen. Outre quelle publie, sous le titre de Messager des écoles, une revue pédagogique d’enseignement primaire, qui compte déjà vingtcinq années d’existence, et une revue industrielle, le Houilleur, elle s’est plus particulièrement consacrée, dans ces dernières années, à procurer de nouvelles éditions des classiques grecs et latins qui sont le plus employés dans nos athénées et dans nos collèges et que nous étions obligés naguère encore de demander soit à la librairie allemande, soit à la librairie française. Ces éditions, revues, d’après les meiJ leurs textes, par plusieurs d’entre nos philologues et nos critiques les plus sérieux, se recommandent à la fois par la correction et par le bon marché.

Le jury a reconnu le service rendu par M. Manceaux à la cause de l’instruction publique en lui décernant une médaille de mérite.

Moins ancienne, mais la seconde par ordre de date, la maison Wesmael-Charlier fut fondée, en 1826, par M. J. Legros, dont le petit-fils la dirige aujourd’hui en y donnant chaque année un développement nouveau. Elle s’occupe, en général, de la publication d’ouvrages classiques à l’usage des écoles et des pensionnats, ou d’ouvrages de littérature proprement dite, de mathématiques et de science. Mais, depuis quelques années, elle s’attache d’une manière toute particulière à publier des livres de lecture d’agrément, soit pour les familles , soit pour les bibliothèques populaires, soit pour les distributions de prix dans les écoles primaires et dans les écoles moyennes. Elle a reconnu que, pour ce genre de productions, la librairie nationale a une place à prendre que la librairie étrangère lui a longtemps disputée sur notre propre marché. L’entreprise était chanceuse; car il fallait, avant tout, trouver un moyen de concilier la bonne fabrication des volumes à publier avec la condition essentielle du bon marché, afin de pouvoir lutter, au moyen d’un tirage restreint aux besoins de la Belgique, avec les tirages considérables que les éditeurs d’ouvrages analogues à. Paris, à Tours, à Limoges, à Lille et à Rouen, peuvent se permettre parce qu’ils sont connus et qu’ils opèrent dans un grand pays. A la vérité, l’intelligent éditeur belge comptait un peu sur l’appui des hommes qui savent combien est pernicieuse l’infiltration constante, dans nos écoles, de ces livres souvent remplis d’idées étrangères aux nôtres , souvent

même hostiles à notre caractère national et à nos institutions. Cet appui, l’a-t-il trouvé? Nous ne savons. Mais il est entré courageusement dans la lice, si bien qu’en ce moment il a déjà publié une suite assez notable d’ouvrages originaux, d’une lecture saine, et qui, destinés à procurer une distraction à la fois agréable et morale, peuvent être admis dans toutes les familles et dans toutes les bibliothèques destinées au peuple. Cette collection s’augmente d’année en année, et les volumes dont elle se compose alternent, sous les presses de l’intelligent éditeur, avec des grammaires, des livres scolaires et des ouvrages de science.

Cet effort a valu à M. Wesmael-Charlier un dijilôme de mérite.

La fondation de la maison des frères Callewaert est plus récente. Elle remonte à l’année 1853, et elle est due particulièrement à l’intelligence commerciale de l’aîné des trois frères. Grâce à M. Constant Callewaert, cet établissement s’est, en moins de vingt ans, développé au point de devenir ce qu’il est aujourd’hui : un des plus importants qu’il y ait dans ce genre en Belgique ; car ses relations embrassent non-seulement tout notre marché intérieur, mais encore les Pays-Bas, l’Allemagne occidentale et même une grande partie du nord de la France. La première spécialité de cette maison a été la vente d’objets et de fournitures classiques : papier, plume, encres, cahiers à écrire, ardoises, crayons, tableaux noirs, sièges d’école , bouliers-compteurs. Mais l’établissement ne s’est pas borné là. Il s’est aussi graduel-

lement occupé de publications appropriées à l’enseignement primaire et à l’enseignement moyen ou destinées aux distributions de prix. Ainsi il a lancé dans la circulation une série tout entière d’atlas géographiques de toute dimension et à des prix tellement minimes qu’aucun éditeur n’est encore descendu jusque-là. Ainsi encore il a publié une suite nombreuse de livres scolaires, qui sont tous recommandables par la méthode et dont quelques-uns ont déjà été tirés à plus de cinq cent mille exemplaires. La même maison a produit, entre autres, la Méthode d'écriture composée par M. Pierre Callewaert et le Dictionnaire Gallewaert, flamand-français et français-flamand, qui, grâce à l’excellence du fond, à la netteté de l’exécution typographique et à l’extrême bon marché, est devenu un livre tout à fait populaire en Belgique et qui a réussi non-seulement à faire exclure de notre librairie tous les ouvrages de ce genre, dont nous étions obligés naguère encore de nous approvisionner dans les Pays-Bas, mais même à l’imposer dans cette contrée. On peut en dire à peu près autant des cahiers tracés, dont les éditeurs français avaient, il n’y a pas si longtemps encore, le monopole presque exclusif sur notre marché, mais dont elle répand annuellement, à elle seule, plus d’un million d’exemplaires dans nos écoles et dans celles des pays qui nous avoisinent. Ajoutons que peut-être aucune autre, en Belgique, ne se tient plus sérieusement quelle au courant de tout ce qui peut contribuer aux progrès de l’enseignement primaire et intéresser l’instruction , soit

sous le rapport des méthodes elles-mêmes, soit au point de vue des appareils nouveaux et utiles. En effet, le grand concours international de Vienne n’était pas encore clos que déjà l’on pouvait trouver dans les magasins et dans le catalogue de l’établissement Callewaert les collections et les objets les plus importants que l’Allemagne a récemment inventés pour compléter l’enseignement intuitif dans les écoles primaires et clans les écoles moyennes.

Nous avons déjà dit que le jury a voté une médaille de mérite pour une méthode d’écriture éditée par cette maison et dont l’un des frères Callewaert est l’auteur.

Nous ne savons à quelle époque fut fondée la maison de M. Claassen, le quatrième des éditeurs belges qui ont pris part au concours du XXVP groupe. Bien quelle s’occupe de toutes les branches de la littérature et de la science en général, elle met cependant une extrême attention à tenir notre enseignement au courant de tout ce que les pays étrangers, particulièrement l’Allemagne et les Pays-Bas, produisent de meilleur en fait d’écrits pédagogiques. De plus, elle s’est créé en Belgique une spécialité de la publication de livres concernant la méthode Frœbel. Traités théoriques, ouvrages pratiques, jusqu’aux applications les plus ingénieuses et les plus nouvelles des jeux frœbéliens, tout cela est de son domaine. Il n’est presque pas un seul ouvrage destiné soit à expliquer les idées, soit à montrer la pratique des principes du célèbre pédagogue d’Oberweissbach qui n’ait été présenté au public dans notre pays par la librairie

Claassen, depuis le Manuel des jardins d'enfants, par M. ’Jacobs, jusqu’au Guide méthodique pour les jeux de construction à l'aide du prisme et du cube, par M. Thyes. Il n’est pas inutile d’ajouter que cet éditeur apporte un soin tout à fait exceptionnel à la fabrication matérielle des ouvrages dont la publication lui est confiée, soin , dont les livres pédagogiques en général ont assez rarement l’occasion de se louer.

Parmi les objets scolaires que les exposants belges ont présentés à Vienne, nous ne pouvons passer sous silence les ardoises artificielles de M. Van de Grave-Lefranc, de Mons (n” 537), qui se recommandent par le bon marché autant que par la bonne fabrication, ni surtout les tableaux en verre noir dépoli ,que M. Franck, de Liège, destine à remplacer les planches noires dans les écoles (n° 515).

Nous avons déjà mentionné plus haut (1) les désavantages que présentent les tableaux noirs ordinaires en bois : la déformation, le miroitement, la prompte usure du vernis, etc. Les tableaux de M. Franck, exposés en raison de leur nouveauté, de leur excellence et de leur bon marché, n’ofireift aucun des inconvénients que nous venons de rappeler. En elFet, ce sont d’épaisses feuilles de verre noir, mat et dépoli, sur lesquelles la craie marque avec la plus grande facilité et produit des traits qui sont d’une pureté qu’on ne peut obtenir sur le bois vernis pas plus que sur l’ardoise natu-

relie ou artificielle la mieux conditionnée, et qui peuvent s’elfacer par le plus léger frottement. Le prix de cent francs, fixé pour un tableau de P25 de hauteur et de 2 mètres de largeur, y compris l’encadrement et les pentures, peut sembler fort exagéré. Mais, en réalité, il est relativement peu élevé en ce que les tableaux en verre sont, pour ainsi dire , inusables et qu’ils n’exigent pas les réparations périodiquement réclamées pour les tableaux en bois. D’ailleurs, il y a tout lieu de croire qu’à mesure que le débit en augmentera, le prix aussi en pourra être graduellement diminué. De sorte qu’en définitive, il en résultera une économie fort appréciable dans la dépense qu’exige cette partie de l’ameublement scolaire.

Il me resterait à parler de la nombreuse série de plans d’écoles primaires qui a été exposée par M. Blandot- Granget (n° 482) et des plans de l’école normale d’institutrices que M. rarchitecte Dejardin achève en ce moment de construire à Liège (n° 495). Mais le premier de ces deux exposants a été chargé de la mission de faire, avec ]Vl. Kleyer, inspecteur provincial de l’enseignement primaire à Liège, un rapport spécial sur les constructions de ce genre qu’ils ont vues non-seulement dessinées ou figurées à l’Exposition de Vienne, mais encore exécutées dans les parties les plus importantes de l’Allemagne.

La belle collection de produits chimiques, dont soixante et un nouveaux et quatorze déjà connus, mais obtenus au moyen d’une méthode ou d’une réaction nouvelles, par

M. Henry, professeur de chimie à TUniversité de Louvain (n° 39^'* du supplément du catalogue), a constitué la seule part que l’enseignement supérieur ait prise au XXVP groupe. • Le mérite scientifique qu’elle présente a été apprécié par le jury, qui y a décerné une médaille dé progrès .

Quant aux publications et aux institutions qui intéressent les classes ouvrières et qui se sont présentées à l’Exposition viennoise, elles feront l’objet d’un rapport spécial que M. Léon d’Andrimont, membre .suppléant du jury du ■ XXVP groupe, s’est chargé de rédiger. Aussi, nous bornonsnous à dire que, dans ce concours, la Société dite Yan Crombrugghe 's Genootschap, à Gand, laquelle se consacre à l’enseignement des classes populaires (n® 546), de même que la Banque populaire de Liège (n"541) et la Société John Cockerill, à Seraing (n“547), qui ont l’une et l’autre pour objet l’amélioration du bien-être des travailleurs, ont obtenu chacune une médaille de mérite; et, enfin, que le jury a voté un diplôme de mérite pour l’ouvrage de M. De Grave, de Gand : les Ateliers J apprentissage des Flandres ; pour la * Société dé secours mutuels : la Mutualité du commerce et de t industrie, à Gand, et pour la Société dite de Toekomst, bibliothèque populaire, à Anvers ; — l’ouvrage de M. Léon d’Andrimont, Des institutions et des associations ouvrières en Belgique, a naturellement dû rester hors de concours, à cause de la qualité de membre du jury acceptée par l’honorable auteur.

Ici se terminerait notre tâche si nous 'n’avions à résumer

en quelques mots les résultats obtenus par les exposants belges qui ont fait partie du XXVP groupe.

Nous pouvons dire que, sous le rapport des méthodes d’enseignement primaire, nous n’avons rien à demander à quelque nation que ce soit, tandis que plusieurs d’entre nos hommes d’école ont eu l’occasion de prouver qu’eux aussi ont pris une part active aux progrès que la science méthodologique a faits dans ces dernières années. Ce qui le témoigne, ‘c’est l’empressement avec lequel plusieurs pays étrangers, notamment l’Angleterre et l’Italie, s’occupent, depuis l’Exposition de Vienne, de se procurer, afin de les déposer dans leurs musées scolaires, la plupart des ouvrages qui ont figuré dans le compartiment belge de l’instruction. Du reste, ce qui l’affirme avec plus d’autorité encore, ce sont les nombreuses distinctions qu’un jury réellement universel a décernées à notre exposition scolaire : d’abord le diplôme d’honneur accordé au Ministère de l’intérieur, ensuite les quatre -médailles de progrès, les dix médailles de mérite et les douze diplômes de mérite distribués soit à des hommes, soit à des associations qui se consacrent à l’enseignement public, à l’instruction des classes populaires ou à l’amélioration du bien-être des travailleurs. Le langage des faits est aussi puissant que le langage des chiffres, et devant eux les phrases ne sauraient tenir. Aussi ne croyons-nous pouvoir mieux conclure qu’en répétant ces paroles du rapport officiel que la Direction générale de l’Expositipn universelle a écrit sur ce grand concours international : « Ainsi qu’on

w était en droit de s’j attendre, la Belgique, ce peuple qui » a atteint un si haut degré de développement industriel et « intellectuel, a pris aussi une part très-distinguée [hervor- » ragend) au XXVB groupe. On doit se réjouir grandement « de voir, dans le temps où nous sommes, les petits États w pénétrés de cette conviction, qu’ils ne doivent point la w garantie de leur existence, à côté des grands États qui les avoisinent, à ce que la diplomatie se plaît à appeler la nécessité politique, mais que, par l’énergie de leur acti- « vité intellectuelle et industrielle, de même que par leur 55 influence humanitaire et libérale, ils commandent la sym- 55 pathie à leurs puissants voisins (1). 5^

A. VAN Hasselt,

Commissaire délégué du Gouvernement, Membre suppléant du Jury, un des trois experts désignés par la Direction générale pour le XXVE groupe.

(1) Officieller Ausstellungs-Bericht herausgegeben durch die General- Direction der Weltaustellung.'Hl cahier, p, 16. Vienne, 1873.

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