CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Le système de classification des produits exposés, qui fut tout d’abord adopté par la Commission impériale et communiqué à tous ceux qui désiraient prendre part à l’Exposition universelle de Vienne , était, pour le XXVP groupe, conçu en ces termes : Éducation, enseignement, instruction,
A. L’éducation, représentée par tout ce qui se rapporte à l’éducation de l’enfant, à son développement physique et moral, depuis les premiers jours de son existence jusqu’à son entrée à l’école (nourriture de l’enfant, crèches, jardins d’enfants, jeux d’enfants, appareils de gymnastique, etc.);
B, L’enseignement, représenté par les types, modèles et dessins des bâtiments scolaires et fournitures des écoles.
par le matériel d’enseignement, par les publications et les ouvrages périodiques relatifs à l’enseignement public, par les descriptions et les illustrations des méthodes d’enseignement, par l’histoire et la statistique des écoles, par leur organisation et leurs règlements ;
a. Écoles primaires, j compris le matériel pour l’enseignement des aveugles, des sourds-muets et des idiots ;
b. Écoles secondaires (lycées, écoles industrielles et professionnelles, etc.);
c. Écoles des arts et métiers, écoles commerciales, écoles normales et centrales, écoles des ponts et chaussées;
d. Universités;
C. L’instruction dans son sens le plus restreint ; formation de l’adulte par les productions de la littérature, les publications périodiques, utiles en général, les bibliothèques privées et publiques, par tes sociétés et associations ayant pour but le complément de V instruction du peuple.
Pour faciliter les travaux du jury, le XXVP groupe fut, au dernier moment, divisé en quatre sections, dans le but de mieux déterminer les limites du vaste programme que ce groupe comportait. Ces sections comprenaient :
P® Section. Plans, dispositions, moyens d’enseignement et productions des écoles primaires ;
2® Section. Plans, dispositions, moyens d’enseignement et productions des écoles secondaires ;
3® Section. Plans, dispositions, moyens d’enseignement
et productions des écoles spéciales, des écoles techniques supérieures et des universités ;
4® Section. Moyens auxiliaires 'pour l'instruction des adultes.
C’est dans cette dernière section que les jurés réunis résolurent de faire entrer les publications, institutions et associations ouvrières. Ils décidèrent également que tout ce qui ne serait pas du domaine exclusif des trois premières sections serait examiné par les jurés de la 4™® section, qui furent ainsi appelés à se prononcer sur la valeur:
a. Des documents et rapports officiels relatifs à l’organisation publique, exposés par les gouvernements ; h. des recueils pédagogiques ; c. des écoles professionnelles ; d. des instituts de sourds-muets et aveugles, etc.
Délégué par le Gouvernement pour l’étude de la question ouvrière, je fus naturellement désigné pour faire partie du jury de la 4"^® section du XXVI® groupe, abandonnant à mon honorable, et savant collègue M. Al vin, conservateur de la Bibliothèque royale de Belgique, tout ce qui était étranger à cette question.
J’avais espéré que ma mission aurait été laborieuse, que de, nombreux et intéressants documents m’auraient mis à même de présenter un travail de quelqu’importance ; mais, à mon grand regret, il n’en a pas été ainsi, à cause du peu de précision que présentaient les termes employés par la Commission impériale dans la rédaction du littéra C, pour la classification des objets du XXVI® groupe.
Ce n est qu’en donnant à cette rédaction assez vague :
« formation de taduUe par les sociétés et associations ayant pour but le complément de t instruction du peuple, « une interprétation . des plus extensives, que certains pays, bien peu nombreux, ont découvert le désir de la Commission impériale de voir figurer à l’Exposition les résultats des efforts tentés en vue de porter un remède efficace à la situation morale et physique de la classe ouvrière.
La question ouvrière n’a donc pas été clairement posée, et c’est bien regrettable, parce qu’il eût été intéressant, instructif et surtout très-utile de posséder les éléments d’une juste et saine appréciation des progrès réalisés dans le vaste domaine de la fraternité humaine, ^ue tant d’esprits généreux explorent avec la persévérance et l’ardeur qui sont le fait des âmes d’élite.
A l’Exposition universelle de Paris, en 1867, la Commission impériale s’était heureusement préoccupée et avec raison de la question sociale. L’enquête dirigée sur cette question par un jury spécial avait mis en lumière des faits nombreux, concluants et bien dignes d’être signalés, ainsi que des institutions ouvrières qui ont certainement servi de modèles à beaucoup d’autres. En outre, le jury spécial, par la façon dont il avait décerné les récompenses, avait, avec beaucoup de méthode et d’intelligence, planté les jalons, indiquant pour l’avenir une voie sûre, conduisant à la possibilité d’une saine et équitable appréciation de ce qui, depuis six ans, s’était accompli dans le domaine de la philanthropie ouvrière.
Celle-ci n’avait-ellé pas, dès lors, sa place marquée à l’Exposition universelle de Vienne, où, sans aucun doute, elle aurait donné, avec éclat, de nouvelles preuves aux incrédules, aux pessimistes et surtout aux mauvaises natures destructives de l’ordre social, qu’il existe désormais entre toutes les classes une solidarité bienfaisante d’où résultent des liens sérieux de bonne harmonie, qui, en se multipliant, les uniront un jour d’une manière indissoluble?
La question ouvrière ayant été mal posée, quoi d’étonnant que tant de nations se soient entièrement abstenues de soumettre à l’étude des visiteurs de l’Exposition et du jury les institutions et associations dont plus d’une a le droit de s’enorgueillir? Ainsi l’Angleterre n’avait absolument rien fait inscrire au catalogue. Etcependant, personne ne l’ignore, l’Angleterre possède, en très-grand nombre, les spécimens d’œuvres d’utilité populaire les plus variés et les plus prospères. Tels sont : les cooperative, les friendly , les building et les loan societies, ainsi que les worMugmenclubs et les mecanic institutes.
L’Italie, le Danemark, la Suisse et jusqu’au Portugal et la Russie auraient également pu apporter un bon contingent des procédés d’améliorations favorables aux classes laborieuses.
Quant à l’Allemagne, qui brille au premier rang par ses sociétés coopératives, dont elle est littéralement couverte, elle n’était représentée à l’Exposition que par deux associations de ce genre.
Seule, ayec la France, la Belgique a soumis à l’examen du jury quelques documents intéressants, mais trop rares, et qui ne donnaient qu’une bien faible idée de ce que ces deux nations ont si heureusement tenté en vue de consolider et de propager chez les travailleurs le bien-être moral et physique , qui , avec l’indépendance qu’il donne et la moralité qu’il fait naître et grandir, constitue le vrai progrès social.
Nous avons relevé avec le plus grand soin tout ce qui, dans la 4"^® section du XXVP groupe, avait trait à la question ouvrière. Dans l’Empire d’Allemagne, nous n’avons trouvé qu’une seule association, très-importante, il est vrai : la Handwerher-Verein. En Autriche, une également, qui tend surtout à provoquer l’amélioration constante et progressive de l’existence des employés de l’industrie privée et des fonctionnaires de l’Etat. En France, le catalogue appelle l’attention du jury sur 22 exposants qui, à des titres divers, ont contribué à rendre meilleure la condition de l’artisan dans plusieurs branches de l’activité industrielle. La Belgique enfin ne compte que 7 exposants, alors qu’à l’Exposition de Paris, en 1867, elle figurait pour un chiffre de 74! chiffre que l’honorable M. Faider, procureur-général à la cour de cassation (1), trouvait déjà ne pas être proportionné aux bons effets qu’avait produits la sollicitude éclairée des patrons belges envers leurs ouvriers.
(1). Rapporteur du jury spécial institué pour un nouvel ordre de récompenses à l’Exposition universelle de Paris en 1867.
« Parmi les 74 demandes qui parvinrent à la Commission « impériale, dit M. Faider, on remarque un très-petit « nombre d’établissements industriels ou manufacturiers de premier ordre ; bon nombre de demandes n’offraient aucun » intérêt sérieux ; d’autres ne .rentraient pas dans le cadre des recherches du jury, spécial. Le fait est, dit encore » l’éminent magistrat, qu’une notable partie de nos prin- » cipaux établissements de premier ordre auraient pu , et J’ajouterai, auraient dû entrer en lutte avec les cinq « concurrents qui ont produit leurs titres et remporté des w r’écompenses et des citations. «