ANGLETERRE
Ce n’est donc pas à l’Exposition de Vienne qu’on devait aller pour étudier l’organisation et la situation de l’instruction dans la Grande-Bretagne. Ce qu’on y voyait ne donnait pas du tout une idée des efforts et des sacrifices que ce riche Empire s’impose en faveur de l’éducation du peuple. Si l’on peut dire de quelques pays qu’ils ont mis un luxe hors de saison dans leur exhibition de rinstruction publique, on peut dire que l’Angleterre y a apporté, une excessive réserve.
Les récompenses décernées aux exposants anglais , dans le XXVP groupe, ont été peu nombreuses : une médaille de progrès, deux médailles de mérite et un diplôme de mérite. La plus haute de ces distinctions a été accordée à M. le D*" Ar mitage, pour ses publications relatives à l’enseignement des aveugles : rime des deux médailles de mérite à M. Marscham, appareils pour la solution de problèmes de mathématiques qui ne figuraient point au XXVL groupe ; l’autre à une société de Londres [Sundy school Union), qui figurait au XI VL Enfin, M. J. -B. Rundell, dont il vient d’être fait mention, a obtenu un diplôme de mérite.
Les Colonies anglaises ont eu un plus grand nombre de nominations que la métropole; mais, à l’exception de la médaille de mérite décernée à la carte météorologique de M. C. Meldrum, toutes les autres distinctions se sont bornées à des diplômes de mérite, attribués à des meubles d’école, à des cartes géologiques, à des herbiers et autres collections d’objets d’histoire naturelle.
BRÉSIL
L’Empire du Brésil figure à peine au groupe XXVP. Le seul n"" 222 du catalogue comprend tout l’énoncé de son exhibition en deux lignes. Il ne m’a pas été possible de découvrir les objets qui ont valu une médaille de mérite au Alinistre de l’instruction publique de ce pays. J’ai seulement remarqué les atlas d’Alméida et de Costa Azevedo et les préparations d’histoire naturelle de M. Pekanka Massa Lôlo : Poissons et amphibies des tropiques.
On peut douter que l’enseignement populaire soit fort avancé dans un pays dont une partie de la population vient , seulement d’étre délivrée de l’esclavage. L’acte par lequel le Gouvernement brésilien a émancipé les nègres était le moyen le plus sûr d’élever le niveau intellectuel et moral de races si longtemps asservies et traitées comme des bêtes de somme. Les Commissaires brésiliens avaient exposé à Vienne le texte de la loi d’émancipation ; mais ils ne l’avaient point étiqueté et ne lui avaient point donné de numéro : le catalogue ne le renseignait pas. Ce n’était pas un motif suffisant pour exclure cet acte du bénéfice des récompenses. On avait bien proposé et accordé des distinctions en faveur de deux sociétés qui s’étaient activement intéressées à l’œuvre de la Croix-Rouge. Le juré de la Belgique pour le XXVP groupe se crut donc autorisé à faire, dans la séance du 25 juillet, la proposition ci-après ;
BRÉSIL
« La quatrième section du XXVP groupe du Jury international de l’Exposition universelle de Vienne a dans ses attributions les œuvres ayant pour objet l’éducation et tout ce qui tend à améliorer la situation des classes laborieuses. Il n’est assurément aucune condition plus misérable et qui éveille autant la sollicitude des amis de l’humanité que celle des esclaves. Or, l’iiomme qui ne s’appartient pas à luimême ne saurait désirer et par suite rechercher la culture intellectuelle et morale ; l’instruction lui rendrait plus pétiible l’état d’avilissement où le maintiennent des lois iniques ; ce serait une dérision que de prodiguer l’instruction à des esclaves ; l’abolition de l’esclavage était donc, pour notre époque plus que pour aucune autre, une condition du progrès de la civilisation. Cependant cette mesure réparatrice s’est fait longtemps attendre, elle n’est pas encore universellement adoptée , une puissante et généreuse nation ne l’a obtenue qu’au prix d’énormes sacrifices et d’une effroyable effusion de sang. Grâce à rinitiative de son Gouvernement, le Brésil a accompli pacifiquement cette grande réforme. La loi du 24 septembre 1871, qui abolit l’esclavage, fait partie de l’exposition brésilienne. Le Jury ne peut négliger de s’en occuper, et le XXVL groupe doit revendiquer l’honneur d’en faire valoir et d’en récompenser le mérite éminent. En conséquence, je prends la liberté de proposer au groupe de demander un diplôme d’honneur pour le Gouvernement du Brésil.
La majorité des membres présents n’ayant point voté
BRÉSIL
pour cette proposition, elle ne fut point présentée au Conseil des présidents. Je n’en crois pas moins avoir rempli un devoir de conscience, et j’en remplis un autre en faisant à mon honorable collègue, M. Desmet, du V® groupe, sa part dans la démarche; je reconnais ici, avec plaisir, que c’est lui qui me l’avait inspirée..
CHINE et JAPON.
Trois exposants figurent seuls au XXVP groupe du compartiment chinois : leurs noms indicpient des européens pour deux d’entre eux. M. le chevalier G. Van Overbeck exposait, avec des images chinoises, une carte topographique de Peking et quatre fragments de la fameuse tour de porcelaine; M. N. B. Dennys, une collection d’ustensiles de ménage, de monnaies du même pays, un tarif des monnaies, un recueil des lois pénales et un dictionnaire; enfin, le seul qui porte un nom chinois, Hivong Sing-Sing, un cabinet d’ivoire avec de vieilles chinoiseries et des monnaies ayant une valeur de 500 dollars.
Le Jury, voulant sans doute reconnaître la bonne intention, a décerné à ce dernier une médaille de mérite et un diplôme de mérite à M.N.B. Dennys, qui d’ailleurs figurait dans plusieurs autres groupes.
Il était donc impossible de se faire une idée de la situation de l’instruction publique en Chine d’après les objets que ce pays avait exposés à Vienne.
Le Japon n’avait rien au XXVP groupe. Le Jury de ce groupe a cru toutefois devoir une mention honorable à la carte de ce pays exposée dans une autre division.
DANEMARK
Ce pays ne s était pas mis en frais pour exhiber les richesses de son enseignement. Onze numéros seulement forment, clans son catalogue, le contingent du XX VP groupe. Les seuls articles cpii méritassent d’attirer l’attention appartenaient à la catégorie de l’instruction primaire et populaire dont je ne me suis pas réservé l’examen. Je citerai seulement le travail de M. A. P. Madsen, sur les anticpiités préhistoricpies du Danemark, comprenant 45 planches pour l’âge de pierre et'43 pour l’âge de bronze, ainsi cpie les publications du professeur Vald. Schmidt, sur l’histoire d'es Assyriens et des Égyptiens. L’auteur ne pouvant point, à raison de sa cgialité de membre du Jury, figurer parmi les récompensés, il n’est cpie juste de faire ici mention de ses savants écrits.
Il me sera permis de puiser dans un travail publié â Paris, par le même professeur, â propos de l’Exposition universelle en 1867, des renseignements cgie je n’aurai point trouvés cette année à Vienne, et qui , pour être vieux de six ans, n’en reflètent pas moins la situation intellectuelle d’un pays cpii, depuis longtemps déjà, a pris un rang distingué parmi ceux qui ont le plus travaillé aux progrès de l’instruction. M. De Boe n’avait d’ailleurs donné que très-peu d’indications au sujet du Danemark dans son rapport de 1868.
DANEMARK
On sait que l’enseignement primaire est parfaitement organisé en Danemark et qu’il est très-difficile de trouver un danois absolument illettré. L’instruction moyenne et l’instruction supérieure n’y sont pas l’objet d’une moindre sollicitude. On trouve dans chaque ville des écoles populaires d’un degré supérieur où l’on donne un enseignement plus étendu que dans les écoles primaires; les enfants, qui n’y entrent pas avant l’âge de huit ans, y demeurent parfois jusqu’à dix-sept.
Le nombre des lycées est de 13, le temps des études est de huit ans. On y entre à dix. Les élèves qui, à dix-huit ans, ont passé leur dernier examen sont admis à l’université. Copenhague possède aussi des gymnases particuliers du même genre.
L’université de Copenhague est fréquentée par 1 ,200élèves; 200 nouveaux environ sont inscrits chaque année. Elle compte 51 professeurs, dont 5 pour la théologie, 6 pour le droit, 11 pour la médecine, 19 pour les sciences philosophiques et la philologie et 10 pour les sciences physiques et mathématiques. Il y a, en outre, une école polytechnique où 70 jeunes gens étudient la mécanique, la chimie, la phy- . sique, etc. Le personnel de l’enseignement de cette institution se compose de 13 professeurs.
Une autre institution qui a pour objet l’agriculture, les ~ sciences vétérinaire et forestière, etc., compte 16 professeurs et un grand nombre d’étudiants. *
Le Danemark possède aussi une Ecole supérieure mili-
DANEMARK
taire pour le (xénie et l’Artillerie, ainsi que pour les officiers de marine.
L’Académie des beaux-arts compte 10 professeurs. A ce même établissement est attaché un Conservatoire des arts et métiers pour le perfectionnement de jeunes artisans qui J apprennent à dessiner, à modeler et reçoivent des notions scientifiques utiles à leur profession. Cet institut technique spécial compte 600 élèves. Les cours s’j donnent pendant neuf mois de l’année : de décembre en mars, pendant le jour, et, le reste du temps, le soir seulement. On y enseigne l’arithmétique, la géométrie, la physique et, durant les quatre mois d’hiver, l’algèbre, la trigonométrie, la statique, les principes de mécanique et d’architecture. Dans ce même institut, 150 jeunes ouvriers en métaux s’exercent, le soir, pendant sept mois (d’octobre, à avril), à des ouvrages de leur métier qu’ils n’ont que rarement l’occasion d’exécuter dans leurs ateliers, tels que la ciselure, la gravui'e et le modelage en cire de certains objet de luxe.
On compte encore en Danemark diverses institutions royales pour les aveugles, les sourds-muets, les aliénés.
Plusieurs des instituts scientifiques , cités ci-dessus, notamment l’Université et l’Académie des beaux-arts, possèdent un grand nombre de bourses fondées par des particuliers, soit pour faciliter aux jeunes gens la fréquentation des cours, soit pour leur permettre d’aller ensuite se perfectionner à l’étranger.
Le fonds de Claeseii possède plus de cinq millions de
DANEMARK
francs ; celui de Reiersen est de 1,300,000 francs. Tous les deux sont atfectês aux progrès de l’industrie nationale.
Les principales sociétés savantes sont : l’Académie des sciences de Copenhague, la Société des antiquaires du Nord, la Société royale d’Histoire, la Société royale de Médecine, la Société d’encouragement de l’Industrie, la Société royale d'Economie rurale et la Société pour la Navigation.
Les revues, mémoires et bulletins publiés par ces diverses associations donnent l’idée la plus avantageuse de leurs travaux.
Il s’imprime en Danemark beaucoup d’écrits périodiques : il n’est pas de ville qui ne possède au moins un journal.
La Bibliothèque royale de Copenhague possède 450,000 volumes et 15,000 manuscrits; celle de l’Université, à laquelle a été réuni, il y a quelques années, le fonds de Claesen, en renferme 240,000 et beaucoup de manuscrits, dont plusieurs proviennent des monastères d’Orient. Les autres villes et même certains villages ont aussi leurs bibliothèques publiques.
Les musées sont très-riches et parfaitement classés et installés. Il y a un musée national pour les antiquités, un musée d’ethnographie, un musée chronologique (musée des souverains), un cabinet d’antiquités, de monnaies et de médailles, une galerie de tableaux, et enfin le magnifique musée Tborwaldsen. Tous ces musées sont à Copenhague : il en existe d’autres dans les principales villes, mais ils ont un caractère plus local.
DANEMARK
Le Danemark n’a recueilli à l’Exposition universelle de Vienne que sept distinctions pour les objets du XXVL groupe, à savoir : une médaille de progrès, deux médailles de mérite et quatre diplômes de mérite.