‹ Documents relatifs à l'histoire du CidChapitre 21 sur 85 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

Les précédknts, DIEGUE, ARIAS GONZALVE.

RODRIGUE

fj'^ Voici mon père, il vient hâter ma vengeance; le poids de

' Taffront l'emportera. Quelle est ma lâcheté ! J'ai besoin, pour

; prendre courage, de revoir sur sa joue les marques du souf-

i: flet.

DIEGUE, à part,

\Cruelle anxiété! Il doit hésiter et craindre; mais ne voit-il pas l'impatience dans mes yeux? (Le comte et Peranzulez descendent avec quelques personnes de leur suite.)

PERANZULEZ, au comte.

Nous pourrons passer par ici : sur ce point la place est occupée.

« LE COMTE

Je ne dévie jamais de mes opinions ni de mon chemin.

RODRIGUE

Divins yeux de Chimène, pardonnez si je frappe le comte devant vous.

LE COMTE, à Rodrigue qui s'avance vers lui.

Qui es-tu?

RODRIGUE

A quelques pas, je te dirai qui je suis.

CHIMÈNE

Ahl je me meurs!

LE COMTE

Que me veux-tu?

RODRIGUE

Je veux te parler. Ce vieillard que tu vois, le connais-tu?

Je le connais! Pourquoi me le demander?

A l'histoire du CIÏ). 'j 61

RODRIGUE

Pourquoi? Parlons bas : écoute!

^ LE COMTE

Dis!...

RODRIGUE

Ne sais-tu pas qu'il fut le courage et rhonneur môme?

LE COMTE

Il le fut.

RODRIGUE

Et que le sang que j'ai dans les yeux est son sang; ne le sais-tu pas?

LE COMTE

Que je le sache ou non, tranchons ce discours. Que m'importe !

RODRIGUE

Si tu veux me suivre dans un autre lieu, tu apprendras que cela t'importe.

LE COMTE

Silence, enfant! est-il possible? Va, nouveau chevalier, va et apprends d'abord à combattre et à vaincre, tu pourras ensuite avoir l'honneur d'être vaincu par mon bras sans que je sois blâmé de triompher de toi et de te donner la mort. Mets pour le moment l'offense en oubli; car se venger avec du sang n'appartient pas à celui qui a encore du lait sur les lèvres.

RODRIGUE

Je veux apprendre de toi à combattre; tu verras si je sais vaincre, je verrai si tu sais donner la mort. Mon épée, peu savante, t'enseignera néanmoins, à l'aide de ce bras, que le courage est le maître d'un art que j'ignore, et ma satisfaction sera de mêler, pour guérir moji affront, le lait de mes lèvres au sang de ton cœur.

FERA' zrixz.

Comte !

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