‹ Documents relatifs à l'histoire du CidChapitre 29 sur 85 · CHIMÈNE, ELVIRE, RODRIGUE · texte numérisé non relu

CHIMÈNE, ELVIRE, RODRIGUE

(Rodrigue vient s'agenouiller aux pieds de Chimène,)

CHIMÈNE

Qu'as-tu osé? qu*aâ-tu fait? Est-ce une ombre, est-ce une vision?

RODRIGUE

Perce ce cœur qui t'appartient.

CHIMÈNE

Jésus! Rodrigue, Rodrigue dajitma maison!

RODRIGUE

Écoute.

CHIMÈNE

Je me sens défaillir...

RODRIGUE

Tu me répondras avec ce fer. {Il tire son épée.) Ton père, le comte Lozano, orgueilleux comme son nom de Lozanc l'indique, porta sur les cheveux blancs du mien une main outrageante. Quoique je me visse sans honneur, mon cœur fut saisi d'un si grand trouble, que l'amour me fit douter si je me vengerais en un tel malheur, et mon injure et ta beauté luttaient ensemble, et tu l'aurais emporté, Chimène, si je n'avais réfléchi que tu abhorrerais comme infâme, s'il restait courbé sous l'affront, celui que tu avais aimé à cause de son

honneur. C'est ce sentiment noble et digne de toi-même, qui fit que je plongeai dans les flancs de ton père ma cruelle épée. Je recouvrai ma gloire, mais, rendu à mon amour, je Tiens à toi pour que tu n'appelles plus ngœur ce qui n'a été qu'obligation; pour que la peine que je ressens 4'exi^qne ma conduite, sans te laisser croire que je t'aime moins; pour que tu prennes vengeance, si la vengeance Ve plaît. Montre le courage que j'ai montré; fais pour ton père ce que j'ai fait pour le mien!

CHIMÉNE.

Rodrigue, Rodrigue, hélas! je dois avouer, quelle que soit ma peine, qu'en réparant l'injure faite à ton père,, tu t'es conduit en chevalier. Je ne t'accuse pas de mon infortune; mais je suis si malheureuse, que je recherche pour moi-même la mort que je ne te donne pas. Je te reproche seulement de m'offenser en te présentant à mes yeux la main et l'épée dé' gouttantes encore de mon propre sang. Tu n'es venu te mettre à la discrétion de mon amour que pour me braver, trop certain de ne pouvoir être abhorré après tant d'amour. Éloigne-toi, va, Rodrigue : On me disculpera en pensant que je t'adore, et en voyant que je te poursuis. Il eût été juste que, sans t'écouter, je t'eusse fait donner la mort, mais je suis ton ennemie pour te poursuivre et non pour te tuer. Pars et prends garde qu'en sortant on ne te voie, s'il convient que celui qui m'a enlevé la vie ne m'enlève pas encore la réputation.

bodrioue:.

Rends4oi à mes justes prières, tue-moi^

CHIMÈNE

Retire-toi.

RODRIGUE

Attends, considère que la vengeance est réloigndmentj noû ia mort. •

CHCMÈNE.

Vis donc pour que je sois vengée, je le désire;

A L'HI«T01RB 00 CID. 7S

RODRIGUE

Ma tête s*égare> ta es impitoyable^ jUi me hais.

ÇQIMÈME.

Je ne puis te haïr^ mm mon étoile me conduit.!

RODRIGUE

Que dois-je attendre de ta sévérité?

CHIMÉT4E.

Pour mon honneur^ quoique femme^ je ferai tout ce que je pourrai^ en souhaitant de ne rien pouvoir.

Ak ! Cbiméae, ^ V$ài dit?..

CmMÈME.

Ah! Rodrigue, qui Teût cru?...

Que mon faooheur ft'évanomrail ?

CHtMËNE.

Que ma félicité aurait un terme? Mais, grand Dieu! je crains qu'on ne te voie sortir. {Elie pleure.)

RODRIGUE

Sepeutrill tupW^eç?

Va^ laisse-^noi à mes larmes !

RODRIGUE

h 19 laissa et vais mourir^

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