SCÈNE IX
DOFfA URRAQUE^ sortant d*un parc à gauche.
Que ces champs^ que ces moutagnes ont d'attraits! Leur aspect dissipe les soucis de l'esprit -et donne la vie aux regards; dans les plaines et sur les coteaux se confondent à Tenvi et les pampres verts et les sombres yeuses; là rugit le lioB^ là Foiseau amoureux adoucit par ses chansons les hurlements sauvages. Le ruisseau précipite ses eaux du haut des rochers, qu'il fuit, pour chercher le doux sein de la terre. Tant de belles choses, si variées, méritent bien qu'on envie le bonheur de ceux qui en jouissent et qu'on remercie celui qui les créa. Heureux l'être, ami des sentiers cachés, qui se plaît aux champs et se retire sur les monts! Est-il étonnant que la reine ma mère, malade, hélas ! affectionne cette maison de plaisance, qu'elle y oublie ses douleurs et les bruits confus de la cour où les uns prennent vengeance, où les autres crient justice? Qu est devenu Rodrigue? Arrivé à la hâte ici, je n'ai pu rien apprendre de son salut ni de son péril. Je ne sais ce que j'ai, mais mon âme, qui s'intéresse à Rodrigue, est tombée dans une sorte de mélancolie. {Elle voit venir des chevaliers.) Voici une diversion à mes soucis... une troupe de cavaliers fait voler la poussière avec la promptitude du vent; ils sont armés pour la guerre, quel beau spectacle ! la curiosité m'excite à savoii* où ils vont. Ah ! cavaliers, ah! gentilshommes, Rodrigue estril parmi vous? Ils s'arrêtent, ils me regardent. Voilà le capitaine sans doute,
A l'histoire du cîd. 77
celui qui porte des plumes jaunes; il vient de ce côté. Que Yois-je! je le reconnais; ah! quel bonheur! Le roi^ frappé de son courage, lui a-tril déjà confié une expédition?