‹ Documents relatifs à l'histoire du CidChapitre 69 sur 85 · DEUXIÈME JOURNÉE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME JOURNÉE

LE COMTE , LOZANO et DON SANCHO.

Vos excuses sont vaines.

LE COMTE

L'homme ne saurait toujours maîtriser la violence de ses actions.

DON SANCHO

Le roi n'est pas satisfait de vous.

Avant de me faire une injustice, il aurait dû, en homme sage, essayer de m'apaiser; mais c'est fait. Dites, donc au roi qui vous envoie, don Sancho, que ni lui, ni vous, ne sauriez défaire ce qui est fait

A l'histoire du gid. 155

DON SAMCHO.

Cette résolution est plus étrange que prudente.

LE COMTE

Je n'en changerai pas.

DON SANCHO

Vous allez vous perdre.

LE COMTE

Soit!

DON SANCHO

Que répondrai-je à Son Altesse, puisque mon projet n'a pas réussi?

LE COMTE

Que ma vie est entre ses mains, qu'il peut prendre ma tête.

DON SANCHO

Il est roi et il pourra le faire; votre action mérite la mort.

LE COMTE

Le sort en est jeté, ne m'en parlez donc plus.

DON SANCHO

Allons^ adieu!

LE COMTE

Comme vous peignez cruelle l'obstination du roi! Il perdrait en moi une tête qui a ceint tant de lauriers!

DON SANCHO

Ces lauriers^ n'en doutez pas, doivent craindre son courroux.

LE COMTE

Je l'attendrai sans faiblesse*

DON SANCHO

Mais non sans résultat. (Il sort.)

LE COMTE

Et alors ï^inez sera satisfait de l'outrage qu'il a reçu...

156 iNXiiriucirTS relatifs

liais voici son fils. Le vieillard peut chercher dans les deux Castiiles les guerriers les plus braves, mon courage ne manquera pas de taire des merveilles. {Rodrigo parait.)

RODUGO, à part.

Pour que le courage puisse exécuter ce qu'exige la rigueur du sorty laissons Tamour sur le seuil, que l'honneur entre seul. [Haut.) Comte, deux mots.

LE COMTE

Parlez, je vous écoute.

BODRIGO.

Tirez-moi d*un doute. Connaissez-vous don Diego Lainez?

LE COMTE

Étrange demande !

RODRIGO

Savez-vous qu'il est mon père?

LE COMTE

Je le sais.

RODRIGO

Quoique je puisse, sans scrupule et sans manquer aux lois du duel, vous tuer sur-le-champ, comte, je ne veux pas que mon courage ait recours à quelque lâche moyen pour rétablir mon honneur outragé. La réparation étant possible, je ne saurais commettre une bassesse pour en punir une autre. Ainsi donc , en champ Ubre , en champ clos, de nuit ou de jour, à la clarté du soleil ou dans l'obscurité, à cheval, à pied, avec ou sans armure, à l'épée ou à la lance, à votre choix.

LE COMTE

Comment, vous me défiez? Quel champion en herbe !

RODRIGO

Je sais que je suis jeune; mais les années ne donnent pas le courage.

A l'histoire D0 gid. 157

LE COMTE

G*est vrai Mais toi^ me défier? Tu es devenu homme trop vite.

Il suffit d*une occasion^ don Gomez^ pour faire connaître un bon guerrier^ et^ pour mon débuts je tiens à commencer par vous. Je prétends que mon coup d'essai soit un coup de maître.

LE COMTE

Cesse de te préoccuper autant.

RODRIGO

Puisque c'est moi qui vous défie^ vous avez le choi& des armes.

LE COMTE

Tu le veux absolument? nous devons donc combattre^ Rodrigo? Alors je souscris à tout; choisis toi-même les armes.

RODRIGO

Agissez plus et parlez moins.

LE COMTE

Ta es donc las de vivre ?

RODRIGO

Craindriez-vous la mort?

LE COMTE

Tu fais ton devoir. Un fils soumis et sensé comme toi^ Rodrigo^ risque beaucoup son honneur s'il survit un moment à celui que son père a perdu. [Il sort,)

RODRIGO

Amour^ pardonne-moi j allons^ honneur^ essayons de venger mon pôre^ c'est mon devoir : que le ciel fasse le reste! {Il sort.)

i»B IIOGUMSIITS ULâTIfS

LE ROI, LTiFAKTE et sa suite, DON SANCHO.

LE BOI

Comment le comte peo^il s*écarter autant de la raison dans une occasion semblable? Gomment peut4l penser qa*un tel outrage se pardonne si facilement?

DOn SAKCHO.

J'ai Tonln le convaincre; mais je n*ai rien obtenu. Pour toute réponse, il m*a dit qu'il était votre fidèle vassal.

LB ROI

Comment! un tel vassal craint si peu mon nom! Ce nom ne le fait pas frémir! J*en suis anéanti. Grand Dieu! il offense l'homme le plus apprécié du roi, et il ne redoute pas la colère royale? Oui, j'en suis anéanti. En employant d'abord la douceur, mon intention était de ménager l'orgueil d'un guerrier si arrogant; mais, qu'il soit tranquille, puisque est si fier, j'abaisserai ses hautes prétentions, et, quoique à regret, je le punirai, ne serait-ce que pour excuser ce que j'ai voulu tolérer.

DON SANCHO

La gloire de votre couronne l'exige.

LE ROI

Prends quelques-uns de nos gardes et assure-toi de sa personne. {Don Sancho sort,)

l'infante.

Ma qualité d'amie de Jimena, ainsi que le désir de vous épargner un chagrin, me font un devoir de protéger son père. Que Votre Altesse me pardonne, perdre Un homme comme lui...

LE ROI

On ne saurait le protéger sans être criminel. D'ailleurs, que peux-tu dire en sa faveur?

A l'histoihb du C!D. 469

l'infawte.

Un courage habitué à combattre, à Conquérir et à triompher ne plie pas facilement. Lorsqu'un homme de sa trempe a commis une faute, il doit la soutenir; il ne saurait demander Fappui de la royauté, par crainte de la mort ou d'un défi : agir ainsi serait aventurer son honneur.

LE ROI

Laissons cela, je t'en prie : un autre chagrin bien plus grand me préoccupe. Une dépêche vient de m'informer de rentrée des Maures dans mes royaumes et des ravages qu'ils y commettent; entrée si imprévue, que je m'attends aies voir arriver jusqu'à Burgos.

l'infante.

Cela ne sera pas. Le comte, j'en suis sûr, saura bien l'empêcher.

DON SANCHO, NUNO, les mains liées, et un domestique entrent.

NUNO

Ne torturez pas ainsi mes bras.

LE DOMESTIQUE

Voyons, avance Vite.

• NUNO

Attendez, mieux vaut l'adresse que la force.

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