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SCENE IL

LE PRINCE, DON SANGHE, L1NFANTE DONA URRAQUE, CHIMÈNE, RODRIGUE, LE COMTE LOZANO, ARIAS, GON- ZALVE, PERANZULEZ.

{J)on Sanche, V Infante, Chimène entrent d'un côté ; Rodri' gue^ AriaSy le comte, Péranzulez de Vautre, par le fond, en soulevant les draperies voisines de Vautel de Saint- Jacques.)

DONA URRAQUE

Que te semble de Rodrigue^ Chimène?

CHIMÈNE

Qu'il a bonne mine. (A part.) Et que ses yeux causent à rame un tourment plein de charmes.

Tu es fait pour la guerre : cette armure te sied.

RODRIGUE

Pourrait-on s'en étonner? Tu Tas choisie parmi les tiennes, et Arias Gonzalve m'a aidé à m'en revêtir.

ARIAS

Divine est ton armure, castillane est ta valeur!

A l'histoire du gid. 37

DON SAPiCHE.

Ne paraît-il pas tout rempli de forces et d'ardeur?

LE COMTE

Nos souverains le comblent de grâces!...

PERANZULEZ.

Ils dépassent la mesure.

RODRIGUE^ au roi.

Gomme cette armure, mon cœur t'appartient.

LE ROI

Approchons-nous de Tautel du saint patron de l'Espagne.

DIEGUE

Quelle autre gloire demander?

RODRIGUE, au roi.

Qui le sert et l'accompagne peut s'élever au ciel. (Un rideau est tiré, on voit l'autel de Saint- Jacques, et, sur un plat d'argent, une épée et des éperons dorés,)

Rodrigue, veux-tu être chevalier?

RODRIGUE, au roi.

Oui, je le veux,

LE ROI

Dieu vous faSSô bon chevalier!... Rodrigue, veux-tu être chevalier?

RODRIGUE

Oui, je le veux.

LE ROI

Rodrigue, veux-tu être chevalier?

RODRIGUE

Oui, je le veux. [Rodrigue s'est mis à genoux et le roi lui a donné l'accolade.)

LE ROI

Dieu vous fasse bon chevalier! Cette épée a, dans ma

main^ triomphé de nos ennemis dans cinq batailles rangées. Je te la ceins el j'espère qu'elle restera honorée.

RODRIGUE

Des faveurs pareilles peuvent faire beaucoup de rien; aussi^ pour que la renommée de cette arme monte Jusqu'aux sphères supérieures^ je la détache de ma ceintufe^ où ta confiance Ta placée^ je la suspends à mon espérance; oui^ pour que ce présent, qdi me donne un nouvel être, reste digne de toi, je ne le porterai que lorsque je pourrai le faire bravement, c'est-à-dire quand j'aurai vaincu aussi dans cinq batailles rangées.

LE GowfB, à part.

Engagement téméraire !

LE ROI

Je te fournirai Toocasion que tu désires... Infante, chausse^ lui ses éperons. (On^ apporte à Vlnfante les éperons posés sur le plat d'argent.)

RODRIGUE

Gloire suprême !

DONA URRAQUE, aU fOt.

J'agirai selon ton désir.

RODRIGUE

Cet honneur... d'une telle main !... le monde à mes pieds! (Dana Urraque lui met les éperons.)

DONÀ URRAQUE, en se relevant.

Je crois que tu es mon obUgé, Rodrigue;; g^des-en le souvenir!...

RODRIGUE

Tu me ravis jusqu'aux nues.

CHiMÉi^E, avec jalousie.

— Ces éperons attachés par elle m'ont piqué aU cœuf ^

RODRIGUE, à Vinfante.

ïe^e te su^rvir autant que tu m'as obligé.

A L^HrSTOIRE 1)0 GTS* 39

, SANCHE

Puisque tu es chevalier^ Rodrigue^ vieDS monter un coursier que je veux t'offrir.

PERANZULEZ^ à purt^

Ces honneurs sont excessifs !

RODRIGUE

Quel vassal mérita jamais d'être ainsi traité par son roi!

SANCHE^ se retournant vers le roi après avoir serré la main

de Rodrigue,

Mon père! quand ceindrai-je aussi une épée?

LE ROI

Le temps n*est pas encore venu.

SANCHE

Pourquoi?...

LE ROT

Elle te semblerait trop lourde; ton âge est encore trop tendre.

SANCHE

Qu^eHe soit nue ou dans le fourreau^ tes ailes du courage rendent une épée légère. Oui, sire, quand je contemple Tacier d'une épée, de la pointe au pommeau, je suis saisi de tels transports, que, fût-elle une montagne de plomb, elle me paraîtrait sans pesanteur. Si le ciel me permet d'en attacher une à mon côté, il me donnera assez de vigueur pour me rcvêtff de toutes les pièces d'une armure; le monde verra que je suis capable de le conquérir, et, si je le conquiers, je prétends, dans ma valeur, en soutenir les deux pôles de chaque main.

LE ROI

Ta es jeune^ Sanehe; avec le temps cette effervescence s'apaisera.

SANCBE.

iSois persuadé, au contraire, que plus j'aurai d'années, plus j'aurai de vaillance.

RODRIGUE

Ton Altesse aura toujours en moi un fidèle sujet.

LE COMTE

Quel témérité chez l'Infant!

SANCHE^ à Rodrigue.

Viens; nous monterons à cheval.

pERAKzuLEz^ OU comte.

Ce sera l'audace même !

DONA URRAQUE

Allons les voir.

I>IEGUE.

Je te bénis^ mon fils^ palme d'honneur !

LE ROI

De graves pensées viennent m'assaillir.

CHiMÈNE^ à part

' Rodrigue emporte mon cœur.

l'infante.

Rodrigue me plaît. [Elles sortent ensemble d'un côté; Rodrigue et Sanche sortent de l'autre.)

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