‹ Documents relatifs à l'histoire du CidChapitre 8 sur 85 · LE ROI, LE COMTE LOZANO, DIEGUE LAYNEZ, ARIAS GONZALVE, PERANZULEZ · texte numérisé non relu

LE ROI, LE COMTE LOZANO, DIEGUE LAYNEZ, ARIAS GONZALVE, PERANZULEZ

LE ROI

Comte d'Orgaz, Peranzulez, Laynez, Arias Gonzalve, vous quatre, par qui notre conseil d'État est illustre, arrêtez, revenez, deojeurez, asseyez-vous, j'ai à vous parler. {Les quatre pages apportent des fauteuils; le roi s'assied au milieu de ses conseillers.) Bermudez, gouverneur du prince don Sanche, est mort, et il est mort dans le temps où un

gouverneur est le plus nécessaire à son élève. Le prince, négligeant l'étude et les lettres, se laisse emporter par son penchant pour les armes, les chevaux, les attributs de la guerre; il montre un caractère si indomptable et si ardent, que le monde est étonné des saillies de cette impétuosité, et, pour les contenir avec prudence et avec sagesse, j'ai besoin d'un sujet aussi sage que loyal; ainsi donc, parents, amis, plutôt que vassaux, voyant qu'Arias Gonzalve est majordome de la reine, qu^ Peranzulez est chargé de l'éducation des infants Alonzo et Garcia, et que le comte Lozano (qui dit Lozanodit glorieux), pour montrer- qu'il l'est à juste titre, ne quitte guère les champs de bataille, je veux que Diegue Laynez devienne gouverneur du prince ; mais c'est mon désir que cela se fasse avec l'approbation des quatre colonnes de mon trône, les quatre appuis de l'État.

ARIAS

Qui mieux que Diegue Laynez peut remplir un emploi aussi important pour le royaume, aussi important pour le monde.

PERANZULEZ.

Diegue Laynez mérite de recevoir cette dignité de la main du roi.

LE COMTE

Il la mérite, en effet, d'autant plus maintenant, qu'il est arrivé près de toi à tant d'estime, que tu mets sa valeur audessus de la mienne, à ma grande confusion. Ayant demandé à servir dans cette charge près du prince mon seigneur (que le ciel le conserve mille ans! ), tu dois sentir, bon roi, tout ce que je souffre et tout ce que je supporte, parce que je suis en ta présence; encore pourrai-je le supporter? Si ce vieux Diegue Laynez succombe déjà sous le poids des années, quelle sagesse montrera-t-il dans sa conduite quand il faudra enseigner au prince les divers exercices d'un chevalier dans les passes d'armes et sur les champs de bataille? Lui donnera-

43 DOCUMENTS RBLÂTTPS

t-il l*6xempl6^ comme je le fais, de rompre une lance ou de mettre uncberal horsd*haleine... Si je...

LE ROI

Assei.

DIEGUE

Jamais, comte, tu ne t'es montré si digne de ton nom de Lozano. Je suis vieux, je le confesse, tel est l'effet du temps; mais, dans la caducité, dans le sommeil, dans 1^ délire, je puis enseigner ce que d'autres ignorent, et, s'il est vrai que Ton meurt comme l'on a vécu, à mon heure dernière je donnerai encore à imiter l'exemple de bien vivre et de bien mourir. Si les forces me manquent dans les jambes ou dans les bras pour rompre une lance ou pour mettre un cheval hors d'haleine, je ferai lire au prince l'histoire de mes exploits; il apprendra ce que je fis, s'il ne peut apprendre ce que je fais, et le monde et le roi verront que personne autour de lui n'a mérité...

LE ROI

Diogue Laynez !

LE COMTE, se levant.

Moi, j'ai mérité...

LE ROI

Sujets!...

LE COMTE

J'ai mérité comme toi et mieux que toi.

LE ROI

Comte !

DIEGUE

Ta te trompes.

LE COMTE

Je le dis.

LE ROI

Je suis votre roi.

DIEGUE

Tune saurais le dire...

À l'hîtoirb du cît), 43

Ma main parlera comWe ma langue a parlé. (Il 1$ sonf-

flette.)

PERANZULEZ.

Arrête!...

DIEGUE

Ah! yieillesse infortunée!...

LE ROI

A mol, gardes!...

DIEGUE

Laisses-moi.

LE ROI

Qu'on saisisse le comte!...

LE COMTE

Ne t'emporte pas. Attends, excuse ces premiers mouvements ; roi puissant, grand roi, ne découvre pas aux yeux du monde ce qui sépasse dans ton palais, et pardonne pour cette fois à cette épée et à cette main si elles t'ont manqué de respect, après avoir été tant d'années le soutien de ta couronne. N'ont-elles pas dirigé tes soldats, défendu tes frontières et ven^é tes offenses? Considère qu'il n'est pas bien, qu'il n'est pas prudent à des tois de faire arrêter des hommes comme moi, qui sont les bras de leur puissance, les aides de leur conseil, la vie de leur État.

LE ROI

Silence!...

Seigneur!...

Seigneur!...

Comte!...

Pardonne...

LE ROI

Arrête, malheureux!... {Le comte sort.)

PERAîSZULEZ.

ARIAS

LE ROI

LE COMTE

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