‹ Documents relatifs à la répression de la traite des esclavesChapitre 45 sur 155 · COTE ORIENTALE D'AFRIQUE · texte numérisé non relu

COTE ORIENTALE D'AFRIQUE

Correspondance relative à Fesolavage dans les possessions de Zanzibar.

Le Comte de Kimberley à M. A, Hardinge.

Foreign OHice, le 16 février 1898.

(Extrait.)

Il convient de rappeler que le changement radical que Ton a en vue en ce qui concerne l'esclavage ne sera qu'ajourné par le maintien du régime actuel. L'esclavage se meurt. Quelle que soit la durée que l'on puisse attribuer à la vie de l'esclave, il est évident que l'importation ayant aujourd'hui cessé en fait et les enfants nés après le 1* janvier 1890 étant libres, la rapide diminution de la maind'œuvre servile obligera les maîtres à envisager l'éventualité prochaine de l'abolition complète.

D'autre part, l'opinion publique en Angle» terre se prononce tous les jours avec plus d'énergie sur ce point, et se plaint de ce que depuis l'abrogation virtuelle de TÉdit de Seyyid Ali, aucun pas n'ait été fait sur le terrain législatif. L'abrogation de cet édit, vous vous en souviendrez, a été motivée par cette considération que son maintien mettrait en péril la paix du Sultanat et peut-être même la vie du Sultan. J'ignore si ces raisons peuvent encore être invoquées aujourd'hui. Toujours est-il qu'il devient difficile de résister au mouvement. Je désire que vous examiniez soigneusement la question de concert avec Sa Hautesse et avec Sir L. Mathews, en ne perdant pas de vue que l'opinion en Angleterre est favorable à l'émancipation immédiate.

Afin de vous former un jugement sur cette importante question, vous pourrez consulter utilement les renseignements recueillis par le Vice-Consul de Sa Majesté à Pemba.

Mr. A. Hardinge to the Earl of Kimberley.

Zanzibar, March 26, 189S.

Mt Lord,

Mr. Donald Mackenzie relurned from Pemba yesterday and came to see me this morning. He has undertaken his présent journey in three capacities. Hc îs reporting to the Liverpool Chamber of Commerce on the commercial prospects of this part of East Âfrica, to Sir Edgar Vincent on the smuggling of tobacco into Turkey through the Ârabian ports, and to the Anti-Slavery Society on the best means of destroying the Slave Trade and domestic slavery in Pemba and Zanzibar.

The study of the slavery question was the chief objcct of his visit to Pemba, where slavery is more unchecked, and its evils more glaring, than in Zanzibar ; but he also made inquiries, during his stay of nearly a week, in the course of which he travelled overland from Chaki-Chaki to Weti and Kishi-Kashi, into the agricultural rcsources of the island, and was very favourably impressed by them.

1 did ail in my power to insure the success of Mr. Mackenzie's mission, procuring him introductions to the two Walis, and giving him letters myself to the principal Indian merchants. He was cautious in his inquiries as to slavery, avoiding, as far as possible, direct questions, but the natives themselves, both freemen and slaves, seem to bave been very willing to give him information, though some of the Indians and Arabs were evidently suspicions of his objects, and whilst professing extrême gratification at his visit, tried to place obstacles, so fer as they dared, to its extending to the plantations in the interior. I think it very possible from what he told me that some of the British Indian merchants hâve disregarded the laws forbidding them to own slaves, and hâve indirectly, if not directly, acquired them. I had already instructed Mr. O'Sullivan, before his departure for Pemba, to report to me any cases which he could discover of their havingdone so.

Mr. A. Hardinge au Comte de Kimberley.

Zanzibar, le 26 mars 1895.

MlLORD,

M. Donald Mackenzie, rentré hier de Pemba, est venu me voir ce matin. Son voyage actuel a un triple objet; il est chargé de faire rapport à la Chambre de commerce de Liverpool sur Tavenir commercial de cette partie de l'Afrique orientale, à Sir Edgar Vincent sur la contrebande du tabac en Turquie par les ports de l'Arabie, et à la Société Antiesclavagiste sur les moyens les plus propres à amener la suppression de la traite des esclaves et de l'esclavage domestique à Pemba et à Zanzibar. C'est principalement en vue d'étudier cette dernière question qu'il s'est rendu à Pemba, où l'esclavage rencontre moins d'entraves qu'à Zanzibar et où les maux qu'il engendre sont plus apparents. Mais l'activité de H. Donald Mackenzie ne s'est pas arrêtée là. Pendant son séjour de près d'une semaine à Pemba, au cours duquel il a fait le voyage par terre de Chaki-Chaki à Weti et à Kishi-Kashi, il s'est livré à une enquête sur les ressources agricoles de l'île et en a rapporté une impression très favorable.

J'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour assurer le succès de la mission de M. Mackenzie; je lui ai fait obtenir des lettres d'introduction pour les deux Valis et lui en ai donné moi-même pour les principaux négociants indiens. Il a dirigé son enquête sur l'esclavage avec circonspection, évitant autant que possible toute question directe; mais les indigènes eux-mêmes, tant libres qu'esclaves, semblent avoir montré le plus louable empressement à lui fournir des renseignements. Par contre, un certain nombre d'Arabes et d'indiens se sont tenus manifestement sur la réserve, et, tout en affichant la plus grande satisfaction au sujet de sa visite, ont essayé, pour autant qu'ils ont osé le faire, d'empêcher que l'enquête ne s'étendit aux plantations de l'intérieur. D'après ce que m'a rapporté M. Mackenzie, j'admets comme très possible que plusieurs négociants anglo-indiens aient acquis indirectement, sinon directement, des esclaves, en violation des lois qui leur interdisent d'en posséder. J'avais déjà enjoint à M. O'Sullivan, avant son départ pour Pemba, de porter à ma connaissance les infractions de cette nature qu'il découvrirait à leur charge.

On the gênerai question of slavery in Pemba, Mr. Mackenzie seeraed to take a moderate, common-sense view. He said some of the slaves had complained of harsh treatment, whiist others appeared happy and contented with their lot, and, whiist naturally condemning the institution in the abstract, and expressing a strong désire for its early disappearance, be quite admitted the difficulties in the way of the immédiate and unconditional abolition which is demanded by the enthusiasts of bis party. He was of opinion that concubinage, one of the most difficult foctors of the slavery question, would bave to be retained, even if slave labour were abolished. It was, he thought, so essential a feature of Arab domestic life, especially in this part of the Moslem world, that interférence with it would be practically impossible. On this point I thoroughly agrée with him. In disturbing harem slavery we touch the Moslem on a point respecting which he is far more sensitive than on any merely économie questions — his relations to bis women — and affect thousands to whom the loss of income from land or labour would appear a niuch less serious injury. He wasstrongly in favour of a registration both in Zanzibar and Pemba of estâtes and slaves — a « Domesday Book » as he called it — for both islands, and he fully recognized the importance of providing some incentive which should compel the freed slaves to work, regarding idleness as bad for them morally, quite apart from économie considérations. 1 suggested a iOs. a-year but tax, such as that which bas, I believe, been established in Hatabeleland, and which might take the place of his master^s stick as a means of obliging the negro to labour, besides recouping the State for the loss entailed by the temporary coUapse of its agriculture ; but 1 pointed out that there was the danger hère, which did not exist in Matabeleland, that the negroes could easily go across to the mainland.

We bad some talk about the efiects of the abolition of tbe légal status of slavery on tbe

Sur la question de Tesclavage en général à Pemba, M. Mackenzie m*a paru avoir une opinion modérée et fort raisonnable. Il déclare qu'un certain nombre d'esclaves se sont plaints de mauvais traitements, que d'autres, au contraire, lui ont semblé heureux et satisfaits de leur sort. Tout en condamnant, comme il convient, l'institution en principe, et en faisant des vœux sincères pour qu'elle disparaisse au plus tôt, il se rend parfaitement compte des difficultés qui s'opposent à l'abolition immédiate et sans conditions, telle que la demandent les enthousiastes de son parti. Il estime que le concubinage, l'un des facteurs les plus épineux de la question de l'esclavage, devrait être maintenu, même si le travail servile était aboli. Dans son opinion, il constitue un élément tellement essentiel de la vie domestique chez les Arabes, spécialement dans cette partie du monde musulman, que toute intervention en cette matière serait en fait impossible. Je suis pleinement d'accord avec lui sur ce point. Détruire l'esclavage du harem et nous immiscer ainsi dans la question de ses rapports avec ses femmes, serait atteindre le musulman d'une manière infiniment plus sensible que s'il s'agissait de questions purement économiques; ce serait frapper des milliers de gens à qui la perte du produit de leurs terres ou de leur travail paraîtrait une calamité beaucoup moins grande. M. Mackenzie préconise vivement l'idée de faire enregistrer, tant à Zanzibar qu'à Pemba, les propriétés et les esclaves, et de constituer pour les deux îles ce qu'il appelle un « Domesday Book ». Enfin, il reconnaît toute l'importance qu'il y aurait à trouver un stimulant pour obliger les esclaves libérés à travailler, la paresse étant à ses yeux, indépendamment même de toute considération économique, un danger moral pour eux. J'ai proposé, dans cet ordre d'idées, une taxe annuelle de 10 sh. sur les huttes, analogue à celle qui existe, je crois, dans le Matabeleland. Cette taxe remplacerait le bâton du maître comme moyen de forcer le nègre à travailler et fournirait en même temps à l'État une compensation pour les pertes qui résulteront de la crise momentanée dont souffrira l'agriculture. J'ai toutefois fait remarquer qu'il faudrait compter ici avec un danger qui n'existe pas au Matabeleland, à savoir la &cilité avec laquelle les nègres peuvent traverser la mer pour se rendre sur le continent.

Nous avons examiné ensemble quelles seraient les conséquences de l'abolition du sta-

import of fresh slaves, and I endeavoured to show, as I hâve already done in my despatch of the 26th February last, that the mère abolition of the légal status would no more prevent, though it might no doubt greatly diminish, the importation and the illégal détention of individuals as slaves, than the présent prohibition of their purchase now prevents their being illegally bought and sold. As a matter of fact, the légal status of « slavery, » so far as Sultan's Decrees or any temporal législation can eifect it, is abolished already, since a labourer who cannot lawfully be sold, and who, if treated with harshness, and deprived of any of the rights sanctioned by usage, can claim from Ihe State protection and émancipation, does not answer to the conventional définition of a slave, the essence of whose position is that he is a chattel, without rights, and saleable like a beast,but approaches more nearly to the serf or adscriptux glebœ of mediœval European villenage; yet if, notwithstanding this, and notwithstandingtiiefact that the sale of a slave givcs him a right to claim his freedom, slaves are still bought and sold regardiess of the risks run, there is no reason to suppose that the abolition of the légal status will, so long as raw negroes are ignorant of their rights, and buyers and sellers prepared to face certain dangers, prevent similar évasions of the law.

Before leaving this diflScult and complicated subject of slavery, respecting which 1 fear I hâve exhausted your Lordship's patience, there is one point to ^hich I should like to once more invite your attention. I mean the argument from the case of India. In my despatch of the 26th February last I avowed my inability, from want of suflicient knowledge of the conditions under which Moslem slavery existed in india, to express my opinion on the subject, and I confined myself to conjectures drawn from gênerai impressions.

Since writing that despatch 1 hâve, however, casually come across, in Sir William Mac-

tut légal de Tesclavage au point de vue de rimportation d'esclaves nouveaux, et je me suis attaché à montrer, comme je l'ai fait déjà dans ma dépêche du 26 février dernier, que l'abolition pure et simple, tout en étant sans doute de nature à restreindre en grande partie l'importation et la détention illégale d'individus comme esclaves, n'aurait pas plus d'efficacité pour arrêter complètement ces opérations que les dispositions qui interdisent d'acheter des esclaves n'en ont actuellement pour empêcher les ventes et achats illégaux de cette espèce. En réalité, l'abolition du statut légal de 1' « esclavage », dans In mesure où les décrets du Sultan ou une législation transitoire peuvent la réaliser, est aujourd'hui un fait accompli. Le travailleur, en effet, ne peut être illégalement vendu et, lorsqu'il est traité avec dureté et dépouillé d'un des droits consacrés par l'usage, il peut demander protection à l'État et réclamer son émancipation ; dès lors, il n'est pas un esclave dans le sens qu'on attache généralement à ce mot et qui implique essentiellement l'idée d'une propriété, d'une chose privée de droits et susceptible d'être vendue comme un animal : la condition d'un tel individu se rapproche plutôt de celle du serf ou adscriptus glebœ de l'Europe au moyen âge. Si, malgré cette circonstance, et nonobstant le fait que la vente d'un esclave donne à celui-ci le droit de réclamer sa liberté, les ventes et achats de chair humaine se poursuivent sans égard aux risques à courir, il n'y a pas de raison pour supposer qu'aussi longtemps que les nègres nouvellement capturés resteront dans l'ignorance de leurs droits, et qu'il se trouvera des acheteurs et des vendeurs disposés à braver certains dangers, l'abolition du statut légal ait pour effet d'arrêter de pareilles infractions à la loi.

Je crains d'avoir épuisé la patience de Votre Seigneurie en l'entretenant si longuement de cette question épineuse et complexe de l'esclavage. Il est un point pourtant sur lequel je voudrais, avant de quitter ce sujet, appeler une fois de plus son attention : il s'agit de l'argument que l'on invoque en citant l'exemple de l'Inde. Dans ma dépêche du 26 février dernier, j'ai avoué que, faute de connaître suffisamment les conditions de l'esclavage musulman aux Indes, je ne pouvais émettre une opinion sur cette matière, et je me suis borné en conséquence à des conjectures fondées sur des impressions générales. Mais, depuis lors,

naghten's « Principles of Hahommedan Law, » a passage which, 1 think, tbrows considérable light upon the number of persons affected in India by the passing of the Âct of 1846. Macnaghten wrote, I belîcve, about fifteen or twenty years before that Act became law, and there seeros no reason for suppo$ing that durîng that interval there was any great increase in the number of Indian slaves. The prebumplion would, on the contrary, be rather the other way.

<K The question of Maliommedan slavery, » he says, o seems to be but little understood. Âccording to strict law the state of bondage, so far as Mussulmans are concerned, may be said to be almost extinct in this country. They only are slaves vfho are captured in an infidel territory in time of war, or who are the descendants of such captives Of those

who can legally be called slaves but few at présent exist. In the ordinary acceptation of the term ail persons are counted slaves who may hâve been sold by Iheir parents in a time of scarcity, and this class is very nuinerous. Thousands are at this moment living in a State of hopeless and contented, though unauthorized, bondage, That ihe illcgality of this State of things should be known is ccrtainly désirable. The law may impose its authority in cases of peculiar hardship and cruelty. I believe, however, it will be found that there is little moral nccessity for such interposition. In India (generally speaking) between a slave and a free servant there is no distinction but in the name and in the superior indulgences enjoyed by the former. He is exempt from the common cares of providing for himself and his family, his master has an obvious interest in treating him with lenity, and the easy performance of the ordinary household duties is

ail that is expecled in return The

sales of children which do take place are (setting aside the fact of their illegality) devoid of ail the disgusting features which characterize the Slave Trade. They are not occasioned by the auri sacra famés, but by absolute physical huiiger and starvation, and the morality must be rigid indeed which would condemn as criminal the act of a parent parting with a child under circumstances which render the sacrifice indispensable to the préservation of both. » (Preliminary remarks, pp. 30

j'ai eu Toccasion de parcourir le livre de Sir William Macnaghten intitulé : « Principes de la loi musulmane », et j'y ai trouvé un passage qui jette à mon sens une vive lumière sur la statistique relative au nombre des personnes qui ont souffert aux Indes de la mise en vigueur de TAcle de iStë. Si je ne me trompe, Macnaghten écrivait quinze ou vingt ans avant que cet Acte n'eût force de loi, et il n'est guère à supposer que, durant cet intervalle, le nombre des esclaves indiens ait augmenté de beaucoup. Il semble même plutôt que les présomptions soient en faveur de la thèse contraire.

« La question de l'esclavage musulman », dit-il, « parait bien peu comprise. En droit strict, on peut dire que la condition servile, en tant que s'appliquant à des Mahométans, n'existe plus guère dans ces contrées. Sont seuls esclaves les gens capturés en temps de guerre sur un territoire infidèle, et les descendants de ces captifs... Il n'y a plus aujourd'hui qu'un petit nombre d'individus pouvant être légalement appelés esclaves. Dans l'acception usuelle du mot, sont réputées esclaves toutes personnes vendues par leurs parents en temps de famine, et la classe en est très nombreuse. Des milliers d'êtres humains vivent actuellement dans un état d'irrémédiable servitude qu'ils supportent patiemment, bien qu'il soit contraire aux lois. Il serait certainement à désirer que l'on connût l'illégalité de cet état de choses. La loi peut inter^'enir d'autorité en cas de cruauté ou de mauvais traitements. Hais, à mon sens, on devra reconnaître qu'au point de vue moral pareille intervention ne s'impose pas d'une manière absolue. En général, dans les États indiens, il n'y a entre l'esclave et le serviteur libre d'autre distinction que celle qui résulte de leur nom et de la situation privilégiée du premier. Ainsi, l'esclave est exempt des soucis que donne à tout homme l'obligation de pourvoir à son entretien et à celui de sa famille ; il trouve dans l'intérêt évident qu'a son maître à le ménager une garantie contre les mauvais traitements, et, en retour de ces avantages, on lui demande simplement de s'acquitter de la tâche facile qui lui incombe dans les services domestiques ordinaires... Les ventes d'enfants — réserve faite de leur illégalité — n'ont aucun des caractères qui rendent si odieuse la traite des esclaves. La soif de l'or — auri sacra famés! — n'y est pour rien : elles ont pour causes la faim et les privations

to 36, in Macnaghten's « Principles of Mabommedan Law. »)

Macnaghten then quotes some remarks by Mr. H. T. Colebrook in a Harrington's Analysis, y> in which, afîter speaking of the relations of master and slave in India as generally characterized by « gentleness and indulgence on the one side, and zeal and loyalty on the other» » he describes the sale during famines of children by their parents for sums so nominal as to prove conclusively that the chief object of the transaction vras the préservation of the children's own lives.

It would appear from the foregoing remarks that in India, before the passingof the Act of 1845, there were two classes of slaves, botb mainly employed, not as labourers, but as domestic servants : (i) slaves legally held according to Moslem law, t. e., the descendants of persons captured in an intidel territory or Dar-ul-Harb, such, for instance, as that of the idolatorsof Central Africa, between whom and Islam there must theoretically always exist a state of war; and (2) children born free within a territory under Hoslem law, and therefore sold contrary to that law by their parents, under the pressure of dire necessity. The first class (the one to which ail the Zanzibar slaves belong) was in India very small— in fact, at thetime when Macnaghten wrote, a good many years before the Act of 1845, he could describe it as almost extinct. The second class was much more numerous, but its number, to judge by Macnaghten's lan- ^uage, must bave fallen far short of that which Sir Bartie Frere's expression about the c( tens of millions of Mahommedans affected by the Act » would, at first sight, seem to suggest. « Thousands », he says, « are living in contented, but unauthorized, bondage. » As the slaves, even before the abolition of the légal status, could bave legally claimed their freedom from any Court recognizing, as the British Courts dîd, and in many respects still do, the Moslem law as to personal status, the only persons whose légal position would really be altered by abolition were therefore

du corps, souvent trop réelles, et il faudrait en vérité être un moraliste bien sévère pour condamner comme criminel un acte par lequel un père ou une mère se sépare de son enfant dans des circonstances qui rendent ce sacrifice indispensable à la conservation de tous deux. » (Remarques préliminaires, pp. 30 à 36, des « Principes de la loi musulmane » de Macnaghten).

Macnaghten reproduit plus loin quelques considérations de M. H. T. Colebrook, extraites de r « Analysis d'Harrington », où cet auteur, après avoir dépeint les rapports entre maîtres et esclaves dans l'Inde comme empreints de douceur et de générosité d'une part, de zèle et de fidélité de l'autre, démontre que les ventes d'enfants, aux époques de famine, se sont faites à des prix tellement dérisoires qu'on y trouve la preuve concluante que les parents, dans ces transactions, avaient surtout en vue de sauver ainsi la vie de leurs enfants.

On voit par ce qui précède, qu'antérieurement à la publication de l'Acte de 1845, il existait aux Indes deux catégories d'esclaves, employés principalement, les uns et les autres, non en qualité d'ouvriers, mais comme domestiques. C'étaient : i^ les esclaves légalement détenus en vertu de la loi musulmane, c'est-à-dire les descendants des personnes capturées sur un territoire infidèle, ou Dar-ul- Harb, par exemple celui des idolâtres de l'Afrique centrale, avec lesquels l'Islam doit toujours se trouver, théoriquement, en état de guerre; 2* les enfants nés libres sur un territoire régi par la loi musulmane, et vendus par conséquent en violation de cette loi par leurs parents sous la pression d'une inéluctable nécessité. La première catégorie (la même à laquelle appartiennent tous les esclaves de Zanzibar) était fort peu nombreuse aux Indes, et, en fait, à l'époque où Macnaghten écrivait son livre, c'est-à-dire bon nombre d'années avant l'Acte de 1845, il a pu dire qu'elle était presque éteinte. La seconde catégorie avait une importance numérique beaucoup plus grande; mais, à en juger par le langage de Macnaghten, le chififre devait en être tombé fort au-dessous de celui qu'on serait tenté d'admettre à première vue en présence de l'évaluation de Sir Bartie Frère, portant à « plusieurs dizaines de millions » le nombre de mahométans atteints par l'Acte dont il s'agit. « Des milliers d'individus », dit-il, « vivent dans un état de servitude qu'ils supportent patiemment, mais qui est contraire

the few slaves belonging to the firstcategory, who, in Macnaghten's time were, he tells us, a dass « almost extinct. »

Il is (lifBcult to explain, if this is so, how Sir Bartie Frère can hâve said ihat millions of Indian Mahommedans had been affected by the Act of 1845, unlesss wc suppose him either to hâve spoken wîth insufficient considération or recollection of the facts, or to bave meant that the abolition of the légal status of slavery, in so far as it vi^as the abolition of an institution sanctionod by the Koran, might bave been expected on abstract grounds to excite among Mahommedans a resentnient which events showed.that it did not really arouse. Whatever his meaning, however, it is, I think, clear that no practical or tangible effect was, as a niatter of fact, produced by the Act of iSiS on the material interests of the Mahommedan population of India, and this being the case the whole argument from the example of India breaks down when applied to Zanzibar.

It may be that the securing of légal equality and freedom of contract to the negro is an object so ail-important in itself that \ve are right to disregard in ils prosecution both material considérations and native sentiment. This is a moral question, appealing strongly to many men of the highest principles, whose views carry well-deserved weight, and I offer no opinion on it hère. AU 1 wish to empliasize is the belief, expressed by me less confidently in my despatcb above referred to, that the successfiil results of the Indian Act of 1848 in India itself afford absolutely no test of its applicability hère, where the whole conditions of the question of slavery are so radically différent. I should not hâve troubled your Lordship with a réitération of this belief had I not accidentally found my own impressions confirmed by so high an authority as Sir W. Macnaghten, and were I not convinced of the importance of thoroughiy weighing ail their arguments before we allow

aux lois. » Comme les esclaves pouvaient, légalement, même avant Tabolilion du statut légal, réclamer leur liberté devant un tribunal reconnaissant en matière de statut personnel la loi musulmane, ainsi que les tribunaux anglais Font fait et le font encore en maintes circonstances, il en résulte que les seules personnes dont l'abolition ait pu modifier la condition légale, ont été les quelques esclaves appartenant à la première catégorie et qui, déjà du temps de Macnaghten, comme il le dit lui-même, formaient une classe <c presque éteinte ».

Si telle est la situation, on s'explique difficilement que Sir Bartie Frère ait pu dire que des millions de musulmans de l'Inde ont été atteints par l'Acte de 1845. Il faut supposer, ou bien qu'il a parlé sans connaissance suffisante des faits ou sur des souvenirs trop peu précis, ou bien que, dans sa pensée, Tabolition du statut légal de l'esclavage, en tant qu'elle mettait fin à une institution sanctionnée par le Coran, devait, en thèse générale, provoquer chez les mahométans un sentiment d'irritation qui d'ailleurs — les événements l'ont prouvé— ne s*est pas produit. Quoi qu'il en soit, il est, selon moi, établi que l'Acte de 1845 n'a eu, en fait, aucune influence appréciable sur les intérêts matériels de la population musulmane de l'Inde, et, .dès lors, l'argument tiré du précédent indien porte complètement à faux quand on essaie de l'appliquer à la situation de Zanzibar.

Il se peut qu'une œuvre ayant pour but d'assurer au nègre l'égalité devant la loi et la liberté en matière de contrat ait par ellemême une importance telle que nous soyons en droit d'en poursuivre la réalisation sans avoir égard aux considérations d'intérêt matériel et au sentiment des indigènes. C'est là une question morale qui relève essentiellement de quelques hommes aux principes élevés dont l'opinion fait justement autorité. Quant à moi, je ne veux pas me prononcer ici sur ce point; je me bornerai à rappeler ce que j'ai déjà dit en termes plus réservés dans ma dépêche prémentionnée, à savoir que les résultats favorables obtenus aux Indes mêmes par l'Acte indien de 1845 ne sont nullement concluants quant à la possibilité de l'appliquer à Zanzibar, où l'aspect général de la question de l'esclavage est si radicalement différent. Je n'aurais eu garde d'importuner Votre Seigneurie en lui exprimant de nouveau ma pensée à ce sujet, si le hasard ne m'avait

the extrême advocates of abolition to commit us irrevocably lo an experiment which in ihis country may prove most critical.

I trust, however, that Ihe passages which I hâve been able to cite, and which appear to me to hâve an important bearing on the question, may excuse a répétition of views aiready submitted in a previous despatch.

1 hâve, etc.

{s.) ARTHUR H. HaRDINGE.

fait trouver la confirmation de mes împresr sions personneHes dans celles d'un homme de la valeur de Sir W. Hacnaghten, et si je n'avais eu la conviction qu'il importe de peser mûrement les arguments des partisans quand même de l'abolition immédiate avant de nous laisser entraîner par eux h une expérience décisive, dont les conséqueno^s pourraient être fatales à ce pays.

J'ai néanmoins la confiance qu'étant donné le vif intérêt que présentent à mes yeux, au point de vue de la décision à prendre, les passages cités par moi, vous voudrez bien m excuser d'avoir reproduit ici des idées que j'avais déjà exposées dans une dépêche précédente.

J'ai l'honneur, etc.

{s,} ARTHUR H. HaRDINGE.

Mr. A. Hardinge to tlie Earl ofKimbeiiey.

Zanzibar, April 27, 1895.

(Extract.)

Sinee the receipt of your Lordship s despatch of the 16th February I l^ve had several interviews with the Sultan, the last of which took place to-day, on the subject of the revivai of the clause in Seyyid Ali's Decree giving a slave the right to purchase his own libcrty ; and I bave taken the opportun ity to impress upon His Highness the strong feelingexisting inEngland against the maintenance of domestic slavery in his dominions, and to prépare him for the possible necessity of ils abolition at an early date.

When I first mentioned this possibility, the Sultan, as was natural, seemed a good deal disturbed, and he was evidently anxious to postpone a discussion of the subject. I told him, however, that even if I should not be instructed to press for any immédiate action, the opération of his predecessors' Decrees and of natural laws made it certain that the slave population, unless unlawfully recruiierl, would erc long die out; and that it behoved us ail, and himself most ofall, as Ruler of Zanzibar, to consider, during this period of transition, by what means the inévitable change could beaccompanicd with the mini-

M. A . Hardinge au Comte de Kimberley.

Zanzibar, le 37 avril 1895.

(Extrait.)

Depuis la réception de la dépêche de Votre Seigneurie du 16 février, j'ai eu avec le Sultan — et, en dernier lieu, aujourd'hui même — plusieurs entretiens au sujet du rétablissement des dispositions du décret de Seyyid Âli qui reconnaissent à l'esclave le droit d'acheter sa liberté. A cette occasion, j'ai insisté auprès de Sa Hautesse sur le puissant mouvement d'opinion qui se produiten Angleterre contre le maintien de l'esclavage domestique dans ses possessions, et je l'ai préparé à l'éventualité de l'abolition prochaine et inévitable de cette institution.

Comme il fallait s'y attendre, la première fois que je fis allusion à cette éventualité, le Sultan parut fort troublé, et il chercha visiblement à en ajourner la discussion. Mais je lui fis comprendre que, mes instructions ne me fissent-elles pas un devoir d'insister pour l'abolition immédiate, l'action des décrets de ses prédécesseurs et le jeu régulier des lois naturelles amèneraient fatalement l'extinction prochaine de la population servi le, à moins qu'on ne comblât les vides par des moyens illégaux. J'ajoutai que notre devoir à tous, et principalement celui de Sa Hautesse, en qualité de Souverain de Zanzibar, était d'étu-

mum of injury to his pcople. « We ail recognize, » I saîd, « the difiiculties of the labour problem, but with energy and good will on ail sides they ought not to prove unsurmountable. If, as I hope, your Highness bas a long reign, you will necessarily live to see the end of the System of slavery. By grappling with the question at once, and devising, in concert with Her Majesty's Government, timely measures for insuring thaï it should not be attended by any permanent loss to your Arab subjects, you will render your reign glorious as well, and will earn their well-deserved gratitude. »

His Highness promised to give bis unceasing attention to the problem, though he seemed very pessiroistic 9s to any possible remédies; and he then went on to argue that be had always done what I had wished in the matter of frecing or protecting slaves whom their masters had treated with harshness. He had done this even though it had involved his having to compensate the masters out of his own pocket, since it constantly happened that poor men, dcprived by him of their slaves, came to him afterwards to entreat him to assist them and prevent them from becoming beggars, and, as a Hahommedan and a merciful Ruier, he could not send them empty away.

He appealed to me to say whether, with ail the security which his proved wtilingness to follow my wishes in thèse matters afforded, it could really be contended that Hahommedan slavery as it existed at Zanzibar entailed any cruelty or hardship.

I said that the feeling in England was not directed so strongly against domestic slavery (though that, too, was répugnant to modem ideas) as against the Slave Trade, which appeared inseparably bound up with it.

Expérience seemed to show that so long as slavery was a légal institution in Zanzibar, the temptation to add to the slave population would prove irrésistible, and would act as a direct incentive to the Trade, with ail its monstrous features, on the mainland.

As regards the practical question of the

dier, pendant celle période de transition, les moyens de réaliser de la manière la moins préjudiciable pour son peuple un changement devenu inévitable. « Nous sommi»s unanimes », dis-je, « à reconnaître les difficultés que présente le problème du travail; mais, avec de l'énergie et de la bonne volonté chez tous, ces difficultés ne doivent pas être insurmontables. Si, comme je l'espère. Votre Hautesse a un long règne. Elle verra nécessairement la fin du régime de l'esclavage. En attaquant la question de front et en concertant avec le Gouvernement de Sa Majesté les mesures indiquées par les circonstances en vue d'empêcher que la solution que nous lui donnerons n'entraîne pour vos sujets arabes des pertes durables, vous préparerez la gloire de votre règne en même temps que vous recueillerez la reconnaissance justement méritée de votre peuple. »

Le Sultan promit de donner toute son attention à ce problème, mais il se montra fort pessimiste quant aux moyens de le résoudre. Il déclara qu'il avait toujours agi suivant mes désirs en matière de protection et de libéralion d'esclaves maltraités par leurs maîtres, même lorsqu'il prévoyait qu'il aurait à indemniser ceux-ci sur sa cassette particulière; que, en effet, à tout moment, de pauvres gens privés par lui de leurs esclaves, venaient lui demander aide et assistance afin de n'être pas réduits à la mendicité, et que, en souverain musulman plein de sollicitude pour ses sujets, il ne pouvait les renvoyer les mains vides.

II me demanda s'il était réellement possible de soutenir qu'en présence de toutes les garanties qu'offrait son empressement à suivre mes conseils en ces matières, l'esclavage musulman, tel qu'il existait à Zanzibar, fût entaché de rudesse ou de cruauté.

Je répondis que l'opinion en Angleterre était moins hostile à l'esclavage domestique — bien qu'incompatible lui-même avec les idées modernes — qu'à la traite des esclaves, inséparablement liée au premier. D'ailleurs, ajoutai-je, Texpérience semble démontrer qu'aussi longtemps que l'esclavage existera comme institution lé^le à Zanzibar, la tentation d'augmenter la population servile sera irrésistible et constituera sur le continent un encouragement direct à la traite et aux horreurs qui l'accompagnent.

Quant aux moyens pratiques de remettre

refvival of the rédemption clause itself, it could, I believe, be brought about without creating any violent and dangerous opposition, such as was anticipated in 1890. Tbe clause itself would require some redrafling, and would bave to be very carefully explained, otherwise it might unnecessarily alarm owners, and create, at any rate at first, a ferment, and perbaps numerous désertions amongst tbeir ill-informed and credulous slaves. The Sultan seemed to fear that the latter would, as be termed it, a get big heads, » i.e.f become insubordinadc and insolent, and that many of them would commit robberies in order to obtain their rédemption money, but if very severe examples were made of any oifenders of this latter description, the danger of a sudden increase of crime could, 1 believe, be quite adequately checked. Â large portion of the slave population would probably be injuriously rather than beneficially affected by the change, so that it would not, I think, broadly speaking, be of any great value to the slave. Much dépends on the décision which Her Majesty's Government adopls as to the question of the abolition of tbe légal status. If the latter is enforced at once, or before slavery dies a natural death, it seems hardly worth whileto initiateanyfresh half-measures, or to hâve two separate crises, one over the revival of the clause under discussion, and the other and more serions one on the wider question of total abolition. If, on the other hand, the re-enactment of the clause would so disarm the advocates of immédiate émancipation as to put it oiT for some years, or at least till some System of free labour were ready to take the place of slavery, it would certainly be to the interest of Zanzibar to obtain this respite by its revival, even though in a certain number of cases it should prove of doubtfui value to the slaves.

In conclusion, I should mention that at the close of our interview the Sultan referred to the distress, and in many cases ruin, which would overtake bis subjects should Her Majesty's Government insist on abolition, and particularly to its effects on bis own income, pointing eut that îf his présent estâtes were

en vigueur la clause de rachat, je crois qu'on peut les trouver sans soulever, comme en 1890, une opposition violente et dangereuse. Cette clause devrait subir quelques changements de rédaction qui la rendissent plus claire, sinon on risquerait d'alarmer inutilement les propriétaires et d'occasionner, dès le premier jour, parmi les esclaves, ignorants et crédules, une vive agitation et peut-être des désertions nombreuses. Le Sultan m'a paru craindre que les esclaves ne devinssent, suivant son expression, de « mauvaises têtes », c'est-à-dire insubordonnés et insolents, et que beaucoup d'entre eux ne se livrassent au vol afin de sa procurer les moyens d'acheter leur liberté. A cela je répondis qu'en faisant quelques exemples parmi les délinquants de cette catégorie, on aurait vite fait d'écarter le danger d'une recrudescence subite de la criminalité. II est probable que, pour une bonne partie de la population servile, le nouveau régime, au lieu de lui apporter un bienfait, aurait plutôt des conséquences préjudiciables; et à parler franchement, je ne vois pas, quant à moi, qu'elle puisse avoir une grande valeur pour l'esclave. Tout dépendra d'ailleurs de la décision que prendra le Gouvernement de Sa Majesté sur la question de Tabolition du statut légal. Si l'abolition a lieu immédiatement ou avant que l'esclavage ne meure de mort naturelle, il semble à peine nécessaire de recourir une fois de plus à des demimesures et de provoquer deux crises séparées. Tune sur la question du rétablissement de la clause de rachat, l'autre, plus grave> sur la question plus générale de l'abolition totale. D'un autre côté, si le rétablissement de cette clause devait avoir pour effet de désarmer les apôtres de l'émancipation immédiate en les disposant à ajourner leurs exigences pendant quelques années ou, du moins, jusqu'à ce qu'on ait trouvé un système de travail libre à substituer à l'esclavage, il serait certainement de l'intérêt de Zanzibar que ce répit pût être obtenu par le renouvellement de la clause dont il s'agit, bien qu'il soit à prévoir qu'en plus d'une circonstance elle n'aura qu'une valeur discutable pour les esclaves.

Je dirai en terminant qu'à l'issue de notre entretien, le Sultan fit allusion à la misère qui menaçait ses sujets, à la ruine même dont beaucoup d'entre eux seraient frappés si le Gouvernement de Sa Majesté persistait à vouloir l'abolition de l'esclavage ; il insista particulièrement sur les conséquences de cette mesure

10 be thrown out of cultivation he could not possibly maintain his position on his présent Civil List. He hoped Her Majcsty's Government, if they were really benl on freeing the slaves, would submit to him some defmite proposais respecting compensation, since, if they took his property and that of his subjccts away, or rendered it vaiueless, it was only just that they should make some provision for them. I said I felt sure that yonr Lordship would consider His Highncss' position in the most friendly and sympathetic spirit; that there were indications of a readiness on the part of Pariiament to consent that deficiencies in the revenues of Zanzibar arîsing out of the abolition of slavery should be met out of British funds; and that I believod that there was every wish in England (o deal fairly and generously with his people. I again, however, reminded him that, even if émancipation did not take place at once, its difficulties would only be put off, and that the only way to surmount them was that he himself and his Arab and free subjects, instead of simply despairing of the future, should cooperate loyally and cordially with Her Majesty's Government in endeavouring to establish on the ruins of slavery a new and healthier svstem of labour.

There is one point in connection with Seyyid Ali's Decree to which I should advert before closing this despatch. Where the master of a slave is himself a slave, to whom should the purchase-mouey be paid — to the master, or to the master's légal owner? As I bave already mentioned to your Lordship, the ownership of slaves by other slaves is not an uncommon feature of Hoslem slavery. A curions instance came before me recently, which is, I thinky interesting as showing how completely the System of slavery has permeated the whole life of this people. A slave who had slaves of his own complained to me that his masier wished to take them away from him because he had not given him enough labour, and I found on further inquiry that the master in question was himself a slave of a well-known Tanganyika Arab, Mahomedbin-Khalfan, or Rumaliza. I had therefore to deal with the mutual relations and interdependence of three slaves, two of whom were

au point de vue de ses propres revenus, en faisant observer que si ses domaines restaient sans culture, le maintien de sa situation deviendrait impossible avec les ressources actuelles de sa liste civile. Il émit en conséquence l'espoir que le Gouvernement de Sa Majesté, en supposant qu'il fût réellement décidé à affranchir les esclaves, lui soumettrait quelques propositions précises en vue de lui fournir une compensation, car, ajouta-t-il, du moment qu'on nous dépouille, mes sujets et moi, de nos propriétés, ou qu'on enlève à celles-ci leur valeur, il n'est que juste qu'une indemnité nous soit allouée. Je répondis en exprimant Tassurance que Votre Seigneurie examinerait la situation de Sa Hautesse dans les sentiments de la plus sincère amitié; qu'à en juger par divers indices, le Parlement consentirait volontiers à couvrir, au moyen des ressources du budget britannique, le déticit à résulter dans les revenus de Zanzibar de l'abolition de l'esclavage; qu'il y avait, suivant moi, un désir général en Angleterre de traiter son peuple avec une généreuse loyauté. Je lui rappelai toutefois que, même si l'émancipation n'était pas immédiate, les difficultés n'en seraient qu'ajournées; que le seul moyen de les surmonter consistait à ce que le Sultan et ses sujets arabes et libres, au lieu de désespérer de l'avenir, secondassent franchement le Gouvernement de Sa Majesté dans ses efforts en vue d'établir sur les ruines de l'esclavage un système de travail nouveau et plus rationnel.

A propos du décret de Seyyid-AIi, il est un point sur lequel je voudrais m'arrêter un instant avant de terminer cette dépêche. Lorsqu'un propriétaire d'esclaves est esclave luimême, à qui le prix du rachat doit-il être payé, est-ce au propriétaire dont il s'agit ou à celui dont il dépend légalement? Le fait de la possession d'esclaves par d'autres esclaves, je l'ai déjà fait observer à Votre Seigneurie, n'est pas rare dans les annales de l'esclavage musulman. J'ai eu à connaître, il n'y a pas longtemps, d'un cas curieux qui me paraît devoir vous intéresser, parce qu'il montre jusqu'à quel point le régime esclavagiste a imprégné la vie tout entière de ce peuple. Un esclave possesseur d'esclaves vint se plaindre à moi que son maître voulait les lui enlever, sous prétexte qu'il n'avait pas fourni un travail suffisant. L'enquête à laquelle je me livrai me fit découvrir que le maître en question était lui-même l'esclave d'un Arabe bien connu du Tanganyka, Mahomed-Bin-Khalfan ou Ruma-

at once slaves and slave-oiivners, possessing the obligations of slaves în one capacîty, and the customary, though not the strictiy légal, rights of masters in the other. Suppose then that a sub-slave (so to speak) earns money enough to buy his freedom, his immédiate master, being a slave, cannot, strictiy speaking, give it him, for a slave cannot make a man a free man, nor legally is he his possessor, and it would, therefore, seem that the money ought to go to the master s master. On the other hand, when the latter bas given his slave other slaves as a bond fide gift, or whcn a slave bas legally bought (before 1890) slaves for himself with his own earnings, their loss is his rather than his owner's, and it would seem équitable that he, and not his owner, should receive at least the greater part of the purchase-money. Perhaps the fairest expédient would be some System of division belween the two, the application ofwhich might be left to the discrétion of the Sultan or of the Courts, according to the circumstances of each case.

liza. J*eus donc à me prononcer sur les rapports de dépendance réciproque existant entre trois esclaves, dont deux étaient à la fois esclaves et propriétaires d'esclaves, astreints en leur première qualité aux obligations servîtes, et possédant en vertu de Tautre les droits coutumiers, mais non les droits strictement légaux, des maîtres. Or, à supposer qu'un sous-esclave, si je puism'exprimer ainsi, gagne assez d'argent pour acheter sa liberté, son maître immédiat, étant esclave, ne peut, strictement parlant, la lui accorder; en effet, un esclave ne peut faire d'un autre esclave un homme libre, et, légalement, il n'en est pas le propriétaire. Il semble donc que le prix revienne au maître du maître. D'un autre côlé, lorsque ce dernier a donné à son esclave, à titre de donation bona fide, d'autres esclaves, ou lorsqu'un esclave a légalement acheté (avant 1890) des esclaves pour lui-même, de ses propres deniers, la perte atteint l'esclave plutôt que le maître, et il semble équitable que ce soit lui et non le maître qui touche au moins la plus forte partie du prix du rachat. Le mieux peut-être serait encore de partager la somme entre eux deux, d'après un système dont l'application serait laissée à la discrétion du Sultan ou des tribunaux, suivant les circonstances de chaque cas.

Mr. A. Hardinge to the Earl ofKimberley. Zanzibar, April 29, 1895. My Lord,

I consulted Sir L. Mathews on the various questions dealt with in my preceding despatch.

He entirely concurred in the opinion expressed by me as to the revival of the compulsory rédemption clause in Seyyid Ali's Decree. He considered that there was some foundation for the Sultan's anticipation that it might lead to a certain increase of thefts and robberies by slaves, but he thought with me that drastic punishments could most likely effectually restrain this. Like myself, he did not think that the revival of the clause would be of much practical benefit to the sla-

M. A. Hardinge au Comte de Kimberley.

Zanzibar, le 29 avril 1895.

MlLORD,

J'ai conféré avec Sir L. Mathews sur les différentes questions traitées dans ma dépêche précédente.

l\ partage entièrement ma manière de voir au sujet du rétablissement de la clause obligatoire de rachat inscrite dans le décret de Seyyid-Ali. Il estime qu'il y a quelque fondement dans Tappréhension manifestée par le Sultan que cette mesure n'ait pour conséquence une certaine augmentation du nombre des vols et pillages commis par les esclaves, mais il pense comme moi qu'en faisant quelques exemples, on pourrait sans doute y mettre efficacement un terme. Pas plus que

ves, but it would prove of advantage to Zanzibar if it helped to put off, if only for a time, any gênerai mcasure of abolition. The great thing needed was to gain a respite and to prevent émancipation from coming on wilh a rush, bringing with it national bankruptcy, internai disorder, and a sensé of bitter resentment and despair on the part of the ruined Arabs, before there had been time to devise means of staying, or at least of initigating, thèse evils.

He then suggested an expédient for hastening the abolition of slavery without too great a disturbance of existing social conditions, which appears to me to hâve much to recommend it, and which I hâve, therefore, the honour to submit to your Lordship's considération. He proposed that ail existing owners should be invited to free their slaves by (( tadbir, » that is, to make them free at their own deaths, and that the heirs should be indemnified by the payment to them by the State of 5L a-head for each a mudebbir » slave, this being the average value of a slave at the présent rate of exchange. The capital thus acquired by the heir, joincd to the rent which he would be allowed to exact in money, kind, or labour from freed slaves living on his estate, would enable hîm to pay for labour, whiist the fact that the émancipation would be spread over a number of years would dîvest it of the character of a sudden and universal révolution, which constitutes one of ils chief dangers. The Arabs, if Ihey fell that émancipation in some form or another was inévitable, would probably be willing to accept it in one which left them their slaves for their own lives, which allowed them the religions crédit of freeing them themselves, and which insured that their children should not be left utterly destitute. I believe that if with this we were to combine stringent laws against émigration to the mainland, or indeed from one portion of each of the two islands to the olher (so as to keep, as far as we could, the freed slaves on their former owners' estâtes, and secure their paying rent), with a small hut tax to enable the State to recoup itself for reducing the tax on cloves, and perhaps a paid corvée under Government supervision during the clove harvesl, it might not be impossible to save the plantations and

moi, il ne s'attend à ce que, dans la pratique, le rétablissement de la clause apporte aux esclaves un bienfait appréciable; mais il serait avantageux à Zanzibar même, s'il contribuait à l'ajournement, même temporaire, d'une mesure générale d'abolition. L'essentiel, suivant lui, est d'obtenir un sursis et d'empêcher que l'émancipation n'ait lieu violemment, entraînant à sa suite la banqueroute nationale, le désordre à l'intérieur et un vif sentiment d'irritation cl de désespoir chez les Arabes, ruinés avant d'avoir pu songer aux moyens de prévenir ou tout au moins d'atténuer ces maux.

En vue de hâter une solution abolitionniste qui n'amène pas une trop grande perturbation dans les conditions sociales existantes. Sir L. Mathews préconise un moyen qui me paraît digne d'être pris en sérieuse considération, et (|u'à ce titri! j'ai l'honneur de soumettre à l'examen de Voire Seigneurie. Il propose d'inviter les propriétaires actuels à libérer leurs esclaves par « tâdbir », c'est-àdire que tout propriétaire, en mourant, prononcerait l'aifranchissement de ses esclaves, et que ses héritiers recevraient de l'État, à titre d'indemnité et par tête d'esclave « mudebbir », une somme de 5 i*, prix moyen d'un esclave au cours actuel du marché. Le capital ainsi acquis par l'héritier, joint à la redevance qu'il serait en droit d'exiger — en argent, en nature ou en travail — des esclaves libérés vivant sur sa propriété, lui permettrait de rémunérer son personnel ouvrier; d'autre part, l'émancipation portant sur un grand nombre d'années, elle n'aurait pas le caractère d'une révolution violente et générale qui constitue un de ses plus grands dangers. Du moment que l'émancipation, sous une forme ou une autre, lui paraîtrait inévitable, l'Arabe accepterait sans doute avec empressement un mode de libération qui, le laissant en possession de ses esclaves sa vie durant, lui réserverait au point de vue religieux le mérite de les affranchir lui-même et garantirait à ses enfants une existence non entièrement dénuée de ressources. Ce système devrait, à mon sens, se combiner avec une loi interdisant aux indigènes, sous des peines sévères, d'émigrer sur le continent ou même d'une partie de chacune des deux îles dans une autre, de manière à retenir autant que possible les esclaves libérés sur les terres de leurs anciens maîtres et à assurer le payement de la redevance due par eux; en même temps il faudrait établir une

keep the heads of the Arab land-owners above water.

Any such scheme would, of course, require to be drawn out with great care and précision; but, in view of the strong demand now being made in England for early abolition, it appears to me désirable to lose no time in considering gênerai principles and outlines.

I may mention that rumours hâve aiready spread that further measures in the direction of émancipation are being contemplated, and hâve, I am told, caused a certain agitation among the Arabs. One of the latter, I hear, stated to an English missionary hère that the Arabs, if really driven to bay, were determined to die in defence of their rights and of those of their children — they would perish fighting over their slaves. Such excited language need not be taken too seriously, but it should, i think, be borne in mind that if abolition is carried out in such a way as to ruin the propertied classes in thèse islands, so that they hâve nothing further to gain or lose, ami are beyond the restraints of hope or fear, they are more likely to make a desperate, though, of course, in the long run useless, résistance than if they can be persuaded that the change will be eflected with the maximum of regard for their interests and of précautions to prevent their suffering by it. My conviction, and that of Sir L. Mathews, is that the only way of carrying out émancipation, without the most serions injury to Zanzibar, is, whiist impressing gently, but firmly, upon the Arabs that it is inévitable, to induce them, if possible, to co-operate with us, by the offer of such terms as wilI tempt them to acquiesce in it, rather than listen to the counsels of despair.

I bave, etc.

(s,) Arthur H. Hardinge.

taxe modérée sur les huttes, afin d'indemniser TEtat des pertes que lui occasionnerait la réduction de l'impôt sur les girofles; on pourrait aussi, au besoin, instituer une corvée rémunérée, à fournir pendant la récolte de ce produit,sous la surveillance du Gouvernement. Grâce à cet ensemble de mesures, il ne serait pas impossible, je crois, de sauver les plantations et de ménager la situation des propriétaires arabes.

Un projet de o^tte nature devrait évidemment être élaboré avec un soin particulier et une grande précision; mais en présence des exigences de l'opinion publique anglaise, qui réclame énergiquement l'abolition à bref délai, j'estime qu'il y a lieu d'en examiner sans retard les grandes lignes et les principes généraux.

Déjà, je dois le faire remarquer, le bruit s*est répandu quede nouvelles mesures allaient être prises en vue de l'émancipation, et ce bruit, d'après ce qu'on m'a rapporté, a causé une certaine agitation parmi les Arabes. Un de ceux-ci aurait déclaré à un missionnaire anglais de cette ville que si on les poussait à bout, ils prendraient les armes pour défendre leurs droits et ceux de leurs enfants et se feraient tuer sur les corps de leurs esclaves. Certes, on aurait tort de prendre trop au sérieux un langage aussi exalté, mais il n'y a pas ù se dissimuler qu'un mode d'abolition qui aurait pour effet de ruiner les propriétaires de ces îles, au risque de les placer dans une situation où, n'ayant plus rien à perdre ni à gagner, ils ne connaîtraient plus ni l'espoir ni la crainte, provoquerait chez eux une résistance désespérée, quoique à la longue inutile. Cette éventualité serait moins a craindre si on pouvait leur persuader que le changement s'accomplira avec tous les ménagements possibles et avec toutes les garanties nécessaires pour qu'ils n'aient pas à en souffrir. Ha conviction, et aussi celle de Sir L. Mathews, est donc que le seul moyen d'effectuer l'émancipation sans qu'il en résulte les maux les plus graves pour Zanzibar, est de faire comprendre aux Arabes avec douceur, mais avec fermeté, que l'avènement du nouvel ordre de choses est inévitable, afin de les amener ensuite, si possible, à nous prêter leur concours moyennant des conditions si avantageuses de notre part, qu'ils aiment mieux se rallier à la mesure proposée qu'obéir aux conseils du désespoir.

J'ai, etc.

(s.) Arthur H. Hardinge.

— ut —

Consul Smith to the Earl ofKimberley,

Bilbao, May 26, 1895.

My Lord,

In reading the correspondcnce respecting slavery in Zanzibar recently presented to Parliament, I hâve noticed certain points in Mr. Hardinge's Reports with regard to which important considérations appear to hâve been overlooked — considérations which, if taken into account, will greatly modify the results obtained. l believe that, in view of the great issue involvéd, I ought to bring thèse matters to your Lordship's notice, although it does not seeno-my duty to begin a discussion on many other conclusions writh which I disagree, but which are after ail matters of opinion. I confine myself to the points which seem to be susceptible of proof. They are thrce: —

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