CHARLES TUPPER
BUREAU DU HAUT-COMMISSAIRE DU CANADA, CuavBres VicroRiA, 17 RUE VICTORIA, LONDRES, S,O,, 31 octobre 1890,
MoNSIEUR,—:A lu suite de ma dépêche n° 677, du 20 du courant, au sujet des négociations annoncées entie Terreneuve et les Etats-Unis pour un traité séparé relativement aux pêcheries, j'ai l'honneur de vous marrer que j'ai vu lord Krutsford lundi dernier et que je lui ai exposé en détail les vues uu gouvernement canadien sur cette question, Je vous transmets ci-joint, pour l'information du gouvernement, copie d'une lettre contenait les représentations que j'ai faites ensuite par écrit à Sa Seigneurie,
Après avoir écrit ma lettre et avant de l'envoyer, votre nouvelle dépêche, transcrite ci-après, m'est arrivée, et vous observerez que je l'ai citée en post-seriptum, pour que le gouvernement de Sa Majesté la prenne en considération,
“ Je ne puis guère croire que Terreneuve ait été autorisée par le gouvernement impérial à conclure un arrangement séparé au sujet des pêcheries, Cela atfecterait les relations de toutes les provinces de l'Amérique du Nord avec les Etats-Unis et avec l'Empire, On ne nous a pas donné connaissance des pouvoirs conférés à Bond, et nous désirons en avoir communication, Veuillez représenter hautement comme les intérêts du Canada en matière de pêche et de commerce pourraient être lésés pur uu arrangement tel que celui que fait Bond d'après ce qu'on entend dire partout, et comme, à un point de vue national, il serait désastreux qu'une :olonie séparée ettectuñt avec les Etats-Unis un arrangement plus favorable que ceux-ci n’en feraient avec les provinces confédérées, Nos difficultés résultant du nouveau tarif américain sont déjà assez grandes à présent,
J'ai l'honneur d'être, monsieur, votre obéissant serviteur, CHARLES TUPPER, haut-commissaire.
Le Très-honorable premier ministre, Ottawa, Canada,
17, RUE Victoria, $S, O., Lonpres, 27 octobre 1890.
Mirror, —J'ai eu l'honneur de recevoir à Paris, le 23 du courant, une dépêche de
M. Bramston, de la même date, qui disait :
‘Je suis chargé par lord Knutsford de vous faire savoir que le secrétaire d'Etat des affaires étrangères, a reçu du ministre de Sa Majesté à Washington un télégramme daté du 17 du courant, et dont voici la teneur :—
“A propos de votre dépêche du 10 du mois dernier m'introduisant M. Bond, j'ai présenté ce monsieur à monsieur le secrétaire Blaine, et des négociations sont actuellement en cours dans le but d'en venir à un arrangement indépendant entre les Etats- Unis et Terreneuve au sujet des pêcheries. Avant que ces négociations aillent plus loin, je suggère que le gouvernement du Canada en soit informé, car il pourrait désirer de négocier sur les mêmes bases en ce qui regardele Nouveau-Brunswick et la Nouvelle- Ecosse.”
J'avais auparavant reçu du premier ministre du Canada le télégrammesuivant :—
“ Bond, le ministre de Whiteway, actuellement à Washington, se déclare autorisé par le gouvernement impérial à faire un traité séparé au sujet des pêcheries, Assurez-vous si C’est vrai et envoyez une protestation, Voyez le New-York Herald et le Boston Herald du 18 octobre.”
Je crois avoir raison de dire que, sur la question des pêcheries de l'Atlantique dans l'Amérique du Nord, le gouvernement de Sa Majesté a invariablement reconnu jusqu'ici l'importance d'en venir, autant que possible, à une unité d'action de la part de toutes les colonies intéressées, Dans le traité de réciprocité de 1854 avec les Etats- Unis. on a stipulé que le consentement de Terrencuve, comme des différentes provinces du Canada, était nécessaire pour sa mise en vigueur, et après l’établissement de la confédération, on a adopté la même politique par les traités de 1871 et de 1888,
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J'apprends avec un profond sentiment de regret qu'on ne s'est pas seulement départi de cette saine politique, mais encore que tandis que Terreneuve a été, dans les circonstances antérieures, bien avertie des négociations qu'on allait engager, le gouvernement de Sa Majesté a, sans en avoir rien dit au Canada, autorisé, dès le 10 septembre, Terreneuve à entamer des négociations pour un traité séparé avec les Etats-Unis, et que la première communication qu'on en donne au Canada est une suggestion de sir J, Pauncefote, non pas de comprendre le Canada dans l’arrangement proposé, mais que le gouvernement du Canada en soit informé, car il pourrait désirer de négocier sur les mêmes bases en ce qui regarde le Nouvenu-Brunswick et la Nouvelle- Ecossé,” c'est-à-dire pour un traité indépendamment des autres provinces du Canada,
Je manquerais à mon devoir envers la couronne comme envers le Canada si je no donnais pas promptement à Votre Seisneurie l'assurance que les difficultés de la question embarrassante des pêcheries de l'Amérique Britannique du Nord se trouveront de beaucoup augmentées par l'abandon qu'on propose maintenant de la politique qui a jusqu’à cette heure prévalu sur cette question d'une ai haute importance,
Je suis, etc.