PRÉFACE
La dernière édition de ce recueil paraissait en 1869 pendant le concile du Vatican. Le rapprochement qui s'opère en ce moment à Constantinople entre les catholiques et les orthodoxes, les espérances que l'apaisement des anciennes préventions permet de concevoir m'ont décidé à publier de nouveau un ouvrage qui, comme son titre l'indique, a pour objet d'exposer, sur des documents authentiques, les rapports normaux qui pourraient, qui devraient être étabhs entre le Saint- Siège de Pvome et les diverses Eglises de l'Orient. Aussi bien s'est-il produit depuis quinze ans quelques faits d'une incontestable importance et est-il survenu quelques modifications dans l'organisation hiérarchique de plusieurs communions.
Je me suis appliqué, comme parle passé, à indiquer soigneusement les sources auxquelles il faut recourir pour s'éclairer sur les situations et sur les événements auxquels chaque document se réfère.
Pour l'intelligence de ces questions, qui ne nous sont pas toujours familières, il importe d'éviter avec soin la confusion des mots. Or, beaucoup d'écrivains profanes et même rehgieux confondent des choses essentiellement distinctes et le plus souvent indépendantes l'une de l'autre, à savoir : le rite, la discipline, la langue liturgique, la communion des Eglises. Je préciserai donc dans quels sens ces mots seront employés
1° Sous le nom de rite, on doit entendre l'ensemble des cérémonies, des prières, des formules prescrites par l'autorité ::ompétente ou consacrées par la coutume pour l'admi-
nistration des sacrements et pour la célébration des offices.
2» Dans des documents récents, la chancellerie romaine rappelle la distinction à observer entre les rites et la discipline (1). La discipline est l'ensemble des lois et des coutumes, comme le célibat, les jeûnes, le vêtement, qui régissent une Eglise.
3° La langue employée dans les offices est indépendante du rite. Ainsi, la messe de rite grec est célébrée aujourd'hui en cinq langues. La messe de Rome, écrite originairement en latin, a été traduite en grec, en slavon, en arménien. D'un autre côté, dans une chapelle de la cathédrale de Tolède, on célèbre en langue latine la messe de saint Isidore, qui est différente de celle de Rome (2).
4° Enfin les Eglises sont en communion^ lorsqu'elles admettent la même croyance et le même principe supérieur d'autorité. C'est un ordre d'idées tout à fait étranger au rite et à la langue liturgique.
Ainsi les jansénistes d'Utrecht et les vieux-catholiques qui célèbrent la messe romaine en langue latine, n'en sont pas moins traités à Rome comme schismatiques. Le Pape, au contraire, est en communion^ par exemple, avec l'Eglise melchite où la messe du rite grec est célébrée en langue arabe par des prêtres qui ont contracté mariage, conformément à la discipline de leur Eglise.
Ainsi le rite ne préjuge rien sur la question de la langue ni sur celle de la communion ; et réciproquement, lorsqu'on mentionne telle langue, il ne faut pas y attacher arbitrairement une idée de rite ou de communion.
Le 2 février 1885.
(1) Pie IX aux Arméniens. — Lettre apostolique du 21 mai 1870.
(2) Missale mixtum secundum régulant B. Isidori, dictum Mozarabes, prœ — fatione, notis et appendice ah A. Lesleo, S. J. sacerdote omattim. 2 volume in-4», Rome, 1755.