KT LEURS RAPPORTS AVEC ROME
LES UlÉHARCHIES ET LES RITES
Le sisième canon du concile de Nicée a reconnu la prééminence de quelques wièges, indiquant ainsi à trois d'entre eux une suprématie sur certaines parties du monde. On voit, du reste, par le texte même du canon, que ce fut simplement la constatation l'on veut, la consécration d'un état de choses existant déjà ab antiquo :
Que l'on couacrve les ancieus uaagoa qui sont dans l'Egypte, la Lyble et la Pentapole, de sorte que Tiivêque d'Alexandrie ait l'autorité dans paya de la même manière qne cela cat pratiqué pour l'évêque de Rame. Qu'fi Anlioche et dans les autres provinces, les Eglises conservent également leurs privilèges, leurs dignités et leur autorité.
Il n'y eut d'abord que trois patriarcats, ceux d'Antioche et de Kome, successivement fondés par saint Pierre, et celui d'Alexandrie fondé par «on disciple saint Marc, De nouvelles divisions furent bientôt établies.
Le respect dû aux hiérarchies consacrées par l'institution apostolique et par la tradition a été proclamé avec éclat dès les premiers siècles. Ainsi, on 431, los évoques de Chypre ayant porté plainte, devant le concile d'Ephèse, contre le pontife d'Antioche qui avait cherché à étendre sa juridiction sur leur lie, les Pères rendirent le décret suivant, si évidemment conforme à l'esprit de c'est-à-dire inspiré par la vraie entente de la liberté et par un profond sentiment du droit :
i lea deux respectables évèques venus à ce concile l'ont prouvé par âcrlt et verbalement, ce n'est pas un usage ancien que l'évc^
â LES ÉGLISES DE L*ORIEXT
que d'Antioche fasse les ordinations en Chypre, ceux qui sont à la tête des Eglises dans cette île conserveront leur droit intact, selon les canons des saints Pères et la coutume antique. Il est ordonné que ce décret soit aussi observé dans les autres diocèses et provinces, de sorte qu*aucun évoque n'occupe une province qui n'aurait pas été auparavant ou dès le commencement sous sa juridiction ou sous celle de ses prédécesseurs. Si quelqu'un occupe ainsi une province étrangère ou se Test soumise de force, qu'il la restitue, de peur que les canons ne soient mis de côté, de peur que, sous le prétexte du sacerdoce, le faste de la domination mondaine ne puisse se glisser; de peur que nous ne perdions insensiblement la liberté que nous a donnée, au prix de son sang, Notre-Seigneur Jésus-Christ, le libérateur de tous les hommes.
A propos du sixième canon de Nicée, le pape Nicolas I", dans sa Lettre à Michel^ fait remarquer que le concile de 325 n'a conféré aucun droit au Saint-Siège de Rome, mais qu'il l'a seulement pris comme point de comparaison. Pour bien comprendre la nature de l'autorité spéciale que le Saint-Siège de Rome exerce sur les autres Eglises, il faut se rappeler les différents caractères dont le Pape est revêtu : t Le Souverain-Pontife (1) est en même temps évoque de la ville de Rome, archevêque et métropolitain de la province romaine, primat d'Italie et patriarche d'Occident. > L'autorité que le Pape exerce sur les autres patriarcats est celle qui résulte de sa qualité de Souverain-Pontife. Indiquons ici, pour éviter toute équivoque (2), que cette autorité est d'institution divine et que « le Pape a dans toute l'Eglise la primauté non pas seulement de dignité mais de juridiction (3). •
En ce qui concerne la diversité des rites, nous rappellerons d'abord ce qu'écrivait, à la fin du xvn« siècle, le carme Thomas de Jésus :
Il existe dans l'Eglise des rites variés que les Apôtres ont institués avec sagesse, à cause de la diversité des nations (4).
Le pape Pie IX a exprimé la même pensée dans une. lettre apostolique du 6 janvier 1862 :
(1) Devoti, De hierarchiâ eccîesiasticâ. Titre III, ch. i", p. 1225 de rédition Migne.
(2) Lettre de Nicolas I" k Tempereur Michel, p. 1334. — La question religieuse en Orient, p. 97. Paris, 1854.
(3) Devoti, loc, cit. — Zaccaria dans VAnti-Febronius, t. IV de la traduction française.
(4) Cum in Ecclesiâ varii sunt ritus quos prudenter, ratione diversarum gentium, Apostoli instituerunt, t» V du Curstis Theologiœ completits, Paris, Migne, p. 554.
LSS HIÉRARCHIES filT LES RIl^S 3
Loin d'affaiblir l'unitâ de la foi, la variété des rites permis tourne à la L-BpleDdenr et fi la majcaLé de l'Eglise.
On peut appliquer aux rites ce que dit M. de Montalembert, en l,pariant des ordres monastiques en Occident (1) : i Cette variété Ëdans l'unité constitue la beauté féconde, la souveraine majesté du gicatholicisme. >
Les diverses Eglises auxquelles ce travail se réfère sont situées dans l'orient de l'Europe, en Asie, dans l'Afrique orientale et en Italie parmi quelques descendants des Grecs et des Albanais. I Elles diffèrent extrêmement entre elles sous beaucoup de rapâ)orts; mais elles ont en commun un caractère capital : c'est l'attachement pour ainsi dire absolu de tous les Orientaux aux ^formes extérieures sous lesquelles, depuis la domination musulmane, ils ont conservé leur religion, leurs liens de famille, leurs langues et leurs nationalités. Ils se sont transmis de génération en génération leurs rites vénérés con:^mc le Uambeau do la vie. Nous allons donner l'énumération des Eglises unies au Sainl- ■ Sîège de Rome et de celles qui en sont séparées. Mais nous devons d'abord faire remarquer qu'il ne faut pas attacher trop d'imporiance aux titres dont les chefs de ces Eglises sont revêtus. Les l^ualilications ont beaucoup varié et elles n'ont pas toujours la I tnème signihcation. Ainsi dans la Novelle CXXXI, trois siècles I après le coucile de Chalcédoine, l'empereur Justinien appelle sim- I plemcnt archevêque le pontife de Constantinople, tout en affirmant qu'il a le premier rang dans l'Eglise universelle après le Pape de Rome. Dans les anciens poètes et historiens fran^.:ais, le If Pape est appelé Vapôire de Rome. Le patriarche d'Alexandrie t, prend le titre de juge universel et de pape, sang prétentii-e, cepen- Ldant, à aucune juridiction sur les autres patriarcats. Le patriarche d'Antioche a été quelquefois désigné sous le nom A'exarque BU diocèse d'Orient (2). Le nom de patriarche avait même été Bonne primitivement à tous les évéques (3), et il a à peu près la p,éme signification que celui de primat. D'après une définition
v{l) Lit Moines d'Occident, tatroiluctioii, p. 21.
I (2) De »mrisChristia.iiorum ritibi'x, ch. vi. CDllection Misas. T. XIX. p. 1082.
^ P. da Marco,, De primatn Lngduneiisi et cietens primalibus d'userlaliu,
J&rïs, lfil4, p. 37. — Oriens Christiania, t. t«, ch. i, et p. V Je la. préface.
J (3) Grégoire, Traiti dr. la. juridiction canonique du tr6ne patriarcal iccvmé-
ftîgue sur les Eglises orthodoxe! en Bulgarie. En grec. CoasCaminopiE, 1860,
qui a été formulée par Hincmar, il y aurait trois sortes de primats, dont les attributions correspondent à celles des métropolitains, des exarques et des patriarches. Le mot cathoUcos a aussi des significations diverses dans la hiérarchie ecclésiastique. En règle générale, ce qu'il faut considérer, ce ne sont pas les titres, mais les attributions.