PROTESTATION DE L'ASSEMBLEE DU CLERGÉ
leur en théologie, doyen de Bourges, pi-omoleur de l'Assemblée générale, se présente au domicile du sieur Laury, protonotaire apostolique et auditeur de la nonciature de Rome en France. 11 était accom[)agné de M" Etienne Gousse, notaire apostolique, et de deux appariteurs de l'officialité de Paris.
Laury refuse d'écouter ou de recevoir la Protestation, alléguant : 1" que l'acte est contraire au respect dû au Saint-Siège et aux Papes; 2° que les ministres des Princes ne reçoivent j)as de ])areilles significations dans leur maison.
Le promoteur parvient néanmoins à accomplir sa mission en glissant l'acte sur la table, et il en laisse la signification aux mains d'un domestique.
Par cet acte, l'Assemblée du Clergé proteste contre les brefs de la cour de Rome; elle en appelle au Pape mieux informé et déclare maintenir, en dépit de toutes ces entreprises, les Canons de l'Eglise universelle, les coutumes, droits et usages de l'Eglise Gallicane.
{Coll. (lesprocès-verbaux des Assemblées Géii. du Clergé, t. V, p. 240 des pièces just.)
L'Eglise Gallicane se gouverne par ses propres Loix, elle en garde iaviolablement les usages; et comme les Evêques des Gaules, nos prédécesseurs, ont été assez fermes pour empêcher qu'aucune Puissance Ecclésiastique n'y apportât par ses définitions la moindre altération, les Souverains Pontifes ont été assez justes pour les honorer de leur approbation et de leurs éloges. Cependant peu s'en faut que nous ne voyions aujourd'hui renverser les mêmes fondements que la Religion de nos Pères et le zèle de l'antiquité avoient rendus inébranlables. Car enfin chacun sait, et on ne peut en parler sans une extrême douleur, que ces années dernières, certains Brefs de la cour de Rome ^ se répandirent en France dans toutes les Provinces et les Villes, par lesquels on viole ouvertement les droits les plus anciens de l'Eglise Gallicane, et les coutumes les mieux établies de l'État. On n'a qu'à les lire pour apprendre qu'à Rome on entreprend de connoître des affaires du Royaume et des
1. Voir les brefs d'Innocent XI et notamment ceux qui sont énumérés plus loin.
Mention. — Rapports du Clergé avec la Royaiiié, *
EtJ-lises de France, au préjudice de nos libertés ; que l'ou y prononce contre nous des jug'ements sans nous entendre; que l'on y a foulé aux pieds notre Jurisdiction Episcopale contre les Canons, et que, malgré nos usages, on y a levé le fflaive de rexconununication sur l'un des plus illustres Métropolitains de l'Eglise Gallicane'.
Le Clergé de France est pénétré sensiblement, et se plaint de ce que, par ces Brefs, et par tout ce qui s'en est ensuivi, la liberté des Eglises a été asservie, les formes de la discipline Ecclésiastique renversées, l'honneur de l'Episcopat avili, et les bornes sacrées que la main de nos ancêtres avoit été si longtemps à poser, arrachées en un moment. Aussi, pour ne point manquer ii son devoir, et afin (pi'on ne puisse un jour l'accuser d'avoir abandonné lâchement ses propres intérêts, et oublié volontairement la cause de l'Épiscopat et la liberté- des Eglises, il a résolu de protester contre, par acte public et solemnel, et de se décharger du blâme d'un honteux silence, afin de pourvoir, suivant l'exemple de ses devanciers, à ce que les tlroits et les coutumes de l'Église Gallicane ne reçoivent par là aucune atteinte. Résolution que le Clergé prend avec d'autant plus de sagesse, qu'il est persuadé que le Souverain Pontife Innocent XI, dont les mœurs ont tant de rapport avec la vie des premiers siècles de l'Eglise, et dont l'exactitude est si sévère quand il s'agit de la discipline Ecclésiastique, ne souffrira point que l'on préjudicie aux Décrets des Papes, ses Prédécesseurs, qui se faisoient gloire de révoquer tout ce qui avoit été surpris à Rome contre les franchises des Provinces, ne voulant pas qu'on violât leurs privilèges qu'il faut religieusement conserver.
C'est pourquoi le même clergé de France, après avoir déclaré qu'il a été attaché de tout tenq^s, et le sera toujours par les liens d'un profond respect et d'une entière obéissance à la Chaire de S. Pierre, dans laquelle il reconnoît l'excellence de la primauté, a résolu de protester, comme