‹ Documents relatifs aux rapports du clergé avec la royauté (volume 2)Chapitre 28 sur 77 · LETTRE DU CLERGÉ DE FRANGE AU PAPE · texte numérisé non relu

LETTRE DU CLERGÉ DE FRANGE AU PAPE

de l'Eglise Romaine clans les Piovinces les plus reculées et dans les Villes les plus imprenables des hérétiques ; et tandis que l'Europe étoit en admiration et l'hérésie au désespoir, sa Religion n'a-t-elle pas fait rentrer l'Eglise les palmes à la main dans la puissante ville de Strasbourg, d'où le malheur des sectes l'avoit exilée? Et y ayant expié le Sanctuaire de Dieu n'a-t-il pas fait attacher les Etendards de la Foi Catholique à ses portes et à ses voûtes sacrées que l'impiété des hérétiques avoit profanés depuis si longtemps ? Voilà quelles sont les occupations de Sa Majesté Très-Chrétienne, dont le courage tant de fois éprouvé, la sagesse si consommée dans la conduite des grands desseins, l'intrépidité si admirable dans l'exécution, la grandeur d'àme si achevée, la Justice, la Foi, la Religion sont comme autant de flèches préparées sur l'arc de ce bras invincible que Dieu a destiné pour exterminer l'hérésie et dissiper le mensonge. Une si belle intelligence entre un Pape si saint et un Monarque si Chrétien, qui semblent être nés pour la pratique des mêmes vertus et pour l'exécution des mêmes desseins, ne nous permettoit pas d'en attendre autre chose que des victoires pour la Foi et des triomphes pour l'Eglise ; et néanmoins, T. S. P., nous ne savons par quelle malignité la plupart de ces choses ont été suspendues au préjudice de nos espérances, et plût à Dieu qu'il nous fût permis de n'en jamais parler et de ne nous en souvenir jamais. Car enfin, tandis que le Roi, dans le mouvement de son zèle et de sa piété , foudroie de toutes parts les ennemis de l'Eglise Romaine, une foule de Brefs dé la Cour de Rome vient inonder toutes les Provinces et toutes les Villes du Royaume, dans lesquels on s'attaque directement à la personne sacrée du Roi, et on outrage en termes pleins de menaces et d'aigreur ce grand Prince que tout le monde regarde comme le héraut de la Foi, le défenseur de l'Eglise, le conservateur de la Discipline dans les Provinces, le protecteur de la Patrie et le Vainqueur des Nations. On y ébranle en même-temps les Loix fondamentales de l'Etat, on nous y ravit les sacrés dépôts que nous avons reçus de la Religion

de nos Devanciers, on y heurte les Libertés de l'Eo-lise Gallicane, on y frappe l'honneur du Sacerdoce, on y viole les privilèges des Provinces et des Diocèses, on y renverse la Jurisdiction épiscopale et, sans épargner les bornes que la sao-esse de nos Prédécesseurs avoit si religieusement posées, on nous chasse violemment, sans l'avoir mérité, de l'héritage de nos Pères. De quel excès de douleur, T. S. P., le Clergé de France ne lut-il point touché au spectacle de la condamnation du très-illustre Archevêque de Toulouse, contre la disposition des Canons de l'Eglise et contre toutes les formes de la Justice ? Et de quelle horreur ne futil point saisi, quand il vit le glaive de l'excommunication déjà levé et tout prêt à tomber sur la tête de ce sage Métropolitain ?

Mais notre surprise n'augmente-t-elle pas, lorsque nous sommes témoins que, contre la bonne foi des Concordats, on continue, sans aucun sujet canonique, à refuser les Bulles de l'Evèché de Pamiers, à la personne qui a été nommée par Sa Majesté, dans toutes les formes ? Ce qui fait que cette pauvre Eglise demeure sans secours au milieu des divisions, parce qu'on ne veut pas lui donner son évêque dont le principal ministère consiste, par son institution, à concilier les esprits divisés et à rappeller tous les partis à l'Unité. Quel est donc enfin, T. S. P., le crime du Clergé de France pour s'être ainsi attiré la colère, les menaces et les anathêmes de votre Sainteté ? Ce même Clergé que l'un des Souverains Pontifes, ses Prédécesseurs, appelloit si obligeamment la Nation sainte, le Sacerdoce ' Royal, le Peuple de conquête, auquel le Dieu d'Israël a donné sa bénédiction. N'avons-nous pas la même vénération pour le S. -Siège que ceux qui nous ont précédés ? Ne faisons-nous pas les mêmes déclarations de respect et d'obéissance ? N'y sommes-nous pas attachés par les mêmes liens de la foi et de la communion? Cependant, T. S. P., nous nous plaignons de ce que les Brefs de votre Sainteté

Page 1