LETTRE DU CLERGE DE FRANCE AU PAPE
jettent des semences de division par toute l'Eglise ; c'est ce qui nous a obligés, voyant que le mal croissait de jour en jour, de commencer à y apporter les remèdes nécessaires ; et pour cet effet ayant tenu l'Assemblée Nationale de l'Eglise Gallicane, afin de pourvoir au bien public et que l'Eglise ne reçût aucun préjudice, nous avons unanimement résolu d'avoir recours au Roi, et faisant la charge d'Ambassadeurs pour J.-C, Dieu s'expliquant pour ainsi dire par notre bouche, nous l'avons exhorté puissamment d'empêcher que tout l'édifice de Dieu ne fût ébranlé pour l'intérêt d'une seule affaire ; et l'événement a fait voir que ce Monarque victorieux, qui, pour donner la paix à l'Univers, avoit lui-même prescrit des bornes à sa gloire et à sa grandeur, objets pour lesquels un grand Prince a de si justes passions, ne peut rien refuser aux prières de son Clergé, quand il s'agit d'assurer le bonheur et la tranquillité de l'Eglise.
Mais parce qu'il est d'une extrême conséquence de pourvoir à la paix et au repos de l'Eglise, non-seulement pour le présent, mais encore pour l'avenir, parce que, vu les choses qui se sont passées, il faut prendre garde qu'il n'en arrive un jour de semblables et même de plus dangereuses, après avoir rendu au saint-Siège Apostolique les devoirs du respect et de l'obéissance accoutumée, nous supplions très-instamment votre Sainteté de ne jamais permettre que l'on détruise, ni même que l'on affoiblisse les Droits, les Privilèges, les Coutumes et les Loix de nos prédécesseurs, particulièrement les Usages qui, ayant été fondés sur les Canons et les décrets des Conciles, ont été de tout temps en honneur et en pratique parmi nous, et généralement tous les avantao-es dont l'Eglise Gallicane se glorifie d'avoir la prérogative par le droit d'une Coutume non interrompue et par le titre d'une possession immémoriale. Nous le demandons à votre Sainteté avec des supplications d'autant plus pressantes que ces droits ne lui ont jamais été disputés, ni dans la suite des temps, ni par aucun décret des Pères. Or, nous mettons en ce rang les jugements des Evêques
puisque, selon la doctrine des Conciles et l'usage de la Nation, ils doivent être traités et (supposé même les appellations au saint-Siège Apostolique) terminés dans les Provinces. Nous y joignons tout ce qui concerne la Jurisdiction des Evoques ou Archevêques, les Droits du Royaume, les Libertés des Eglises et les affaires Ecclésiastiques; toutes lesquelles choses l'usage veut qu'on examine, qu'on discute et qu'on juge au dedans des limites du département de nos Gaules. Car ce fut avec beaucoup de prudence et de justice (ainsi 1 que les Pères d'Afrique l'écrivoient au Pape Célestin, dans un sujet à peu près de môme nature) que les Pères de Nicée ordonnèrent que toutes les affaires se termineroient dans les lieux où elles auroient commencé, assurés que jamais la grâce du Saint-Espiit ne laisseroit manquer aux Eglises ni de lumière pour examiner le fond et le mérite d'une cause dans leurs Assemblées, ni de constance pour faire exécuter leurs jugements. C'est pourquoi, T. S. P., nous supplions votre Sainteté, et nous la conjurons avec toutes les instances dont nous sommes capables, de vouloir bien que les Evêques qui ont l'honneur d'être ses frères, jouissent pleinement et paisiblement de cette sacrée portion de Jurisdiction Episcopale que Dieu leur a confiée; d'avoir la bonté de conserver par sa tendresse paternelle à ses enfants bien-aimés leur héritage sain et entier, d'apporter le remède salutaire aux blessures de l'Efflise Gallicane, notre Mère, sur tout ce qui a été fait h son désavantage, et de ne point prendre en mauvaise part les Protestations du Clergé de France, dans une occasion où notre silence porteroit préjudice à nos Droits. D'ailleurs, ce nous seroit une extrême confusion de ne pas marcher sur les traces de nos Prédécesseurs et de ne pas laisser à la postérité cet exemple du courage Sacerdotal et de la vigueur Episcopale. Au moins nous faisons profession d'imiter la sagesse de nos Pères, lesquels en de pareilles rencontres pourvurent à la sûreté de leurs Droits par de semblables moyens, sans que les