‹ Documents relatifs aux rapports du clergé avec la royauté (volume 2)Chapitre 46 sur 77 · A XOTRE TRÈS SAINT PÈRE LE PAPE INNOCENT XII · texte numérisé non relu

A XOTRE TRÈS SAINT PÈRE LE PAPE INNOCENT XII

Une bulle du pape Innocent XI , du 20 novembre 1687 , avait condamné la doctrine de Molinos quand l'attention de quelques évêques fut attirée sur les affinités de cette doctrine avec certains écrits de M™* Guyon et de Fénelon, introduits à Saint-Cyr sous le patronage de M""^ de Maintenon.

Il y eut alors à Issy des conférences théologiques auxquelles assistèrent Bossuet et Fénelon. On tomba d'accord pour rédiger un formulaire en trente-quatre articles qui parut mettre fin à toutes les difficultés. Mais elles ne tardèrent pas h renaître à la suite de propos imprudents de M™^ Guyon et de son arrestation (décembre 1695). En janvier 1697, Fénelon fait paraître le livre des « Maximes des Saints ». Quelques semaines plus tard, Bossuet publie son « Instruction sur les états d'oraison » où se trouvent condamnées des doctrines qui lui semblaient contraires à l'Ecriture, à la tradition, à l'esprit tout entier du christianisme. La querelle, réveillée par cet éclat, suscita d'interminables controverses dans les rangs du clergé aussi bien qu'à la cour. C'est alors que Fénelon prit le parti de devancer ses adversaires à Rome et de soumettre son livre au jugement du Souverain- Pontife (avril 1697).

[Procès-verbaux des Assemblées Gén. du Clers;é, t. VI, p. 166.)

Très-Saixt Père,

J'avois résolu d'envoyer au plutôt, avec toute sorte de soumission et de respect, à Votre Sainteté, le Livre que j'ai

fait depuis peu sur les Maximes des Saints, pour la vie intérieure. La suprême autorité avec laquelle vous présidez à toutes les Eglises, et les grâces dont vous m'avez comblé, m'imposoient ce devoir. Mais pour n'omettre rien dans une matière si importante, et sur laquelle les esprits sont si agités, et pour remédier aux équivoques qui peuvent naître de la diversité du génie des langues, j'ai pris le parti de faire, avec soin, une version latine de tout mon ouvrage; c'est à quoi je m'applique tout entier, et bientôt j'enverrai cette traduction, pour la mettre aux pieds de sa Sainteté.

Plut à Dieu, très-saint Père, que je pusse, en vous présentant moi-même mon Livre, avec un cœur zélé et soumis, recevoir votre bénédiction apostolique ! Mais les affaires du Diocèse de Cambrai, pendant les malheurs de la guerre, et l'instruction des Princes, que le Roi m'a fait l'honneur de me confier, ne me permettent pas d'espérer cette consolation.

Voici, très-saint Père, les raisons qui m'ont engagé à écrire de la vie intérieure et de la contemplation. J'ai apperçu que les uns abusant des maximes des Saints, si souvent approuvées par le Saint Siège, vouloient insinuer peu à peu des erreurs pernicieuses, et que les autres, ignorant les choses spirituelles, les tournoient en dérision. La doctrine abominable des Quiétistes^, sous une apparence de perfection, se glissoit, en secret, comme la gangrène, en divers endroits de la France, et même de nos Pays-Bas. Divers écrits, les uns peu corrects, les autres fort suspects d'erreurs, excitoient la curiosité indiscrète des Fidèles. Depuis quelques siècles, beaucoup d'écrivains mystiques, portant le mystère de la Foi dans une conscience pure, avoient favorisé sans le savoir, l'erreur qui se cachoit encore; ils l'avoient fait par un excès de piété affectueuse, par le défaut de précaution sur le choix des termes, et par

1. Fénelon prévient ici les objections de ceux qui lui rejjrochaient son silence sur la condamnation des quiétistes modernes dans le livre des Maj-iriics des Saints. Ce silence paraissait affecté et volontaire au lendemain de la condamnation de Molioos.

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