‹ Documents relatifs aux rapports du clergé avec la royauté (volume 2)Chapitre 47 sur 77 · LETTRE DE L'ARCHEVEQUE DE CAMBRAI · texte numérisé non relu

LETTRE DE L'ARCHEVEQUE DE CAMBRAI

une ignorance pardonnable des principes de la Théologie ; c'est ce qui a enflammé le zèle ardent de plusieurs illustres Evêques ; c'est ce qui leur a fait compter trente-quatre articles qu'ils n'ont pas dédaigné de dresser et d'arrêter avec moi ^ ; c'est ce qui les a engagés aussi à faire des censures contre certains petits Livres - dont quelques endroits, pris dans le sens qui se présente naturellement, méritent d'être condamnés.

Mais, très-saint Père, les hommes ne s'éloignent guère d'une extrémité, sans tomber dans une autre. Quelques personnes ont pris ce prétexte, contre notre intention, pour tourner en dérision, comme une chimère extravagante, l'amour pur de la vie contemplative. Pour moi, j'ai cru qu il falloit, en marquant le juste milieu, séparer le vrai du faux, et ce qui est ancien et assuré d'avec ce qui est nouveau et périlleux. C'est ce que j'ai essayé de faire, selon mes forces très bornées : de savoir si j'ai réussi ou non, c'est à vous, très-saint Père, k en juger, et c'est à moi à écouter, avec respect, comme vivant et parlant en vous, Saint Pierre, dont la foi ne manquera jamais.

Je me suis principalement appliqué à rendre cet ouvrage court, et en cela j'ai suivi le conseil des personnes les plus éclairées, qui ont désiré qu'on pût trouver un remède prompt et facile, non-seulement contre l'illusion qui est contagieuse, mais encore contre la dérision des esprits profanes. Il a donc fallu songer aux âmes pleines de candeur, qui étant plus simples dans le bien que précautionnées contre le mal, n'apercevoient pas cet horrible serpent qui se glissoit entre les fleurs ; il a fallu songer aussi au mépris des critiques, qui ne veulent point séparer de la doctrine empestée des hypocrites, les Traditions ascétiques et les précieuses maximes des Saints. C'est pourquoi on a jugé qu'il étoit à propos de faire une espèce de Dictionnaire de

1. Les articles arrêtés dans les conférences d'Issy. Mais les adversaires de Fénelon s'appuyaient précisément sur ces articles signés par lui pour condamner son livre.

2. Moyen court et très facile, etc. Explication du Cantique des Cantiques.

138 L'AFFAIRE DES a MAXIMES DES SAINTS »

la Théologie mystique, pour empêcher les bonnes âmes de passer au-delà des bornes posées par nos Pères.

J'ai donc renfermé dans le style le plus concis qu'il m'a été possible, des définitions des termes que l'usage des Saints a autorisés : J'y ai même employé le poids et l'autorité d'une Censure, pour tâcher d'écraser une hérésie si pleine d'imprudence. 11 m'a paru, Très-Saint Père, qu'il y auroit quelque indécence, qu'un Evèque montrât au public ces erreurs monstrueuses, sans témoigner aussi-tôt l'indignation et l'horreur qu'inspire le zèle de la maison de Dieu. A Dieu ne plaise néanmoins que j'aie perdu de vue ma foiblesse, et que j'aie parlé avec présomption. L'autorité suprême du Saint Siège a suppléé abondamment tout ce qui me manquoit. Les Souverains Pontifes, en examinant scrupuleusement tous les écrits des Saints qu'ils ont canonisés, ont approuvé, en toute occasion, les véritables maximes de la vie ascétique et de l'amour contemplatif. Ainsi, en m'attachant à cette règle immuable, j'ai espéré de pouvoir dresser, sans aucun péril de m'égarer, les articles que j'ai donnés comme véritables. A l'égard des faux que j'ai condamnés, j'ai été conduit comme par la main ; car je me suis proposé en tout, pour modèle, les Décrets solemnels par lesquels le Saint Siège a condamné les soixante-huit Propositions de Michel Molinos'. Fondé sur un tel oracle, j'ai osé élever ma voix.

Premièrement, j'ai condamné l'acte permanent, et qui n'a jamais besoin d'être réitéré, comme une source empoisonnée d'une oisiveté et d'une léthargie intérieure.

Secondement, j'ai établi la nécessité indispensable de l'exercice distinct de chaque vertu.

Troisièmement, j'ai rejette, comme incompatible avec l'état du voyageur, une contemplation perpétuelle et sans interruption qui excluroit les péchés véniels, la distinction des vertus et les distractions involontaires.

1. Voir la note de la page 136. On lit dans \& Réponse de M. de Meaux à quatre lettres de M. de Cambrai : a II s'agit de dogmes nouveaux qu'on voit introduire dans l'Eglise sous prétexte de piété dans la bouche d'un archevêque. Si, en effet, il est vrai que ces dogmes renouvellent les erreurs de Molinos, sera-t-il permis de se taire ? u

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