LETTRE DU ROI AU PAPE
Pendant que la cour de Rome examinait l'ouvrage qui lui était soumis, une polémique des plus violentes mettait aux prises Bossuet et Fénelon ^ . Des conférences furent tenues entre l'évêque de Meaux, l'évêque de Chartres et l'archevêque de Paris, et les trois prélats publièrent, le 6 août 1697, une Déclaration condamnant « les Maximes des Saints ».
Quelques jours auparavant, Fénelon avait reçu l'ordre de quitter la Cour et de se retirer à Cambrai. Sur les instances de Bossuet qui l'assurait que la condamnation était immanquable, Louis XIV se décida à écrire au pape pour le prier de prononcer le plus tôt possible sur le livre et sur la doctrine.
(Œuvres complètes de Bossuel^, t. XI, p. 62.)
Très Saint Père,
Dans le temps que j'espérais du zèle et de l'amitié de Votre Sainteté une prompte décision sur le livre de l'archevêque de Cambrai 3, je ne puis apprendre sans douleur que ce jugement si nécessaire à la paix de l'Eglise est encore retardé par l'artifice de ceux qui croient trouver leur intérêt à le différer.
Je vois si clairement les suites fâcheuses de ces délais que je croirais ne pas soutenir dignement le titre de fils aine de l'Eglise si je ne réitérais les instances pressantes que j'ai faites tant de fois à Votre Sainteté et si je ne la suppliais d'apaiser enfin les troubles que ce livre a excités dans les consciences. On ne peut attendre présentement le repos que de la décision prononcée par le Père commun,
1. Il est indispensable de lire sur ces querelles la correspondance échangée entre Bossuet et son neveu, l'abbé Bossuet, entre Fénelon et l'abbé de Chanterac. Le neveu de Bossuet et l'abbé de Ghanterac représentaient à Rome les intérêts des deux prélats et plaidaient leur cause. Leurs lettres ont été publiées dans les Œuvres complètes de Bossuet et de Fénelon. Voir aussi sur le Quiétisme les libelles recueillis aux Archives nationales, Cart. ad xvii-30.