LETTRE DE L'ARCHEVEQUE DE CAMBRAI
Quatrièmement, j'ai rejette une oraison passive, qui excluroit la coopération réelle du libre arbitre, pour former des actes méritoires.
Cinquièmement, je n'ai admis aucune autre quiétude, ni dans l'oraison, ni dans les autres exercices de la vie intérieure, que cette paix du Saint-Esprit, avec laquelle les âmes les plus pures font leurs actes d'une manière si uniforme, que ces actes paroissent aux personnes sans science, non des actes distincts, mais une simple et permanente unité avec Dieu.
Sixièmement, de peur que la doctrine du pur amour, si autorisée par tant de Pères de l'Eglise et par tant d'autres Saints, ne parût servir de refuge aux erreurs des Quiétistes, je me suis principalement appliqué à montrer qu'en quelque degré de perfection qu'on soit, et de quelque pureté d'amour qu'on soit rempli, il faut toujours conserver dans son cœur l'espérance par laquelle nous sommes sauvés, suivant ce que l'Apôtre dit : Maintenant ces trois choses, la Foi, l'Espérance, la Charité demeurent ; mais la charité est la plus grande. Il faut donc toujours espérer, désirer, demander notre salut, puisque Dieu le veut, et qu'il veut que nous le voulions, pour sa gloire. Ainsi l'espérance se conserve dans son propre exercice, nonseulement par l'habitude infuse, mais encore par ses actes propres, qui étant commandés et ennoblis par la Charité, comme parle l'école, sont rapportés très-simplement à la sublime fin de la charité même, qui est la pure gloire de Dieu.
Septièmement, j'ai dit que cet état de charité ne se trouve que dans un petit nombre d'ames très-parfaites, et qu'il est en elles seulement habituel. Quand je dis habituel, à Dieu ne plaise qu'on entende un état inamissible ou exempt de toute variation. Si cet état est encore sujet aux péchés quotidiens, à combien plus forte raison est-il compatible avec des actes fiiits de temps en temps, qui ne laissent pas d'être bons et méritoires, quoiqu'ils soient un peu moins purs et désintéressés. Il suffit pour cet état que
les actes des vertus y soient faits le plus souvent avec cette perfection que la charité v répand, et dont elle les anime. Toutes ces choses sont conformes aux trente-quatre articles. Je joindrai, Très-Saint Père, au Livre que j'ai publié, un recueil manuscrit des sentiments des Pères et des Saints des derniers siècles sur le pur amour des contemplatifs, afin que ce qui n'est que simplement exposé dans le premier Ouvrage, soit prouvé dans le second, par les témoignages et par les sentiments des Saints de tous les siècles. Je soumets, du fond de mon cœur, Tres-Saint Père, l'un et l'autre Ouvrage au jugement de la Sainte Eglise Romaine, qui est la Mère de toutes les autres, et qui les a enseignées. Je dévoue, et ce qui dépend de moi, et moi-même, à Votre Sainteté, je vous supplie très-humblement, très-Saint Père, de ne rien décider, sans avoir vu auparavant ma Traduction latine, qui partira tout au plutôt. Que me reste-t-il à faire, si ce n'est de souhaiter un long Pontificat à un Chef des Pasteurs qui gouverne , avec un cœur désintéressé , le Royaume de Jésus-Christ, et qui dit, avec l'applaudissement de toutes les Nations Catholiques, à son illustre famille : Je ne vous connais point ? En faisant tous les jours de tels vœux, je crois demander la gloire et la consolation de l'Eglise, le rétablissement de la discipline, la propagation de la foi, l'extirpation des schismes et des hérésies, enfin l'abondante moisson dans le champ du Souverain Père de famille. Je serai à jamais,
Très-Saint Père
De Votre Sainteté,
Le très-humble, trè-obéissant et très-dévoué fils et serviteur,
Fraxçois,
Archevèque-Duc de Cambrai.