Iyo Carnotensis, Epistolâ
grand Pontife et d'un si grand Roi, retardés par des diflFérends si odieux et si étranges? Depuis la naissance de TEglise, le S. Siège et la France ont toujours été dans une intelligence parfaite ; c'est ce que les Prédécesseurs de votre Sainteté publient hautement, et ce qui fait notre plus grande gloire ; mais combien cette intelligence devroit-elle augmenter en nos jours ? Le monde voit-il rien de comparable à Louis le Grand? Peut-on opposer à la fureur du Turc un plus formidable adversaire? Quel courage plus prompt à entreprendre? Quelle main plus prête à exécuter? Qui peut enfin mieux que lui entrer dans les hauts projets que votre Sainteté forme pour la défense et pour l'agrandissement de l'Eglise? Avec quelle facilité le porterez- vous aux plus grandes entreprises, puisque de lui-même il y court avec tant d'ardeur? Que la liberté de quelques Eglises, qui certainement ne doit pas causer de si grands troubles, n'arrête pas votre Sainteté. L'Eglise a coutume d'abandonner les choses légères pour en conserver de plus importantes, et de changer le mal en bien par sa patience. Combien le Droit de Régale est-il diminué depuis que la piété de nos Rois les a fait abstenir de la jouissance des fruits pendant la vacance des Bénéfices, et les a portés à décharger les Prélats de tant de servitudes, comme de les loger et de les défrayer avec toute leur suite, de fournir des Soldats, de les entretenir, et de les nourrir? Tant de libéralités ne les mettent-elles pas en droit d'exiger dans les occasions des marques de notre reconnoissance ? Est-il nécessaire de faire ici l'énumération de toutes les choses qui, api es leur avoir été refusées dans les commencements suivant toute la rigueur des Canons, leur ont été ensuite volontairement accordées ? Combien de changements dans les élections des Evêques ou des Abbés, dans les Investitures, les lussions, les Permissions, les Agréments, dans la concession des Evêchés et des Abbayes, dans les Hommages et les Serments de fidélité? Le S. Siège même, Tasyle de la liberté Ecclésiastique, n'a-t-il pas souvent toléré, et quelquefois accordé sur lui-même des droits à plusieurs Princes ? Le
temps Ten a délivré, et ce joug est tombé de lui-même. Accusera-t-on pour cela T Eglise de légèreté? Dira-t-on, pour user des termes de saint Paul*, qu7/ y ait en elle le oui et le non ? à Dieu ne plaise ; mais assurée qu'elle est de son éternité et immuablement attachée à la Vérité même, elle s'accommode en quelque façon par ce qu'elle a d'extérieur aux choses humaines, moins pour céder à la nécessité des temps que pour servir au salut des âmes 2. Nous ne disons pas ces choses pour les apprendre à votre Sainteté qui les sait si bien ; mais en prenant la liberté de lui dire ce que nous pensons^ nous l'avertissons avec respect de nécou^ ter que sa prudence et de ne suivre que les mouvements de sa bonté dans une occasion où il n'est pas permis d'employer le
courage.
C'est pourquoi, Très Saint Père, humblement prosternés à vos pieds dans l'attente de votre Bénédiction Apostolique, nous prions le Souverain Auteur de l'Eglise et de votre Primauté, qui est unique, de vous inspirer des conseils de paix, et de tourner entièrement à l'utilité de l'Eglise, et à votre gloire, que vous mettez toute en lui, ce que votre Sainteté fera pour la paix à l'exemple de ses Prédécesseurs.
Très Saint Père,
A Paris, Vos très humbles, très obéissants et
ce 3 février dévoués Fils et Serviteurs, les Archevêques
1682. et Evêques et autres Ecclésiastiques Dépu-
tés de l'Assemblée Générale du Clergé.
François,
Archevêque de Paris, Président.
Par Nosseigneurs de l'Assemblée, Maucroix, Courcier,
Chanoine de Reims. Théologal de Paris,
Secrétaire. Secrétaire.